251/journal du 12 avril 1915: feuillets de route en Argonne

Carnets du Rémois Paul Hess (extraits)

Vu ce matin, les nouveaux dégâts causés en ville, dans la nuit du 7 au 9. Partout, c’est absolument effrayant; il y a eu profusion de gros calibres.

Le communiqué n’a pas dit un mot de cette nuit des plus terribles pour Reims.

Le Courrier d’aujourd’hui indique sous la rubrique: le bombardement (209 ème jour de siège) « Néant ».

L’Eclaireur avait un petit article comptant, sous le même titre, trois ou quatre lignes; il a été complètement supprimé par la Censure.

En dépliant ces journaux au bureau, je ne puis m »empêcher d’exprimer un profond étonnement, une véritable stupéfaction de constater pareille conspiration du silence.(…)

Bombardement aujourd’hui vers le quartier Saint-Remi.

Feuillets de route en Argonne de Paul GINISTY  journaliste, correspondant aux Armées

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Paul GINISTY. Source : Le Petit Parisien – 12 avril 1915

CLERMONT-EN-ARGONNE.-A peine a-t-on fait quelques pas, en descendant la route, que le désastre apparaît dans toute son horreur. Là, que faire, jusqu’au temps où il sera possible de reconstruire ? Rien n’existe plus. On a dit cette destruction systématique les mois qui se sont écoulés n’ont apporté aucun changement à ce tableau lamentable.

Avant de nous engager sur cette route, bordée de décombres, nous montons sur la hauteur où se trouve l’église datant du quinzième siècle, dont le portail était célèbre.

Elle a été crevée de toutes parts par les obus. Sur les planches formant une clôture improvisée, l’autorité militaire a fait poser une affiche manuscrite, qui a sa douloureuse éloquence « Il est expressément défendu d’entrer dans l’église, dont les voûtes peuvent s’écrouler d’un moment à l’autre. » Autour de l’édifice, toutes les habitations ont été incendiées. Un vieux couple est revenu, cependant. Il campe dans une toute petite pièce, seul reste du logis, où, avec des moyens de fortune, il s’est fait un abri. Nous avons plus d’une fois constaté ce besoin des vieilles gens de reprendre possession, même dans les plus dures conditions, du petit coin où se passait leur existence.

LA SUITE SUR: http://argonne1418.com/2011/02/16/dans-la-presse-le-12-avril-1915-feuillets-de-route-dun-envoye-special/

1915 : Ernst Jünger en Lorraine

J-ngerLe 12 avril 1915 nous prîmes le train à Hal et roulâmes par un long détour, pour déjouer l’espionnage, le long de l’aile nord du front, jusqu’aux abords du champ de bataille de Mars-la-Tour. La compagnie prit ses quartiers, comme d’habitude, dans une grange, au village de Tronville, l’un de ces ennuyeux trous crottés si fréquents en Lorraine, bâti de bric et de broc en cubes de pierre couverts de toits plats et de dépourvus de fenêtres. Nous devions, par crainte des aviateurs, nous tenir le plus souvent dans notre bourgade bondée de soldats ; nous rendions cependant visites aux lieux illustres et tout proches de Mars-la-Tour et de Gravelotte. A quelques centaines de mètres du village, la route de Gravelotte était coupée par la frontière ; le poteau-frontière français gisait en morceaux sur le sol. Le soir, nous nous offrions souvent le plaisir mélancolique d’une promenade en Allemagne.

http://couarail.over-blog.net/article-29015364.html

La dernière lettre de Léon Guirande

Léon-Auguste Guirande est né le 27 juin 1892. Comme beaucoup d’instituteurs, il avait le grade d’aspirant. Il appartenait au 782eme régiment d’infanterie et fut tué au combat le 13 avril 1915.

« Ce 12 avril 1915. Mes chers parents, Si cette lettre vous parvient ça sera que je serai foutu. Je vous prie de ne pas trop vous chagriner. Efforcez-vous de vivre avec mon souvenir et que mon image vous soutienne jusqu’au bout. Je serai allé rejoindre un peu avant vous le pays où l’on existe qu’à l’état de souvenir. Efforcez-vous d’entretenir dans ces pensées Emile : qu’il ne m’oublie pas et je désire qu’il soit fier de moi. Mettez-le au lycée dans une classe de sciences et qu’il fonde une famille afin de conserver notre nom, notre sang et notre souvenir. Et Dieu mes chers parents, soyez bénis. Je vous ai bien aimés beaucoup beaucoup. »

http://compagnieart27.free.fr/compagnieart27/Dans_les_tranchees_files/DOSSIER%20(Dans%20les%20Tranchées)%202013.pdf

Ecrivain mort à la guerre

André Morize-Delarue – 1894 – Tué le 12 avril 1915 à Saint-Julien (Ypres).

http://data.bnf.fr/12196117/andre_morize/

Lu dans Le Miroir en date du 12 avril 1915

Belgique.-Action d’artillerie en Belgique. Au nord d’Albert, les Allemands ont prononcé une attaque sur les deux rives de l’Ancre, vers Hammel et le bois de Thiepval; ils ont été repoussés.
France.-Dans l’Argonne, lutte violente : nous avons démoli un blockhaus, pris 300 mètres de tranchées, brisé deux contre-offensives. Aucune action du côté des Eparges et de Combres. Au bois d’Ailly, nous nous rendons maîtres d’une nouvelle ligne de tranchées. Au bois de Mort-mare, nous avons gagné, puis reperdu, quelques tranchées. Au bois Le Prêtre, avance de nos troupes, puis refoulement de deux contre-attaques ennemies.
Nos avions ont bombardé avec de gros obus la gare maritime et la fonderie de Bruges.
Bulgares et Serbes continuent à publier de longues notes au sujet des incidents de Valandovo. Les Bulgares, à l’encontre des Serbes, affirment que l’attaque n’a pas été le fait de comitadjis armés et concentrés dans leur pays.
Dans les Carpathes, les Russes ont enlevé un mamelon important. Sur un autre point, ils ont capturé 1000 Autrichiens. Mais une neige épaisse couvre encore les pentes du versant sud vers la plaine hongroise.
L’état-major de Vienne continue à accumuler les préparatifs militaires dans le Trentin.
Deux meetings, l’un interventionniste, l’autre neutraliste, ont été interdits à Rome.
Le vapeur anglais Harpalyce a été coulé par un sous-marin allemand.