A Villeneuve-lès-Charleville, hommage mérité à l’abbé Laplaige (1876-1918)

-« Mon grand-père  Georges Gras m’a raconté qu’à Villeneuve-Lès-Charleville, l’abbé Laplaige était le seul homme resté dans le village qui brûlait ;. Il était sur le seuil de l’église et donnait l’absolution aux soldats qui passaient »se souvient bien Philippe Baijot qui a tenu à ce que cet abbé soit honoré le 11 novembre 2007.

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Philippe Baijot inaugurant la rue de l’abbé Laplaige

 

Curé de La Villeneuve-lès-Charleville et de Soizy-aux-Bois depuis 1876, l’abbé Laplaige mérita les honneurs de sa paroisse pour son soutien inconditionnel aux habitants quand Villeneuve fut lourdement bombardé en septembre 1914 mais aussi pour la précision de ses informations quand il indiqua avec une précision absolue au lieutenant-colonel de Gensac, commandant d’une reconnaissance d’artillerie l’emplacement d’une batterie allemande de six pièces de 105 qui se trouvait à la Briquetterie sur la commune du Thoult-Trosnay, balayant tout le plateau de La Villeneuve et empêchant la progression de la Vème armée en pleine contre-attaque.

C’est donc à l’initiative de l’association Mondement 1914 les soldats de la marne présidée par Claude Domenichini, de la commune de Villeneuve-lès-Charleville dont le maire était Raymond Chauvet, du Souvenir Français d’Epernay et de Philippe Baijot que qu’un hommage a été rendu à l’abbé Laplaige le dimanche 11 novembre 1989 à l’occasion du 89 ème anniversaire de l’Armisitice de 1918.

Ce jour là furent inaugurées une rue à la mémoire de l’abbé Laplaige, la stèle (déplacée)du soldat Albert Mathieu tombés lors des combats de la bataille de la Marne (5 au 12 septembre 1914), et la rue Léon laplaige. Dépôt de roses sur les tombes des soldats de la Grande guerre et de l’abbé Laplaige et de gerbes à la plaque de la mairie à la mémoire des enfants de la commune morts pour la France.

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Philippe Baijot a rapporté les propos que lui a conté son grand-père à propos de son passage à La Villneuve-lès-Charleville en septembre 1914

Souvenirs de l’abbé Laplaige

« Les habitants et moi, nous n’oublierons jamais les journées des 7, 8 et 9 septembre 1914.

Dimanche 6 septembre.- Dès le matin, on entend le canon dans le lointain. Peu à peu, le bruit se rapproche et, à 6 heures, une batterie de notre 61ème d’artillerie tonne au Nord du village. C’est le commencement. Les coups redoublent, il faut descendre aux caves. Les obus sifflent, éclatent et tombent drus autour de nous. A 4 heures, l’après-midi , le presbytère est bombardé, éventré, et l’église brûlée.

Pauvre église, elle que j’avais trouvée si laide il y a 39 ans et que j’avais rendue si décente, si digne, si propre et si belle.

Lundi 7 septembre.- Même bombardement, même danger, mêmes craintes. Le ciel est de feu, la terre tremble. Dans les bras des mères les enfants pleurent. A 4 heures, un bataillon s’élance à la baïonnette. Passant près de moi, place de l’église, les soldats me demandent, qui un chapelet, qui une médaille, qui une croix. Ils s’élancent fougueux et reviennent. L’ennemi s’est enfui.

Le soir à 7 heures, nouvel incendie du village, les femmes sont admirables de courage. Elles forment la chaîne et alimentent la pompe pendant que les hommes manoeuvrent et déménagent. A 9 heures, nous sommes maîtres du feu.

Mardi 8 septembre.- Le matin, canonnade aussi intense et meurtrière que la veille. Bientôt, grâce aux renforts reçus, nos troupes avancent et les ennemis refoulent. Cependant, sur les hauteurs du Thoult, une batterie allemande sème toujours au village la terreur et la mort. Cette batterie, il faudrait la détruire. C’est alors que, poussé par la curiosité et le patriotisme, j’en tente le repérage. Juché au sommet d’une maison voisine, j’interroge et scrute l’horizon, grâce à ma connaissance parfaite des lieux, je reconnais l’endroit d’où partent les coups. J’en fais part à ceux qui m’entourent, le bruit en arrive au colonel d’artillerie qui m’interroge, et moins d’une heure après, les caissons et les pièces n’étaient plus que des débris. Ah !C’est qu’il travaille bien le 75 !

Le reste du jour se passe à la visite des malades.

Mercredi 9 septembre.- Mercredi matin, canonnade encore, mais plus à l’est. Les officiers qui passent nous crient « Victoire ». On respire et on espère. Les plus timides sortent alors des caves, regagnent leurs foyers et vaquent à leurs affaires, mais, pour tous, que spectacle, quelles ruines !

Jeudi 10, vendredi 11 et samedi 12 septembre.-La température est chaude et la plaine est jonchée de cadavres. Il faut les enterrer. C’est à cette triste et lugubre besogne que nous nous employons tous. J’identifie les morts, les hommes les chargent et les mènent aux tranchées. Quand une tranchée est pleine, je récite les prières, les hommes me répondent et nous allons plus loin. J’aurai toujours en mémoire le souvenir de ces faits dont j’ai été le témoin attristé. »

Pour son comportement l’abbé Laplaige fut aussi cité à l’Ordre de l’Armée.

 

 

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