606/journal de la grande guerre: 31 mars 1916

Carnets du rémois Paul Hess (extraits)

Rien à ce jour

Journal du 31 mars 1916 à travers Le Miroir

Au sud de la Somme, nous bombardons les gares de ravitaillement de Puzeaux et de Hallu (Chaulnes). Nos canons ont abattu un avion près de Nouvion : les passagers ont péri.

Au nord de l’Aisne (plateau de Vauclerc) nos batteries ont provoqué une forte explosion.

En Champagne, nous abattons un taube (Ste-Marie-à-Py). En Argonne, nous bombardons le bois de Malancourt. L’ennemi n’a point progressé dans le village de ce nom. Il a renouvelé en vain ses attaques et laissé des monceaux de cadavres devant la partie du bois d’Avocourt que nous avons occupée.

A l’est de la Meuse, les Allemands ont dirigé une violente attaque avec jets de liquides enflammés sur nos positions aux abords du fort de Douaumont. Ils ont été repoussés. Une seconde offensive, qui leur a coûté de grosses pertes, n’a pas eu plus de succés. Bombardement en Woëwre. Notre tir disperse une forte reconnaissance près de Wissembach, dans les Vosges.

Nous avons abattu un focker en Champagne (Dontrieu) et cinq avions près de Verdun.

Le général Chouvaïef remplace le général Polivanof au ministère russe de la guerre.

Les villages morts pour la France «Vaux » (55)

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Vaux-devant-Damloup est une commune française située dans le département de la Meuse, en région Lorraine. 21 février 1916, le tonnerre des canons marque le début de la bataille de Verdun. Situé sur le secteur de Verdun, le village perdu par les troupes françaises les 31 mars 1916 et repris le3 novembre

https://www.youtube.com/watch?v=7zPfuepSAWk

« Nos misères empirent chaque jour »

31 mars 1916.- Mes bons chers parents, ma bonne petite soeur,
il me devient de plus en plus difficile de vous écrire. Il ne me reste pas un moment de libre. Nuit et jour il faut être au travail ou au créneau. De repos jamais. Le temps de manger aux heures de la soupe et le repos terminé reprendre son ouvrage ou sa garde. Songez que sur 24 heures, je dors 3 heures Et encore elles ne se suivent pas toujours. Au lieu d’être 3 heures consécutives, il arrive souvent qu’elles sont coupées de sorte que je dors une heure puis une 2e fois 2 heures. Tous mes camarades éprouvent les mêmes souffrances. Le sommeil pèse sur nos paupières lorsqu’il faut rester 6 heures debout au créneau avant d’être relevé. Il n’y a pas assez d’hommes mais ceux des dépôts peuvent être appelés et venir remplacer les évacués. Ou les disparus. Un renfort de 20 hommes par bataillon arrive, 30 sont évacués. Il n’y a pas de discipline militaire, c’est le bagne, c’est l’esclavage !… Les officiers ne sont point familiers, ce ne sont point ceux du début. Jeunes, ils veulent un grade toujours de plus en plus élevé. Il faut qu’ils se fassent remarquer par [uni acte de courage ou de la façon d’organiser défensivement un secteur, qui paie cela le soldat. La plupart n’ont aucune initiative. Ils commandent sans se rendre compte des difficultés de la tâche, ou de la corvée à remplir. En ce moment, nous faisons un effort surhumain. Il nous sera impossible de tenir longtemps; le souffle se perd. Je ne veux pas m’étendre trop sur des faits que vous ne voudriez pas croire tout en étant bien véridiques, mais je vous dirai que c’est honteux de mener des hommes de la sorte, de les considérer comme des bêtes.
Moindre faute, moindre défaillance, faute contre la discipline 8 jours de prison, par le commandant de la compagnie, porté par le Colonel. Le soldat les fait au repos, il est exempt de vin et de viande. Nous sommes mal nourris, seul le pain est bon. Sans colis, que deviendrions-nous ? La nuit que j’ai regagné le secteur actuel, nos officiers nous ont perdus. Nous avons marché 3 heures sous bois pour gagner le point de départ. La pluie et la neige tombaient. Il a fallu gagner le temps perdu et par la route nous avons monté en ligne. Mais le danger est grand pour faire passer un bataillon sur une route si bien repérée. Nous avons été marmités, mais pas de pertes. Nous avons parcouru 14 km en 2 pauses. En ce moment, c’est beaucoup trop pour des hommes vannés et par un temps abominable.
l’ai voulu vous montrer que ceux qui vous diront que le soldat n’est pas malheureux au front, qu’untel a de la chance d’être valide encore, mériteraient qu’on ne les fréquentent plus. Qu’ils viennent donc entendre seulement le canon au-dessus de leurs têtes, je suis persuadé qu’ils regagnent leur chez-soi au plus vite. Nos misères empirent chaque jour, je les vaincrai jusqu’au bout. A bientôt la victoire, à bientôt le baiser du retour.
Emile.

une lettre d’  Émile Sautour était originaire de Juillac en Corrèze. Il appartenait au 131e RI et il a été tué sur le front le 10 octobre 1916.

http://www.histoire-en-questions.fr/temoignage/miseres%20de%20chaque%20jour.html

LA PHOTO DU JOUR

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