314/journal du 14 juin 1915: extinction des lumières à 21 heures à Reims

Carnets du rémois Paul Hess (extraits)

Dans le Courrier d’aujourd’hui, nous lisons ceci:

Avis à la population

Le commissaire central de police, dans le but d’éviter à la population rémoise toutes poursuites judiciaires à ce sujet, lui rappelle instamment les prescriptions relatives à l’extinction des lumières dans la ville de Reims. Les  instructions sont celles qui ont été données par M le maire, à la date du 21 septembre 1914, et qui sont toujours en vigueur. D’après ces instructions, toutes les lumières doivent être éteintes à partir de 9 heures du soir ou tout du moins rendues invisibles du dehors.

Des patrouilles militaires ou de police seront chargées de veiller à l’exécution de cet ordre.

Une lettre d’Alexandre Jacqueau écrite le 14 juin 1915

AJd15
Éclatement d’une de nos bombes sur la tranchée allemande

 

Entre son départ de Paris-gare du Nord en août 1914 et sa mort dans une tranchée du Bois des Caures en juillet 1915, Alexandre Jacqueau n’aura jamais revu sa femme ni ses deux enfants. Sachant lire et écrire, il eut toutefois le privilège de pouvoir échanger des lettres avec sa femme. C’est cette correspondance qui est ici retranscrite sous la forme expurgée dans laquelle sa veuve les fit publier dans un ouvrage familial, quelques années plus tard.

AlexandreDepuis ce matin, je veux t’écrire, mais ici je suis l’écrivain public et fais les lettres des uns et dès autres. Je n’ai jamais écrit à autant de femmes de ma vie, Sidonie, Marie, Lucienne, Désirée, Agathe, etc, j’oubliais Madeleine qui est une de mes abonnées. Je les embrasse les unes après les autres ainsi que les petiots et je signe : « Ton mari qui t’aime beaucoup et pense bien à toi. » Quel bigame… Néanmoins, j’espère que tu n’en seras pas jalouse.

À tous, j’ai le désir de faire plaisir…, mais depuis que j’ai mon appareil photo, cela me devient impossible, mon rôle d’écrivain ne suffit pas, il faudrait que je devienne photographe et malgré toute ma bonne volonté, cela n’est pas possible. Et pourtant, combien je serais heureux de faire plaisir à tous. Tu ne peux te figurer combien je suis ennuyé lorsque je vois un homme venir à moi et me dire : « Mon lieutenant, si vous pouviez me photographier, cela ferait plaisir à ma femme et ce serait un bon souvenir de vous. »

À tous, je réponds : « Mon pauvre ami, je regrette de ne pouvoir vous faire plaisir, mais il me faudrait prendre tous les hommes de la Compagnie, et vu le nombre, cela m’est impossible, mais je ferai mon possible pour vous prendre dans un groupe. »

Aujourd’hui, je t’envoie quelques photos.

Le reste sur le site: http://etienne.jacqueau.free.fr/15Juin.htm

Le Corse Joseph Gabrielli fusillé ce 14 juin 1915

Joseph Gabrielli , berger de son état, n’avait jamais quitté la Corse, ni même son village natal près de Corte, quand il fut mobilisé au 140e régiment d’infanterie alpine. Bien qu’il soit illettré et arriéré mental, on l’affecte à la 6e compagnie où on a plus besoin de son corps que de son esprit. Le 8 juin 1915, au cours d’une attaque, il est légèrement blessé. Son chef l’envoie se faire penser au poste de secours. En revenant, il s’égare et ne retrouve plus sa compagnie. On le retrouve cinq jours plus tard, terré au fond d’une cave à Colincamps (Pas de Calais). Malgré les témoignages des soldats et de son commandant de compagnie confirmant l’irresponsabilité de l’accusé, le conseil de guerre le reconnait coupable d’abandon de poste devant l’ennemi et le condamne à mort. La sentence est lue le 14 juin 1915 à 20 heures et Gabrielli est fusillé une heure plus tard. Dix ans après, un témoin, M Dupommier, qui avait assuré la défense de l’accusé, raconte l’exécution.  » Au cours de ces quatre années de guerre, j’ai vu de terribles choses. Je ne crois pas avoir assisté à un plus triste spectacle que cette exécution. GABRIELLI, affolé, courrait devant les fusils en criant :  » Maman, maman, je ne veux pas mourir…  » Il se cramponnait convulsivement, tantôt à l’aumônier, tantôt à moi ; il a fallut planter un poteau sur la tranchée de deuxième ligne pour l’y ligoter. Cela a duré une demi-heure. Les hommes du peloton d’exécution étaient terriblement émus. Un seul être demeurait impassible : c’était le commandant Poussel.

http://verdun-1916.chez-alice.fr/frameg/ri30_1915_6.html

Lire aussi: http://billardbaltyde.com/fusille-pour-lhistoire/

Le 14 juin vu par Apollinaire

14 juin 1915

On ne peut rien dire
Rien de ce qui se passe
Mais on change de Secteur
Ah ! voyageur égaré
Pas de lettres
Mais l’espoir
Mais un journal
Le glaive antique de la Marseillaise de Rude
S’est changé en constellation
Il combat pour nous au ciel
Mais cela signifie surtout
Qu’il faut être de ce temps
Pas de glaive antique
Pas de Glaive
Mais l’Espoir

Juin 1915 en Eure-et-Loire

http://www.archives28.fr/article.php?laref=371

Arménie: le massacre des hommes de Mardin

Dans la nuit du 13 au 14 juin, les prisonniers sont préparés à la déportation. Récit de l’abbé Krémo : « Au cours de la première partie de la nuit du lundi 14 juin, le geôlier vint chez nous et nous demanda de sortir de ladite chambre… Nous avons vu un groupe d’officiers et de soldats alignés, le cœur joyeux et l’air détendu. Ils s’élancèrent sur nous des cinq côtés, je veux dire de droite et de gauche, de devant et de derrière et du milieu, et ils nous emmenèrent à la caserne. Après cela, un officier s’avança et ordonna aux prêtres de se ranger de côté. Nous obéîmes à son ordre. Il commença à nous appeler chacun à son tour et à nous <p.131> enchaîner. Le premier convoqué fut l’abbé Matta Mallache. Il lui passa au cou un cerceau de fer, avec un sourire de satisfaction, puis il lâcha contre nous les brutes Mechkawiyi et Dachiyi [des tribud Mechkaouieh et Dachi], tels que Farès, gendre du pacha, son oncle Omar et Wassi, fils de Mohammed Saïd agha, son cousin, Yassin, et bien d’autres. Ils choisirent parmi nous 84 personnes auxquelles ils mirent des cercles de fer au cou. Ils attachèrent également les mains de l’abbé Hanna Tabé et le lièrent à un jeune Arménien de Tell Armen. Quand ils n’eurent plus de chaînes de fer, ils eurent recours à de grosses cordes et lièrent chaque cinq personnes à une corde. Les autres soldats restèrent les épées levées au-dessus de nos têtes de peur de laisser s’échapper l’un de nous. Quand ils eurent fini de lier et d’enchaîner, le préposé à la déportation et la milice Khamsin se présentèrent aussitôt et nous encerclèrent tout joyeux »47.

Le 14 juin, à l’aube, un convoi de 266 hommes, enchaînés ou liés par cinq, quitte Mardin par la porte El-mechkaouieh pour suivre, comme le premier convoi, la route de Diarbékir, sous la conduite du commandant de gendarmerie Abdul Kadir, le second de Chakir. Il est accompagné de Tewfik, le yavour de Rechid, venu à Mardin compléter l’équipe chargée de la liquidation des Arméniens du sandjak .

http://www.imprescriptible.fr/rhac/tome4/l1-p3-ch3

Lu dans le Miroir en date du 14 juin 1915

Nous avons repoussé plusieurs attaques contre nos tranchées de la route Aix-Noulette-Souchez. Nous avons de plus consolidé les positions conquises à l’est de Lorette, gagné à droite de ces positions et progressé dans le Labyrinthe. Le feu d’artillerie est ici incessant.
L’ennemi a subi un grave échec au sud d’Hébuterne, où il a pris l’offensive.
Près de la ferme Quennevières, nous avons gagné du terrain et décimé des reconnaissances allemandes.
En Lorraine, notre ligne s’est portée en avant dans la région d’Emberménil et de la forêt de Parroy.
Sur le front oriental, les Allemands renonçant, semble-t-il, à viser la reprise de Lemberg, attaquent à nouveau sur la Bzoura, en Pologne. Von Mackensen a perdu 2o.ooo hommes dans l’affaire de jouravno. Sur le Dniester, à la frontière de Bessarabie, les Russes ont sabré les Autrichiens.
L’armée italienne bombarde Malborghetto, forteresse importante qui domine la voie ferrée de Pontebba au col de Tarvis. Elle a réalisé aussi quelques succès dans le Cadore.
Le gouvernement britannique a demandé 6.250.000.000 de crédits supplémentaires aux Communes.