Les non-dits d’Henri Baronnet, agriculteur à Prosnes (1/3)

ImageCE n’est sans doute pas la fleur au fusil qu’Henri Baronnet, agriculteur à Prosnes, marié et père de deux enfants : Madeleine, deux ans et demi et Louis, trois mois, part à la guerre le 2 août 1914. Comme 58 autres des 377 habitants de son village. Affecté au 46e territorial d’Infanterie, 9e compagnie, 3e bataillon à la place de Verdun, il ne reviendra au village qu’après plus de cinq ans d’absence. Soutenu par sa famille proche : son beau-frère Henri Thiérart, d’Epoye, lui aussi sur le front ; des cousins, cousines et copains qui lui ont adressé des dizaines de cartes et lettres, Henri Baronnet a, de son côté, envoyé pas moins de 170 cartes postales « conservées comme de pieuses reliques et sauvées lors de l’exode de 1940 ».

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170 cartes postales pour retracer son histoire
L’abondant courrier d’Henri Baronnet, de Prosnes, raconte la Première Guerre mondiale à l’échelle humaine. L’agriculteur marnais reste pudique et ne parle pas des horreurs vues dans les tranchées.

Mais secret, pudique, Henri Baronnet a toujours caché à sa famille les horreurs de la guerre.

 Une habitante morte de frayeur

Alors qu’une guerre de position s’organise sur les Monts de Champagne, juste au-dessus de Prosnes, Henri Baronnet demande qu’on lui envoie une photo de sa petite « Madaine ».

Septembre 1914 : Prosnes est bombardé, les maisons brûlées, pillées ou percées par les obus. Lucie Gallois, une habitante du village est même morte de frayeur…

En exode à Sainte-Savine, Amélie (née Carré), son épouse, adresse au poilu une carte de la cathédrale intitulée « le crime de Reims. » Décembre 1914 : il apprend que Prosnes est cité dans le journal « l’Illustration » comme un village où il ne reste plus que sept maisons debout.

1915 : On apprend au hasard des courriers des uns et des autres, que la cathédrale est complètement démolie et que « les maudits boches ne cessent de tirer dessus », qu’Henri Baronnet à toujours la mine très fraîche et que son beau-frère est en Bretagne où l’on compte sur lui pour mettre les moissonneuses en train. Desauter, un copain blessé est optimiste.

En juillet il espère que la providence leur fera passer l’hiver près de leurs femmes plutôt que dans ces maudites tranchées.

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L’ancien moulin carré, propriété de son épouse, juste avant la guerre.
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Le moulin carré détruit sert vite de poste

Mauvaises nouvelles

Il apprend que le mari de Mme Rousseau, de Lavannes, a été tué d’une balle au front. Si Henri B. envoie des mots doux à sa chère petite gosse ou à ses deux moineaux, d’autres poilus se lâchent.

« Dans les tranchées on respire une odeur cadavérique épouvantable ou l’on coudoie des cadavres à chaque pas. » Pudeur oblige, Henri B. lui ne parle jamais des horreurs évoquées entre soldats dans leur courrier, précise Françoise Derrière : « la boue, le froid, le manque de sommeil, la vermine (poux, puces, rats), les maladies, la faim, la soif qui pousse les soldats à boire dans une flaque ou un trou d’obus avant d’y découvrir un cadavre ; les gaz qui brûlent les yeux et la gorge, font cracher le sang et mourir à petit feu ; la peur au ventre lors des assauts répétés meurtriers où les camarades tombent comme des mouches à vos côtés, sous les balles des fusils, embrochés par les baïonnettes ou prisonniers des fers barbelés, déchiquetés par les grenades et les obus. »

Dans ce même secteur 149 qu’Henri B., un poilu écrit le 25 octobre 1915 : « j’ai toujours mal aux dents. Que le temps me dure que ça soit fini. Si ça dure encore longtemps, j’aime autant être tué car on souffre trop. J’ai toujours mal à la tête. Je voudrais que ça finisse ou que l’on nous tue : ça serait le meilleur de tout. »

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Françoise Derrière de Reims et son frère ont retrouvé 170 cartes postales de leur grand-père Henri Baronnet, fermier à Prosnes, parti à la guerre à l’âge de 35 ans alors qu’il était père de deux enfants.

Alain Moyat

à suivre: 2.- La colère du caporal Henri Baronnet (2/3) 

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