866/journal du 16 décembre 1916

Carnet du rémois Paul Hess

Rien à ce jour

Journal du samedi 16 décembre à travers Le Miroir

Après une préparation d’artillerie qui a duré plusieurs jours, nous avons attaqué l’ennemi au nord de Douaumont, entre la Meuse et la Woëvre, sur un front de 10 kilomètres.
L’attaque s’est déclanchée à dix heures. Le front ennemi a été partout enfoncé sur une profondeur de 3 kilomètres environ. Outre de nombreuses tranchées, nous avons enlevé les villages de Vacherauville, Louvemont, la ferme des Chambrettes, les ouvrages d’Hardaumont et de Bezonvaux. Nous avons fait un grand nombre de prisonniers, non encore dénombrés ; 7500 dont 200 officiers sont déjà passés par les postes de commandement.
Nous avons pris ou détruit de nombreux canons d’artillerie lourde, de campagne et de tranchée et un matériel considérable.
Malgré le temps défavorable, l’aviation a pris une brillante part au combat. Le succès est complet : les troupes témoignent d’un très vif enthousiasme : nos pertes sont légères.
Sur le front britannique, une attaque allemande contre les positions de la région de Lesboeufs a été arrêtée par les tirs de barrage. Nos alliés ont pénétré dans les tranchées ennemies au sud d’Armentières.
Les Austro-Allemands se sont emparés de Buzeu, en Valachie.
L’Entente a remis une sommation au gouvernement grec, en vue d’obtenir des réparations au sujet du guet-apens du 1er décembre et des garanties contre toute attaque. Le roi Constantin a cédé.

source: https://www.google.fr/?gws_rd=ssl#q=15+décembre+1916&start=220

(aviation) Le 16 décembre 1916, Ernst Jünger, est décoré de la Croix de Fer

juenger-dla-mantel-dw-politik-stuttgartAprès avoir suivi des cours d’instruction pour officiers à Croisilles (avril), participe à la bataille de la Somme, où il est à nouveau blessé (août). Son hospitalisation, pendant deux semaines, le sauve probablement de la mort. Nouvelle blessure en novembre, au cours d’une action de commando dans les bois de Saint-Pierre-Vaast. Décoré de la Croix de Fer de 1ère classe (16 décembre). Enrichit sa collection d’insectes dans les tranchées.

http://www.oragesdacier.info/2014/12/le-16-decembre-1916-ernst-junger-est.html

Bezonvaux, village détruit (côtes de Meuse)

L’attaque ne dépasse pas l’objectif fixé et, dans ce secteur, le front va se stabiliser pour les deux années à venir. Le souvenir de cette journée du 16 décembre 1916 caractérisée par la présence côte à côte de soldats habillés et équipés les uns en kaki-moutarde, les autres en bleu-horizon et bleu foncé est immortalisé par la représentation qu’en donne le vitrail de la chapelle. De ces combats, les chasseurs du 102ème B.C.P. y gagneront de compléter leur surnom habituel pour devenir les « vitriers de Bezonvaux ». Quant à la ligne sur laquelle les allemands se maintiendront jusqu’à l’armistice du 11 novembre 1918, elle a été matérialisée, après la guerre, par la borne casquée implantée sur le bas côte de la route départementale qui traverse le village détruit, mort pour la France.

http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/village-detruit-de-bezonvaux-0

Les mémoires de Jean Petit

numeriser0016Jean Petit a rédigé ses mémoires de guerre à partir de ses carnets de route en 1915 — 1916 — 1917 — 1918 —
Avec son Kodak Vest Pocket Autographic, Jean Petit a photographié sur le vif.

Samedi 16 décembre 1916

Pour lutter contre le froid, autant que par sécurité, je circule le long de ma ligne en trébuchant sur mille obstacles. Mais quel est ce bruit insolite ? Des ombres vont et viennent, s’interpellent à mi- voix. Les branches cassées craquent sous les pas. Des agents de liaison surgissent : ils me cherchent ainsi que le capitaine de Valicourt. Un ordre vient d’arriver, me dit-on, au PC du commandant et nous y sommes convoqués d’urgence. Il paraît que nous allons repartir à l’attaque…
Je reviens donc vers l’arrière en tâtonnant et je finis par découvrir le PC du commandant Florentin, installé dans un abri fort endommagé de l’ouvrage 546. Là, se trouvent réunis autour du commandant, le capitaine Voirin adjudant-major, les commandants de compagnies, et le commandant Raoult du 116e BCA qui commande le groupement des deux bataillons de chasseurs (102 et 116).

Le commandant Raoult nous explique l’ordre qu’il vient de recevoir de la division et qui est signé du général Passaga. Il l’apporte lui-même avec un énorme retard dû aux lenteurs des transmissions depuis le PC de la division installé à Souville.
Pour mieux comprendre ce qui va suivre, il faut savoir au préalable que si nos deux bataillons de chasseurs ont conquis leurs objectifs assignés, par contre le 321e RI à notre gauche est resté bloqué devant la tranchée des Deux-Ponts de l’autre côté du profond ravin du Fond du Loup, qui nous sépare de lui, et il n’a pu enlever le village de Bezonvaux, son objectif final de la journée. Nous avons d’ailleurs entendu toute la soirée les mitrailleuses allemandes des « Deux-Ponts » crépiter sur nos voisins.
La situation ne peut demeurer ainsi, car elle compromet l’avenir et laisse le boche encore accroché aux dernières pentes du plateau d’Hardaumont. Voici donc quelles furent les réactions du général Passaga lorsqu’il apprit la situation de sa ligne avancée (telles qu’il me les a écrites lui-même plus tard dans une lettre personnelle) :

« Dès que j’ai su que Picard (colonel commandant le 321e RI) était arrêté devant « Deux-Ponts », j’ai compris que le boche allait disposer d’une place d’armes qui lui permettrait d’entreprendre des contre-attaques de flanc funestes pour les chasseurs de Raoult (116 et 102e BCP). Il était donc indispensable de mettre à profit le désarroi du boche. Par bonheur le téléphone fonctionnait avec le général Vérillon commandant ma brigade de gauche (la nôtre). Sans perdre une minute, je lui prescrivis d’employer les deux bataillons en réserve, pour une manœuvre de nuit, en vue de faire tomber Bezonvaux (102e bataillon, commandant Florentin) et Deux-Ponts en le prenant à revers (6e bataillon du 321e RI commandant Gatinet).
Malheureusement, le général Vérillon, nouvellement arrivé et sans doute épuisé par son déplacement rapide vers son nouveau PC, fut « estomaqué ». Il crut à l’impossibilité de l’exécution et il me fallut passer de la persuasion à l’impératif. Dès que j’eus obtenu l’exécution de ce côté, je m’adressai au général Garnier Duplessis (commandant la 37e DI à notre gauche) pour lui demander de joindre ses efforts aux miens. Lui aussi fut assez fortement impressionné, mais vieil Africain habitué aux décisions hardies, il finit par entrer dans mes vues. J’avais indiqué les cheminements à suivre par Florentin et Gatinet. Les zouaves de Garnier Duplessis n’avaient qu’à s’engager dans le fond des Rousses. Je demandais à Mangin de faire battre les Jumelles (célèbre hauteur) et le village d’Ornes, au cours de la nuit, par son artillerie longue, pendant que la mienne battrait le plateau des Caurières. »

L’ordre particulier n° 18 du 15 décembre 1916 de la 133e DI, signé Pasasaga, apporté par le commandant Raoult, traduisait ainsi ces réflexions en décision :

« I – Il importe d’exploiter au plus vite le succès de la journée et de profiter de la nuit et du désarroi de l’adversaire pour achever sa déroute, en enlevant le dernier élément de tranchée qu’il tient encore en avant de ses batteries pour assurer leur protection.
II – En conséquence, une attaque par surprise sera exécutée cette nuit par le 102e BCP et le bataillon Gatinet du 321e RI.
III – Le 102e BCP marchant à cheval sur le boyau de Cologne et rasant l’ouvrage de Bezonvaux, se portera directement sur le village de Bezonvaux qu’il occupera… Le bataillon Gatinet, marchant derrière le 102e BCP, fera de même à gauche dès que sa tête arrivera à l’ouvrage de Bezonvaux, remontera les pentes ouest du Fond du Loup à cheval sur le boyau du Loup, et viendra prendre à dos les défenseurs de la tranchée des Deux-Ponts.
Le 102e BCP franchira à 2 heures la ligne : tranchée de trente au sud de l’ouvrage de Bezonvaux…
IV – Le combat se déroulera à la baïonnette et à la grenade…
V – Chacun doit être persuadé que l’ennemi est démoralisé et ne demande qu’à s’en aller. Il suffit de continuer à montrer de la volonté pour obtenir le résultat et couronner le succès de la journée. »

Dans l’abri 546 où nous sommes tous réunis, l’esprit tendu et les muscles déjà prêts pour la lutte, le commandant Florentin me paraît, lui, « estomaqué » (tout comme l’avait été le général Vérillon). Débordé par les événements, il est effondré et ne souffle mot. Il grince seulement des dents dans un tic machinalqui lui est coutumier…

Lire ces mémoires passionnantes  http://passé-présent-futur-de-stéphane.com/guerre-de-1418-rcits.html

 

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