1368/2 mai 1918: lettre de Georges à sa chère petite Jeannot chérie

Parution du « Sourire de France »

Lettre de Georges à sa chère petite Jeannot chérie

Jeudi soir 2 mai 1918.

Ma chère petite Jeannot aimée,

Je viens bavarder quelques instants avec toi avant d’aller me coucher, je relis en t’écrivant ces lignes tes deux lettres écrites dimanche et lundi. Je ne m’explique pas pourquoi tu n’as rien eu de moi lundi, je t’ai pourtant écrit tous les jours, comment pourrais-je me passer de venir causer avec ma Jeannot chérie, c’est là pour moi le meilleur moment de la journée, celui où je cherche par le souvenir des yeux et par ma mémoire à me rapprocher d toi, chère petite que j’aime tant. Je vois que vous n’avez pas pu aller à Louvigny et cette maudite pluie doit vous faire paraître les journées bien longues, c’est surtout pour Grand-Père qui est un grand timide et qui doit s’imaginer gêner quand il est là à ne rien faire. Il faut espérer que depuis deux jours vous avez meilleur temps et que le déménagement pour O. a pu s’effectuer par un beau soleil. Je suis bien content que la petite chambre de l-haut soit bien arrangée et que ma Jeannot s’y plaise bien. Nous avons eu de bons moments ds cette petite chambre, dis petite Jeannot, et la première fois que j’y suis allé que j’ai pu te serrer bien fort contre moi j’étais bien ému. J’étais si content de savoir qu’à l’avenir nous allions devenir de plus en plus camarades et que désormais nous allions devenir tout à fait intimes. Comme j’étais heureux de te prendre avec moi, chère pauvre petite Jeannot que j’avais plaint si souvent. Je te savais si seule et j’étais moi-même si sevré d’affection plus chaude que celle de mes chers parents. Oui, je reverrai avec bonheur tous ces chers coins qui me paraîtront encore plus délicieux, car je pourrai y vivre près de toi, chère petite femme, sans plus te quitter, ce sera bien bon mais comme cela sera vite passé. Il faudra jouir de notre bonheur sans trop penser à la séparation, dis Jeannot chérie, et souhaiter que bientôt juin arrive sans incident fâcheux. Je crois, malheureusement, que cette fois-ci je ne t’empêcherai pas d’aller à Sept Vents avec la bonne tante, il faudra me rappeler au bon souvenir de toute cette sympathique famille que je ne connais pas. Je ne veux pas me permettre  d’écrire à l’amie Berthe, n’oublie pas, chère petite, de présenter à l’heureux parisien mes plus chaudes félicitations. J’ai écrit il y a deux jours au jeune Emile Jaulin, ma société actuellement distribue les titres et j’ai à régulariser avec lui le transfert de cinquante actions que j’ai repris à mon compte à la mort de Julien. J’espère que cette opération se fera sans trop de difficultés, quoique par correspondance cela ne soit pas très facile. J’ai l’intention de faire un peu d’anglais, mais ici on ne trouve pas de livres. Serais-tu assez gentille pour voir si dans une grande librairie à Caen tu pourrais trouver et m’envoyer 1° la 1ère année d’anglais de A. Beljame éditée par Hachette et Cie, c’est un bouquin très commode où il y a la prononciation, et puis 2° mais cela sera peut-être plus difficile, un recueil de mots usuels avec la prononciation, mais là je ne peux te citer d’auteurs car je n’en connais pas. Je t’ennuie, dis ma pauvre petite Jeannot, mais ne te dérange pas exprès, seulement quand tu iras en ville, tu verras en passant. Le petit coco doit joliment être contente d’avoir fui la capitale, d’autant plus contente qu’elle a trouvé des petits camarades et qu’il n’y a plus d’obus. J’envie les heureux permissionnaires qui débarquent tous les jours à la gare de Caen. Quand ferai-je comme eux ? Heureux que le moral des hommes soit bon, d’ailleurs à aucun moment la situation n’a été désespérée, et quand les soldats se battent, pendant ce temps-là ils ne pensent pas à mal faire. Grand-Père a bien tort de se démoraliser, d’abord parce que cela ne change rien et qu’ensuite dans une telle guerre il ne peut pas y avoir que des bonnes nouvelles.

Ce matin temps superbe, aussi cet après-midi je vais aller me promener et aller voir des observatoires, comme cela le temps passera plus vite. Aujourd’hui pas de lettre de ma chère petite Jeannot, mais une carte du petit coco annonçant la réception de ma lettre.

A ce soir, petit Jeannot, je t’embrasse de tout mon coeur. Toutes mes pensées sont pour toi et je reste ton petit Mimi bien dévoué et bien aimant.

Georges

source: http://www.finderskeepers.fr/post/142228221819/jeudi-soir-2-mai-1918-ma-chère-petite-jeannot

Journal du jeudi 2 mai 1918

Actions d’artillerie assez violentes dans la région de Villers-Bretonneux et sur les deux rives de l’Avre.
En Lorraine, nos patrouilles ont fait des prisonniers.
Sur le front britannique, une attaque locale lancée par l’ennemi sur un de nos postes, dans le voisinage de Saint-Julien, a été repoussée par le feu des mitrailleuses.
Des postes tenus par l’ennemi dans le secteur de Meteren ont été enlevés par les troupes anglaises pendant la nuit. Nos alliés ont fait des prisonniers.
Les troupes françaises ont amélioré leurs positions dans le voisinage de Locre.
Sur le front italien, des patrouilles anglaises ont fait irruption dans des tranchées ennemies au sud-ouest de Canove et au sud d’Asiago et ont infligé des pertes aux occupants. L’artillerie ennemie a été assez active dans la zone du Tonale, dans la région d’Asiago et en plusieurs autres secteurs. Elle a été partout violemment contrebattue.
Les tirs de l’artillerie italienne ont allumé des incendies et provoqué des explosions dans les lignes ennemies. Le dépôt de munitions de Costa, au nord d’Asiago, a sauté.

source: http://grande.guerre.pagesperso-orange.fr/mai18.html

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