6) Carnets du rémois Louis Guédet (20 /28 septembre 1914)Triste situation

 

Dimanche 20 septembre 1914

9ème et 7ème jours de bataille et de bombardement
8 h 40 matin.  Cette nuit vers deux heures du matin une alerte qui a durée 1/2 heure à 3/4 d’heure, mais c’était une canonnade roulante, il n’y avait pas d’intervalle, toujours vers Brimont. Je me rendors jusqu’à 6 heures, réveil au canon.
6h1/4 Je m’habille avec l’intention d’aller entendre la messe de 6h1/2, on ne sait ce que la journée nous réserve. Entendu la messe à St Jacques, peu de monde. Je pousse jusque chez Mareschal 52, rue des Capucins, où je rencontre Émile Français qui en sortait demander l’hospitalité pour lui et sa mère, sa maison brûlant avec le reste du quartier. Rien chez Maurice. Nous retournons ensemble vers chez moi par la rue des Capucins et c’est les larmes aux yeux que nous causons. Il me recommande sa femme et ses enfants au cas où il disparaitrait et me dit qu’il se considère comme mon client, et que du reste à la mort de sa mère il avait l’intention de me prendre pour notaire de sa sœur religieuse et ensuite, cette succession réglée me prendre définitivement. C’est délicat comme tout ce qu’il fait sans bruit en évitant toutes les susceptibilités. Cela me m’étonne en aucune façon de lui. Je lui promets que je me charge des siens, mais que j’espère bien que ce sera inutile. Arrivé devant St Jacques, comme il me parlait de quérir sa mère à Epernay, il me demande si l’on avait besoin de sauf-conduits (4) pour lui. Je lui réponds : « Etes-vous allé à la messe ? »

« Non ! »

– « Eh bien il est 7h1/2, il y en a une à St Jacques, entendez-là et repassez chez moi, j’aurai vos saufconduits ». Je cours à la Ville, on n’en délivre plus ! On s’en va à ses risques et périls ! Je repasse chez Mme Collet que je vois dans sa cave fort inquiète, mais hésitant à partir de Reims ou à y rester. Comme elle n’a pas de pièce d’identité facilement disponible, je lui propose de lui faire une sorte de pièce d’identité, ce que je vais faire. Quand j’aurais fini ces quelques lignes et comme je quittais cette dame, M. Ravaud, pharmacien qui était réfugié chez elle, me dit qu’il vient d’éclater deux obus tout proche. Je file à la maison.
La brave Adèle est déjà dans son réduit et me crie : « Je suis là avec M. Français ! » Je descends, explique à Emile Français qu’on peut s’en aller à ses risques et périls, qu’on ne délivre plus de saufconduits et qu’il n’a qu’à se servir de ses pièces d’identité.
Je fais transporter nos chaises et le matériel de bombardement dans un caveau jusqu’au fond à gauche de la grande cave, car cette nuit, en réfléchissant à ce que j’avais vu chez Charles Heidsieck je me rendis compte que si un obus passait par les soupiraux ou l’escalier de la rue il entrerait comme dans du beurre et nous serions frits ou cuits, comme vous voudrez ! Tandis que dans ce petit caveau en forme de réduit il a plus de matelassage de maçonnerie, maçonnerie qui est renforcée par des traverses en fer comme des rails. Nous serons ici comme dans un réduit blindé ! Quand je suis descendu, il était 8h10. Est-ce que le déluge d’hier va recommencer ? Nous bavardons, Français et moi, il me remet un pli fermé (dont il avait parlé rue des Capucins en faisant allusion à sa clientèle) contenant un second pli fermé pour sa femme et il me la recommande encore, ainsi que ses enfants. Nous pleurons !
Plus de canon ! Il veut remonter et rejoindre sa mère qu’il a hâte de rassurer. Je le reconduis jusqu’au seuil de ma porte et nous nous disons au-revoir les larmes aux yeux ! Nous reverrons-nous ? Je lui renouvelle qu’il peut compter absolument sur moi pour les siens ! Oui, mon cher M. Français, vous pouvez compter sur moi, vous qui êtes maintenant sans abri ! C’est navrant. Il était 8h25.
9 heures.  Canonnade insignifiante. C’est vraiment calme. Les allemands ne paraissent plus tirer sur la Ville. Ne le disons pas trop haut, car avec ces fauves on ne peut jamais savoir ce qu’ils ruminent dans leurs cerveaux diaboliques.
9h1/2 .On sonne à ma porte. Je descends ouvrir. Adèle est à la messe. J’ouvre, c’est M. Price du Daily-Mail qui, accompagné d’un ami, vient me voir et… oh ! bonheur ! oh ! joie me remet une dépêche qu’il n’a pas ouverte, lui ! Il a du tact plus que certains (rayé). J’ouvre en tremblant ! Je saute sur la signature : Madeleine Guédet ! Grand Dieu tous mes aimés sont sauvés ! Oh que j’ai pleuré avec joie ! mes deux anglais étaient eux-mêmes émus de voir ma joie et mes larmes. Je ne sais combien je les ai rémunérés, mais toujours pratique les chers. Price me dit avec son flegme habituel : « Je repars ce soir à 4h, je repasserai chez vous prendre vos lettres et dépêches et j’insiste, vous pouvez user de moi autant que vous le voulez, ainsi que du nom de notre journal ! » Entendu.
Je leur offre une flûte de Villers-Marmery 1906, Ch. Heidsieck, ils boivent la bouteille à eux deux tout en causant des événements d’hier, je leur donne quelques détails qu’ils notent et ils me quittent en me disant : « A ce soir 3h ». Price est le vrai type du reporter anglais que Jules Verne a si bien dépeint. Le mien (son collègue) lui a un signe particulier : il porte un monocle avec cordon encastré dans son œil droit qui fait corps avec sa figure : il doit coucher et dormir avec !
Enfin tous les miens, mes aimés sont à l’abri. Béni soit Dieu ! béni soit cet anglais qui si aimablement m’a apporté ce rayon de soleil dans ma vie d’Enfer que je subis, que je vis depuis huit  jours. Il n’y a plus que mon pauvre cher Père à 79 ans. Que devient-il ? mais j’espère avoir bientôt de ses nouvelles. Je lui écris une carte par Price.
Il y a certainement quelque chose qui ne va pas chez nos amis les allemands, car ça ne canonne plus comme ces jours passés. Ils doivent être gênés dans les entournures. Je crois qu’on les encercle. Oh ! Dieu des Armées, infligez-leur donc un Sedan formidable devant Reims…!
Et qu’on les pende, eux qui n’ont que ce mot à la… gueule, à la bouche, avec celui d’incendie. Ce sera la fin de la race, j’espère bien ! Encore des hirondelles ! Et dire que durant que les allemands étaient ici je n’en voyais pas une.
Ces gens-là sont comme la peste ! Ils font fuir tout ce qui n’est pas bon, noble, gracieux.

Enfin une journée calme

6H1/2.  Voilà enfin depuis neuf jours une journée un peu calme. On est comme désorienté et on dirait qu’il me manque quelque chose ! Et cependant j’ai eu le grand bonheur, la grande joie d’avoir des nouvelles de mes aimés. Aussi ai-je peu bougé pour jouir de mon bonheur. Tous sont sains et saufs à Granville (Manche) rue du Calvaire, 9 (Avenue du Maréchal-Leclerc actuellement). Cette dépêche m’a été remise ce matin par M. Price, du Daily-Mail qui cependant devait venir prendre une lettre pour ma chère Madeleine. Il a sans doute oublié, cela m’étonnerait, il est peut-être plutôt resté coucher à Reims pour ne repartir que demain. Du moins il a une dépêche pour ma chère femme ! Demain je verrais à me débrouiller.
J’ai fait mon rapport au Procureur de la République pour l’Étude Jolivet et je m’occuperai des coffres-forts demain. Quel calme !! Quel calme !! J’en suis retourné. Vrai quelque chose me manque ! le son du canon ! Je crois, MM.les sauvages, que vous avez du plomb dans l’aile. Ce n’est pas trop tôt…! Ah ! Gare à vous ! nos Gars sont lâchés et vous ne serez pas ménagés !! Il ne faut plus que vous existiez ! La Prusse, l’Allemagne doivent être rayées de la carte du Monde et ne plus exister. Quand on agit comme vous ! on doit vous supprimer comme on tue un chien enragé, ou écraser la tête d’un serpent !!
Notre Procureur de la République, M. Bossu, qui affirmait le 18 que les obus ne l’inquiétaient pas, et que cela ne l’empêchait pas de travailler et qu’ils ne l’effrayaient pas… (La suite du passage a été rayée, la demi-page suivante découpée).

De moins en moins de nourriture

-8h20 Je n’ai pas encore agité ici la question nourriture. Depuis trois, quatre jours,  nous vivons au jour le jour. Mon dernier beefsteak ou ma dernière côtelette a été mangée il y a neuf jours. Depuis on vit au petit bonheur. Angoissé par le souci de mes aimés je n’ai nullement attaché d’importance à cela. Et si j’en parle c’est seulement à titre documentaire, car je me trouve pas mal du régime actuel qui est plutôt maigre… Le pain se fait rare, on vit de saucisson, de pommes de terre, de sardines et des quelques derniers œufs que l’on a pu avoir. Mais les jours suivants il faut se rationner, moi je m’en moque, mais d’autres la trouve dure. C’est la famine d’ici quelques jours, à moins que nos troupes ne soient victorieuses, alors le ravitaillement pourra se faire. Je revois les queues devant les boulangeries comme je les ai vécues en 1870 au siège de Paris. Plus de boucheries ouvertes. A Paris… (La demi-page suivante a été découpée).
Que je vais bien dormir nos chéris sont sauvés. Tout mon monde dort bercé par la vague ! Dormez ! Dormez ! mes aimés ! Votre Père a souffert pour vous ! J’ai souffert toujours !
8h3/4 . Nuit blafarde rendue plus grise à cause des incendies qui s’éteignent, des fumées au ciel un peu partout ! mais pas un bruit. Nuit grise ! Calme. I Je croie qu’ils tremblent ! C’est l’heure de la réparation ! de l’Expiation qui a sonné pour eux aujourd’hui 20 septembre 1914. Pas de quartier !

Lundi 21 septembre 1914

10ème et 8ème jours de bataille et de bombardement
8h1/2matin . Nuit absolument calme, la première depuis longtemps et surtout depuis dix jours.
A 6h1/2 un coup de canon vers Bétheny, Cérès, de temps à autre jusqu’à maintenant, mais on entend plus aucun bruit de bataille. Est-ce qu’ils seraient définitivement partis ? battus ? Mais quel grand calme après la tempête ! et quelle tempête ! Depuis le 19 nous n’avons ni électricité, ni gaz à cause des incendies. L’eau a faiblie hier dans l’après-midi, mais ce matin la pression est bonne. On a tellement consommé d’eau pour tâcher d’éteindre cette mer de flammes qui consumait notre pauvre cité. Quant aux moyens de vivre, ils diminuent problématiquement. Après la bataille, la tuerie, le bombardement, l’incendie, est-ce que la famine se mettrait de la partie ?
Je vais faire un tour.
M. de Bruignac est venu me demander de faire parvenir une dépêche à sa mère qui est à Orléans par Price, mais celui-ci reviendra-t-il ? Il m’a fait faux bond hier. Il me faudra chercher un autre moyen !
9h1/4 .Je suis sorti pour porter un mot à l’abbé Thinot, rue Vauthier le Noir, 8, en passant par la rue du Cloître je vois que la chapelle de l’archevêché, la salle des rois et tous les appartements royaux sont brûlés. Notre Pauvre académie peut faire son deuil de sa salle et de sa bibliothèque !
L’étude de Montaudon, 36 rue de l’Université est brûlée. J’apprends que ses minutes sont dans sa cave.
Un sifflement, je rebrousse chemin, malgré moi je muse, je vois, je regarde ! et, « l’herbe tendre me tentant », je redescends la rue de Vesle, St Jacques, place d’Erlon, la Gare, les Promenades, le Boulingrin : tous cela est désert. Le nouvel Hôtel Français crevé par un obus, les Changeurs rien. Et le diable me tentant toujours, je continue boulevard Lundy, et rue Coquebert je passe devant chez Mme Laval au n°51, une étiquette me renvoie au 49. J’y trouve Mme Laval et son fils en effet, et notre directeur de la Banque de France M. Gilbrin qui est là avec Mme Gilbrin et la famille de son aïeule Mme Feldmann. Ils sont réfugiés là, campés depuis le 19 au soir. On cause, M. Gilbrin se décide, sur mon avis, à faire un tour vers la Banque de France. Nous redescendons la rue Coquebert, la rue Linguet, je lui montre la maison de mon vieil ami Charles Heidsieck crevée éventrée, et place de l’Hôtel de Ville nous nous quittons à sa porte. Je vois Charles Heidsieck, Givelet, M. Bataille aux nouvelles ! peu ou point, mais dans l’air c’est toujours l’encerclement et la bataille définitive sinon la 2ème en attendant la 3ème finale en Belgique ou au Luxembourg.
Est-ce que ?? …mon « bois des Bouleaux ? » deviendrait réalité ? Ma foi j’aimerais mieux que de fut un « bois des Bouleaux » de Champagne, ce serait plus vite fait !

Arrestation d’un espion

Je dirige mes pas vers la rue de Pouilly quand un groupe en débusque avec un homme barbu qui n’en mène pas large entre deux soldats baïonnette au canon, et un gendarme dont le casque romain à crinière est couvert d’un manchon de toile kaki le suit à l’œil. Je m’enquière. C’est mon espion de la rue du Cadran St Pierre qui faisait ses signaux lumineux la nuit, non de chez Lallement mais de chez Henrot dont il était gardien de la maison. C’est complet.
Mon cher ! Ton affaire est claire ! Je crois ! Encore cette nuit il faisait des signaux ! C’est Degermann qui, n’y tenant plus, est allé insister pour qu’on l’arrête ! Je redescends la rue de Pouilly, la rue du Carouge, du Cadran St Pierre. Je retombe sur un retors groupe d’ouvriers criards.  Deux soldats encadrent un homme avec une veste de travail qui aurait crié : « Oui, c’est bien juste : les français ne l’ont pas volé ! ». Encore un d’assuré sur son existence !
Je rentre, trouve lettres et dépêches pour mon citoyen Price ! qui n’est pas encore passé.
Je vois M. Horny qui me narre les désastres de ses immeubles et de ceux de son gendre. Nous bavardons en pleine confiance que l’on parait être sûr de la déroute, de la retraite allemande de ce que nous avons vu.
J’en fini avec nos misères.
Je lui dis que des troupes considérables sont massées à l’ouest de Reims qui n’attendent que le moment de marcher en avant pour broyer les allemands. On dit que le général Pau est ici.
12h1/2.  Nous nous quittons. Je commence mon maigre déjeuner quand vers 1 heure canonnade qui continue jusque vers 1h3/4, mais… posément, en gens pas pressés. Non vraiment nos Prussiens n’ont plus l’entrain d’il y a neuf  jours quand c’était si amusant de tirer sur la Cathédrale et nos demeures. Enfonceurs de portes ouvertes ! Va !
Je vais tâcher de faire un tour, le soleil est beau et je ne tiens pas en place.
2h10 . Il se confirme que des masses de troupes énormes sont massées de Villers-Allerand à Muizon et Fismes, et surtout des masses de cavaleries qui se reposent et se renforcent en se préparant à lancer la Curée finale ! Ce sera une belle chevauchée ! Que ne puis-je en être pour voir et muser !
2h1/2 . Je fais un tour. L’Hoste est saccagé. Je pousse jusque chez le docteur Luton, rue des Augustins, qui me donne une dépêche pour sa femme. Je passe rue Berton (rue Louis Berton depuis 1925). Une bombe siffle, rentrons. A peine arrivé chez moi à 3h1/2 tapant, nos deux anglais sonnent, ils viennent chercher nos lettres qu’ils n’ont pas pu prendre hier, n’ayant plus assez d’essence pour repasser par Reims.
Mais en vrais anglais ils sont revenus exécuter leur promesse entre 3 et 4 heures comme ils me l’avaient promis pour la veille. Cela les dépeint bien. Toujours aussi cordiaux ils prennent mes lettres et dépêches d’un peu tout le monde : M. de Bruignac, Tricot, le Docteur Luton, Potoine. Ils me promettent de revenir me porter les réponses et de reprendre nos lettres ou dépêches. Je tiens encore mon fil, mes aimés vont avoir de mes nouvelles. Ils ont déjà envoyé hier ma dépêche en réponse à celle de ma chère femme. Nous nous quittons sur un affectueux shake-hand. Le compagnon de Price, qui a encore couché avec son monocle – on l’enterrera avec – se nomme Gerald Wallis 14, avenue Charles Floquet à Paris. Merci encore à vous qui me reliez à mes adorés.
Sur ces entrefaites Marcel Lorin, caporal au 291ème de ligne, arrive. Il est ici au Collège St-Joseph avec son régiment. Il a bonne mine et s’est tiré sain et sauf de vingt combats. Il me conte qu’à Sedan on était victorieux, mais que les mitrailleuses allemandes les ont obligés à reculer. Les allemands montent même ces mitrailleuses sur des arbres pour mieux se dissimuler. Il ajoute qu’on ne peut rien contre ces engins, que n’en n’avions-nous autant qu’eux !
Lors de la reprise de la marche en avant à la grande bataille de Champaubert il a combattu à FèreChampenoise qui a été pris et repris. Là ils ont fait des hécatombes de prussiens. Ceux-ci comme les nôtres font des tranchées à hauteur d’homme avec parapet de terre où l’on fait juste un petit créneau pour tirer.
En sorte que l’on se bat à mille ou 1.500 mètres sans se voir. Il me signale la visibilité de notre uniforme, tandis que celui des allemands est invisible. Durant le combat leurs meilleurs tireurs, munis d’une lorgnette (j’en ai vus) visent surtout nos officiers, de sorte que des compagnies entières sont commandées maintenant par un simple sergent, un bataillon par un capitaine de réserve, ce qui enlève leur coup (capacité) de confiance à nos soldats. Notre section s’est très bien battue, mais on ne peut en dire autant de la réserve. Marcel Lorin m’ajoutait que c’était les cadres qui faisaient défaut chez nous. « Oh ! la loi des 2 ans, quel tort nous-a-t-elle fait ! » s’écriait-il ! C’est malheureusement trop vrai. Quand la ligne des Tirailleurs ennemis fait un bon en avant, les hommes sont sur deux lignes et tiennent leurs fusils appuyés sur leurs gibecières comme pour charger à la baïonnette, mais le canon dirigé plutôt vers le bas, et tout en courant ils tirent ainsi avec leurs chargeurs automatiques. En avançant ils produisent ainsi une sorte de tir de mitrailleuse.
Il m’a conté qu’à Fère-Champenoise il avait vu des tranchées entières comblées de soldats allemands morts et tellement serrés qu’ils étaient restés debout dans la position de tireurs accolés l’un à l’autre.
Là-bas cela a été une véritable moisson d’allemands à certains moments, leurs officiers paraissaient vouloir faire tuer leurs hommes à plaisir. Où on s’est battu il ne laissent rien. Pauvre St Martin ! mon pauvre Père a-t-il encore un abri seulement ?! Je suis assuré de la sauvegarde de ma chère femme et de mes petits. Il faut qu’il me reste le souci et l’inquiétude du sort de mon pauvre vieux Père !
8h1/2.  Toujours le calme, et cependant en prêtant bien l’ouïe on entend le grondement du canon dans le lointain, vers Moronvilliers, le Mont-Haut, Nauroy et avec assez d’insistance.
On parle de l’encerclement des allemands et que dans ce cas la bataille de Reims serait la dernière. D’autres disent que s’ils échappent à cet encerclement il n’y aura plus qu’une grande bataille dans le Luxembourg. Que croire ? J’aimerais mieux que ce fut fait tout de suite et que le Sedan de 1870 soit remplacé par le Sedan de Reims 1914.

 

Retour sur l’incendie de la cathédrale

Je reviens sur cet incendie du 19. Quand vers 4 heures (? à voir) je vis la toiture de la Cathédrale prendre feu vers les grandes tours, les flammes filaient aussitôt vers l’est et coururent d’une façon échevelée le long de la toiture centrale puis gagnèrent le Carillon central et enfin le clocher à l’Ange.
Le vent du reste venait de l’ouest. Alors une colonne de fumée formidable s’élevait, blanchie, sertie d’étincelles de feu au-dessus du noble vaisseau et se dirigeait, éclairée par un soleil pâle d’automne sur un beau ciel bleu, vers l’Est. Lentement, majestueusement, telle la grande fumée d’un volcan, obscurcissant le ciel vers le quartier Cérès, place Godinot, c’était, je le répèterai jamais assez, grandiose, titanesque, et magnifiquement horrible. Il n’y a que la plume d’un Dante, d’un Victor Hugo, d’un sieur Kiernig (à vérifier) qui puisse décrire pareil tableau, scène, spectacle.
Guillaume II a dû avoir les mêmes jouissances que Néron quand il incendiait Rome, s’il a assisté à ce spectacle, cette scène du haut de Berru, il était aux premières loges et il a dû avoir un plaisir satanique en contemplant ce spectacle digne de l’Enfer.
Et je comprends parfaitement l’embrasement de tout le quartier Cérès (à gauche) jusqu’à la place Godinot provoqué par les étincelles, tisons et charbons qui s’envolaient, poussés vers l’est par le vent assez fort, et aidé par quelques obus incendiaires jetés bien innocemment par ces amours d’allemands de-ci de-là rue Cérès, rue St Symphorien, rue Eugène Desteuque, etc… Il fallait bien s’amuser aux dépens de ces… cochons de rémois (signé de Bulow), le mot est de lui ou de l’un de ses sbires, et surtout leur faire payer l’infamie qu’ils avaient commis en oubliant de leur donner leur bon à caution d’un million, que dans leur départ (?) plutôt précipité ils ont oublié de réclamer à la Municipalité, et que quelques heures après ou un jour après M. Émile Charbonneaux a retrouvé par hasard (cette fois) et à sa grande surprise dans le fond du tiroir de son bureau de la salle du Maire et de ses adjoints.
Je l’ai entendu de la bouche même d’Émile Charbonneaux, le lendemain ou le surlendemain de leur fuite, c’est-à-dire le 13 ou le 14.
Et voilà comment une diversion d’idée me fait oublier le spectacle de l’incendie du 19, et cependant il faudrait y revenir. La flamme, la fumée, les charbons poussés sur le quartier Cérès. L’incendie poussé vers le quartier Cérès s’étendit vers 5 heures sur tout le carré d’immeuble, Cérès, Université, Godinot, Levant, Ponsardin et le boulevard de la Paix qui est dans les flammes, la fumée et les étincelles au milieu des crépitements, des éclatements, détonations, écroulements poussés par le vent d’ouest, formaient comme une vaste forêt de feu dont les langues furieuses tourbillonnantes se penchaient vers l’est comme les chênes centenaires se couchent sous la tempête, la rafale et l’ouragan.
Oh ! Quel spectacle inoubliable !
Que l’homme est petit devant ce déchainement de cataclysmes.
Ma plume est impuissante à décrire, il faudrait être Satan lui-même pour pouvoir le faire.
En remettant ma lettre à M. Price j’ai oublié avant de la clore de souhaiter sa fête à mon cher Momo, Mimi, qui m’a coûté tant de larmes ces jours derniers quand je le voyais en pensée mourant de faim, criant sa faim, ou perdu dans la foule de fuyards ou encore égorgé par un Vandale.
Oh ! qu’il m’a fait souffrir ce chéri-là. J’ai oublié de t’écrire mon Momo, mais par delà la ligne de feu qui nous sépare je te souhaite une bonne fête de St Maurice, et qu’à cet instant (9 h 17 soir) tu sois bien heureux, oh bien heureux, niché contre ta chère petite Maman, et que demain jour de ta fête ce soit un jour de fête pour toi, ta Mère et tes frères et sœur ! Je vous embrasse tous en pensée, je suis si seul !
Je ne puis t’offrir quelques fleurs ni t’embrasser en te taquinant, mais je t’offre tout ce que j’ai souffert depuis vingt et un  jours pour ton bonheur, celui de ta Mère et celui de ton Jeannette, ton Roby, ta Mareu-Louise et ton Dédé ! Dors bien mon mignon, et que le bruit des grandes vagues de Granville te berce et te fasse faire de jolis rêves.
Ce bruit est plus agréable, crois m’en, que celui du grondement des canons, le sifflement et l’éclatement des obus de 100 kilos, de l’écroulement des maisons, du crissement des vitres, des glaces qui se brisent et du rugissement des flammes qui vous entourent, vous encerclent. C’est l’Enfer et pour toi et tous mes aimés qui sont près de toi cette nuit ce sera le bercement doux-doux de la vague, qui mollement va, revient et s’endort et meurt sur le sable humide de la plage.

Mardi 22 septembre 1914

11ème et 9ème jours de bataille et de bombardement ?
6h1/2 matin. Cette nuit pas un coup de canon ni un coup de fusil ! À 6h1/2.  je m’éveille, surpris de ce calme et de n’avoir pas été réveillé par la musique que nous entendons depuis 10 jours.
7 heures.  quelques coups de canon sourds, au loin, éloignés. Est-ce que Messieurs les prussiens seraient filés ?
7h50. On me dit que l’Etat-major allemand (d’un corps d’armée sans doute) serait fait prisonnier.
8h1/2 .Allons nous renseigner si possible. J’en profite pour porter un mot à l’abbé Thinot que j’ai en vain essayé de lui remettre à son domicile 8, rue Vauthier le Noir depuis deux  jours. Chaque fois un obus malencontreux me recommandait la prudence, serai-je plus heureux aujourd’hui ? Nous allons voir !
10h1/4 . J’apprends en route que Mareschal est chez lui. J’y saute. Je le trouve sur sa porte, il est fort ému de ce qu’il vient de voir là de nos désastres. Il m’apprend que sa maison de la rue d’Avenay est incendiée, ce que je savais, mais de plus que toute sa comptabilité qu’il avait transporté là de la rue Jacquart est détruite. C’est un désastre !
Comme Il a session à l’Hôtel de Ville je l’y accompagne, rencontre M. Dallier (Louis Eugène Dallier, 1885-1965), d’Ay, commandant d’État-major, les Henri Abelé, Pierre Givelet, mon Beau-père, plus ou pas de nouveau, sauf qu’on ne bouge pas et que notre état-major hésite à sacrifier inutilement des hommes et qu’il préfère tourner les Prussiens.
J’apprends là que Peltereau-Villeneuve s’est sauvé avec sa femme à Épernay. Me voilà donc le seul des notaires de Reims resté à son poste, à son devoir. Que Dieu me protège ! ainsi que les miens, mon Père, mon étude, ma maison, mon St Martin.
Maurice me dit justement que St Martin n’aurait pas souffert. La Chaussée-sur-Marne oui. Presque pas de combats. Des passages de troupes. Mon Dieu, merci si je retrouve mon Père et sa maison intacte : c’est le foyer familial depuis plus de 150 ans, et cela me ferait gros cœur de savoir qu’il lui est arrivé malheur. Dieu protégez tout cela, et que nous nous retrouvions tous là-bas un jour prochain jouir de la joie de vivre quelques moments heureux dans mon Pays natal.
Rencontré M. Portevin avec qui je reparle de cette ténébreuse histoire des parlementaires allemands de La Neuvillette du 3 septembre. Il n’en sait guère plus que moi et il me confirme qu’il est en effet allé à la Mairie de La Neuvillette vers 7 heures du soir dire au colonel du 94ème de ligne qui gardait les parlementaires que le Général Cassagnade était en tournée dans les forts de Reims et qu’il ne pouvait être prévenu pour 7 heures dernier délai, donné par les allemands pour rentrer dans leurs lignes et qu’ils voulurent bien proroger le délai jusqu’à 8 heures du soir. Les Parlementaires ne voulurent rien entendre et là commence l’aventure de l’exode jusqu’à Merfy puis leur disparition.
A Épernay il a revu encore des parlementaires les yeux bandés et la tête voilée, était-ce ceux de Merfy ou d’autres, il ne sait pas. Si ce n’était pas eux, ces autres étaient envoyés, parait-il, pour proposer au Général Joffre de cesser les hostilités en échange de la cession de l’Alsace et de la Lorraine, et de laisser l’Allemagne les mains libres pour lutter contre la Russie et l’Angleterre. Refus bien entendu et immédiatement engagement solennel pris entre les Puissances alliées (France, Angleterre et Russie) de ne pas traiter séparément avec l’Allemagne, cela se devait.
Heckel mon commis vient de m’apprendre que tout est brûlé chez lui, il me demande s’il peut aller se réfugier chez M. Georgin. Je lui conseille de ne pas hésiter à le faire.
11 heures.  Je vais définitivement jusqu’à l’abbé Thinot. Place du Parvis je rencontre M. Salaire, commandant de pompiers, lieutenant d’intendance actuellement. Sur ces entrefaites M. Bergue nous aborde, nous causons des événements et peu à peu la conversation revient sur les otages du 12. Je lui demande quelques renseignements, voici ce qui ce serait passé :
L’intendant général allemand qui était toujours en rapport avec M. Bergue en sa qualité d’interprète survient le 12 au matin à la Mairie, l’Hôtel de Ville, vers 9 heures et à brûle-pourpoint lui dit : « Je viens m’assurer de la personne du Maire, les événements sont graves. M. le Maire est-il ici ? » sur une réponse affirmative, celui-ci ajoute : « Les événements s’aggravent, je viens m’assurer de sa personne, et… de vous aussi Monsieur ! » M. Bergue lui demande s’il peut prévenir Madame Bergue. On le lui refuse. On était pressé, affolé. Heureusement qu’il croise Émile Charbonneaux qui lui dit de prévenir sa femme. On les emmène au Lion d’Or où il y a plutôt du désarroi. On dicte la fameuse proclamation sur papier vert des otages à M. Bergue, qui discute sur le mot « pendaison »… C’est inutile d‘insister. Quand on arrive à la signature de cette proclamation par le Maire, on résiste, puis on demande que l’on mette « Par ordre, et sur l’injonction de l’autorité militaire allemande. »« Impossible ! L’ordre vient de trop haut ! » On signe donc le couteau sous la gorge.
Or, cet ordre qui venait de trop haut était donné par mon fameux Prince Henri de Prusse, non pas cousin de l’Empereur Guillaume, mais bel et bien son frère, Amiralissime de toutes les flottes de sa Majesté Impériale et Royale de toute la Prusse (Canaille) Vandale.
Sur mon étonnement M. Bergue me dit : « Parfaitement, le frère propre de l’Empereur amiralissime des flottes allemandes, vous avez été son otage. »

– « Et moi le gardien, son voisin de chambre ! » Que diable pouvait-il venir faire là cet amiral d’eau douce !?…
Bref, je suis monté en grade, au lieu d’être le 1/4 d’une altesse quelconque je deviens le 1/8 d’un Empereur ! Parfaitement, suivez mon calcul : le Frère de Guillaume est une moitié d’Empereur. Nous étions 4 otages dans la nuit du 11 au 12 septembre, or une 1/2 d’une moitié divisée par 4 donne 1/8 si je ne me trompe. C.Q.F.D.
Au sujet des blessés allemands dans la Cathédrale, ce fut de même : « L’ordre vient de trop haut, et du reste nous sauvegardons nos blessés, car les troupes françaises ne tireront jamais sur votre magnifique Cathédrale ! » Oui les français n’auraient jamais tirés sur la Cathédrale de Reims, mais vous ! Vous voyez. Vous ne vous êtes pas gênés pour le faire, et… sciemment, à tir exactement repéré !
Je les quitte et vais porter mon mot à l’abbé Thinot. Place Godinot je salue M. de Polignac qui passe en auto avec des officiers généraux. Je traverse les ruines de la rue St Symphorien (plus rien chez M. Masson (Jules Masson, 1841-1920, 13, rue St Symphorien), de la rue de l’Université, c’est lugubre. Puis place Royale un roulement de tambour ! Ce n’est rien, on prie les agents de police et les gardesvoies de se trouver au Boulingrin à 9 heures pour prendre les ordres de l’autorité militaire.
On me dit que l’Italie a lancée un ultimatum à la Prusse à la suite des exhortations de Poincaré et des puissances alliées au sujet de notre bombardement et de l’incendie de Reims et de la Cathédrale.
Nos troupes seraient avancées jusqu’au Linguet sur la route de Witry-les-Reims. A midi et quelques minutes j’étais dans le jardin, un obus siffla, le seul. Et aussitôt même phénomène que j’ai remarqué maintes fois durant ces jours tragiques. C’est qu’aussitôt que quelques obus avaient sifflé et éclaté les nuages, même par un soleil assez clair, se rassemblaient, se renforçaient et une ondée tombait aussitôt. C’est assez curieux ! Ébranlement de l’air, sans doute.
1h1/2 .Je me dirige vers le jardin de la route d’Épernay, rencontre le 107ème de ligne d’Angoulême. Les hommes paraissent en forme. Arrivé au jardin je constate qu’on l’a encore visité, ainsi que la sallette, plus de nappe ni de vaisselle. Si cela continue, les apaches enlèveront les murs. A 3 heures une batterie de 2 grosses pièces d’artillerie anglaise tire derrière moi vers Berru, les obus passent audessus de ma tête en sifflant, pas le même déchirement que les allemands. Gare que Berru ne réponde et je risque fort de recevoir un coup trop court. Faut-il rester ? Faut-il partir ? Singulier dilemme ! Tout pesé, je reste. J’ai bien fait, car la réponse est nulle, 2 coups vers Ste Anne et trop courts. Ils ne savent pas où sont ces canons. J’inspecte avec ma lorgnette Cernay, le glacis de Berru, et vers Witry-les-Reims. Je vois quantités de terre remuées, ce sont des tranchées pour les fantassins, mais aucun ouvrage ne dissimule leurs batteries qui doivent être dans les bois de Berru et de Nogent. Vers 4 heures.  Je quitte le jardin, le retrouverai-je ou les pillards ne l’auront-ils pas enlevé lui-même ?
Je repasse voir les sœurs de l’Hospice Roederer qui sont lasses de descendre dans les sous-sols leurs vieillards pour les remonter ensuite, elles sont exténuées.
Je reviens par les Tilleuls (rue Bazin depuis 1925) ou j’admire un splendide coucher de soleil qui illumine notre pauvre Cathédrale bien noircie ! Et dire qu’on se tue encore. Et que nous sommes toujours entre le marteau et l’enclume. C’est une situation qui devient exaspérante, intolérable. On s’énerve dans l’attente de la fin.
6h1/2 M. Albert Benoist vient me demander de me confier une dépêche pour Mme Albert Benoist qui aurait fait paraître une annonce dans l’Echo de Paris demandant de ses nouvelles, ainsi que de sa fille dont elle ignore le sort depuis qu’ils sont allés à Épernay dans un camion. Ils ont été obligés de rebrousser chemin après maintes péripéties lors de l’exode, de la débandade vers Épernay. J’accepte volontiers de transmettre une dépêche par Price quand celui-ci reviendra.
Puis l’on cause des événements avec Mareschal qui était venu sur ces entrefaites pour me demander un renseignement, c’est du reste lui qui avait dit à M. Albert Benoist que j’avais un moyen de faire parvenir des dépêches.
M. Albert Benoist estime qu’il a 1. 500 000 francs de pertes causées par l’incendie et le bombardement du 19, 1. 200 000 francs pour la rue des Cordeliers et 300 .000 francs pour son usine. Plus de comptabilité comme Mareschal et du reste comme presque tous les sinistrés. Il me dit qu’à la Ville on avait affiché qu’il y avait eu une grande bataille à Craonne (on recommence absolument la campagne de 1814). Où on a combattu avec acharnement et où il y a eu des corps à corps à la baïonnette terribles.
Du côté de Grandpré (dans les Ardennes) les allemands refoulés jusque là se fortifient énormément. Voyons ? Est-ce que ce ne serait pas l’encerclement, et mon Dieu ! Le Sedan de 1914 sur le champ de Bataille du Sedan en 1870 ? Pensée bien troublante ! En tous cas ce serait de la justice l’imminence et un singulier retour des choses ! Tout est possible, surtout quand on voit ce que les allemands ont fait et font. La Providence nous devait bien cela. Ce serait le Châtiment des crimes d’un siècle commis par ces descendants d’Attila dont ils ont encore du sang dans les veines !
Ici pour nos Corps de troupes de Reims le mot d’ordre est de rester sur place, marquer le pas mais de résister jusqu’au dernier surtout d’empêcher l’encerclement de Reims et de résister jusqu’au dernier homme. Pour arriver à ce résultat cela nous promet peut-être encore de beaux jours de canonnades et d’incendies de la part des allemands passés maitres en ce genre d’exercice. Et cependant, je ne puis croire que cela arrivera. Non, ce sera plutôt la reculade, la débandade, le désastre, le Sedan. Ils seront punis là où ils pèchent par leur entêtement et leur ténacité. N’avoir jamais tort coûte que coûte. Soit ! mais cela coûte cher cher quelquefois ! Et il s’agit de leur existence propre comme peuple et nation sur la Carte de l’Europe… du Monde !

Mercredi 23 septembre 1914

12ème et 10ème jours de bataille et de bombardement
7h matin .On s’est battu toute la nuit devant Reims. Avouerais-je que je n’ai rien entendu, c’est ma brave Adèle qui me l’a annoncé ce matin. Le matin, calme complet. Quelques coups de canon pour ne pas en perdre l’habitude.
Hier, comme j’allais au jardin je rencontrais sur la route d’Épernay, en face du jardin du séminaire, Rohart mon compagnon d’otage du 11 avec toute sa famille qui revenait en voiture d’Épernay où il
s’était sauvé lors du bombardement du 19. (Le quart de la page suivante a été découpé aux ciseaux proprement).
10h1/2 . Nos troupes seraient avancées jusqu’à Lassigny, à l’ouest de Noyon. On s’est battu avec acharnement à Craonne. Les allemands ont même faits des charges à la baïonnette. A Reims situation stationnaire, sauf la reprise de Beine, les allemands sont encore à Epoye. Nous occupons Souain, Mesnil-les-Hurlus, Massiges (canton de Vienne-le-Château (Marne)) dans la direction de Vouziers. Dans la Woëvre : Thiaucourt, Hattonchâtel.
Vu chez Fréville un obus, dégâts insignifiants. M. Fréville doit écrire à Mme Ferté qui est à Paris pour la prier de prévenir de l’incendie de leur maison Mme Jolivet qui, parait-il, aurait le désir de faire ses couches à Reims. J’aime mieux cela. Quant à moi j’écrirai un de ces jours à Jolivet.
Passé chez M. Français qui n’est pas chez lui, il doit retourner à Épernay aujourd’hui. Je passe chez M. Eugène Gosset 6 place Godinot, absent. J’y rencontre notre Cardinal Mgr Luçon, rentré de Rome et en auto de Paris hier matin. Il avait couché à Ville-Dommange la veille, accompagné de l’abbé Landrieux, archiprêtre de la Cathédrale, de l’abbé Camu, Vicaire général et de l’abbé Andrieux, Vicaire de la Cathédrale, qui visitent nos ruines.
Rentré chez moi. Heckel m’attend pour que je lui donne l’autorisation de se réfugier chez M. Georgin, 31 rue Hincmar en attendant qu’il se trouve un logement. Tout son mobilier est brûlé. Il s’était réfugié à Tinqueux chez M. Fayet, mon client, qui lui a mis 2 ou 3 pièces à sa disposition pour lui et les siens quand il a su que c’était mon caissier. Je lui en suis reconnaissant et l’en remercierai à l’occasion.
Je crois que le bombardement de Reims est surtout l’incendie de la Cathédrale de Reims auront produits un effet et un retentissement considérable dans le Monde entier. Les Allemands, par cet acte de sauvagerie auront subi une vraie défaite. C’est un Sedan moral pour eux dont ils ne se relèveront jamais.
Au point de vue Mondial, la Kultur allemande a fait faillite devant Reims.
5h1/2 . Montaudon a été vu par M. Français, il est à Bezannes avec son régiment, le 137ème de ligne où il est sergent. Il voit l’incendie de son étude.
Je rencontre Loeillot, mon clerc, fils de mon confrère de Boult-sur-Suippe, je le prie de venir dîner avec moi. Il accepte s’il peut venir à 6h1/2. Canonnade depuis deux heures de l’après-midi, cela paraît assez sérieux. Toujours du côté de Bétheny et Cérès. Quand donc nous ne l’entendrons plus ? Il paraîtrait que nos troupes seraient à Moronvilliers, le Mont-Haut serait donc tourné, car pris de vive force, cela ne me parait guère possible. Enfin attendons et que Dieu nous protège.
6heures.  Je viens de porter ma lettre à Madeleine à M. Français, pourvu qu’elle lui parvienne.
En dehors du bonheur d’avoir trouvé une autre occasion d’écrire à ma chère femme, je puis dire que je viens de passer une journée des plus fastidieuse. Beau temps, si à Granville mes chers aimés ont aussi beau temps quelle belle et bonne journée ils ont passé et quel joli coucher de soleil ils ont dû avoir. Tant mieux, qu’ils en jouissent et qu’ils me reviennent florissants de santé tous.
Quelle assommante journée en dehors de cette joie de pouvoir écrire là-bas !
7h3/4 . A 6h1/2 est arrivé mon clerc Henri Loeillot à qui j’avais dit de venir dîner avec moi. Il a mangé de bon appétit et raflé toutes les pommes de terre frites, depuis 8 jours il n’avait touché une pomme de terre. Vous voyez d’ici le régal !
Très entrain, calme, vraiment tous nos troupiers font leur devoir d’une façon très simple, très digne. Loeillot en est encore un exemple. Il va sur ses instances faire partie d’un nouveau corps d’armée en formation, composé de la Légion Étrangère et de Marocains. Il désirait du reste dès le début de la campagne aller sur le front et ne pas rester à l’arrière comme automobiliste. Son Père m’en avait parlé et s’opposait à cela avec la dernière énergie. Mais allez donc empêcher le jeune sang de France de ne pas mentir !
Il m’a chargé de dire à son Père qu’il y avait une lettre pour lui dans sa chambre rue Jeanne d’Arc, et que son frère Jean était passé à Reims le 18 en très bonne santé. Il croit qu’il est sous-lieutenant maintenant.
Je l’ai muni de cigares et cigarettes auxquels il a paru très sensible, et nous nous sommes quittés en échange il me donne une cartouche allemande et une française, celle-ci est sensiblement plus lourde et plus courte que celle-là ! en plus.
Nous nous quittons à 7h1/2 en souhaitant de nous revoir bientôt de clerc à Patron. Il paraissait enchanté des moments trop courts qu’il avait passé sous mon toit solitaire, mais il lui fallait regagner son cantonnement à l’École de la rue Martin-Peller le plus tôt possible. Allons ! mon petit soldat bonne chance ! bon courage ! soit digne de ton Patron qui te porte envie !

Jeudi 24 septembre 1914

13ème et 11ème jours de bataille et de bombardement
8h3/4 matin.  Toute la nuit on entend de temps à autre le canon, mais à 5h3/4 la bataille le combat s’anime et jusqu’à cette heure-ci, avec des intervalles plus ou moins longs, le canon gronde et la fusillade crépite. Quand donc en aurons nous fini avec cette situation de piétinement sur place qui dure depuis le 19, mais qui devient énervante pour nous non-combattants depuis le 20, jour où l’on peut dire que nous n’avons plus été bombardés sérieusement. Un obus par-ci par-là, sauf vers les caves Pommery qui seraient passablement endommagées, c’est tout.
Il fait un soleil splendide d’automne qui n’en n’est que plus triste à mon sens car il illumine, il éblouit des scènes d’horreur, de bataille.
Maintenant que les allemands ne m’occupent plus à descendre et à remonter de la cave avec leurs obus, je suis comme désœuvré et ne sait à quoi m’occuper ! Allons ! ne nous plaignons pas ! ce serait mal de se plaindre d’être sorti de cet Enfer.
5h1/2.  A 11h1/2 M. Gilbrin vient me dire qu’il doit aller à Troyes pour son service demain vendredi 25 septembre, et qu’il se chargera de mes lettres et dépêches très volontiers, et demande que je les lui remette pour 6h1/2. J’ai donc écrit une longue lettre à Madeleine, préparé une dépêche pour elle et écrit à mon Père dont je suis sans nouvelles, ce qui m’inquiète beaucoup. Pourvu qu’il ne lui soit rien arrivé et qu’à St Martin il n’ait aucunement souffert en quoi que ce soit !
Vers deux heures 1/2 je vais voir Gobert, du Courrier de la Champagne, qui est réfugié rue Robert de Coucy à l’Imprimerie Coopérative, pour lui dire qu’il peut envoyer une dépêche à sa femme qui est à Azay-le-Rideau, par M. Gilbrin. Je vais prévenir de même M. Gomont, 14 rue de l’Université, qui était venu me demander ce service. Je retourne sur mes pas, arrivé au barrage fait au coin de la Place Royale et de cette rue, je m’arrête à causer avec je ne sais plus qui. Quand un sifflement bien connu et boum ! un obus qui éclate vers la nef de la Cathédrale qui n’en peut mais la pauvre et qui a déjà largement son compte. Débandade générale. On se quitte sans se dire « au-revoir » et sans se faire de compliments, croyez-le bien. Je traverse la Place Royale, j’enfile la rue Colbert, je coupe la Place du Marché et m’engage dans la rue de l’Arbalète, où, en face des Galeries Rémoises au n°14, un éclat de bois tombe à mes pieds, il n’a pas éclaté loin celui-là !
J’arrive rue de Talleyrand quand à ma porte un coup formidable et un nuage de poussière vers la rue Noël, la rue des Boucheries, dans ce coin là. J’entre chez moi, je monte à ma chambre prendre mon fourniment de bombardement et de cave, je ferme mes persiennes, et je descends à la cave. Là je trouve M. Fréville du Bureau des Finances à Reims, et sa femme Mme Fréville qui, surpris par l’avalanche, sont venus se réfugier chez moi. Nous nous installons dans notre réduit de la grande cave, il est maintenant 3h1/4, et en attendant la fin de la séance, nous causons de choses et d’autres, des événements bien entendu.
M. Fréville me conte l’aventure qui est arrivée à Mauclerc, ancien notaire à Rilly-la-Montagne, et à sa femme qui étaient dans leur propriété de la ferme des Monts Fournois (aujourd’hui le Domaine des Monts Fournois). C’était le mardi 15 septembre 1914, les troupes françaises arrivent à sa ferme, et quelques temps après un officier fait arrêter M. Mauclerc et Mme Mauclerc, leur fait passer les menottes aux mains, ainsi qu’à tous ses serviteurs et on les conduit à Taissy, où on leur dit qu’ils sont aux arrêts comme espions, qu’ils ont faits des signaux aux allemands, etc… Mauclerc se défend comme un beau diable et il s’attire cette réponse du lieutenant-colonel qui l’interroge : « Inutile de vous défendre et d’insister, car vous ne feriez qu’aggraver votre cas ! »

« Vous avez des intelligences avec l’ennemi, la preuve en est que vous n’avez pas été pillé. » On les garde ainsi du mardi 15 au vendredi 18. Quels terribles moments ils ont dû passer, on les menaçait de les fusiller. Heureusement qu’un habitant de Taissy s’est montré assez ferme pour dire qu’il répondait de ce pauvre Mauclerc. Et on les relâcha…
A un moment donné, comme il se recommandait de sa qualité d’ancien notaire, il s’attira cette réponse lapidaire : « On peut avoir été honnête pendant 14 ans, mais changer depuis ! » Ce doit être une dénonciation d’un domestique qui a voulu se venger.
Depuis que j’écris la canonnade fait rage, c’est un roulement continu. Comme de la grêle qui tombe sur une terrasse. On doit se battre furieusement du côté de Bétheny.
6 heures. Je vais porter mes lettres à M. Gilbrin.
6h1/2. J’ai remis mon paquet de lettres au concierge de la Banque de France. Et avant de fermer làbas dans sa loge ma lettre à mes adorés j’ai griffonné un dernier adieu, je leur ai envoyé un dernier baiser. Je leur ai souhaité une bonne nuit, je leur ai dit : « Bonsoir ! » Oui, que cette nuit et les autres qui suivront vous soient douces, mes aimés !! Pour moi comme pour toutes les nuits jusqu’ici et celles qui vont suivre elles seront et ne peuvent être que tristes, sombres, douloureuses, remplies d’insomnies, loin de vous !
J’ai pourtant payé largement mon tribu de veillées, d’insomnies, de soucis depuis 30 ans, et cela ne cesse pas. Je suis las, je souffre, je suis découragé !! Je n’en puis plus ! En ce moment je suis seul dans la maison, et en allant et venant, vacant, à de menues occupations, choses (?) par les chambres et les corridors, mon cœur était serré !! Les ombres ! les objets ! les souvenirs de tous ceux qui me sont chers m’entouraient, me pressaient, me parlaient dans la nuit, et je souffrais !Est-ce que j’avais peur ? Je ne tremble cependant pas !
8h soir . L’exode des habitants des faubourgs Cérès et de Cernay a recommencé ce soir. Ces malheureux sont comme le volant du jeu de raquette depuis douze jours. Un jour ils sont obligés de fuir devant la grêle des bombes, tous se précipitent vers l’ouest et filent vers le faubourg de Paris ou de la Haubette se réfugier chez l’un chez l’autre ou dans les caves et les celliers des négociants en vins de la rue de Courlancy. Il faut voir ces réfugiés ! ces campements ! on se croirait revenu à l’époque des catacombes ! Mais aussi l’effarement, l’affolement, la peur, la panique ! en plus.
Cette fuite par nos grandes artères, et notamment par la rue de Vesle est navrante, douloureuse. Des femmes tiennent leurs petits avec des ballots à la main faits hâtivement, les hommes portent des enfants dans leurs bras, des vieillards et des infirmes sur leur dos. Énée transportant son Père à travers les flammes de Troie n’a jamais été plus de saison, plus vrai. Ah ! Comme j’ai compris cette scène d’Homère depuis 8 jours que je l’ai vue se répéter presque chaque jour.
D’autres trainent des charrettes chargées de toutes sortes d’objets, et sur un d’utile dix sont inutiles. On emporte la cage de ses serins et l’on oubliera des couvertures chaudes, des matelas, du pain pour vivre dans les caves de Ste Geneviève. C’est une cohue, une ruée, c’est échevelant. Un obus là-dedans et ce serait complet.
Les uns crient, les autres pleurent, on s’interpelle, on s’injurie, on se bouscule, et le fleuve torrent descend, s’écoule vers la Vesle.
Le lendemain matin accalmie. On reprend confiance et qui l’un, qui l’autre, se hasarde à remonter vers l’est, vers son chez soi… pour voir et tâcher de reprendre son logis.
Ce réflexe est calme et intermittent, on cause, on bavarde, on se raconte ses impressions de la veille, de la nuit, un tas de vaines choses et faits, comme sur le champ de foire. « Le soleil luit et il est si beau ! » Si par malheur un obus siffle à ce moment, remous, débandade et recul vers l’est. Puis plus rien. On reprend confiance et on remonte vers Cérès ou Cernay, on se connait, on se retrouve entre voisins, et voilà que l’on est réinstallé dans ses pénates à domicile. La journée se passe sans gros incidents, le lendemain vous retrouve confiant, on vague à ses petites occupations. Puis vers les 3 heures de l’après-midi, tandis que l’on papote, on reprend les commérages interrompus la veille, on revoisine, on retrouve ses compagnes ou compagnons coutumiers. Paf ! un obus, sifflement, éclatement. Pif ! encore un autre. Bref, au 3ème, nouvelle débandade, nouvel apeurement, on refait ses malles, ballots, baluchons, charrettes, on recharge sur son dos les ancêtres, on juche sur le haut d’un chargement les serins et la cage, et écoulement, roulement. Fuite éperdue vers l’ouest, Courlancy, Porte de Paris, la Haubette ! Et cela parfois à travers les flammes, la fumée des incendies, c’est lugubre. Or depuis 7 jours ce manège continue. Quelqu’un de ces malheureux me disait : « Si ce métier-là dure encore 8 jours, je serai fou ! »
Un brave rentier, qui de son pas tranquille quoiqu’un peu plus hâtif que d’ordinaire lorsqu’il inspectait au bon temps les pavés de son quartier me disait : « Monsieur, je n’ai jamais pris autant l’air que depuis une semaine, je n’arrête pas de faire la navette de la rue Croix-Saint-Marc à la rue Martin-Peller. Vraiment, c’est un peu de trop pour mes vieilles jambes ! » Et le pauvre petit vieux de s’en aller continuant son chemin de son pas anxieux et pressé vers son gîte de fortune !
9h Allons, couchons-nous, car on ne sait pas ce que sera la nuit… demain !

Vendredi 25 septembre 1914

14ème et 12ème jours de bataille et de bombardement
8h1/4 matin .A 1h1/4 du matin combat assez violent A 6h1/4, reprise de la bataille, car on entend encore le canon et la fusillade, et toujours à la même distance. Ah ! Cette situation de « charnière » de l’étau dans lequel notre État-major veut enserrer les allemands devient intolérable, voilà près de 15 jours (demain) que nous piétinons sur place, et que notre malheureuse pauvre ville de Reims reçoit des horions sans pouvoir en rendre. Quelle situation ! Et toujours cette insupportable odeur âcre de fumée des incendies qui vous prend continuellement à la gorge, et cela depuis 7 jours durant. Tout en est imprégné, appartements, meubles, vêtements, linges, objets usuels que l’on touche, même le pain que l’on mange, tout sent la fumée.
Qu’aurons-nous aujourd’hui ? Serons-nous encore bombardés ? Quel martyr ! Quelles tortures morales auxquelles nous sommes assujettis ! On vit comme dans un rêve, un cauchemar. On devient somnambule ! On va, on vient la tête vide, sans idée ! Puis un obus arrive, deux, trois. On retourne dans les caves et là on écoute les bombes siffler, éclater, on est comme une bête que l’on mène à l’abattoir. On pense à des choses idiotes, ou bien on ne pense pas du tout… Le mauvais quart d’heure passé, on reprend ce qu’on appelle des occupations. On voit les dégâts des uns et des autres, et, comme un chien battu qui s’ébroue quelques instants après, on n’y pense plus !
9h1/4. Deux domestiques de M. Français m’apportent une caisse et deux paniers contenant sans doute des objets ou papiers précieux à préserver. Je les leur fait descendre à la cave près de mes minutes. Que Dieu les garde comme tout ce que j’ai ici et à St Martin. Et mon pauvre cher Père ? Quelle inquiétude j’ai à son sujet, étant sans nouvelles de lui. M. Français (manufacturier, né à Reims en 1863 et décédé à Antibes en 1920) est passé ce matin rejoindre sa mère à Épernay, il a bien fait il n’y plus rien qui le retienne ici, et sa maison est journellement exposée. Hier après-midi encore il est tombé quelques obus à proximité. Il parait que rue de Tambour un projectile incendiaire a brûlé quelques maisons. Pourvu que la Maison des Musiciens soit indemne !
Ces deux serviteurs m’ont dit que M. Français leur avait recommandé de se réfugier chez moi au cas où sa maison ne serait plus sûre ou dévastée. Je les recevrai bien volontiers, mais j’espère bien que ces braves garçons ne seront pas obligés de recourir à une telle extrémité. Dieu protège la maison de mon ami comme il protégera la mienne !
11 heures.  Un inspecteur des Établissements Économiques vient me prévenir que la Maison Kiffer, rue Cérès, où ils ont une succursale, a reçu le 19 septembre un obus qui n’a fait que traverser la toiture pour aller tomber chez le voisin. Dégâts peu importants, un trou à la toiture et des vitres brisées. 50 Fr environ de réparations, je lui donne une autorisation pour qu’il fasse faire le nécessaire. Il me dit
qu’ils ont au moins douze ou quatorze succursales complètement broyées, anéanties, la maison principale, rue du Barbâtre n’a rien eu jusqu’ici.
A quelques rares exceptions près, et sauf la journée du 12 du côté de Rosnay, tous les combats ou batailles au front de Reims n’ont été que des duels d’artillerie, lourdes et de campagne. On se tient sur ses positions pour tenir toujours les allemands accrochés, et permettre à l’étau d’accomplir son enserrement, son encerclement. Dieu le permette et le fasse réussir, car ce serait un coup formidable asséné sur la tête du colosse allemand. Ce serait le commencement de la fin, du désastre, de l’anéantissement !
6h soir Promené de deux à 5 heures. Vu le Maire, le Sous-préfet : aucune nouvelle. Quelle vie mon Dieu ! Cette incertitude est tuante. On s’est battu toute la journée aux portes de Reims comme depuis 15 jours (Le Général Battesti a été tué dans les combats de cette journée par un obus de 210 allemand à la hauteur du 209 de la rue de Cernay où il existe un petit monument). On n’avance à rien, si, à faire détruire la Ville de Reims en détail. Quelle journée pénible, énervante, fastidieuse.
8h1/2 soir . Depuis 8h combat vers Cérès de mousqueterie où domine le roulement des mitrailleuses. C’est un déchirement continu qui ne s’interrompt sans doute que quand on change la « couronne » de cartouches.
Las ! Je vais me coucher, et tâcher, à cette triste chanson, et pendant que la Grande Faucheuse travaille, de lire un peu les Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand, cela me changera peut-être les idées. Je n’ai pas tenu un livre depuis un mois ! Quelle vie, mon Dieu !

Samedi 26 septembre 1914

15ème et 13ème jours de bataille et de bombardement
8h matin. On s’est battu toute la nuit, on continue à se battre toujours du côté de Berru et Nogent l’Abbesse. Hier soir, de 8h à 10h du soir la fusillade crépitait comme la grêle qui tombe sur des vitres. C’était impressionnant. En ce moment le canon ne cesse de tonner, c’est une grande bataille !
J’ai une occasion, par un employé de la gare de Reims d’écrire à ma chère femme et à mon Père. Je vais m’y mettre. Quand donc les reverrai-je tous ! Je n’ai plus le courage ni la force de penser, de réfléchir. Je suis comme un automate.
9h3/4.  La bataille cesse un peu.
11h1/2. Le Hussard de la Mort que j’avais vu mort sur le trottoir de la Porte Mars, en face de chez Mme Lochet le 13 septembre au matin était le lieutenant Adalbert de Brunswick, de la Maison de Brunswick.
12h50. Ce matin vers 9 heures quelques obus par ci par là… pour n’en pas perdre l’habitude durant que je causais avec M. Charles Heidsieck et M. Pierre Givelet qui étaient entrés chez moi au cas où ce semblant de bombardement voudrait… insister !
Je crois qu’en ce moment nous assistons (c’est une manière de parler puisque nous ne voyons rien et que nous recevons les coups, nous pauvres rémois habitants de Reims !) à une seconde édition, ou
réédition de la bataille de Moukden (Bataille en Mandchourie pendant la guerre russo-japonaise de1905, du 20 février au 10 mars).
15ème jour de bataille, 13ème jour de bombardements plus ou moins intenses, et… on ne bouge pas de place… on se regarde toujours en… chiens de faïence !… Quelle situation !! Quelle vie !
J’ai eu la consolation d’écrire à ma chère femme à Granville en remettant cette lettre… à la Grâce de Dieu ! à un facteur de la gare de Reims que je connais, M. Georges Bourgeois 17, boulevard Carteret à Reims, qui m’a promis de la faire mettre à la Poste à Paris… mais sans espoir de réponse. J’ai écrit aussi à mon bien aimé Père, dont je n’ai aucune nouvelle. Oh ! Mon Dieu ! pourvu que je le revois sain et sauf et sa maison aussi ! Je n’ai plus que lui sur terre après ma femme et mes enfants ! Non ! je le reverrai ! Il aura vécu sa vie tranquille au milieu du torrent, et nous recauserons ensemble sous les arbres qu’il a planté, soigné, et que j’ai vu grandir, croitre et verdoyer depuis ma plus tendre enfance, et que j’ai revu avec tant de joie quand, revenant du siège de Paris garçonnet, je faisais la guerre… aux Prussiens !! Vauriens !… Nous enfants, nous étions toujours victorieux, quand même ! Puisse la bataille qui se déroule à quelques centaines de mètres de nous nous donner la « définitive… l’ultime Victoire ! »
La Bataille continue toujours vers Cernay par intermittence.
Je relis les « Mémoires d’outre-tombe » de Chateaubriand, et par le beau soleil qui brille en ce moment en lisant la jeunesse de Chateaubriand je revis mon enfance, ma jeunesse, ma sauvagerie, mes inquiétudes, mes rêves. Comme lui j’ai été un solitaire et comme lui j’ai rêvé, j’ai souffert… j’ai joui de ma solitude ! Tout ce qu’il dit de son enfance, de son adolescence… je pourrais le répéter.
Jusqu’au saule où il se perchait s’isoler dans la prairie pour vivre ses rêves, tout me rappelle mon St Martin. J’ai en moi aussi mon saule au bord de notre charmante rivière aux lents méandres où je me retirais souvent. Je grimpais au sommet, et là, comme dans un nid entre Ciel et terre, quels beaux rêves j’ai faits…
Charmes et tristesses ! Comme lui j’aurais toujours souffert… moins son génie, sa gloire !! Mais j’ai vécu les mêmes jouissances, les mêmes souffrances d’enfance et d’adolescence, que ne puis-je les revivre encore ! Toutes éveillées, toutes frissonnantes des émois de mes 15 ans !
1h1/2 . Bon ! voilà Adèle qui arrive en coup de vent. « M’sieur ! v’là qu’ça recommence, je les ai entendus siffler, il faut fermer tout ! » Comme si une malheureuse persienne de bois blanc pouvait empêcher un de ces oiseaux de mort d’entrer dans ma maison ! La malheureuse fille devient folle de peur, elle entendrait siffler un obus d’ici au Pôle Nord aux antipodes !
Alerte ! comme depuis quelques jours un « wurgiß surren nicht » (je ne pleure pas) sec. Vandales ! Arrières petits-fils d’Attila ! Rien de plus !
Des fils de la Vierge (rare phénomène migratoire de jeunes araignées emportées par leur fil au gré des vents) voltigent dans la brume ensoleillée d’automne, ce sont les premiers que je vois ! Comment craindrais-je les obus ? Ils volent, poussés par la brise vers l’Est, vers l’ennemi, comment craindrais-je leurs obus !
Ces fils, couleur de neige tissés par les anges, Jeanne d’Arc, Ste Geneviève, la Vierge elle-même, protectrice de la France de leur réseau ténu, trame céleste les empêcheraient d’arriver et de venir jusqu’à nous !
5h1/2. Je viens de faire un tour du côté de la rue de Venise, et comme j’y étais on me dit qu’un aéroplane allemand vient de lancer une bombe près du pont tournant au bout de cette rue qui est tombé sur le bord du canal et n’a fait aucun dégât. On fait des levées de terre près du pont de la rue Libergier. Pourquoi ?
Causé avec Mme Charles Loth, qui aurait appris d’un soldat du 291ème d’Infanterie qu’on aurait pris cette nuit 7 pièces d’artillerie, des obusiers sans doute, et que l’on allait enlever de vive force les hauteurs de Berru où il n’y aurait presque plus de troupes allemandes. Souhaitons que ce soit vrai, car ce mont de Berru nous aura fait bien du mal depuis quinze jours. Si c’est exact nous pourrons nous préparer à entendre une vraie sarabande toute la nuit.
7h3/4 . Deux coups de canon. C’est le couvre-feu ordinaire depuis 15 jours en attendant la danse nocturne, sans doute !
9 heures. Le combat s’anime et va se poursuivre toute la nuit.

Dimanche 27 septembre 1914

16ème et 14ème jours de bataille et de bombardement
7h matin.  La bataille a duré toute la nuit, peu de canon il m’a semblé. En ce moment il tonne assez loin me semble-t-il. Illusion. Voilà trois coups qui sont plus rapprochés. Mon Dieu ! Que les aurai-je entendu ces coups de canon, que de fois me suis-je dit : il s’éloigne, nous avançons donc ! or il n’en n’était rien… Quelle torture morale !
6h1/4.  M. Charles Heidsieck est venu me voir vers 10h du matin, nous avons causé, écrit chacun une lettre pour les nôtres, lettres qu’il fera parvenir par une automobile de l’ambulance qui se trouve chez Monsieur G.H. de Mumm. Il m’emmène vers 11 heures, et nous allons à la maison G.H. Mumm porter nos lettres, puis passons à sa maison de commerce rue de la Justice. Là je vois de réfugiés dans ces celliers. Ce sont de vraies scènes des temps antiques, tous ces gens sont calmes. En allant ensuite voir à la maison de son frère, M. Henri Heidsieck, rue Clicquot-Blervache, 10, en passant devant la clinique Lardenois on nous dit que la Municipalité à préconisé de faire des provisions d’eau à cause de certaines réparations qu’il y aurait à faire au château d’eau, sur lequel les allemands auraient tirés. Je quitte M. Heidsieck, le laissant aller seul chez son frère, et je cours chez moi prévenir ma domestique pour qu’elle fasse aussi sa provision d’eau. Je reviens rue St Hilaire 8, chez son fils Robert, parti au service, où M. Heidsieck s’est réfugié depuis le bombardement de sa maison rue Andrieux. Je déjeune avec lui, tout en devisant sur les événements, sur nos inquiétudes, nos désirs et surtout notre situation insupportable qui dure depuis quinze jours. Puis il me demande de faire un tour avec lui, de pousser même jusqu’à l’Hospice Roederer, rue de Courlancy. Le canon tonne continuellement. Nous rencontrons M. Eugène Jouët, puis M. Mareschal qui rentre à sa clinique Mencière. Nous apprenons que la situation n’est guère changée mais cependant meilleure. Qu’on avait intercepté un radiotélégramme des allemands leur donnant l’ordre de l’attaque générale sur tout le front, ce qui nous expliqueraient les combats incessants, de jour et de nuit, d’hier et d’avanthier… Par contre nous leurs rapportons ce que nous avions appris auprès de M. Robert Lewthwaite à l’Hôtel de Ville ce matin, c’est que la situation était plutôt bonne et que l’armée du Général de Castelnau, qui est au-delà de Péronne, prononcerait actuellement à un mouvement d’enveloppement sur la droite des allemands au point même de leur faire face du nord au sud. Ce serait un gros avantage si c’était vrai.
On peut remettre des lettres : à la clinique Roussel au docteur Simon tous les jours avant 10 heures du matin, elles partent le soir pour Paris par des ambulances, demain sur le bureau du Sous-préfet de Reims et à la Mairie qui les fait mettre à Épernay ou à Châlons à la Poste.
Le Ministre des Beaux-Arts M. Dalimier (en fait le Sous-secrétaire d’État de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts) est venu hier avec son Secrétaire d’État pour visiter la Cathédrale de Reims, et va la faire examiner par deux commissions à l’effet de voir à la protection temporaire de ses voutes et à sa réfection. Il parait que l’Ambassadeur des États-Unis d’Amérique a tenu à voir de ses yeux les actes de vandalisme des allemands. Ils étaient encore ici aujourd’hui. Cette présence de l’ambassadeur d’Amérique a une grande portée et une grande importance, comme conséquence et surtout pour fixer le Monde entier sur la façon dont les allemands comprennent la Guerre au XXème siècle et se conduisent envers nous et nos monuments !

Lundi 28 septembre 1914

17ème et 15ème jours de bataille et de bombardement
9h matin. Près de Reims la nuit a été calme, mais vers 1h du matin on bataillait fort vers le nord, vers Berry-au-Bac m’a-t-il semblé. Ce matin vers les 6h quelques coups de canons jusqu’à maintenant sur notre front Est, mais des coups qui ne semblent pas très près. Que se passe-t-il ? On ne sait, on ne peut le savoir. C’est ce qui est le plus décourageant, le plus déprimant.
11h1/4 . Comme je sortais et fermais ma porte pour aller aux nouvelles à l’Hôtel de Ville, M. Émile Charbonneaux passait à bicyclette devant ma porte, il me crie : « Les nouvelles sont très bonnes sur toute la ligne et nous avançons. Reims qui est toujours sur le pivot sera délivré d’ici 1 jour ou 2. »

– « Merci ! » lui dis-je, il est exactement 9h1/4.
Je filai à la Mairie, personne, chez Charles Heidsieck, personne, chez le docteur Guelliot, où je voie que l’on nettoie et exécute mes ordres. Je pousse sur le boulevard Lundy, entre chez M. Lorin. Madame Lorin m’annonce que Marcel son fils est ici et qu’il est aux tranchées Holden (aux Nouveaux Anglais), et que Fernand Laval est de passage et qu’il se charge des lettres. Elle me donne du papier et j’écris un mot au crayon pour ma chère femme. Cette lettre sera remise à la Poste à Langres (Haute-Marne).
Je continue ma promenade à travers les ruines du quartier Cérès. M. Soullié, qui regarde les ruines de la Maison Lelarge et Cie me confirme ce que m’a dit M. Émile Charbonneaux. Je rentre pour consigner ces quelques lignes et toujours aussi impressionné des désastres que j’ai vus, et revus déjà 10 fois.
Si nous allions en Prusse, nous devrions non pas détruire leurs monuments, leurs musées, leurs œuvres d’Art comme ils savent si bien le faire, mais les leurs enlever, choisir celles qui nous conviendraient pour remplacer ce qu’ils ont brûlé, bombardé, et le reste le vendre aux enchères aux milliardaires américains et employer le produit à restaurer nos monuments et nos maisons.
Pour mon compte je réclamerais les vitraux de notre Cathédrale, enlevés et vendus sur l’ordre du chanoine Godinot, et qui ornent maintenant soit la Cathédrale de Mayence, de Cologne, d’Aix-laChapelle ou de Nuremberg, je ne sais au juste laquelle, et ces vitraux viendraient reprendre leur place d’origine qu’ils n’auraient jamais dû quitter.
5h soir . Journée calme. Toutefois le canon recommence à tonner un peu. Les nouvelles sont rassurantes, et je crois que l’on peut espérer voir bientôt la fin de nos misères, c’est-à-dire l’éloignement de l’ennemi. Quel soulagement ce sera.
Hier, je ne puis m’empêcher de noter cela, quand M. Charles Heidsieck et moi étions à causer avec Maurice Mareschal devant la clinique Mencière, ce dernier, chaque fois qu’il entendait un coup de canon rapproché ne pouvait s’empêcher de nous dire : « Mais vous n’entendez pas, on tire sur nous ! » Nous de sourire et de lui répondre : « Mais non ! mais non ! c’est loin cela !! » Il n’était qu’à moitié convaincu ! Cela m’a amusé il y a quelques jours de voir un officier s’inquiéter du canon quand nous, simples pékins, nous n’y prêtions aucune attention… Tellement il est vrai qu’on s’habitue à tout ! C’était la première fois qu’il l’entendait, tandis que nous connaissions ce cantique et bien d’autres depuis vingt cinq  jours.
8 h 05 soir Nous n’avons pas eu de bombardement de la journée, à moins que ce soir ?!
A 7h1/2 vient de commencer une canonnade et une fusillade intense, semblables aux plus fortes que j’ai entendues depuis 15 jours ! Remonté dans ma chambre. Je regarde, toutes lumières éteintes, vers le fracas de la lutte. Le combat a lieu dans le prolongement de la rue de Talleyrand, vers le nord. C’est donc vers le faubourg de Laon, La Neuvillette, la ferme Pierquin, le Champ d’aviation. Les éclairs de la canonnade fulgurent à l’horizon comme pendant un orage des plus violents. C’est un roulement continu.
8h12 . Cela se ralentit. La fusillade continue, crépite mais semble s’éloigner, il y a dix minutes elle paraissait si près ! Le canon tonne, mais ce n’est plus le roulement, le tonnerre, la grêle de tout à l’heure. A peine une demi-heure de combat mais quel affect les allemands ont du faire pour arriver à se faire fusiller, canonner de si près. Ils me paraissent lutter en désespérés, du reste cela me confirme ce que l’on m’avait dit hier d’un radiotélégramme intercepté qui ordonnait à toutes les forces allemandes de vaincre ou de mourir ! Attaque générale sur toute la ligne…
On se bat furieusement vers La Neuvillette, Bétheny, à Nogent et à Brimont. Les bruits des combats sont trop rapprochés de Reims… Berru et Nogent se taisent.
Mais quelle journée calme aujourd’hui ! pas de bombardement, pas de sifflement d’obus au-dessus de nos têtes. On pouvait aller et venir sans entendre siffler ces fifres de la Mort. On vivait au calme. Et, faut-il l’avouer ?… il me manquait quelque chose… le bruit du canon !!
Pardonnez-moi ! mais je commençais à m’y habituer ! Il est vrai qu’en ce moment ils ont l’air de se rattraper, mais combien peu. Le canon se meurt en ce moment, par contre (il est 8h25), la mousqueterie fait rage. Ils veulent des corps à corps, mais nos troupes ne les craignent pas, et vraiment ils luttent en désespérés ! en fous !
Allons ! Messieurs les Prussiens ! Bon voyage et je vous donne rendez-vous à Berlin ! cette fois !!… Le Dieu de la Justice, Saint Michel, l’archange de France, est devant vous avec son épée justicière… Il est temps que vous expiez vos crimes, vos massacres, vos incendies, vos vandalismes. Finis Germanicae ! il le faut ! ou ce serait la Fin du Monde !
8h35. Voilà nos grosses pièces qui se mêlent à la… conversation !! On distingue du reste très facilement les détonations de nos pièces d’avec celles des allemands, ainsi que le sifflement des obus, leur éclatement et leur fumée. Le coup de nos pièces est sec, net, franc ! Le leur est lourd, sourd. De même l’éclatement, le sifflement du nôtre est comme celui d’une pièce d’artifice plutôt aigu, celui des allemand plus frou-sourd, quant à la fumée, la nôtre est blanche, légère. La leur noire jaunâtre, on croirait la fumée d’une locomotive, d’une cheminée d’usine pendant qu’on la recharge. C’est sale ! noirâtre ! jaunâtre !
8h50. La fusillade cesse, par contre notre artillerie a l’air d’y aller de bon cœur, c’est une large éolienne continue produite par nos obus qui chantent, qui chantent à plaisir.
Une colonne d’artillerie et leurs caissons arrive du Théâtre et tourne vers la rue de l’Étape et la place Drouet d’Erlon.
C’est une vraie bataille, mais plus un coup de fusil.
Le combat s’éloigne… Attention à la contre-attaque, mais le canon allemand ne me parait pas très causeur, très fourni. C’est nous qui tenons… le crachoir en ce moment, et j’espère bien que cela continuera…
Une auto. Vraiment, çà chauffe vers le faubourg de Laon.
Ces animaux-là (les Prussiens) vont-ils me laisser dormir tranquille ? si cela ne m’intéressait pas : oui ! Je me coucherais et dormirais sans plus m’inquiéter de leur tapage, mais j’aimerais voir !
9h10 .Toujours rien du côté de Berru et de Nogent !! Cela parait se ralentir. Allons nous coucher.

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