566/journal du 20 février 1916: le lieutenant-colonel Driant de Neufchâtel-sur-Aisne écrit à sa femme

Carnets du rémois Paul Hess (extraits)

Bombardement de 14H1/2 à 15H1/4. A ce moment, j’entends passer exactement au dessus du cimetière du Sud, où je me suis rendu ce dimanche, les obus qui s’en vont éclater vers Bezannes et la Maison Blanche.

Journal du dimanche 20 février à travers Le Miroir

En Artois, au nord-ouest de la cote 140, nous avons fait exploser une mine sous un saillant allemand.
Entre Oise et Aisne, nous avons pris sous notre feu une colonne d’infanterie ennemie au nord de Vic-sur-Aisne.
En Lorraine, nous avons bombardé les établissements ennemis de Domèvre. Un incendie a été allumé.
En Haute-Alsace, nous bombardons les tranchées allemandes à l’est de Seppois et de Largitzen.
Le butin conquis par l’armée russe à Erzeroum a été considérable. Dès à présent, on sait une nos alliés ont pris quantité de pièces d’artillerie, de munitions et d’armes.
A la nouvelle de la chute de la place, des troubles ont éclaté à Constantinople et aussi à Smyrne et à Beyrouth. Des dissentiments graves se seraient élevés entre Enver pacha et les généraux allemands. La Porte a retiré une partie des troupes qu’elle avait envoyées en Bulgarie.
Le général Sarrail a visité le front de Salonique en compagnie des généraux grecs Moschopoulos et Zimbrabrakis.
Une fabrique de munitions a encore été incendiée aux Etats-Unis.
Le Sénat américain s’est prononcé pour une politique de vigueur vis-à-vis de l’Allemagne.
La presse allemande tonne contre le cardinal Mercier.

Veille de bataille à Verdun

Le 20 février 1916 au soir, la défense de Verdun est assurée par le 30e corps d’armée commandé par le général Herr et composé de trois divisions d’infanterie. La 72e qui tient le secteur situé entre le bois des Caures et la Meuse, la 51e dans le secteur Ornes-Bois de Ville et la 14e division stationnée entre Ornes et la route d’Etain. Deux divisions supplémentaires et quatorze bataillons sont placés en réserve. L’artillerie de la place est forte de deux cent soixante-dix canons dont une majorité de pièces de campagne de 75 mm.
Capture d’écran 2016-02-08 à 17.59.57
Le 20 février 1916, au soir, nous venions de nous endormir quand vers 10 heures et demi, nous fûmes réveillés brusquement. Alerte! Tous debout, en tenue et rassemblement dehors dans la cour de la caserne. Nous « poirautâmes » plus de deux heures (qu’importait pour les états-majors de nous imposer cette fatigue inutile). A 1 heure et demi le régiment s’ébranla. Où allions-nous? Bien entendu, nous n’en savions rien. Les bergers le dirent-ils au troupeau? Nous marchâmes ainsi plus de 20 kilomètres.
Je dormais à moitié et à plusieurs reprises, par suite de ralentissement de la colonne, je butais dans celui qui me précédait. Comme d’usage, on faisait la pause tous les 4 kilomètres. Pendant quelques minutes, on s’allongeait tel quel, sac au dos, dans le fossé. Nous arrivâmes au matin au village de Parois et lûmes sur une borne : Verdun, 24 kilomètres.
Pendant la marche, nous avions entendu se rapprocher en s’amplifiant, le bruit d’une canonnade ininterrompue dont les lueurs rougeoyaient le ciel. Je me souviens bien de cette marche nocturne effectuée tout juste au début de cette bataille de Verdun, le 21 février 1916.

Lettre du lieutenant-colonel Driant du 20 février 1916

Emile_Driant_1-1Le 20 février 1916, DRIANT écrit dans l’une de ses dernières lettres à sa femme : « L’ordre du général BAPST, que je t’envoie, la visite de JOFFRE hier, prouvent que l’heure est proche et, au fond, j’éprouve une satisfaction à voir que je ne me suis pas trompé en annonçant il y a un mois ce qui arrive, par l’ordre du bataillon que je t’ai envoyé.
À la grâce de Dieu ! Vois-tu, je ferai de mon mieux et je me sens très calme. J’ai toujours eu une telle chance que j’y crois encore pour cette fois.
Leur assaut peut avoir lieu cette nuit comme il peut encore reculer de plusieurs jours, mais il est certain. Notre bois aura ses premières tranchées prises dès les premières minutes, car ils y emploieront flammes et gaz. Nous le savons par un prisonnier de ce matin.
Mes pauvres bataillons si épargnés jusqu’ici ! Enfin, eux aussi ont eu de la chance jusqu’à présent…
Qui sait ! Mais comme on se sent peu de chose à ces heures là ! »
Ce soir je passe en revue tous ceux et toutes celles à qui je veux envoyer ma pensée avant l’assaut. Je parle de l’assaut ennemi que nous attendons de jour en jour et qui est certain maintenant, car le général J… est venu nous l’annoncer hier et nous dire qu’il comptait sur nous. Il peut y compter. Le Kronprinz qui a annoncé à ces quatre corps d’armée la prise de Verdun terminant la guerre, va savoir ce qu’il en coûte pour ne pas le prendre…

 

Publicités