1 et 2/10.- La saga de Georges Gras, téléphoniste du 243ème RI, le grand père de Philippe Baijot (Lanson)

2GEORGES GRAS - copie 2« Si mon grand-père paternel Jules Baijot, de Revin,  n’a jamais été très bavard sur ce qu’il a vécu durant la Première guerre mondiale, ce n’est pas le cas de mon grand-père maternel, Georges Gras, originaire de Lille, qui a vécu les plus grandes batailles: celle de la Marne, de Verdun et du chemin des Dames et qui en est revenu vivant et sans blessure. » C’est non sans une vibrante émotion qu’aujourd’hui en cette année du Centenaire de la guerre 14-18, Philippe Baijot, PDG du champagne  Lanson, se souvient de son grand-père qui l’emmenait, tout gosse, dans sa Traction Citroën , comme dans un pèlerinage,  pour revoir  plusieurs champs de bataille .
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Philippe Baijot a une tendresse et un respect profonds pour son grand-père maternel qui a notamment fait la bataille de la Marne, Verdun et le Chemin des Dames
Gardant aujourd’hui comme de précieuses reliques plusieurs témoignages écrits et un bel album photos réalisés par son grand-père Philippe Baijot a accepté que nous rendons hommage à ce vaillant Poilu , de la classe 1910, ingénieur Lillois, appelé sous les drapeaux le 4 août 1914 et enrôlé comme caporal télégraphiste au sein du  243ème RI qui faisait partie de la 51ème division d’infanterie attachée en soutien au 10 ème corps d’armée de la Vème armée commandée par le général Franchet d’Espérey.
De la Belgique au Chemin des Dames en passant par l’Artois et l’enfer de Verdun, Georges Gras a été présent sur tous les hauts-lieux de la Première guerre mondiale.  Ayant eu eu la chance d’en revenir vivant il s’est éteint  Roucy (Aisne) en 1964.  Fort de l’historique de son régiment (1), de lectures et de documents transmis par son petit fils Philippe Baijot, c’est donc son parcours, que nous avons tenté de retracer. (2)
Août 1914: Ardennes, Belgique, le repli
Ecusson du 243 ème RI
Ecusson du 243 ème RI

Engagé dans le conflit  dès les premiers jours de la guerre, Georges Gras n’attend pas longtemps pour connaître le baptême du feu.  Arrivé à Aubenton (Aisne) puis envoyé les 18 et 19 août sur Rocroi  afin d’empêcher le passage des Allemands sur la Meuse, c’et la fleur au fusil et applaudi par la population, qu’il passe la frontière belge avec son régiment . Il cantonne à Olloy-sur-Viroin le 21 août  et poursuit sa marche dans la direction du signal de Saint-Gobert. .  Deux compagnies ennemies ayant  franchi la Meuse à Waulsort le 243ème RI  subit  son  baptême du feu quelques jours plus tard et enregistre d’importantes pertes.  Si les 233ème et 273ème RI se replient sur Anthée, le 243e tient toujours. Avec deux autres  bataillons d’infanterie, une Brigade de cavalerie et deux groupes d’artillerie dirigé par le général Mangin, il arrive à Gerin et commence l’attaque d’Onhaye, que vient d’occuper l’ennemi. Après un violent bombardement, l’assaut du village est donné, et le 243ème  y entre le premier. Dirigé d’abord vers Rocroi, puis vers Regnowez, et cantonne successivement à La Taillette, Martin-Rieux, Saint-Clément, La Neuville-Bosmont. Le 29 août, la 51e D. I., en soutien de la Division de cavalerie, se porte dans la région de Vervins et  poursuit sa marche dans la direction de Saint-Gobert.  » Malheureusement, les Allemands, dont les effectifs sont supérieurs aux nôtres, progressent, soutenus par le feu de leur artillerie ; leurs mitrailleuses causent dans nos rangs des pertes sévères.  Le 243e R.I. reçoit l’ordre de se retirer sur Saint-Gobert, puis sur Houry, le soir il cantonne à la Neuville-Bosmont. »peut-on lire dans l’historique du régiment (1) Les jours suivants, c’est pour la 51e D.I. la marche de repli, pénible, déprimante, épuisante… Poursuivi par l’ennemi, le régiment se rend par marches forcées de jour et de nuit, à Chivres, Merfy, Courtagnon, Villevenard. Les arrêts ne sont que de quelques heures pour prendre quelque repos au bivouac et repartir au plus tôt. Les hommes sont exténués, le ravitaillement est difficile, le pain manque…

Septembre 1914: Acteur anonyme de la première victoire de la Marne

Avant de poursuivre avec les notes du  téléphoniste, replongeons par cette intéressante vidéo sur le contexte dans lequel  s’est déroulé la première bataille de la Marne.

VIDEO: Contexte de la bataille de la Marne https://www.youtube.com/watch?v=dFg3nzwcWQo

Sur le carnet de Georges Gras

Après la bataille et un coup de boutoir à Guise (Aisne) du 28 au 30 août 1914 et de longues marches son Régiment d’infanterie reformé se repose un jour et une nuit à Barbonne-Fayel, à 9 km au sud de Sézanne les 4 et 5 septembre 1914.  Après le fiasco des batailles de frontières, la retraite de nos troupes depuis Charleroi,  après dix jours, le mouvement de repli est terminé, toute l’armée va passer à l’offensive. En effet, au lieu de fondre sur Paris, coup de théâtre.  Pour des raisons encore mal expliquées, dès le 3 septembre, la 1ère Armée de Von Kluck semble s’éloigner de la capitale et se dirige vers Meaux et Coulommiers.

Les forces en présence

Au cours de cette première mais capitale première bataille de la Marne, Georges Gras sera  continuellement en mouvement avec le 243ème RI. Comme des dizaines de milliers de ses camarades il va pourtant vivre  un enfer. « Les balles passaient au dessus de nous. Nous avons surtout été affectés par les tirs d’artillerie. Notre chargement était de 32 kg. On a eu faim et soif- beaucoup de fatigue. La nuit les allemands se retranchaient et nous attendaient au petit jour avec leurs mitrailleuses. Pendant toute la bataille de la Marne, je faisais partie de la garde du drapeau en qualité de caporal téléphoniste et assuré quelques missions de liaison. »  Le 6 septembre, le Général Joffre adresse aux troupes ce vigoureux appel : « Au moment où s’engage une bataille dont dépend le salut du pays, il importe de rappeler à tous, que le moment n’est plus de regarder en arrière ; tous les efforts doivent être employés à attaquer et à refouler l’ennemi. Une troupe qui ne peut plus avancer devra coûte que coûte garder le terrain conquis, et se faire tuer sur place, plutôt que de reculer. Dans les circonstances actuelles, aucune défaillance ne peut être tolérée. »

m 1914 le général Joffre commandant en chef des armées
Le général Joffre

Le jour même, le 243e régiment se porte dans les bois à l’Est de la route Sézanne-Broyes, prêt à poursuivre vers le Nord ; un peu plus tard, il occupe et organise la croupe 214, au nord des Essarts, formant deux lignes de tranchées, occupées chacune par un bataillon.  » Vers 5 heures départ en direction du Nord. Traversée de Sézanne, prise de contact avec les Allemands à Soizy-aux-Bois dans le milieu de la journée. En tous points duels d’artillerie. La nuit du 6 au 7 était éclairée par les incendies. Quelques blessés et tués. » (***) 7 septembre.- Georges Gras  explique qu’il « marche en tiroirs » sous les obus à La Villeneuve-les-Charleville (village en feu). » Nous avons vu le curé resté seul au village. Il nous a indiqué que les allemands s’étaient retirés en direction de Saint-Prix, dans les bois. »

« Le curé de Villeneuve donnait l’absolution aux soldats qui passaient »

-« Mon grand-père  m’a raconté qu’à Villeneuve-Lès-Charleville, l’abbé Laplaige était le seul homme resté dans le village qui brûlait ;. Il était sur le seuil de l’église et donnait l’absolution aux soldats qui passaient »se souvient bien Philippe Baijot qui a tenu à ce que cet abbé soit honoré le 11 novembre 2007 (lire par ailleurs en cliquant sur l’image) inauguration laplaige 8 septembre 1914.-«  Les allemands avec des renforts de troupes et d’artillerie étaient en force. La bataille faisait rage sur tous les fronts. Notre adjudant du 5 ème bataillon a eu le ventre ouvert par un obus. Il y a eu de nombreux blessés et tués, surtout par obus de 77 et de 105. Un soldat du 243 ème a dû enterrer son frère dans le cimetière de Charleville. Un de nos avant postes a été attaqué, toute une escouade où il y avait des blessés a été passée par les armes, sous prétexte d’abandon de poste. Caporal en tête à la recherche de ses hommes blessés !!!! (ils ont été réhabilités).En fin de journée, un Général est venu à cheval près de nous pour encourager les soldats (général Grossetti, 42ème DI). En avançant nous avons vu un officier allemand la tête traversée par un obus de 75, comme à l’emporte pièce. 5CARTENuit du 8 au 9 septembre. » La nuit  a été très pénible. Des renforts venant de l’Est sont arrivés. Le lendemain, la 51e D.I. se rassemble au Sud de Charleville, le 243e R. I. reçoit l’ordre de se porter sur la crête face à Corfélix. Il essuie un feu violent de l’artillerie ennemie qui lui occasionne quelques pertes, et il est obligé de se replier en deçà de la crête, où il bivouaque. »

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9 septembre 1914.« Nous avons participé à la prise de Saint-Prix avec le 151 ème RI (42ème DI), dégagé Villevenard et Talus. En fin de journée, notre division,(la 51 ème)a fait mouvement vers l’Est, en direction de Bannes, pour être affectée à la 9 ème armée Foch. Toujours sous les obus, ramassé quelques prisonniers allemands cachés dans les bottes de paille. »

10 septembre 1914 .-« Progression vers le nord des marais de Saint Gond… Vu beaucoup de soldats français tués par des mitrailleuses allemandes placées dans les tranchées. Marche continue vers le Nord. Les prisonniers allemands étaient très éprouvés moralement et aussi très fatigués. Il y en a un qui m’a montré la médaille de la Sainte vierge. »

11 septembre.- « C’est la poursuite. Des cavaliers sont tués le long des routes. Traversée de Vertus. Beaucoup de voitures abandonnées, démolies, chevaux tués. Sur la place de Vertus tout un convoi allemand a été détruit par l’artillerie française. Marche forcée à travers bois et chemins jusqu’aux abords d’Epernay. A Epernay longue attente pour passer la Marne sur des ponts provisoires. Dans la nuit passé par Saint Imoges par grande pluie. Arrivé à Rilly la Montagne. Mis à l’abri pour se sécher. »

12 septembre.« Les combats faisaient rage aux abords de Reims. Reste en formations déployées sur la ligne Trois Puits, Taissy, Saint-Léonard. Progression sur Reims par Cormontreuil, Parc Pommery. Bombardements alemands par gros obus tirés de Beine-Witry-lès-Reims. Passé la nuit dans la maison du garde du parc Pommery. »

13 septembre.« Combats le long de la route 44 de Reims à Châlons. Passé par Puisieux-Sillery. Pris position au Fort de la Pompelle et région de Prunay avec des troupes sénégalaises. Tout le front se stabilise, on se dispute le terrain mètre par mètre. L’artillerie française ne tire plus, elle manque de munitions. Combats d’avant postes. Nombreuses fusillades, surtout la nuit. Coups de mains de part et d’autre. »

Le 243e R.I. détache la 20e compagnie à la garde du poste de commandement du 10e C. A. à 1.500 mètres du fort de Montbré, et organise en position de repli éventuel, le mouvement de terrain à 1.500 mètres au Nord-Est de Montbré. Après la panique des jours précédents, les Allemands semblent se ressaisir, leur artillerie s’installe sur les hauteurs de Berru, et c’est à la faveur de la nuit que le régiment se porte le 15 à  Cormontreuil.  Le 6e bataillon reçoit ensuite l’ordre d’occuper la voie ferrée de Reims, et d’y installer une organisation défensive avec tranchées. Le 5e bataillon est en réserve, d’abord au pont du Canal, puis au parc Pommery, situé dans les faubourgs de Reims. Ce dernier bataillon est sous les ordres du Commandant Lequeux, nouvellement promu, en remplacement du Commandant Lapointe, nommé Lieutenant-Colonel du 43e R. I. C’est le début d’une longue guerre de position: la guerre des tranchées

Alain MOYAT

 

AUTRES DOCUMENTS SUR LA BATAILLE DE LA MARNE

SONS: https://www.youtube.com/watch?v=w9il6my8Y6U

La bataille de la Marne (1/2). La marche de l’histoire sur France Inter de Jean Lebrun avec François Cochet (historien).

 (***)Les citations en couleur bleue correspondent aux souvenirs écrits de Georges Gras

(1) sources historique du régiment http://chtimiste.com/batailles1418/divers/historique243.htm 

(2)1911-1919 – 1938-1941; le double marathon militaire de Georges Gras 2GEORGES GRAS - copie (2)Cliquez sur le poilu pour revenir au début du texte

Prochain article: Septembre 1914-Mai 1915 Passage dans le Pays Rémois

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