63/Journal de la grande guerre: le 6 octobre 1914

Journal du rémois Henri Jadart qui échappe de peu à la mort(extraits)

La nuit n’est pas moins angoissante que la soirée; nous nous relevons à 11 h 30 pour descendre au salon, et nous restons là jusqu’à 4 heures dans l’obscurité voulue par le règlement militaire. Les bombes ne cessent pas de siffler au-dessus de nous (…) Nous décidons de partir par le train du matin dans la direction de Dormans. Ce que nous voulons c’est quitter Reims, nous éloigner, mais le lieu de refuge demeure incertain. Nous hâtons nos préparatifs sommaires dès le lever. Rentré dans mon cabinet, je dis un adieu muet à tous les témoins de ma vie, -non sans un serrement de coeur: à mes livres, à mes notes, à notre cher mobilier, à tant de souvenirs-

(…)Le train pour Dormans arrive, mais il est bondé depuis le point de départ: il faut en attendre un autre, sous peine de perdre sa place sur le quai.Un second train arrive vers 9 heures, mais il est plein de même, et nous devons monter dans un fourgon, nous y accrocher à la force des poignets, et nous installer debout ou assis sur nos valises. (…) A Vile-en-Tardenois, des escortes militaires entourent le bourg; mais on nous dit qu’il est impossible de s’y réfugier, car on y manque de logements aussi bien que de vivres. Il faut donc survivre jusqu’à Dormans où nous arrivons à midi.

L’aspect de la ville est triste; elle a souffert du passage de l’ennemi et maintenant encore bien des magasins et des restaurants sont fermés (…) La gare est tellement assiégée qu’on n’y peut pénétrer; on se pousse à l’entrée sous la surveillance de deux gendarmes fort peu accueillants  pour tant de malheureux fugitifs. Le Dr Bagneris et ma femme peuvent seuls prendre le premier train pour Paris.

Finalement un train nous met à Paris qu’à 1 heure et demi du matin.

Nous avions abandonné notre home-sur lequel une des dernières bombes que nous avions entendues, nous l’avons appris ensuite, était venue causer des dégâts.

Communication d’Henri Jadart sur les ruines et les pertes causées à Reims par les bombardements du 4 septembre au 6 octobre 1914

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1914_num_58_7_73481

Journal du rémois Paul Hess (extraits)

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Paul Hess prenant ses notes

« Au cours de la nuit dernière, le bombardement a continué et ce matin vers 7 heures et demi, nous entendions soudain de la maison de mon beau-père, 57 rue du Jard où nous vivons en réfugiés, l’explosion formidable d’un obus tombé à courte distance en direction de la cathédrale (…) Nous apprenons que ce projectile (…) était arrivé sur la maison habitée par Henri Jadart, 15, rue du Couchant. L’immeuble en pierres de taille a été complètement saccagé jusqu’au rez-de-chaussée. Un bloc de maçonnerie violemment lancé, à la suite de la déflagration, est venu crever le toit de la chapelle Saint-Vincent de Paul, située 15 rue Brûlée et après avoir troué le plafond, est tombé aux pieds de notre fillette Madeleine, qui se trouvait à la messe à cet endroit (…)

Le Courrier publie aujourd’hui un long récit de l’incendie de Bouilly des 11 et 12 septembre, par M. Demoulin, maire de la commune.

Demande de Légion d’honneur

On apprend aussi que le Courrier a demandé  aux représentants locaux du pouvoir central de solliciter du gouvernement de la République, la croix de la Légion d’honneur car « Reims avec déjà 600 tués et de nombreux blessés a bien mérité de la patrie. »

Et même d’ajouter: « nous insistons  pour que notre courageuse population reçoive cette récompense, que Liège a obtenue pour des mérites moins évidents. »

Comme pour appuyer cette demande,Paul Hess que le bombardement d’hier a fait un terrible massacre dans la famille Barré demeurant 291,  rue de Cernay a fait cinq morts: le père, la mère et trois enfants, trois autres enfants ayant été par ailleurs blessés grièvement.

Interdit de s’approcher des batteries

Le maire de Reims rappelle aux civils qu’il est absolument interdit de s’approcher des formations militaires et des batteries. Ceux qui en conviendront à cet ordre seront immédiatement arrêtés et passibles des rigueurs militaires.

Hess-Paul-La-Vie-A-Reims-Pendant-La-Guerre-De-1914-18-Livre-888512570_ML

Ouvrage disponible en librairie

6 octobre: destruction du patrimoine d’Arras

http://catreims.free.fr/his034.htm

Un propos du rémois Yann Harlaut tiré de son blog: la cathédrale de Reims et le patrimoine de France

http://catreims.free.fr/his034.htm

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