490/journal du 6 décembre 1915: Bayard, le Boulonnais devenu Argonnais

Carnets du rémois Paul Hess (extraits)

Sous sa rubrique: « le bombardement (445 ème jour de siège) Le Courrier peut dire aujourd’hui: « Après une accalmie qui a duré plus d’un mois, les boches se sont remis à la besogne depuis quelques jours. Leur tir d’artillerie a été assez vif dans la journée d’hier/ Nos pièces ont riposté vigoureusement.

Profitant d’une matinée sans pluie, les avions ont pris l’air, de part et d’autre.

La guerre au jour le jour à travers Le Miroir

Activité d’artillerie plus intense.
En Belgique, nous exécutons des tirs efficaces sur les boyaux de la région d’Hetsas, où l’on signalait des mouvements de troupes ennemies.
En Artois, nos batteries ripostent à un bombardement violent de nos tranchées du Crassier-Double (sud-ouest de Loos ). Arras reçoit encore des obus incendiaires qui n’y font pas grand dommage.
Entre Somme et Oise, nous détruisons avec nos engins de tranchées, des postes ennemis, au nord d’Herbécourt et un abri de mitrailleuses sous coupole devant Tilloloy.
Lutte de mines à notre avantage dans la région de Frise, près de Tracy-le-Val et aux Eparges.
Dans le secteur de Macédoine, les Bulgares ont été repoussés par nos troupes près de Kosturino. Deux tentatives de passage ont été arrêtées par notre artillerie et par notre infanterie sur la Cerna.
Des patrouilles mixtes austro-bulgares sont entrées dans la ville de Monastir.
Une conférence franco-anglaise a eu lieu à Calais entre ministres et généraux français et anglais.
Sur le front italien, simple lutte d’artillerie.
Accalmie aussi sur le front russe.

Réunion internationale à Chantilly

Le 6 décembre 1915, les responsables militaires et politiques Français, Belges, Britanniques, Russes et Italiens se réunissent à Chantilly pout organiser une grande offensive franco-anglaise pour l’été 1916. Mais les Allemandes les prennent de vitesse en organisant une offensive sur Verdun. Le 21 février 1916 commence la célèbre bataille de Verdun. En quelques heures, un million d’obus s’abattent sur les positions françaises. Pour cette bataille les allemands mettent en œuvre une nouvelle arme : le lance- flamme. Philippe Pétain prend la main. Son ordre est de se retrancher et de tenir.

BAYARD, le Boulonnais devenu Argonnais en 1915

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Du 6 décembre 1915 au début du mois de mai 1916, le 124ème R.I. occupe le secteur de la Main de Massiges et de Ville-sur-Tourbe. Bayard subit le même sort que les hommes : eau, neige, boue jusqu’à la ceinture. Les lignes touchent celles de l’adversaire. C’est l’enfer, sous la douche sournoise des « minen » qui creusent, en explosant, de profonds entonnoirs.
La troupe s’est installée dans ce que fut un village, dans des granges ajourées, dans des maisons mutilées, dans des caves où l’on croit mieux vivre, plus au chaud, plus en sécurité ?
Les cuisiniers sont installés à l’hôtel des courants d’air, dans ce pitoyable Virginy, patelin que le bombardement continuel, joint au pillage intensif des débrouillards, a totalement dévasté.
Bayard, aussi en plein courant d’air, derrière un pan de mur qui a échappé au massacre, sous ce qui reste d’un arbre, dans le froid, le vent glacial, de la boue jusqu’au jarret, attend stoïquement des jours meilleurs. C’était la guerre !…
La canonnade a repris, hélas ! Les éclairs des défaites et des explosions se font de plus en plus distincts : gerbes de boue, éclats d’obus, shrapnells à profusion, gaz toxique piquant les yeux et brûlant la gorge…
Une accalmie passagère permit au soldat Aubier d’aller voir les chevaux. O stupeur ! Bayard était allongé dans la boue et des débris informes, étendu comme un soldat auquel l’instinct de conservation aurait prescrit cette position du tireur couché. Une large tache de sang noirâtre avait coulé de l’affreuse blessure…
Aubier, toujours sous le coup de l’émotion, appelle ses copains qui ne tardent pas à émerger de leurs tanières pour s’assembler autour de la victime, figés de stupeur, mais impuissants devant l’irréparable.
La suite sur le Petit journal de Sainte Ménehould:

 

 

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