L’incendie de la cathédrale de Reims du 19 septembre 1914 aurait-il été prémédité ?

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est feu-cath3.jpg On croyait tout savoir sur l’incendie de la cathédrale de Reims survenu le 19 septembre 1914. Ce jour là,  un feu d’artifice bleu, vert, orangé, selon la fusion des métaux, détruisit dans un océan de flammes toute la toiture posée sur les poutres en chêne placées en 1481. Il effondra toute la voûte intérieure, dégrada la pierre, défigura des centaines de statues,  réduisit en cendres une bonne partie du mobilier de l’édifice, le plomb coulant à flot  via les gueules des gargouilles. La lecture des carnets du notaire rémois  Louis Guédet resté à Reims durant toute la première guerre mondiale apporte un éclairage intéressant sur l’événement. En bombardant principalement  le côté Nord de la cathédrale, les Allemands savaient qu’ils pouvaient très facilement incendier l’édifice.

« Guillaume II au ban de la civilisation »

La charpente de la cathédrale a totalement brulée
Louis Guédet

Louis Guédet raconte ce qu’il voit  le 19 septembre :

A  4h 10 je sortais pour voir mon Beau-père (…) Je pars vers la rue des Consuls, on dit que la Cathédrale brûle. J’arrive chez M. Bataille et du premier étage j’aperçois toute la toiture de la Cathédrale en feu : toutes les traverses qui soutenaient la couverture en plomb brûlent et forment comme un retable de langues de flammes. C’est magnifique dans son tragique, le carillon commence à flamber, ainsi que le clocher à l’Ange sud dont voit les langues de feu courir sur les nervures de la bâtisse en bois. Je distingue très bien une dernière langue de feu qui arrive à la pomme du sommet de ce clocher.

Le plomb fondu a coulé dans les gueules des gargouilles

Je cours jusqu’à la Cathédrale : tout brûle et le carillon s’effondre dans une gerbe gigantesque. De la rue Libergier où je me dirige l’effet est horrible et inoubliable de grandeur, des flammes qui jaillissent derrière les deux tours qui sont entourées de fumées et éclaircies par un soleil pâle d’automne. C’est grandiose, titanesque. La Grande Rose et la Petite Rose en dessous flamboient devant le brasier qui est à l’intérieur. Les grandes portes du grand portail et celles du petit portail brûlent et paraissent serties d’or et d’ornements de feu et de flammes ! Une plume ne peut décrire cela. La statue de Jeanne d’Arc, dans la fumée et les étincelles du brasier qui tourbillonnent autour d’elle, d’un geste vengeur brandit son épée auquel est attaché et claque au vent un drapeau tricolore. Je suis bien resté dix  minutes à la contempler, impassible sous le brasier. Le grand portail ne paraît pas avoir trop souffert, à part quelques éclatements de détails de statues provoqués soit par la chaleur ou la chute de matériaux qui achèvent de brûler sur la place. En s’attaquant à notre Cathédrale de Reims, un des Joyaux de la France qui rappelle l’Histoire de tout un Peuple pendant 20 siècles, Guillaume II s’est mis aujourd’hui au ban de la civilisation et cloué au pilori de l’Histoire ! »

Trois bidons de pétrole dans la tour Nord

L’oubli des bidons de pétrole avait-il été volontaire?

Louis Guédet avait toutes les raisons d’être horrifié par cet incendie dont il s’est toujours demandé s’il n’avait pas été doublement  prémédité.

Louis Guédet a récupéré un morceau du drapeau de la Croix Rouge

Ces trois bidons avaient-ils   été oubliés là volontairement pour enflammer la plate forme en bois lors d’un bombardement, le pétrole coulant alors par le trou de la clef de voute pour lécher ensuite l’échafaudage en bois et communiquer le feu à la toiture ?

Ceci expliquerait alors pourquoi les artilleurs allemands  se sont appliqués à bombarder surtout la tour Nord de la cathédrale.

S’ils ne savaient pas le 19 septembre que les bidons de pétrole avaient été enlevés ;  en bombardant avec des obus incendiaires, ils ont tout de même pu mettre directement le feu à l’échafaudage de la tour dressée en 1913.

Et tout cela, sans se préoccuper du tout du sort des dizaines de blessés allemands hébergés dans la cathédrale et  étendus sur des litières de paille qui elles aussi se sont embrasées lors du bombardement.

Des décennies de travaux

Le Rémois Henri Deneux

Plus de 300 obus sont tombés entre 1914 et 1918 sur la cathédrale. Heureusement, dès septembre 1914, Henri Deneux, directeur en chef des monuments historiques prend la peine de recueillir tous les fragments des voûtes, des croisés et des sculptures détruites.

Henri Deneux construit une charpente avec des petits éléments de béton de 20 cm de long et 4 cm d’épaisseur

Les grands travaux de restauration de l’édifice commencent dès 1919. Grâce à d’importants dons venus principalement des Etats-Unis (fondation Carnegie et John Rockefeller), mais aussi avec la mobilisation de  la société des Amis de la cathédrale, la cathédrale est consolidée en 1920 ; les murs, voûtes et hautes fenêtres restaurées en 1921. Mais c’est en 1927 que la grande nef est rouverte au culte, le transept étant encore clos par un mur. Pour réaliser une nouvelle charpente, l’architecte considérant qu’il n’était pas possible,  sans la surcharger dangereusement,   de remplacer tout le bois par de grandes fermes en béton,  utilise une vieille technique initiée par Philibert Delorme (1). Il construit une charpente avec des petits éléments de béton de 20 cm de long et 4 cm d’épaisseur reliés par un système de mortaises ou d’entaille, de clés en ciment et de clavettes en bois.

Tailleurs de pierre, maçons, sculpteurs s’activent jour après jour pour redonner meilleur visage à l’édifice. En 1937 le cardinal Suhard consacre la cathédrale où avaient été  remis après restauration les vitraux que  Jacques Simon  avait pu démonter avec l’aide des pompiers  sous les bombardements.

L’inauguration officielle de la cathédrale a lieu le 11 juillet 1938 avec deux jours de fête. Pour l’occasion le cardinal utilise le précieux calice de Saint Remi, organise une procession d’une cinquantaine de reliquaires. Vingt cinq personnes défilent en portant la lourde châsse de Saint Remi.

On est pourtant loin de la restauration complète … Qui ne se fera sans doute jamais.

En 1954 inauguration du vitrail de la Champagne de Jacques Simon suivie en 1974 par ceux de Marc Chagall.

Et les travaux continuent par tranches successives.

-(1989-1994 et 1996-1998) : restauration de la galerie des rois et du portail central ;

(1991)La cathédrale de Reims est classée au patrimoine mondial de l’Unesco ;

-(2001-2005) : restauration du portail sud ;

(2011)Dans le cadre de la réconciliation entamée dès 1962, inauguration de trois vitraux de Knoebel, artiste de Dusseldorf.

(2013-2016)A l’étage de la rose restauration de la statuaire.

(1)Pour faire face à une pénurie de bois en 1581 Philibert Delorme  avait remplacé les grandes et grosses pièces de bois habituellement utilisées pour faire des charpentes par des pièces courbes formées de nombreux morceaux de bois de faible épaisseur et de petite dimension. « Des pièces moisées à l’aide de chevilles de bois en chevauchant les joints. Les cerces étant reliées par des liens tenus par des clavettes. » Le plafond d’une chapelle a été fait avec cette technique au cimetière  du Nord  à Reims et Henri Deneux avait testé cette technique  avec succès, mais avec des petites plaques de béton  cette fois, pour restaurer l’église Saint Jacques de Reims.

Alain Moyat

Voir aussi 

https://reims1418.wordpress.com/2014/09/19/19-septembre-1914-la-cathedrale-assassinee/

https://reims1418.wordpress.com/2014/09/26/56journal-de-la-grande-guerre-29-septembre-1914-albert-londres-pleure-la-cathedrale-de-reims/

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