Grâce aux archives municipales de Reims un témoignage inédit sur l’incendie de la cathédrale

Appelé par M. Antony Bochard, ex chef de la sûreté de Reims, à faire partie de la police municipale au titre d’agent auxiliaire n°47, le tailleur Alfred Wolff a raconté dans ses carnets la vie de Reims depuis le 3 septembre 1914. L’ensemble de ses écrits est disponible sur le site internet des archives municipales de la ville de Reims . Le 19 septembre il est aux premières loges pour voir l’incendie de la cathédrale et la sortie des prisonniers allemands abrités dans l’édifice.

place_du_parvis_en_ruine - copieNotre service se continue au Central, dès 7h45 le bombardement est en route, à 17 heures la Cathédrale est en feu, les échafaudages du grand portail sont en feu les flammes lèchent la façade et la tour aux cloches, petit à petit, se désagrègent et ses pièces de bois carbonisées tombent au pied de cette tour, entourant les grilles formant une sorte de bûcher, dans lequel le fer se déforme et se tord en une sorte de convulsion, les obus incendiaires sont tombés un peu plus loin que le milieu du toit et vers la tour, c’est de ce point que j’ai vu les flammes gagner plus rapidement le clocher à l’Ange, dénommé carillon à l’heure, ainsi que l’abside.

Le vent soufflant en cette direction et se rabattant sur l’archevêché et les maisons contiguës, tel le dit le concierge de la maison Colas (tissus) ce qui a été la cause de l’incendie de la plupart des maisons de la rue de l’Université, côté droit, et de celles entourant la maisonColas, l’incendie vers les tours se propageait moins vite, je ne pensais guère en lisant l’incendie de 1421 en l’ouvrage de l’abbé Cerf, mon professeur de catéchisme, qu’il me serait donné de contempler stupéfait un spectacle aussi tragique.

C’est sous l’entrée de la cour Chapitre que je voie les flammes grondantes s’élever gigantesques et atteindre le point central de l’édifice où se trouve une forêt de bois de châtaignier édifié en vue de soutenir une énorme flèche que le plan primitif permet de voir et que mon camarade d’école Paul Dubois, de l’Hôtel du Lion d’Or, avait dessiné en un « Rêve artistique » avec toutes ses autres tours plus petites. La chaleur produite nous cuisait le visage, et le bruit fait par cet ouragan de feu était semblable à une mer déchainée. Je vois encore les pointes des flammes s’élancer dans l’air comme pour rechercher un nouvel aliment à brûler et dépassant de bien loin le clocher à l’ange soutenu par les cariatides de bois, représentant le bourgeois d’une époque, il semblait bien frêle en cette vague énorme de flammes, sa silhouette noircie apparaissait de temps à autre suivant les caprices du vent, l’on se regardait stupéfait, les incroyants pleuraient, les femmes maudissaient.

Un ouragan de feu comme une mer déchaînée

Puis quand le gros ouvrage fut brûlé, le pourtour du portail de l’annonciation reconstruit après apparut comme une crête de feu, son pignon rougie se profilait sur l’horizon qui s’obscurcissait et rendait encore plus grandiose ce sinistre.

Les chevrons du vaste toit sont alignés, tout en feu, la bise entretient cette longue braise allumée rangée comme en une parade militaire, et ne se rompt que pour tomber au-dessus des voutes très solides de la nef et du choeur, la toiture de plomb s’est naturellement fondue et de larges plaques s’étalent partout sur les pavés du trottoir et de la rue. Cependant un drapeau flotte au sommet de la tour Nord, c’est celui de la Croix-Rouge qui abrite en cet édifice près de 150 prisonniers allemands blessés, les uns gravement. Les tours, les galeries ajourées, l’abside, tout semble éclairé par un vaste feu de Bengale se propageant et durant bien avant dans la nuit, quelle vision du lointain pour ceux, du lointain, qui comme nous assistaient impuissants à ce désastre qui sera mondialement connu parmi les phalanges d’artistes et des admirateurs.

Rumeurs: les prisonniers boches veulent s’échapper

Durant cet incendie, je ne fais qu’aller et venir dans la rue du Préau, de la porte du Chapitre à la Cathédrale, tout d’un coup, une rumeur circule, les prisonniers blessés boches, en la Cathédrale, veulent s’échapper, cinq d’entr’eux quittant le groupe, dans cette intention, se sont égarés dans l’édifice, on les retrouve carbonisés, des fantassins français arrivent en effet l’arme chargée avec ordre de tirer s’ils sortent dans un but d’évasion, l’un met genou terre au milieu de la du Préau, deux autres se placent de chaque côté du portail St Sixte, de la Place du Parvis, des rumeurs nous parviennent, mon collègue de coupe Wagner du 132ème m’affirme à Chatelaudren que des soldats postés au Parvis en ont fusillés plusieurs. Devant cette tentative d’évasion compréhensible, je comprends leur impression sous les hautes voutes rougies par le feu, et l’enfumée qui devait se produire.

Une première fois, la porte du portail St Sixte s’ouvre, la tête du convoi de blessés apparaît, mais recule dans le tambour, voyant les soldats prêts à faire feu, le public s’amasse et devient houleux, méchant, il y avait de quoi, les soldats et nous policiers, l’agent Braille 35 et un autre régulier, comprenons l’inutilité de fusiller ce tas d’éclopés qui tous marchent péniblement, et ne songent qu’à quitter ce lieu de désolation bombardé par les leurs, et aller ailleurs, où ? …

La porte est ouverte une seconde fois, les blessés avancent lentement, lentement, à leur tête se trouve cette fois l’abbé Thinot, maître de chapelle de la Cathédrale (qui dans un instant, les bras en croix, et devant les allemands, les protègera de tout son corps) rejoint peu après par le curé archiprêtre Neveux et l’abbé Andrieux. Le cortège est arrivé devant la porte de l’ancien mess des officiers, à l’entrée de la rue du Préau, et l’a tant soit peu dépassé, le public mâle montre les poings et veut avec les jeunets accourus tomber dessus, cette bataille manquée a eue pour origine et point de départ le sourire moqueur du Lieutenant Wilhem de Jonquière qui avec le major Dr Pflugmaker (faiseur de charrues) se trouvait en tête, un brave homme du peuple, lui traduit son courroux en termes appropriés à son éducation, il sourit dédaigneusement, moi-même devant son attitude, je lui dis « Larch sie nicht »(sic) « Ne riez pas ! » Un ordre arrive, les soldats se retirent et voici aussi qu’un abbé nous communique l’autorisation verbale des Rédacteurs du Courrier Mrs Gobert et Helluy, consultés (Mr Gobert vint peu après voir), d’abriter momentanément en l’imprimerie coopérative (ancien mess des officiers et ses Dépendances) les blessés prussiens allemands, il était temps, car un peu plus tard, les soldats excités par la foule auraient pu tirer, la foule aurait écharpé le reste non-atteint, mais il était dit que la charité chrétienne des prêtres de la Métropole auraient raison de cette colère justifiée par les évènements.

La porte du pan coupé de l’imprimerie est donc ouverte, et par elle, tous s’engouffrent et se répandent dans tout l’immeuble, les moins blessés n’aident pas ceux qui le sont davantage, c’est encore nous autres, pris de compassion, qui rentrent ces malheureux (1).

Pour ma part je vais avec le major Pflumaker et l’infirmier boche Paul d’un blessé à l’autre, car plusieurs sont sortis trainant, sous eux, leur matelas ou paillasse et leur membre cassé retenu en un appareil treillagé, ils sont ainsi dans la rue, je vois encore, au seuil du portail, un jeune boche trainant sous son séant un maigre matelas, à ce moment précis des pierres rougies par le feu tombent de la hauteur du pignon. Pris de peur il crie guturalement portant une main sur sa tête pour la protéger, nous-mêmes croyons que d’autres pierres vont encore tomber, je lui crie en boche « N’ayez pas peur » « Ferten sie nicht ! » et je l’aide à avancer en tirant son matelas traversant ainsi la rue Robert de Coucy.

Braille fait, en la Cathédrale, la recherche des prisonniers blessés qui dit on se trouve au chantier de sculpture, il en trouve 5 blottis entre les statues et noircis de fumée, 4 seulement le suive à travers l’édifice enfumé, le 5ème incapable de suivre est resté à son malheureux sort . Braille perd de ce dévouement le casque du lieutenant Wilhem qu’il avait reçu. Je garde la pèlerine de Braille qui voulait avoir ses mouvements libres.

Enfin ils sont tous casés, Mr Gobert apparaît et me témoigne sa volonté de les voir abrités, il regarde par l’ouverture, de la porte du pan coupé donnant sur la rue, les vitres étant sautées par les explosions antérieures. Mon livre de notes contient cette courte notice

142 prisonniers blessés

« Samedi 5h20 je garde les prisonniers prussiens blessés (en l’imprimerie coopérative) et plus loin, je lis le chiffre « 140 » Je fais l’inspection des divers immeubles où ils sont tassés à même le plancher escaliers de pierre et de bois, partout enfin où il y a une place pour s’étendre, et en compte 142, voyant que je ne puis rester à garder les prisonniers blessés, je prie un abbé qui passait de bien vouloir aller à la ville en mon nom et demander à ce que l’on me relève, de ma fonction volontaire et improvisée en ce quartier. Il revient bientôt après en me disant qu’un caporal et six hommes allaient venir, en effet, cette petite troupe arrive, je remercie l’abbé, un petit, dont je regrette de méconnaître le nom, mais je le suppose encore vicaire de Notre-Dame.

Avec le caporal nous inspectons les issues, il place quelques hommes à l’intérieur, les curieux sont nombreux, un soldat (fantassin de passage) s’arrête, regarde, et entre, il arrache du porte carte du Docteur Pflugmaker la carte routière qui s’y trouve et lui laisse sur sa demande l’objet de cuir l’encadrant, puis les Boches avides regardent nos soldats qui coupent leur pain, les nôtres en donnent aux plus affamés qui remercient, le Docteur s’attendrit à cette vue, les Boches se cotisent en monnaie française pour obtenir, et me demandent d’obtenir, de quoi manger, n’importe quoi. Je note les noms et les sommes en regard, en tout 5Fr85, je requiers un gosse pour aller chercher quelques victuailles, il revient les mains vides, tout est fermé, je rends la liste et l’argent, ces messieurs ne mangeront pas ce soir ! Je retrouve en mon imperméable un morceau de pain que je partage en deux et le donne à deux blessés couchés en la pièce d’entrée, mais un troisième me dit « Il en a déjà eu lui tantôt des soldats ! » Il me reste une poire, je veux la donner à un boche, couché devant le bureau près de la porte d’entrée, qui n’a plus de pied gauche, son moignon parfois est dressé en l’air, il est perdu et il veut voyager, la plaie s’envenime et gagne le haut de sa jambe, mais le Docteur s’interpose en me disant que ce n’est pas compatible avec son état gangréneux, en effet, il délire, son voisin, aussitôt la porte, me fait signe en montrant sa tête qu’il déménage, l’infirmier Paul le torche au papier.

Une puanteur à vomir …

Comme en la cathédrale ! (réflexion de Mr Havot maître sculpteur de N.D). une puanteur des plaies non soignées s’exhale en ces 3 pièces, c’est à vomir, dans la pièce aux papiers située derrière le bureau, plusieurs sont là couchés, dans un coin il y en a un qui ne se gêne pas pour tempêter contre son Empereur qui a déchainé une guerre aussi terrible, il ne se gêne pas de dire son mécontentement, il jure des « Donerweder », contre tous les dirigeants allemands, les autres ne soufflent mot, et le regarde avec terreur en songeant sans doute que les chefs voisinant l’entendent. Il y a aussi un vigneron du Rhin qui m’exalte la beauté de nos vignes, il est sans coiffure. Je lui dégotte une vieille casquette, qu’il est heureux de mettre, il me remercie avec effusion. Mais le boche (sans pied gauche) délire toujours, il réclame sans cesse son soulier pour aller voir sa soeur qui l’attend, cette vision de pied emporté par éclat d’obus lui a sans aucun doute frappé l’esprit, elle lui revient terriblement. Le docteur réclame une cuvette, avec de l’eau, il donne quelques soins indispensables aux siens.

Une imprimerie transformée en prison-hôpital

Avant de quitter l’imprimerie transformée en prison-hôpital, j’en parcours encore toutes les pièces, sur le palier du 1er étage en face Vedie-Jacquard, trois officiers, y son couchés côte à côte, à même le plancher, ils ne causent pas aux soldats et semblent s’en désintéresser, ils ont des casquettes plates rigides, l’un d’eux est très brun, parait très sévère, et possède toute sa barbe et bien noire, ils maugréent quelques paroles à ma demande « S’ils étaient mieux là qu’en face ? ». En descendant de ce 1er étage dans l’escalier je trouve des hommes, à tous les degrés, couchés, eux, à ma question, me répondent en riant « Ya ! Ist besser ! » « oui ! c’est meilleur ».

Dans le vestibule, sur les marches de pierre, partout il y en a, sans paille, sans couverture, et ils s’y trouvent très bien, ils s’accommodent de la situation.

Avant de terminer ce fait du jour, il me reste à dire en faveur du Major quelques paroles. Une fois que tout ses grands blessés furent notamment placés en les pièces du rez-de chaussée,

il leur tint à peu près ce langage suscité par Mr Gobert qui réclamait que l’on ne touche à rien « Vous venez, leur dit-il, d’échapper à la mort, et êtes hospitalisés en cette maison, aucun de vous ne se conduira mal en ses magasins en s’appropriant quoique ce soit »

Tous attentifs et silencieux, répondirent avec ensemble « Ya ! Ya ! ». Parmi eux se trouve un blessé de marque, il m’apprend qu’il a étudié un peu de français avec un jeune homme du

Havre (et cela par correspondance), il me dit également qu’il a vu l’empereur se promener soucieux en ses jardins où lui, un jour, était de garde, et l’avoir vu faire de la tête des gestes négatifs étant au milieu de membres de l’empire et de l’Etat-major qui désiraient, et le poussaient à faire la guerre, il me soutient cette thèse avec sincérité, il disait « Nein ! Nein ! » l’empereur me fait-il. Il ajoute quelques jours après qu’il se souviendra de la correction que j’ai apporté durant mes fonctions de garde et me demande mon nom que je lui donne. Il m’écrit le sien sur mon carnet, je le recopie « Wilhelm Jonquières Leutnant im Königin Elisabeth Gard- Grenadier Regiment Nr 3 Berlin-Charlottenburg » Wilhem de Jonquières lieutenant au 3ème régiment de la garde royale des grenadiers de la reine Elisabeth, Berlin-Charlottenbourg. Le Major inscrit le sien ensuite « Le Docteur Pflugmacker du 1er régiment de la garde à pied, chirurgien-major.

Le journal « Le Matin » du 29-9-15 reporte que Le lieutenant Von Jonquières (un nom de chez nous) écrit : « Le village entier (des Ardennes) incendié, la 7ème Compagnie fait 2000 francs de butin ».

Le Docteur-soldat Vilpoy de Sedan, passe, visite les blessés boches, et me fait, sur ma demande, une ordonnance pour le pet de feu attrapé durant l’incendie des maisons de la rue de Bétheny, près l’église et du pharmacien, où je cherchais à dresser une lance fixe d’arrosage, quelques heures encore, et la maison brûle, je trouve quelques temps après un militaire pleurant sur les décombres dans lesquels il recherche quelques objets de cuisine, il se lamente, échelles et tuyaux sont encore là en batterie bien inactive.

Au moment de quitter ma garde, l’abbé Andrieux, dont le domicile est voisin, passe et me prie de venir avec lui pour sauvegarder l’oeuvre d’art en bois qu’est le dais surmontant le trône du Cardinal Luçon, ainsi que le petit orgue d’accompagnement qui se trouve menacé par les stalles en feu.

Les deux cruches d’eau que m’apporte, au portail Sr Sixte, en deux courses successives un jeune homme, complaisant, et qui craignait de pénétrer dans l’édifice en feu et tout enfumé, ne suffisent pas à éteindre le feu qui couve sous les marches recouvertes de tapis, le feu gagne lentement la boiserie basse appuyée à la grille, que faire ? …

A ce moment, je cherche des yeux un outil quelconque pour arracher et disloquer ce foyer d’incendie, je vois bien le feu partout, les voutes embrasées, mais je ne songe qu’au désir de l’abbé Andrieux mes yeux pleurent, je toussote, j’ai chaud, mais j’en aurai raison de ce feu, l’outil se présente à moi sous forme de traverses de bois, de près de 4 mètres de long, (du sapin, je crois) qui se trouvaient au pilier, à gauche du Maître-autel, je m’en saisis d’une, ellese place bien difficilement en mes mains inhabiles, et la manoeuvrant comme d’un bélier et par pesées j’arrive à détacher du mur, les quelques manches formant un bloc de bois que je disperse au milieu face à l’Autel, là, il peut brûler ce bois pensai-je, (les bribes de bois en feu, susceptibles de donner un regain d’activité incendiaire, et toujours avec ma traverse peu maniable, je fais sauter les parties non encore éteintes de la basse boiserie du dais, C’est fait ! l’oeuvre du sommet reste intacte. C’est alors que confiant en la solidité des voûtes je reste là, muet, (combien de temps, je ne le sais pas), à regarder l’étendue de ce ravage, ce qui me frappe c’est les trous noirs que forment les stalles de droite déjà brûlées. Je pense que celle que j’ai occupé, là bas à droite, la première près de la grille, n’existe plus. En un instant mes 16 années de services en la Cathédrale me passent en esprit, je songe à la maîtrise, il me semble que le petit orgue n’est pas atteint, les flammes se reflètent sur ses tuyaux. Le grand orgue trop souvent silencieux est là, à ma droite, intacte aussi. Je pense aux chants de deuil que j’ai fait retentir de sa tribune, faut-il pour la métropole faire retentir le prosaïque « Dies irae » Non ! on dit depuis les fidèles admirateurs de cet édifice. L’abbé Andrieux parti un moment, je ne sais où, revient et par sa présence me tire de cet état d’âme, nous quittons ce lieu de désolation, il me remercie.

« Votre kaiser que c’est une belle canaille »

Il faut que je dépeigne aussi le courroux de mon ancien collègue Edmond Laloyaux, baryton de Notre-Dame qui dit, du milieu de la rue, voyant brûler la Cathédrale ces paroles au

Major « Ah ! Vous pouvez dire à votre kaiser que c’est une belle canaille » et sa voix monte, répercutante, devant l’édifice, il en dit encore bien d’autres, nous l’écoutons, pas un Boche ne souffle un mot. Ronde de nuit avec Fournier, pompier, nous explorons le quartier brulé du commerce des laines, la maison de tissus Poullot flambe, nous arrivons au pas par la rue Montoison pour surveiller aussi le repaire de la rue Rainssant, face à l’impasse Montoison une femme panier au bras est là regardant l’oeuvre du feu, c’est la boulangère de la rue des Filles-Dieu, inquiète, elle attend que sa maison brûle, mais dit-elle, « Le commis ne veut pas se réveiller, rentré un peu dérangé, il est alourdi ». Une rapide inspection de la maison est faite, je secoue le garçon qui grogne, mais ne se lève pas encore, le grenier aux farines est tout chaud, j’en ferme les volets disjoints et bouche les ouvertures en coeur, le danger peut être conjuré, deux pompiers arrivent, nous les aidons à passer les tuyaux dans l’escalier de l’immeuble voisin où habite Lamotte basse de l’Union Chorale, de là dans un grenier (une vraie cage à poules), je conseille de préserver l’immeuble du peintre Vieillard, le plus vieux pompier braille constamment et s’obstine à posséder trop de tuyaux ce qui ne donne pas de jet, une borne-fontaine est cependant là devant moins éloignée, Fournier et moi le laissons à son obstination, Poullot brûle de mieux en mieux, et Vieillard l’est également vers le matin, nous rassurons la boulangère qui retourne revêtue de ma pèlerine que je lui avait déposé sur les épaules tant elle avait froid, de regarder immobile muette cette incendie, elle réveille avec égards et précautions (cette fois bien heureuse) le commis qui se met à l’ouvrage, nous repassons vers 3 heures, la panification est en route, je complimente le boulanger, les habitants du quartier auront du pain nouveau demain, la boulangère est reconnaissante, elle reçoit de temps à autre ma visite et me donne des renseignements utiles.

Avec Gaston Petit, je visite les prisonniers boches installés chez l’imprimeur Monce, ils réclament à manger, et des soins. Nous ne pouvons rien faire, ni nous émouvoir devant la cathédrale brûlée, fumante encore.

La suite sur le site des archives municipales et communautaires de la ville de Reims (rubrique guerre 14-18)

http://www.reims.fr/culture-patrimoine/archives-municipales-et-communautaires–2358.htm

 

 

Une réflexion sur « Grâce aux archives municipales de Reims un témoignage inédit sur l’incendie de la cathédrale »

  1. Bonjour,
    Merci de ce texte.
    Vous parlez de l’imprimerie de mon grand père, Claude Helluy et de son beau frère, Mr Gobert Albert. Ils étaient alors propriétaires du journal « courrier de la champagne ».
    Mme S Helluy.

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