Frédéric Berger, le plus Français des Luxembourgeois (1/2)

Ancien correcteur au journal l’union, Pierre Berger, 80 ans, tient à  évoquer l‘étonnante histoire de son grand-père Frédéric, Luxembourgeois par les hasards de l’histoire, mais engagé volontaire dans la Légion étrangère de 1914 à 1918.

Fred Berger
Fred Berger

« Mon grand père était né en 1890 alors sous la domination allemande. Il était donc officiellement luxembourgeois bien quand il est arrivé bébé à Epernay. Typographe à l’âge de 11 ans, employé chez Matot-Braine à Reims à 16 ans  puis au journal l’Indépendant  comme linotypiste, Frédéric Berger assiste, impatient à la mobilisation en août 1918. » C’est depuis l’hôpital de Luchon où il se remettait d’une blessure à la tête faite à Soulins en septembre 1915 qu’il a décrit l’ambiance qui régnait alors à Reims.

L’ordre de mobilisation concernait déjà les vieilles classes chargées de garder les ouvrages militaires. « On a appelé Droma pour garder la voie ferrée à Bétheny et Hervé le mécanicien, qui se mariait le matin à 11 heures et partait l’après-midi même pour rejoindre son bataillon de chasseurs à pieds ; le pauvre malheureux ne devait jamais revoir sa femme. Il était tué le 9 août devant Mulhouse, ainsi que son jeune frère, imprimeur également. »

Informé par Havas que l’ordre de mobilisation tomberait le 2 août,  il note une agitation anormale dans les rues. « Strohm, le photographe du faubourg Cérès est pris à partie par une bande d’énergumènes qui l’accusent d’être un espion allemand. ».Frédéric est tout de même un peu inquiet. « L’ordre de mobilisation disait qu’à partir du 6 août tous les ressortissants ennemis seraient dirigés sur des camps de concentration, les autres étrangers devant être munis d’un permis de séjour. » Il fait sa demande en mairie et a plus de chance qu’un copain qui se marie le 8 pour acquérir la nationalité française. Dans son atelier, 26 ouvriers sont déjà partis à la guerre. Le journal se fait quand même mais il n’a plus que deux pages. La dépêche des Ardennes ne parait plus. Des bus parisiens traversent Reims, direction les Ardennes qu’ils vont ravitailler. Frédéric Berger va plusieurs fois à la caserne Colbert pour s’engager, mais en vain. Le 9 août, les Français prennent Mulhouse. Les drapeaux pavoisent, pas pour longtemps. C’est la retraite de Morhange. Des réfugiés d’Affléville (Meurthe et Moselle)sont hébergés une nuit à Reims. Ils racontent que pendant que les gens étaient aux vêpres, les Allemands ont mis le feu au village.

Enfin. Le 20 août, Frédéric Berger peut s’engager à la Légion étrangère pour la durée de la guerre. Du bureau de la rue des Marmouzets à la signature rue des Murs, il a pris sa décision. Départ prévu : le 25 août. Pour ses frais de route : 2,50F, on lui dit qu’il sera remboursé en arrivant à destination. Il ne touchera pas un sou.

Une bavure dans l’armée

24 août 1914 : Depuis sa maison de la rue Cérès, Frédéric Berger entend une fusillade, voient des fusées tricolores rayer le ciel noir.  Il ne s’agissait pas comme il avait d’abord été dit d’un zeppelin allemand se dirigeant vers paris et qui avait été mitraillé au dessus de Reims par les Français. Il s’agissait en fait d’une bavure.

« La réalité que j’appris plus tard était tout autre. Notre dirigeable : « le Fleurus », le plus beau et le plus récent de notre flotte aérienne avait reçu une mission de venir atterrir au terrain du champ de manœuvres, route de Châlons. L’officier de service qui n’était pas à son poste n’a pas eu la dépêche annonçant son arrivée. Lorsque les postes de garde à la gare et au champ d’aviation, non prévenus, aperçurent le dirigeable, ils le prirent pour un boche et tirèrent dessus avec leurs mitrailleuses. « Le Fleurus » son enveloppe traversée de part en part, son commandant blessé mortellement alla s’écraser à quelques kilomètres de Reims, au carrefour de la route de Laon et du chemin de Courcy.

Frédéric prend son train le 25 août. Direction Paris

(à suivre…)

Pierre Bergé, ancien correcteur au journal l'union
Pierre Bergé, ancien correcteur au journal l’union

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