#Reims1418 Les trois derniers carnets du Dr Georges Faleur (5/5)

ON pourrait évoquer encore pendant plusieurs jours le contenu des carnets N° 7, 8 et 9 écrits par le Dr Georges Faleur, témoignant au quotidien de sa vie à Reims. L’ensemble a été publié en 2007 par le centre régional universitaire lorrain d’histoire de Metz, et analysé avec précision et justesse par Laëtitia Leick (lire nos éditions précédentes).

7FALEURVoilà quelques derniers extraits qui témoignent d’un quotidien souvent émaillé de surprises.

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Faleur repart avec son ambulance en emportant un cochon : « N’est-ce pas qu’il est gentil mon petit cochon. Tu le vois fatigué tellement il a crié, et cependant il n’a pas peur de l’objectif qu’il regarde de ses deux yeux bien ronds. »

17 décembre 1914 : « Loulou (NDR : un cheval) s’est emballé et a fait le saut du mouton, ce qui m’a valu de ramasser une pelle formidable. »Décembre 1914 : « Ce matin à 7 heures exécution d’un soldat du 49e bataillon de chasseurs, coupable d’avoir achevé un blessé français pour le voler. »

27 décembre 1914 : promu aide-major 1re classe,.

« Jamais je ne me suis senti si peu de chose »

Vendredi 29 janvier 1915 : il a gelé à moins 16, l’occasion de faire du patinage dans le bassin de Houlon avec des patins trouvés chez leurs (involontaires) hôtes.

12 février 1915 : Mgr Luçon vient rendre visite aux blessés de l’ambulance à la Haubette.

21 février 1915 : Dans la nuit du 21 au 22 février, un déluge d’obus s’abat durant cinq heures sur la ville et a proximité de l’ambulance Houlon à la Haubette. Le Dr Faleur et des infirmiers prodiguent des soins à de nombreux blessés. « J’avoue que jamais de ma vie je ne me suis senti si peu de chose et mes camarades reconnaissent aussi qu’ils ont eu cette sensation. »

Le bombardement a coulé de nombreuses péniches sur le canal et de nombreux bateaux reposent sur le fond vaseux, fortement inclinés. Il y a de nombreuses maisons détruites place d’Erlon, au coin de la rue Hincmar et de la rue Clovis. Les toits recouvrent les rez-de-chaussée.

Lundi 1er mars : grand concert d’artillerie, il y a eu de nombreux incendies : la librairie Matot Braine dont il ne reste rien, le magasin de nouveautés à la ville d’Elboeuf.

« Les balles passent en sifflant »

Faleur croit savoir que les boches auraient envoyé 2000 obus dans la journée sur les tranchées, sans qu’il y ait même eu un blessé et tenté une attaque sur le secteur. « On les a laissés venir en un point jusque dans les tranchées et là on les a reçus à la baïonnette ». « Nous avons eu deux blessés légers, les Allemands ont laissé une centaine de morts sur le terrain ».

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 Le 18 mars : l’ambulance de Faleur déménage à Villers-Allerand où il se rend à pied.

La popote est installée à « la Pisotte », propriété de Mme Veuve Arnauld, femme de l’ancien maire de Reims actuellement dans sa propriété en Algérie. De là, Faleur poursuit sa vie, à soigner, à prier en l’église Saint-Lié. Enfin il voit sa famille le 3 mai 1915 à Épernay.

Il raconte ensuite sa visite guidée en première ligne, le 5 juin aux cavaliers de Courcy via La Neuvillette. « Nous avons cheminé le long du boyau de communication, prêts à sauter dedans aux premiers sifflements d’obus […] Il fait terriblement chaud dans ces boyaux creusés dans la craie. »

Il partage son repas avec des officiers dans la tranchée : des œufs à la coque dans des coquetiers taillés dans la craie. « Les balles passent en sifflant, mais on a une telle impression de sécurité, protégés par les parapets de pierre, qu’on n’y fait pas attention ». Il visite la première ligne à 80 m des boches, le poste d’écoute (à 60 m), les réseaux de fil de fer, ceux des Français et ceux des Allemands. Il prend pas mal de clichés.

 « Combien de temps cela durera-t-il encore ? »

Jeudi 25 mars : « Rien de bien intéressant aujourd’hui, comme souvent d’ailleurs. Sinoquet et moi sommes allés faire du tir au revolver dans une carrière non loin d’ici. Nous n’avons pas trop mal réussi et pour terminer, à 20 pas, j’ai mis trois balles sur 4 dans un fond de casserole trouvée dans la carrière, le fond ayant de 15 à 20 centimètres de cm de diamètre ».

Mardi 6 avril : « Nous entrons aujourd’hui dans notre neuvième mois d’absence ! Combien de temps cela durera-t-il encore ? Nous avons été prévenus ce matin que nous aurions la visite du général Rouquerol et du divisionnaire Augias. Ce ne fut pas long, ces Messieurs sont restés exactement une minute et demie à l’ambulance, et c’est pour cette revue que nous avons été mobilisés de 9 h 30 à 4 heures ! Nous entendons ce soir le bruit du canon = cela ne nous émotionne pas, nous savons qu’on doit tirer de chez nous 500 coups sur Cernay pour tenir les boches en haleine. Le général Rouquerd nous a annoncé que nous étions encore ici pour six semaines »

Mercredi 14 avril : « J’ai vu aujourd’hui la première hirondelle. Ce n’est pas elle qui fait le printemps., mais son apparition annonce une saison qui va peut-être être favorable pour la reprise des hostilités […] On nous a dit aujourd’hui, qu’enfin, dans la Ve armée on allait donner des permissions de quatre jours aux officiers qui auraient un motif sérieux. Je ne puis y croire et je n’envisage en tout cas pas ceci comme un droit : à mon avis il n’y a plus de veto absolu aux demandes de permission. Il va falloir avoir un motif sérieux ».

Alain Moyat

De l’ambulance aux jardins potagers de Berck

Grâce au Dr François Faleur de Reims, nous avons pu suivre le périple de son grand-père Georges, qui a rédigé 7 carnets pour raconter sa guerre et surtout ne pas sombrer dans l’ennui loin des siens. Imposant, aimant la bonne chère (il a eu bien du mal à descendre sous le quintal même durant la guerre) Faleur a pu tenir en rédigeant ses carnets. En faisant de la photo aussi. Il avait installé un véritable labo à Tinqueux où il tirait parfois jusqu’à 140 tirages, autant de témoignage sur ce qu’il voyait autour de lui. De belles photos Sépias ou noir et blanc.

Faleur a aussi pu tenir grâce à son humour prudent mais réel. Le 16 août 1915, il rapporte que Rou-dié est revenu de perm enchanté : « Les civils tiennent à Paris, on est certain de la victoire, toutefois les Parisiens verraient volontiers, paraît-il, Joffre au ministère de la Guerre et Galliéni généralissime ».

Curieux Faleur nous indique qu’il y avait un parc d’aviation à Montchenot. Il y voit six avions Caudron, deux de chasses à deux moteurs de 80 HP, qui grimpent à 4000m en 35’et quatre biplans pour la reconnaissance.

Il évoque le château Heidsieck Monopole de Ludes, inhabité depuis 1889 et dont il faut descendre 150 marches pour atteindre la cave ! Médecin, Georges Faleur n’oublie pas d’évoquer les horreurs de la guerre. Les 19, 20 et 21 octobre il note que les boches utilisent bien des gaz asphyxiants. « Les malades présentent les mêmes signes : une véritable soif d’air, ils halètent, demandent de l’air, qu’on leur enlève leur capote qui a le goût de chlore. Ils ont des sensations de brûlure au niveau des bronches. En quelques jours plus de 1200 malades sont évacués. Il y a 86 morts, ceux qui n’avaient pas eu de tampons (masques) ». Sans prendre aucun repos Faleur soigne les malades, ce qui lui vaut d’être cité à l’ordre du service de santé du 38e CA.

Permission, affectation à Louvois puis à Ludes, entre permission, soins et récolte d’escargots, Faleur entame son neuvième carnet. Il ne sait pas que ce sera le dernier. Le 11 mai 1916 il reçoit un ordre de relève. Affecté pour l’Algérie ou le Marco il parvient à obtenir Berck où sont sa famille et son fils Paul. Il s’occupe des jardins potagers du centre de rééducation agricole. Fin des carnets. Déchirée pendant plus de deux ans, la famille se retrouve.

Médecin aide-major, Faleur n’a certes pas été en première ligne, mais sa contribution à la Première Guerre, à soigner, à consoler les blessés n’en a pas été moins noble.

A.M.

 

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