678/journal du 11 juin 1916: les sous-lieutenants Herduin (rémois) et Millant fusillés

Carnets du rémois Paul Hess (extraits)

Au cours d’un voyage à Epernay, où j’étais très heureux de passer quelques jours en famille, j’apprends que la 52 ème Division d’infanterie qui a quitté Reims il y a peu de temps, pour être dirigée sur Verdun, y a été fortement éprouvée,- et le même bruit circule dans Reims, lors de mon retour; on cite le nom d’officiers connus qui auraient été tués.

Journal du dimanche 11 juin 1916 à travers Le Miroir

En Champagne, à l’ouest du Mont-Têtu, une forte reconnaissance ennemie a été dispersée à coups de grenades.
Sur le front nord de Verdun, la lutte d’artillerie s’est maintenue très active sur les deux rives de la Meuse (bois d’Avocourt, ouvrage de Thiaumont, bois du Chapitre et de Fumin, secteurs de Souville et de Tavannes).
Aucune action d’infanterie. Nos batteries ont pris sous leur feu les colonnes ennemies au nord du village de Douaumont.
Dans les Vosges, au sud du col de Sainte-Marie, des fractions allemandes qui tentaient d’aborder nos lignes, après un violent bombardement, ont été rejetées dans leurs tranchées par nos feux de mitrailleuses.
M. Briand et le général Joffre sont arrivés à Londres.
Les Russes, poursuivant leurs attaques en Galicie et en Volhynie, ont encore fait 5600 prisonniers. Ils ont pris 11 canons.
L’offensive autrichienne faiblit sur le front du Trentin.
Violente canonnade sur le front anglais, dans le Nord et en Belgique.
M. Salandra a été mis en minorité à la Chambre italienne. Il s’agissait du débat budgétaire. Le cabinet a démissioné.

 

Les sous-lieutenants Herduin  (rémois) et Millant fusillés le 11 juin

herduin_henri_147RI Le 11 juin au matin, dimanche de Pentecôte, HERDUIN et MILLANT remontent en ligne à la tête de la poignée d’hommes qu’ils sont parvenus à ramener vivants à l’arrière.
Ils se dirigent vers le Bois de Fleury où se sont regroupés les rescapés du 347e RI, environ 150 hommes placés sous le commandement du capitaine DELARUELLE.
Ils y retrouvent avec joie des camarades qu’ils croyaient tués ou faits prisonniers, mais dont les visages graves laissent présager une mauvaise nouvelle.
En effet, le capitaine DELARUELLE vient de recevoir un pli signé du colonel BERNARD : 
« Fusillez immédiatement les lieutenants Herduin et Millant, coupables d’abandon de poste »
.

   Le sous-lieutenant HERDUIN, estimé et respecté par ses collègues officiers et par ses hommes, croit en une erreur.
Il demande à s’expliquer devant le général BOYER qui commande la division.
Le capitaine DELARUELLE fait porter au général une lettre rédigée par HERDUIN, accompagnée d’un pli écrit de sa main, destiné à appuyer sa requête.
Les deux plis sont acheminés par l’ordonnance d’HERDUINÉmile LECARDEZ qui est accompagné par un ami d’HERDUIN, le  lieutenant de SAINT-ROMAN.
Les deux messagers sont bientôt de retour. Ils rapportent la lettre d’HERDUIN qui n’a pas été ouverte, et le pli du capitaine DELARUELLE sur lequel le colonel BERNARD a écrit : « Pas d’observation. Exécution immédiate ».

La suite sur:

http://www.cndp.fr/crdp-reims/memoire/lieux/1GM_CA/monuments/reims_herduin.htm#execution

http://www.liberation.fr/societe/2008/11/11/verdun-1916-henri-et-pierre-officiers-executes-illegalement_242708

http://reimsdoc.over-blog.com/article-l-hommage-de-reims-a-un-fusille-pour-l-exemple-le-lieutenant-herduin-120690324.html

Publié aussi dans l’union

La ville va honorer les Lt  Herduin et Millant

Fusillés  sans avoir  été jugés  le 11 juin 1916 près de Verdun, les lieutenant Henry Herduin et Pierre Millant vont être officiellement honorés le 11 novembre par la ville

On connaît l’obsession de la maire Adeline Hazan à militer en faveur des Droits de l’homme. On ne sera pas surpris d’apprendre qu’à l’occasion des cérémonies commémoratives du 90e anniversaire de l’Armistice de 1918, après avoir déjà porté le dossier de renaissance du monument aux héros de l’Armée noire, la maire a été sensible au sort réservé en 1916 au Rémois Henry Herduin, fusillé injustement avec le Lt Millant, sans procès, sans enquête, pour un « abandon de poste » tout à fait contestable. Explications.

Bombardé sans discontinuer depuis février 1916 à raison de près d’un million d’obus par jour, le secteur de Verdun-Douaumont n’est plus qu’un paysage lunaire. Le 9 juin 1916 le lieutenant Herduin de la 17e compagnie du 347e Régiment d’infanterie reçoit l’ordre d’attaquer Douaumont avec son bataillon. La moitié du bataillon est fait prisonnier. Après avoir repoussé plusieurs attaques, épuisés, fatigués, les Lt Herduin et Millat, victimes d’une erreur de tactique venant visiblement de l’État-major parviennent tout de même à rompre l’encerclement, à s’échapper avec une quarantaine d’hommes et huit mitrailleuses. Ils se replient alors sur Verdun pour se refaire une santé avant de remonter en ligne. L’affaire aurait pu en rester là. Comme il fallait trouver des coupables à cette piètre expédition, le colonel Bernard décrète que les deux lieutenants ont « abandonné leur poste » et ont manqué à leur devoir militaire. Pas d’enquête, pas de conseil de guerre, sans même avoir été inculpés, les deux militaires sont fusillés sans autre forme de procès le 11 juin à Fleury devant Douaumont. C’est même le Lt Herduin qui commande le peloton qui l’exécute.

Mobilisation

À lendemain de la guerre, l’épouse du lieutenant Herduin (réinhumé au cimetière de l’Est en 1920), Fernande Nivoix se mobilise avec le soutien de la Ligue des Droits de l’homme pour demander justice. Le 12 février 1921 le conseil municipal de Reims demande qu’une rue soit baptisée à la mémoire du Lt Herduin, en lieu et place de la rue Gerbert. L’occasion de fustiger l’attitude de ces officiers qui pour se dégager de toute responsabilité avait froidement fait fusiller ces deux officiers, un véritable assassinat.

En avril 1921 lors de la discussion de la loi d’amnistie à la Chambre des députés, on évoque l’affaire Herduin et Millant. Plus alerté par un procès que remporte la veuve Herduin contre un journal qui avait sali la mémoire de son mari que par les interventions à la Chambre des députés, le ministre de la guerre Louis Barthou écrivit aux deux familles des officiers fusillés pour leur dire qu’ils avaient été des officiers courageux. Il attribua une petite somme d’argent aux veuves, mais pas question de réhabilitation juridique. Le 15 mars 1922 le Ministère de l’Intérieur refuse de ratifier la décision du conseil municipal rémois.

Il fallut attendre 1925 pour que le Lt Herduin puisse avoir sa rue, 1926 pour qu’il soit réhabilité.

Mardi 11 novembre à 10h 15 la municipalité s’arrêtera devant une stèle en hommage aux Lt Herduin et Millant.

Alain Moyat

Autre annexe: 

Uu conseil municipal du 12 décembre 1921 :

 

Lieutenant Herduin. – La Section rémoise de la Ligue des Droits de l’Homme et du Citoyen nous a transmis un vœu tendant à donner le nom du Lieutenant Herduin, fusillé sans jugement, sans enquête, le 11 juin 1916, devant Verdun, à une des rues du troisième canton, d’où il était originaire.

La commission a retenu se vœu.

L’opinion publique a été, en effet, fortement émue, depuis plusieurs mois, par cette lamentable affaire d’un modeste officier français que chacun représentait comme un bon et brave soldat, et que des chefs criminels, dont l’unique but était, après un sanglant échec, de dégager leurs responsabilités, firent exécuter froidement, à l’arrière des lignes.

Le lieutenant Herduin (Henri Valentin) était né à Reims, le 5 juin 1881. Sa famille, alliée à un de nos anciens collègues, habitait, avant la guerre, la rue Montlaurent. Il partit, en 1914, comme adjudant au 147e R. I. et conquit bientôt ses galons d’officiers. Le 9 juin 1916, il se trouvait à l’attaque de la position de Douaumont, au nord de Verdun.

Enveloppés par des forces supérieures, sa compagnie et même son bataillon, furent faits entièrement prisonniers ; seul, les lieutenants Herduin et Milan purent s’échapper avec 41 hommes et huit mitrailleuses qu’ils ramenèrent dans les lignes françaises, au bois de Fleury.

Une faute grave de tactique avait été commise ; d’autres plus puissants, plus élevés en grade, étaient la cause de cet échec ; mais il fallait des victimes expiatoires ; on sacrifia les plus petits, ces deux modestes officiers qui avaient fait tout leur devoir, mais qui avaient eu le tort de ne pas se laisser prendre.

Sans jugement, sans enquête, sans interrogatoire des deux malheureux, l’ordre de les fusiller fut donné sans qu’ils aient été invités à fournir la moindre explication.

Ils apprirent, en même temps, qu’on leur reprochait un manquement au devoir militaire et qu’ordre était donné de les passer par les armes !

Les faits qu’on leur reprochait remontaient au 9 juin. L’ordre de les fusiller fut donné le 11 juin. Deux jours entre ces deux dates, deux jours pendant lesquels on aurait pu procéder à une enquête, recourir à la procédure des Conseils de guerre, demander tout au moins des explications aux deux malheureux. On n’en fit rien ; ils furent exécutés sans avoir été inculpés !

Cette cruelle mise à mort de deux hommes, à l’arrière, sans jugement, peut être qualifiée d’assassinat.

La ligue des Droits de l’Homme est, avec elle, tous ceux qui ont senti, au récit de ce forfait, battre leur cœur d’indignation, ont protesté hautement !

Le Ministre de la Guerre vient, lui-même, de se rendre à l’évidence et, dans une lettre du 16 novembre dernier où il flétrit ce qu’il appelle « un fait douloureux », il rend un public hommage à la conduite de notre concitoyen dans cette affaire : « Votre mari, écrit-il à la veuve de Herduin, très bien noté et décoré, au cours même de la guerre, de la médaille militaire, était un officier courageux dont vous pouvez, votre fils et vous, porter le nom avec honneur ! »

Ce que vient d’écrire le Chef suprême de l’Armée, tous les témoins qui ont connu Herduin, tous les rescapés de Verdun qui l’ont vu au feu, tous ont témoigné du courage et de l’attitude irréprochable de cet officier français et rémois, victime d’un crime de la barbarie militaire.

Nous proposons, aux représentants de la ville natale du lieutenant Herduin, de s’associer à ces protestations en donnant son nom à la rue Gerbert, située derrière la Mairie actuelle, appellation d’un Pape qui fut archevêque de Reims, faisant double emploi avec le boulevard du même nom.

Plaque :

rue du lieutenant-HERDuin (1881-1916)

Tué devant Verdun

Ancienne rue Gerbert

Séance du conseil municipal du 27 février 1925 :

(il me manque le début du texte) ….. Troisième canton, d’où il était originaire le nom du lieutenant Herduin, fusillé le 11 juin 1916, devant Verdun.

Dans notre rapport de cette époque, nous avions relaté les circonstances tragiques qui accompagnèrent cette injuste exécution ; et nul à Reims n’osa protester contre notre décision. Les témoignages irréprochables n’avaient-ils pas établi que le jeune officier exécuté, sans jugement, sans enquête, avait servi de victime expiatoire à des fautes impunies, et le Ministre de la guerre d’alors, M. Barthou, n’avait-il pas écrit à la veuve du lieutenant Herduin « en déplorant le fait douloureux », que son fils et elle-même « pouvaient porter son nom avec honneur ».

Mais le Ministre de l’Intérieur, le 15 mars 1922, ne s’en est pas moins refusé à ratifier la proposition du Conseil municipal de Reims, et il n’est pas encore, dans ce troisième canton où il est né, de plaque évoquant la mémoire de ce martyr.

Nous vous proposons, Messieurs, à l’heure actuelle, de prendre une nouvelle délibération ; nous comptons bien, cette fois, être soutenu par le Gouvernement qui voudra, lui aussi, s’associer au modeste hommage que nous rendrons à notre concitoyen en donnant son nom à la nouvelle voie ouverte entre les rues Gambetta et du Barbâtre, et reliant la rue de Venise à la rue Gerbert.

Des soldats russes à Mailly-le-Camp

ob_3d497f_89Le camp de Mailly, dans la Marne, pendant la Grande Guerre, a servi de base de formation, tout d’abord aux troupes françaises et ensuite, durant tout le conflit, aux troupes belges, italiennes, russes et américaines.

Ce camp immense, composé de baraquements en bois et de bâtiments de pierre, existe toujours même s’il semble avoir perdu son lustre d’antan.

La 1ère Brigade Russe Spéciale (BRS) arrive le 25 avril 1916 au camp de Mailly après être restée quatre jours à Marseille au camp (de) Mirabeau. Il n’est pas question pour le moment d’engager les troupes russes sur le front malgré les lourdes pertes infligées par les allemands à Verdun. Il faut d’abord les former, les entraîner et les familiariser aux méthodes de combat françaises et à la guerre de tranchée.

http://simon-rikatcheff.over-blog.com/2014/12/camp-de-mailly-1ere-brigade-russe-speciale.html

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