Maurice Lassale: de Sillery aux combats d’Argonne (1/5)

En nous confiant la reproduction des carnets et lettres écrites 1915 par son oncle Maurice Lasalle tué à son créneau de tranchée le 26 septembre 1915 d’une balle dans la tête quelque part entre Auberive et Saint-Hilaire-le-Grand, Jean-Marie Loret de Sillery tient à rendre hommage à ce valeureux soldat. Il a une pensée aussi pour son frère Maurice, militaire de carrière aujourd’hui décédé et qui avait pris la peine de recopier toutes ces feuilles volantes jaunies et ses lettres retrouvées dans un carton pieusement gardées par sa grand mère puis sa mère jusqu’à son décès.

À Londres en 1914

Fils d’Henri Lasalle, vigneron et tonnelier à Sillery et de Mathilde Lasalle, née Henrion, fille de cultivateurs de Prunay, Maurice Lasalle, garçon doué fait des études à l’école de commerce de Reims. Après avoir passé deux ans de stage à Berlin, c’est à Londres qu’il se trouvait quand à 19 ans fut déclarée la Première guerre mondiale. Bien décidé à s’engager dans l’armée britannique qui lui proposait un poste de traducteur, il dut revenir en France, ses parents considérant que son devoir était plutôt de servir dans l’armée française.

Correction 4M LASSALE - copieAprès avoir fait ses classes au camp de Coëtquidan, nommé caporal, il est affecté au 3e bataillon du 94e Régiment d’infanterie et envoyé au front en Argonne, à une quarantaine de kilomètres au Nord de Sainte-Menehould,

Notes au crayon de mine

Sur des feuilles il note avec précision au crayon de mine (mais sans jamais indiquer sa position), tout de qu’il voit et ressent. En voici quelques extraits.

Vendredi 25 juin 1915 : J’ai établi un service au poste pour que ce ne soit pas toujours le même homme qui ait la plus mauvaise place. Mais de tous les périls qui nous guettent c’est la mine la plus redoutable.

C’est énervant d’observer crapouillot, cylindre noir qui décrit une courbe en l’air avant de tomber avec une forte explosion en soulevant la terre des tranchées. Il faut suivre leur trajet en l’air jaune et se garer au moment opportun. Nos premières lignes sont bombardées par des minen. C’est le nom que nous donnons aux projectiles lancés par les Minenwerfer; leur effet est terrible. Ces projectiles d’un poids de 80 kg sont chargés de 50 kg de tolite, explosif remplaçant la dynamite et qui explose avec un bruit cinglant en détruisant d’un seul coup des éléments de tranchée. Heureusement que leur vitesse n’est pas énorme et qu’on les voit arriver souvent; cependant on ne peut pas se garer et on est alors fatalement déchiqueté. »

« Je commence à nettoyer mes bandes molletières et le bas de ma capote qui sont couvertes de boue jaune. Cette boue forme des plaques sur les vêtements et ressemble absolument (la comparaison est vulgaire, mais c’est celle qui s’applique le mieux dans ce cas) aux jambes des vaches dont la litière n’est que rarement changée. Il faut gratter au couteau, puis battre à la baguette flexible, et encore ne parvient-on qu’à enlever le plus gros. »

Lundi 28 juin 1915 :  « le bruit court que durant les attaques d’hier on a utilisé du pétrole enflammé. C’est si monstrueux que l’on ose à peine y croire. »

Mardi 29 juin.-Bonheur de la relève : 13 jours et treize nuits sans pouvoir ôter ses molletières complètement. Le sang circule difficilement. Quinze jours sans faire une bonne nuit, sans pouvoir se donner un coup d’eau sur la figure.

Vienne le château pans de murs noircis et morceaux de décombres. -Vienne la ville. Moiremont : Un carillon, il y a longtemps qu’on n’avait pas entendu un son de cloches.

ImageA suivre…

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