686/journal du 20 juin 1916: Verdun: sous la forêt, les cicatrices

Carnets du rémois Paul Hess (extraits)

La moyenne de consommation de farine pour la ville de Reims, en mai, établie aujourd’hui donne 89 quintaux par jour.

Journal du mardi 20 juin 1916 à travers Le Miroir

Entre Avre et Oise, deux détachements ennemis, après un vif bombardement, ont tenté d’aborder nos lignes. Ils ont été repoussés à coups de grenades.
Sur la rive gauche de la Meuse, lutte d’artillerie intermittente (région de la cote 304) ; Et sur la rive droite, le bombardement a été violent au nord de l’ouvrage de Thiaumont et dans les secteurs de Vaux-Chapitre et de Souville.
Une escadrille ennemie a lancé de nombreux projectiles sur un village au sud de Verdun, où se trouvait un camp de prisonniers allemands. Plusieurs de ceux-ci ont été tués ou blessés.
Lutte de mines en Argonne (Bolante, Vauquois, Fille-Morte).
La ville de Kolomea, en Galicie, est menacée par les Russes.
La presse pangermaniste elle-même avoue sa déception et son désarroi en présence de l’offensive foudroyante de Broussiloff.
Le feld-maréchal de Moltke est mort subitement à Berlin.
La démobilisation grecque apparaît partielle.
Les Anglais ont opéré deux raids heureux, sur la Lys et près de Givenchy.
Pour faire face aux menaces mexicaines, le président Wilson a appelé 135.000 miliciens aux armes.

http://grande.guerre.pagesperso-orange.fr/juin16.html

Aviation: exploit d’un Nieuport

20 juin 1916 : Premier vol de mille kilomètres en ligne droite effectué de Nancy à Cholm (Pologne) par le lieutenant français Marchal sur un Nieuport. Il survole Berlin pour y lancer des tracts.

Verdun: sous la forêt, les cicatrices

IMG-8553,289.193.80.60.crop.1456166199Dans la quiétude de ce paysage bucolique, comment imaginer l’effervescence qui devait régner ici en 1916 ? Dans son livre « La bataille devant Souville » (La Renaissance du Livre, Paris, 1920), qui retrace les combats qui se déroulèrent dans la région entre la mi-juin et la mi-septembre 1916, l’écrivain Henry Bordeaux évoque l’inquiétude que suscitait l’absence de bruit en période de guerre. « Ici, le silence, tout relatif car il tombe encore des obus, a quelque chose de redoutable, de mystérieux et de menaçant. La tempête s’est-elle éloignée tout à coup ? Va-t-elle se précipiter sur quelque autre secteur du front ? Ou bien se concentre-t-elle de nouveau, dans une ruée prête à éclater ? » Le 21 juin 1916, « le doute est dissipé. Un déluge de fer et de feu s’abat sur Froideterre » .

Les combattants, s’ils étaient encore vivants, seraient étonnés de voir comme la nature a reconquis ces lieux. Le 20 juin 1916, Henry Bordeaux décrit ces lieux « où le printemps, cette année, n’a pas osé venir. Devant Verdun, entre Fleury et Douaumont, entre Souville et Vaux, pas un brin d’herbe n’a poussé. Le soleil ne ranime aucune vie végétale. La terre creusée d’entonnoirs qui se rejoignent est comme un visage gravé de la petite vérole où le sourire trébuche dans les trous… » Même au coeur de l’hiver, la vie est davantage présente aujourd’hui qu’au coeur de ce printemps guerrier décrit par l’écrivain, tel une « vision d’apocalypse » : « la terre est broyée, réduite en bouillie, et de cette bouillie émergent pêle-mêle, comme les restes d’un naufrage, des débris d’arbres, de murs, de chevaux, des sacs, des bidons, des armes, des lambeaux d’uniformes, des lambeaux de chair. C’est un chaos que la masse des obus ne cesse pas de pétrir. Jusqu’à l’entrée de la tourelle où nous nous glissons, j’ai l’impression de traverser un charnier. (…) Du sol qui me sépare des deux forts, pas une parcelle n’est intacte. Les entonnoirs se rejoignent et leurs lèvres mêmes se recoupent. Combien d’années faudra-t-il pour que l’herbe ici repousse ? »

Texte de Isabelle Masson Loodts et Photos de Frédéric Pauwels / Collectif HUMA

http://www.collectifhuma.com/albums/categories/reportage/zone-rouge/

 

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