Georges Faleur, en petit reporter (4/5)

Voici la suite des extraits des neuf cahiers du Dr Faleur qui nous ont été prêtés par son fils François. Vingt-cinq septembre 1914.-Le Dr Georges Faleur, toujours à Reims sillonne la ville oreilles et yeux ouverts.

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Observateur, Georges Faleur, ici à la Haubette commente l’actualité rémoise de la guerre. Sillonnant en ville, il rapporte dans ses carnets tout ce qu’il voit, tout ce qu’il entend ou presque.

Vingt-cinq septembre 1914.-Le Dr Georges Faleur, toujours à Reims sillonne la ville oreilles et yeux ouverts.

Il visite les caves Pommery et compte les 116 marches. Apprend que le « gentil » pavillon chinois datant de l’exposition de 1876 a été détruit. Le lendemain, triste nouvelle : il perd son chef, le Général Battesti, tué par un éclat d’obus, route de Cernay. « Il était trop téméraire et s’aventurait trop sur la ligne de feu en des endroits où il n’était pas indispensable qu’il aille. » Il compte six plaies correspondant à autant d’éclats d’obus.

À l’ambulance, les Femmes de France, dépendant de la Croix-Rouge, sont de retour. « Leur présidente est Mme Walbaum », commente le Dr Faleur qui ajoute : « Beaucoup d’Allemands sont restés cachés et protégés des Rémois paraît-il, d’ailleurs ce pays est infesté d’espions et les précautions qu’on prend ne sont pas suffisantes. »

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Après un bombardement à l’angle des rues Clovis et Hincmar.

Avec les tirailleurs soudanais

Lundi 28 septembre. Il visite l’église Saint-Remy (qu’il écrit avec un Y). « Elle a pas mal souffert, surtout côté vitraux. »

Il y a des gros morceaux de vitraux qui pourraient très bien être réparés si les vandales ne les cassaient pas pour avoir de beaux morceaux comme souvenirs.

Les canonnades continuent sur Reims, mais le Dr Faleur s’ennuie.

Il n’a pas reçu de courrier depuis le 25 août. Billard, jeu de cartes, p hotographie, il a du mal à combler son temps libre entre les examens des blessés. « Je me fais vieux ici et je préférerais être mêlé davantage à l’action. J’avoue qu’à mon lit de Reims, je préférerais la paille dans une meule à l’avant. » Le canon tonne. (29/30 et 31 septembre 1914).

Le Dr Faleur entame son 3e carnet. Il évoque son passage au cantonnement des tirailleurs soudanais où les officiers ne tarissent pas d’éloges : « Ce sont des soldats extraordinaires tous disposés à couper le cou aux boches, et manger cervelle. Ce sont des gaillards du plus beau noir qui feraient très bien dans la garde prussienne. […] Les Soudanais ne comprennent pas qu’on fasse des prisonniers. »

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Belle image prise devant le monument de la Haubette.
Les blessés messagers du front

Il les voit manœuvrer à la sortie de Tinqueux, faire de l’escrime et de la baïonnette. « Je ne voudrais pas recevoir un coup de pointe ou de crosse lancée par ces gaillards-là, encore moins être touché par leur coupe coupe, arme terrible au bout de leurs longs bras. »

Par le biais de l’arrivage des blessés, Georges Faleur a une idée du déroulement des combats dans le secteur.

Suite à une attaque de nos troupes aux cavaliers de Courcy (zone de combat située le long du canal de l’Aisne), 56 blessés sont acheminés à l’ambulance de la cure d’air. 28 octobre.-Il apprend que la bataille des Sénégalais s’est faite dans de mauvaises conditions à Berry-au-Bac.

« Ils avaient manœuvré toute l’après-midi, avaient marché toute la nuit et à 5 heures du matin on les a fait partir à l’assaut des tranchées ennemies à 900 m à la baïonnette, clairon en tête. Ils ont été décimés en partie. » Il note que le capitaine Mangin qu’il connaît est revenu indemne après avoir tué huit « boches ».

blessés tranchées Courcy
Les blessés des tranchées des cavaliers de Courcy soignés à Reims.
Une bombe dans le jardin

Mardi 3 novembre : nouveaux bombardements de la gare et de « Saint-Remy ». Il y a de nombreuses victimes civiles. Des aéroplanes allemands laissent tomber des papiers au-dessus de Reims, qui annoncent que la ville sera reprise le 4 novembre. Le 5 une bombe tombe dans le jardin Houlon où ils sont. Il se planque dans la champignonnière.

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Photo prise dans la propriété Houlon.

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Alain Moyat

Petits tracas et peine au quotidien

Au fil des carnets parsemés de poèmes du Dr Émile Roudié publiés dans la presse, le Dr Georges Faleur évoque son quotidien à l’ambulance installée à la Haubette dans la propriété des Houlon. Nous avons modifié quelque peu la disposition primitive du cantonnement. Nous avons maintenant une vaste salle à manger bien gaie avec table de lecture, table de correspondance, table de bridge.

Mais les nuits sont froides sur les hauteurs de Tinqueux.

10 novembre 1914 : « Nous allons faire marcher le calorifère, ce à quoi M. Houlon se refusait toujours. Il a voulu jésuitiquement biaiser en disant que le charbon n’était plus à lui, mais à la Croix-Rouge. Nous paierons le charbon à cette société et Houlon en sera pour une goujaterie en plus qu’il aura voulu nous faire sans réussir à nous émouvoir et à nous ennuyer. »

14 novembre : « En rentrant à la Haubette, je n’ai pas été un peu surpris de voir que les canons avaient été enlevés. C’est Quillier qui les avait fait déplacer et les avait fait mettre dans des massifs de sapins pour que l’ambulance ne soit pas prise par un avion pour une batterie en position… »

Dimanche 15 novembre : il neige. Le Dr Faleur est triste. « C’est le jour de son dixième anniversaire de mariage avec Léonie, un anniversaire d’union fêté de deux côtés différents. » Il devra attendre le 19 novembre pour retrouver le moral sous la forme de 22 lettres et cartes, pour lui tout seul ! Chrétien, Faleur va souvent à la messe en ville, parfois deux fois par jour. L’occasion de rencontrer des amis. De partager aussi la peine des blessés et se souvenir une dernière fois de ceux qui ont laissé leur peau sur le front tout proche.

Des obus pour la Sainte-Cécile

Le Dr ne manque pas d’humour en signalant que des obus sont tombés toute la journée pour fêter la Sainte-Cécile. Mais de redevenir grave en racontant sa visite à l’hôpital Martin-Peller après l’explosion d’une marmite devant la division. « M. Soudain, officier d’administration a eu la tête complètement emportée, comme décapité par Deibler. Ce qui ajoute à l’horreur du spectacle, c’est que pas une goutte de sang n’a souillé le col blanc de la vareuse. »

En allant sur le site de l’explosion, il retrouve le nez et la lèvre supérieure de Soudain, plus loin une oreille et d’autres débris de la tête ; « je les ai tous ramassés pour qu’ils soient mis dans la bière avec le corps. »

Suite et fin sur

5.-Les trois derniers carnets du Dr Georges Faleur

http://wp.me/p4mPAZ-b0

A.M

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