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(4)Carnets du rémois Louis Guédet (10-13 septembre 1914)

Jeudi 10 septembre 1914
9h1/4 Journée pluvieuse et lourde. Je suis dans un état inexprimable ! Je crois que j’en perdrai la raison ! Où sont-ils ?
11H1/2. Je suis allé voir la Bonne Maman Bouvart rue Lesage, fort triste à 80 ans. Comme toujours elle s’est inquiétée de ma femme et de mes enfants, sur ce que je souffrais, enfin elle m’a demandé de l’embrasser « car peut-être ne nous reverrai-je pas, mais je suis sûre, » ajoute-t-elle, « que vous reverrez Madame Guédet et vos chers petits ! » Dieu l’ait entendue ! Je lui ai promis de revenir la voir et de lui apporter du tabac à priser si j’en trouvais encore. Je viens d’en trouver, j’irai le lui porter ce soir, cela lui fera plaisir.

La gare de Reims vue du Pont des Romains est d’une tristesse lugubre, ces grands bâtiments vides, ces voies qui rouillent! Que c’est lugubre.
En rentrant j’aperçois des troupes d’infanterie qui vont sur Dormans… Il y en a toujours ! Il y en a de trop ! Malgré cela on dit que nous nous maintenons toujours du côté de Damery et que Berlin serait en révolution et la proie des flammes ! Pourvu que ce soit vrai ! Je ne les plains pas !
Il doit y avoir quelque chose de vrai dans tous les « on dit » car personne ne peut obtenir des allemands un seul de leurs journaux. Les officiers les détruisent aussitôt lus ! Si c’étaient de bonnes nouvelles, j’estime qu’ils ne se feraient pas faute de les laisser traîner un peu partout !
Les tramways ont repris leur service ce matin, peu de voyageurs.
Quantité de blessés qui viennent de la Porte de Paris et de l’avenue de Laon. Depuis hier soir les convois n’ont pas discontinuité d’affluer de ces deux côtés.
3h.  Quantité de blessés. Ils paraissent assez démoralisés. Le château de Mme de Polignac en haut des caves Pommery serait évacué dès la nuit et plutôt en désordre. Faut-il espérer ? Aurai-je le bonheur de revoir bientôt ma chère bande ? J’en tremble de joie et… de crainte que ce ne soit pas.
En résume tous ces prussiens me semblent assez affolés !
En face du Grand Hôtel un tas de malles sur le trottoir… ce ne me semble pas une arrivée mais plutôt un bouclage de malles !…
5h1/2. De 1h de l’après-midi jusqu’à 4h1/2 il n’a cessé de remonter des équipages venant de la route d’Épernay qui passaient sous le pont du chemin de fer (Porte de Paris) et se dirigeant vers le faubourg Cérès. C’était surtout des voitures du Train. (Feld-Train – 2 – ) vides et chargées, et toute la nuit et la matinée des blessés.
On dit que les français seraient à Épernay, mais franchement toutes ces voitures paraissaient plutôt en déroute.
7h35 soir. Dupont-Nouvion, avocat à Reims, poseur s’il en fait, maire de Pontfaverger s’est sauvé, mais les habitants de Pontfaverger en manière de représailles ont saccagé sa maison d’habitation et lui ont laissé une pancarte qui n’est pas piquée des vers, comme expression !
Le quatrième fils de l’assassin Guillaume II serait dans nos murs en attendant, parait-il, son illustre Majesté aux mains sanglantes. Il y a beaucoup de mouvements autour de l’Hôtel du Lion d’Or où toute cette clique se vautre. Mais cet afflux d’équipages du deuxième parc de campagne me fait réfléchir sur cette visite sensationnelle ! Enfin ils doivent tout de même s’user ces gens là depuis qu’on leur en tue et blesse. Des blessés on en loge chez l’habitant même, ce soir, à l’aveuglette trois, quatre, cinq  par maison. On en a tout de même écrabouillé quelques uns. Il faudra bien qu’un de ces jours bientôt Guillaume la Poudre sèche s’inquiète des russes, sans compter les anglais ! Alors ?
Vu l’abbé Andrieux vers 6h. Il m’a remis un morceau de drapeau blanc qui a été hissé par lui et M. Ronné, de la Compagnie des Sauveteurs de la Mairie de Reims, en haut de la tour Nord du grand portail durant le bombardement du 4 septembre 1914, pour faire cesser le feu.
Le drapeau, apporté de la Mairie même par (en blanc, non cité) a été confectionné à la hâte dans la salle du Maire avec un des draps d’un des lits sur lesquels avaient passé la nuit les Parlementaires allemands-saxons, arrivés le 3 dans la soirée pour traiter de la reddition de la Ville, comme ville ouverte. Ce drapeau a été remplacé hier par un plus grand : c’est comme cela que j’ai eu un morceau du vrai qui essuyé le feu des obus du 4 septembre 1914.
Une dernière fois et je n’y reviendrai sans doute plus : La ville n’a pas été bombardée par erreur, c’est absolument certain : elle a été bombardée pour terrifier la population et forcer la municipalité à céder devant les exigences des Parlementaires et de plus les prussiens (Garde Royale) jaloux d’avoir été devancés par les Saxons (XIIe corps) dans leur entrée dans Reims n’étaient pas fâchés de se venger un peu en tirant sur nous et sur les Parlementaires saxons, qui n’ont rien eu du reste. C’eût été si agréable d’avoir un petit prétexte pour piller la ville. Ce n’aurait pas été leurs obus lourds qui auraient tués les parlementaires saxons, mais un de ces cochons de rémois (l’expression est de l’intendant allemand lui-même) qu’on aurait été si heureux de fusiller à la douzaine. Il y a eu au bas mot 150 obus de leur artillerie lourde de siège d’envoyés sur la ville.
L’abbé Andrieux a lu dans un journal trouvé au Grand Hôtel dans la chambre d’un allemand que le Cardinal Ferrata, francophile, avait été nommé secrétaire d’État par le nouveau Pape qui serait élu, mais dont la feuille allemande ne parle pas. Attendons, nous le sauront un de ces jours.
Et je suis toujours sans nouvelles ! Je n’y résisterai pas si cela dure encore quelques jours.
8h1/2 soir . Plus je réfléchis à ce passage de convois tournant le dos à Paris, plus je suis surpris de ne pas avoir entendu le canon de la journée.
Ou bien ils ont été battus assez loin pour que nous n’ayons pu entendre la bataille et ce mouvement d’équipages militaires serait le résultat d’un fléchissement de toute la ligne.
Ou encore ce serait le commencement de la reculade, parce qu’il y a quelque chose qui gêne Guillaume sur son derrière. Berlin pris, à feu, à sang, la révolution, les russes, ou son armée d’invasion coupée de ses communications. Quel point d’interrogation, quel problème, et pas de nouvelles !
Vendredi 11 septembre 1914
3h3/4 matin .Depuis plus d’une heure j’entends un roulement continu de voitures ou d’équipages vers la rue de Vesle. Je regarde par la fenêtre : impossible de distinguer si cette colonne remonte vers l’Est ou descend vers Paris. J’attends anxieusement le gazier qui éteint les becs de gaz : enfin il débouche de la rue de l’Étape et il va pour éteindre le bec qui est en face de chez moi (37, rue de Talleyrand, celui de l’Indépendant rémois, pas le mien qui n’est pas allumé), je l’interpelle et lui demande avec émotion : « Toutes ces troupes remontent-elles ou descendent-elles ? »

« Elles remontent, Monsieur ! »

« Elles ne vont pas sur Paris, alors ? »

« Oh ! bien au contraire, çà n’arrête pas depuis 3/4 d’heure que je descends la rue de Vesle pour remonter chez vous par la rue St Jacques et la rue de l’Étape, tout cela va vers Rethel ! c’est de l’artillerie en masse, au commencement ce n’était que des caissons, pas de pièce, maintenant ce sont des pièces de canon, sans doute que les autres ont été laissées abandonnées là-bas ! »

« Merci ! mon brave ! »

« De rien Monsieur, mais cela me semble bien de la retraite » m’ajoute-t-il.
Mon Dieu ! Dirait-il vrai ! et la grande bataille entre les 2 Notre-Dames prédite par les prophéties serait celle que nous avons entendue pendant trois jours et nous aurait-elle donné la Victoire ! Oh ! que ce soit vrai et que je revoie bientôt mes aimés.
Recouchons-nous ! et tâchons de dormir si c’est possible ! Mon Dieu que ma femme et mes enfants soient sains et saufs ! et qu’ils n’aient pas trop soufferts !
7h1/4 matin . Il passe en ce moment sous mes fenêtres un convoi d’ambulanciers du Feld-Log 8 qui se dirige vers les promenades, sans doute vers Laon.
9H1/2.  Été à l’enterrement de Mme Gianolli (à vérifier) et vu encore quantité de voitures remonter les rues de Vesle et Cérès.
Mon Dieu, je suis comme un halluciné. Je ne puis penser aux miens sans trembler. J’ai déjà fait le sacrifice de ma vie pour eux. Je le fais encore bien volontiers pourvu qu’ils soient sains et saufs et pas malheureux ! Je crois que je n’y résisterai pas si cela continue encore quelques jours.
11h matin. Ma pauvre femme et mes enfants me pardonneront, s’ils retrouvent pas mal de documents sur les tristes jours que nous passons, ainsi que ces lignes, mais cela m’est une occupation, un dérivatif. Cela m’occupe et m’aide à souffrir.
Vu à l’Hôtel de Ville M. Bataille, pas ou peu de nouvelles. M. Meunier, directeur de la Verrerie de Cormontreuil qui venait causer avec M. Émile Charbonneaux me disait que toutes les troupes à pied et à cheval combattantes évitaient Reims et la tournait à l’Est. Toute la nuit ils sont remontés vers Rethel ou La Neuvillette. Ils ne font passer en ville que les blessés, les ambulances et les équipages du train. En passant place du Parvis une colonne remontait la rue du Cardinal de Lorraine, c’était des voitures d’ambulance marquées : « Son.K.2 » 5, 6, 7ème Wagen. » Toutes remplies de blessés couchés sur des brancards, rideaux tirés !
Tout ceci me parait comme une débâcle, pourvu qu’elle continue. Gobert me disait qu’on lui avait dit que certains régiments n’étaient plus représentés que par une compagnie, et Dieu sait en quel état. C’est la débandade ! Je viens de voir un grand officier qui avait le pied broyé et qui sautillait, appuyé sur un ambulancier vers le Lion d’Or, et paraissait souffrir beaucoup. Je n’ai pu m’empêcher de murmurer entre mes dents : « Oui, c’est bon, souffre bien, c’est bien ton tour, c’est bien votre tour. » C’est le moment de réparer ce que vous avez fait souffrir bandits !
11h50 matin. Une trentaine de camions, voitures de toutes sortes, passent sous mes fenêtres, ce doit être des voitures régimentaires marquées : B.W.8 – B.W.15 – V.W.4 – et la dernière est une française ! marquée Équipages régimentaires 319e de Ligne. Je n’ai pu lire sur les pattes d’épaules des soldats qui étaient empilés sur tous les bagages un seul n° de régiment : le n°2. Les autres n’avaient aucun numéro.
Elles se dirigeaient vers la rue de la Tirelire (venant du Théâtre) et le boulevard de la République.
Midi 3/4. Il ne cesse de passer des troupes de tous les côtés.
Un officier allemand logeant chez le docteur Colanéri aurait dit que c’était la fin de tout pour eux, et que les Corps qui se retiraient allaient tâcher d’en former un à La Fère avec les tronçons de 3 Corps. Tout cela sent la déroute. C’est leur tour, la fin de leur orgueil.
Des prisonniers français à Tinqueux auraient dit que les Français approchaient. Ce sont des Territoriaux qui paraissent plutôt joyeux, en disant « Ça y est, ils F..tent le camp !! ». Depuis trois jours, trois nuits roulement continu et pas continu de troupes se retirant… si nombreuses !… Et ils reculent… en déroute !
3h1/2 soir . Pluie torrentielle, je viens de faire un tour du côté du faubourg de Laon, Caserne, La Neuvillette. Des équipages qui tournent et retournent. Je reviens par Laon, Dieu-Lumière. Le centre de la ville est une cohue !
Tous ces allemands tourbillonnent comme des corbeaux au milieu d’une tempête !! Rencontré le Dr Jacquinet qui vient d’être prié de reprendre son ambulance de la Bourse du Travail. 5.000 blessés sont arrivés des marais de St Gond. Paix et gloire à vos cendres, Maries-louises de 1814. Vous êtes vengés ! Les anglais seraient à Soissons, peut-être à Fismes, à Laon et les Français à Épernay ! Alors l’encerclement et la débâcle. Dieu ! Mon Dieu ! Merci pour la France ! Mon cœur déborde ! Car pour moi c’est la souffrance de 44 années de Morgue Prussienne subies. Et maintenant à notre tour ! Et puis je suis sûr de revoir tous mes chers aimés, j’ai souffert pour eux. Je dois donc les revoir tous, femme, enfants, sains et saufs. C’est une épreuve mais mon Dieu nous ne nous en aimerons que mieux. Et vous savez si je les aime, mais que j’aurais souffert !
La Bataille des 2 Notre-Dames, avec la Victoire est donc un fait accompli.
4h1/4 . M. Bataille vient de me prévenir que j’allais être prié de me rendre au Lion d’Or comme otage ce soir vers 7 h où je devrais passer la nuit avec M. Fréville receveur des Finances, comme civils notables, et M.M. Rohart et Jallade comme conseillers municipaux. Nous sommes les premiers, Fréville et moi qui sommes désignés comme otages notables civils. Jusqu’ici c’était les conseillers municipaux.
Ah la grâce de Dieu ! Je n’en suis nullement effrayé, au contraire, je l’offre pour retrouver les petits et ma chère femme sains et saufs !
Ma réquisition d’otage est du Lieutenant Colonel Springmann.
5h1/2 soir. Je viens de voir le Maire M. Langlet qui m’a dit que je devais me présenter au Lion d’Or à 6h pour prendre les ordres du Springmann. Il est probable qu’on me laissera dîner à la maison et je devrai me rendre à 8h du soir à l’Hôtel.
6h10.  Je quitte le Lion d’Or où nous nous sommes présentés à un officier, Fréville et moi comme civils et Rohart avec Lejeune remplaçant Jallade en mission à Nogent l’Abbesse. Cet officier nous salue et nous dit que nous pouvons aller dîner chez nous et de revenir à 8h.  heure française. Fréville est furieux qu’on l’ait pris comme otage en sa qualité de fonctionnaire, receveur des Finances, il prétend être exempté de pareille corvée. Il est furieux et dit qu’il en référera à Paris à son ministre des Finances et que le Maire verra !
C’est tout simple, il a la frousse ! encore un brave à… trois  poils celui-là ! Rohart n’est pas fier et Lejeune pas plus! Sans me vanter, je crois conserver plus mon sang-froid, mon courage et mon calme que mes trois compagnons de fortune, ou d’infortune !
C’est simple, je m’en remets à Dieu ! Ce n’est pas avec ce que je souffre en ne sachant rien de mes chers aimés (Père, femme et enfants) qu’un ennui et un risque de plus me ferait m’émouvoir. J’espère dormir tranquillement et que les habitants de Reims seront sages et tranquilles cette nuit ! Dieu nous protègera !
7h1/2. Je vais partir. Que sera demain ? Je ne suis pas inquiet, j‘ai pris tout ce qu’il fallait pour écrire. J’espère bien qu’on me laissera cette consolation, et cette occupation. Je m’en vais si calme. Oui mes chers adorés, femme, enfants, je suis si calme, si seulement je savais où vous êtes et si vous êtes sains et saufs ! J’irai là comme à une partie de chasse. J’offre toutes ces bagatelles d’ennuis à Dieu pour que nous nous revoyions bientôt tous heureux, sains et saufs et enfin délivrés de l’ennemi.
Je vous embrasse tous : Madeleine, Jean, mon grand, mon remplaçant, Robert, si gentil, si dévoué, Marie-Louise ma pouparde, André, mon gros paresseux, s’il voulait il arriverait à tout, et Maurice, c’est le dernier. Je ne puis m’empêcher de l’aimer un peu plus que les autres. A toi mon Jean d’être le chef de famille s’il m’arrivait quelque chose.
Non, ce n’est pas possible, il faut qu’avec mon pauvre vieux Père que nous voyons ces bandits écrasés !
A demain !
Samedi 12 septembre 1914

Pris en otage au Lion d’Or

7h1/2 matin. Je recopie les quelques lignes que j’ai écrite dans la chambre n°21 de l’Hôtel du Lion d’Or comme otage.
8h20 . vendredi soir J’arrive au Lion d’Or. Je cause avec un petit caporal qui a été à St Étienne (Loire) dans les rubans : à toi Brimbonais ! (André Benoiston) du reste il connait la maison Benoiston, qui me vise mon nouveau sauf-conduit pour Reims et les environs. Le caporal nous présente le Commandant Lindig, car depuis 1h on a déposé le Springmann pour nous rendre le Lindig ! Peu m’importe !
On nous conduit ensuite à nos chambres au 1er étage sur la place de la Cathédrale, en face du bascôté droit. Le n°24 échoit à Rohart et Lejeune, le n°21 à Fréville et à moi. Il parait que les 22 et 23 sont occupés par le Prince Henri de Prusse, frère cadet du Kaiser. Nous voilà donc les voisins ou plutôt les gardiens ? d’une Altesse… (Voir le croquis des chambres de l’Hôtel du Lion d’Or). Fréville n’en est pas plus fier ! Rohart fit dans ses culottes !
Bref enchanté d’avoir Fréville comme compagnon de chambre.
Pendant que j’écris ces quelques mots et que je fais ce croquis Fréville se couche et moi je vais en faire autant. Il est 8h1/2, bonsoir.
Du bruit toute la nuit. Allées et venues sur la place devant l’Hôtel du Lion d’Or. Automobiles arrivant, partant. Vers deux heures du matin je me réveille à tout ce bruit, plus loin vers la rue de Vesle le roulement sourd que nous entendons depuis 4 nuits. Toujours des équipages et des convois avec de l’artillerie. J’entends sonner 2 h puis à 2h1/2 je me rendors. A 4 h nouveau réveil, mêmes bruits. En plus de cela Fréville ronfle comme… un trombone à coulisse ou un saxophone. Je ne le conseille pas d’être son voisin de lit ou même de chambre !! Quelle musique ! Il y en a pour tous les goûts !! Sauf pour le mien. J’aimerais mieux le silence.
A 6h10 sonnante je m’éveille, Fréville me cause et nous nous habillons, sans nous presser, nous ne serons libres qu’à 7 h du matin.
A 6h50 nous quittons notre chambre. Rohart n’a pas dormi… je pense sans doute qu’il a eu le trac. Lejeune ne dit rien. C’est… un modeste… mais il n’était pas fier. Fréville à repris sa blague, la nuit fatale est passée ! Il a eu aussi peur. Moi pas ! oh ! pas du tout, sans le bruit j’aurais dormi comme dans mon lit. Pourquoi aurai-je eu peur ??
Je repasse par la cathédrale, une sentinelle garde la porte extérieurement et intérieurement. Je ressors sur la place, elle se vide de ses équipages et de ses troupes. Je rentre à la maison que je trouve… bien… vide…
11h matin.  Impossible de tenir en place. Je sors et je rencontre mon voisin M. Legrand qui m’apprend que les allemands ont fait évacuer les habitants de Tinqueux dans le cas où on se battrait. Les Français ou les Anglais seraient donc bien près de là. Il tenait cela de M. Trousset, de Tinqueux, qui est venu lui demander l’hospitalité.
Toutes les troupes allemandes refoulent sur Courlancy.
Pris le tramway Place Royale, la rue de l’Université est bouchée, encombrée jusqu’au Lycée de blessés allemands de toutes sortes en troupeaux. Je saute du tramway place Godinot et je vois Gobert « du Courrier », courant avec Messieurs Jules Gosset, Français et un autre Monsieur. Nous entendons des coups de canons, rares. J’apprends que le curé de Ludes M. l’abbé Delozanne serait arrêté avec un autre prêtre sous le prétexte qu’ils auraient excité la population à se défendre. Il parait que le pauvre curé de Ludes pleurait à chaudes larmes. On est allé de l’archevêché demander pourquoi ils étaient arrêtés. On leur a fait la réponse que je cite plus haut en ajoutant : « Ceci regarde la Cour Martiale ».
Je reviens avec Gobert vers la Cathédrale, nous entrons, on déménageait toutes les chaises de la Grande Nef et on y déchargeait de la paille (ceci explique les sentinelles de ce matin). L’abbé Andrieux me dit qu’ils ont exigé la cathédrale, bien que d’autres locaux, usines, écoles, etc… soient disponibles. On va laisser inoccupé uniquement la partie entourée de grilles du Grand Autel et les chapelles du pourtour. 3 000 blessés sont à y caser.
Nous refilons sur l’Hôtel de Ville. Peu ou pas de nouvelles, sauf, (je l’ai échappé belle) que cette nuit un habitant de l’avenue de Paris aurait tiré sur les allemands qui l’ont arrêté (heureusement), et ont brûlé la maison du voisin : les allemands s’étaient trompés de numéro. Ce matin cet imbécile a été fusillé.
On voit des incendies un peu partout autour de Reims. On dit, que ne dit-on pas, que les français et les anglais seraient à Mont-Notre-Dame près de Bazoches, à Billy, au Mont-Saint-Pierre, tout près de Reims, à la Colonne de 1814, d’autres disent qu’ils sont à Berry-au-Bac. Cela ce ne sont que des on dit. Je dis l’exact plus haut.
Au tournant de la rue du Cloître et de la rue Robert de Coucy, Gobert et moi nous apercevons une auto venant à toute vitesse de l’Hôtel de Ville, dans laquelle se trouvaient M. Eugène Gosset, M. Rousseau adjoint, M. Raïssac et M. Langlet se dirigeant vers l’Hôtel du Lion d’Or, la « Commandantur ». Ils étaient escortés par des soldats dans une autre auto, baïonnette au canon. Ils étaient appelés là pour donner une liste de futurs otages, pris non seulement parmi la bourgeoisie, mais aussi parmi les ouvriers dont les allemands ne paraissent pas très sûrs, surtout avec la bêtise de cette nuit.
Pendant que j’écris ces lignes plusieurs coups de canon par salve (1, 2, 3, 4, 5) successives tonnent.
Nous devrions être tranquilles, car le drapeau blanc est toujours hissé sur la Cathédrale et sur la Mairie. Une remarque : le drapeau tricolore flotte toujours à l’Hôtel de Ville. Les prussiens n’ont pas songé à le faire amener. Il est 11h20.
Le fils Renard, des déchets, signalait à la Mairie la conduite scandaleuse de Villain, père, greffier du Tribunal civil de Reims, s’installant encore hier soir au Café du Palais avec deux grues dont la Petite Lison ? qui serait sa maîtresse attitrée. Et cela pendant l’occupation Prussienne et quand il a sous les verrous son fils. Celui qui a assassiné Jaurès. Il manque absolument de sens moral, c’est un être abject !
Toujours quelques coups de canon : 1 ou 2, 3/4 à d’assez longs intervalles. Les premiers venaient du côté de l’avenue de Paris, maintenant ils paraissent venir du côté de la Porte Dieu-Lumière. Allons-nous recevoir encore des horions ? et être entre le marteau et l’enclume !
Les soldats allemands vont et viennent dans les rues comme s’il n’y avait rien.
Non, cela vient bien du côté de Tinqueux, rien du côté Dieu-Lumière.
Après les obus allemands du 4, les obus français du 12… ce serait complet.
11h40 La canonnade s’anime…
12h10.Je dis à Adèle de me faire à manger… elle a oublié l’heure, elle est toute effarée, se frictionne les mains avec fébrilité, pas de déjeuner… je la secoue… je ne veux pas descendre à la cave le ventre creux s’il le faut. Je mets la table à la diable… Une nappe s’il vous plait ! Boudin, je mange tout : veau piqué, pommes frites. Pendant tout ce temps, j’entends des coups de canon, de la fusillade du côté de Bezannes et ensuite côté de Tinqueux.
12h40. J’entends très bien les coups de fusils vers Tinqueux et les obus siffler, un tout autre sifflement que celui du 4, plus creux si je puis dire ainsi.
12h45. La pauvre Adèle ne veut pas manger. Les obus qui arrivent du côté Pont de Soissons, St Charles, Tinqueux sifflent à chaque coup, avec un sifflement semblable à un déchirement d’une toile. Plus flou que le 4, moins aigu, moins ssion ssion ou ou ! comme diraient André et Momo.
Je distingue parfaitement le coup partant et arrivant, et si je connaissais la vitesse, je pourrais dire la distance à laquelle ils tirent. Je suis toujours à table, mon café refroidit. Pan ! pan ! deux coups. Allons, il faut que je monte voir au 2ème si je verrai quelque chose.
Ah ! si je n’étais pas père de famille, je serais déjà du côté ou ça pette (canon). Çà tourne toujours de gauche à droite par rapport à notre salle à manger où je suis à ma place ordinaire : en regardant vers le jardin dis-je, les coups progressent depuis 11h40, de gauche à droite, de la Maison Blanche, Bezannes vers Tinqueux, Maco, Champigny, Merfy, Chenay, St Thierry. En ce moment, 12h54 juste, la fusillade marche toujours vers une propagation sud-nord, vers le coin de mon jardin, côté des acacias. Çà tape – Pan ! repan – pan – repan (envoi et reçu). Certainement c’est près de Tinqueux, car quand les allemands tiraient sur nous le 4, les coups d’envoi étaient beaucoup moins près.
1h55 soir. Les mitrailleuses crépitent en face de moi qui écris sur la table de ce bon Robert ! La toile se déchire et il pleut !
Depuis 1h le canon tonne vers l’ouest et la bataille fait rage, on prend Reims. Les mitrailleuses font rage. Je disais plus haut ce qui s’est passé de 12h54 à 13h55. La fusillade ralentit. La canonnade aussi.
La bataille qui s’est livrée depuis 1h a eu lieu du côté droite française, gauche allemande. Voici la ligne d’après la carte (ça donnait comme canonnade…).
Lignes françaises : rive gauche Vesle française. Hauteurs de : Ville-Dommange, Jouy, Pargny, Coulommes, Vrigny, Gueux, Rosnay, Courcelles, Sapicourt où je voyais très bien le Château Lüling.
Lignes allemandes : rive droite Vesle. Hauteurs : Tinqueux, Champigny, Maco, Merfy (St Thierry, Pouillon ?), Chenay, Trigny, Butte de Prouilly, Prouilly.
Flambent ! et je voyais très bien les coups accusés : Pargny ou Coulommes, Rosnay 3 obus. Lignes allemandes : les marais de Vesle, Trigny, Chenay. Je voyais très bien les shrapnels éclater en l’air, audessus de la plaine de Vesle. Et la canonnade continue, et les mitrailleuses tirent sur nous face au fond du jardin sud-ouest, en ligne droite de la fenêtre où je suis, Rosnay, Courcelles, Sapicourt. Et les mitrailleuses jouent toujours leur air funèbre !!
2h10 soir.  Cela s’accentue sur Reims côté Tinqueux, La Haubette et les mitrailleuses, çà se rapproche. Côté Chenay, Trigny, c’est loin.
J’ouvre une parenthèse, au moment où j’avais été sur la terrasse du Petit Paris voir les feux qui à la fin ne formaient plus qu’une fumée. Dans la plaine entre rive gauche et rive droite de la Vesle, je vis un peloton de malheureux citoyens encadrés baïonnette au canon par les prussiens, enlevés comme otages. Par la pluie battante on ne voyait que leurs parapluies à ces pauvres gens. Cahen et Fribourg sont du lot, chacun son tour, hier soir c’était moi. Dieu soit béni, je reverrai les miens, j’en suis sûr. La Vierge nous protège trop pour que je n’en sois pas sûr, ce sont chaque moment miracle sur miracle.
2h1/4 Et toujours les mitrailleuses et le canon. Je suis les coups, si seulement je pouvais être sur un toit élevé ce serait fort intéressant.
Mon pauvre Roby tu ne te doutais guère que ton encrier et ta table et ton encre remplis il y a… allons que je regarde sur le calendrier… il y a samedi deux semaines presque heure pour heure puisque je t’ai reconduis à St Martin à 2h56, et qu’il est 2h24 exactement. Votre pendule retarde mes petits Grands Jean et Robert car elle sonne à l’instant 2h, je vais l’avancer et la remonter pour qu’elle n’oublie pas de sonner l’heure française ! l’heure de la délivrance. La captivité aura été courte, Dieu soit béni.
C’est fait ! la pendule est remise à l’heure elle est remontée ! Les mitrailleuses font rage du côté Ormes, Thillois d’après la carte et il y a une mitrailleuse allemande qui m’agace du côté de Ste Geneviève, Porte de Paris, La Haubette, ce qu’elle m’agace toujours la même !! Pan ! pan ! pan ! pan ! pan ! pan et des coups de fusil. Je remarque que chaque décharge de mitrailleuse dure 7 secondes, avec des intervalles… (en blanc). Plus rien du côté rive droite. Oh ! cela retonne et les obus rechantent, ou n’est-ce pas plutôt des schrapnels, car ce bruit est bien différent de celui des obus du 4 septembre 1914.
2h29 Je me suis mis dans la chambre des Grands, car de là j’entends parfaitement tous les coups et la canonnade et la fusillade. (Zut, arriverai-je à ne pas me tromper dans l’orthographe de canonnant, 2 n mon cher! Pardon de la parenthèse). Pendant cette parenthèse, çà pétarade, çà fusille et çà tonne ! Mon Dieu ! Cela ne peut m’effrayer, si seulement je pouvais aller voir, mais je suis Père de 5 enfants, sans cela ! que je serais là-bas aux premières loges. J’ai manqué ma vocation, j’aurais du être militaire!
Je jette mon regard sur le théâtre. Deux, trois ou quatre camions qui hésitent au théâtre entre côté Paris et côté Berlin, c’est ce dernier qui l’emporte. Bataille d’infanterie en ce moment, à ma gauche toujours ma sale bête de mitrailleuse, si j’y étais ça ne durerait pas longtemps.
2h40.  Quelques coups de fusils, la mitrailleuse marche par saccade (par coups saccadés veux-je dire). Un coup de canon de temps en temps, si seulement je pouvais distinguer les coups de canons français de ceux des allemands ! Je marquerai les coups ! Ma satanée mitrailleuse (à ma gauche) tire coups par coups par 2 coups. Boum à droite, le Brutal retonne !! oh ! oh ! mon cher amour de mitrailleuse, je crois que tu vas cesser cette fois ta chanson. Non, elle recommence, la Rosse !
Je crois que je vais aller chercher mon drapeau !
2h3/4. Oh ! ça reprend côté St Brice, le canon, à gauche des tirailleurs tirent, comme à la cible, coup à coup !
Je n’entends plus ma vieille connaissance ! La sale bête, elle reprend… Zut ! Je la laisse tranquille.
2h55. Je remonte à ma fenêtre (la chambre d’Augustine). Ça tonne toujours sur ma droite, côté Cormicy ! coups de canon, et à gauche les coups de fusils, et ma sacrée mitrailleuse ! qui est du côté droit, St Thierry ou Maco, c’était l’écho qui m’envoyait sa musique à gauche.
Bref, nous avançons et ils… reculent en attendant la bataille de Corbeny ou de Berry-au-Bac.
3h.  Crépitation de fusillade, passée du côté français. Quelques coups de canons français. Je commence à les distinguer. Nos coups de canon à nous sont secs, un peu plus forts qu’un coup de fusil, et on entend un bruissement sion sion on ! Tandis que les canons prussiens tonnent lourds comme eux. Oh ! en ce moment crépitement général sans un arrêt, c’est un roulement continu de coups de fusils. Je signale ce crépitement par des traits télégraphiques ………. ……. …….. ….. ……… ……. …… ……… arrêt, reprise !… Tout le tremblement ! en amont (3h04) quelques secondes mais ils reculent !! Quelques coups de fusils en sourdine ! Oh ! ça recommence, les feux de salve ! C’est une bataille et une vraie!
J’entends ma vieille connaissance, du côté de St Brice.
6h05 soir. N’y tenant plus, vers 3h1/4, et voulant voir, comme je savais que des couvreurs travaillaient chez M. Rogelet rue de Talleyrand, j’y vais, et le concierge me dit : « Mais on voit très bien de la toiture de M. Georget, et les couvreurs, et les couvreurs de chez nous peuvent très bien vous y conduire… »
Bref avec un brave couvreur et avec une échelle nous descendons chez M. Georget, nous grimpons dans les combles et de là sur le toit lui-même, couvert en zinc. On s’assied et là je suis aux premières loges…
La ligne de combat est bien celle que je supposais. Nos troupes tiennent tout le faîte des côtes de Montchenot à Sapicourt, St Brice et probablement plus loin car je ne peux voir plus loin. Les Allemands, les hauteurs de St Thierry à Trigny, Prouilly et plus loin. Bref c’est le passage de la Vesle qui se dispute et se disputera depuis 11h du matin jusqu’à maintenant. Le canon fait rage.
Du côté rive droite : Tinqueux, Chenay, Maco, Merfy (?) flambent et plus loin sans doute Prouilly, Trigny, Chalons-sur-Vesle.
Du côté rive gauche, Bezannes, Ormes, Thillois, Rosnay, Janvry, Gueux, Vrigny, Pargny, (Coulommes ?), Les Mesneux ensuite, par une courte attaque qui se dessine vers 4h1/2. Alors flambent Sacy, Villers-aux-Nœuds, Écueil, Champfleury, peut-être Trois-Puits. Ville-Dommange ne paraît rien avoir.
Je descends à 5h de mon observatoire et la bataille reprend, terrible, jusqu’à maintenant encore.
En bas, dans la rue, les allemands paraissent se replier vers l’est, en ce moment l’infanterie passe, et le canon se rapproche fort, allons-nous être obligés de descendre à la cave (6h20).
Je lis une affiche verte : 80 otages sont réunis au Grand séminaire, menacés d’être pendus si nous bougeons. Mon pauvre Beau-père est encore pris avec le Maire. Reçu les deux cartes ci-jointes (voir annexes). Que va-t-il lui arriver ? Je tremble pour lui et nous ? Est-ce qu’ils vont brûler Reims ? Ils sont capables de tout. Que Dieu nous protège !
Mon Dieu que je suis heureux que ma pauvre femme et mes chers petits ne soient pas là, ils seraient morts de frayeur !
Voilà 7h1/2 de bataille, et que je ne cesse d’entendre le canon et la fusillade ! C’est comme le tonnerre, sans discontinuer.
6h25. Plus rien, allons-nous avoir la Paix avec tout ce bruit ?
6h50.  Le canon tonne toujours au même endroit, mais par intermittence. Pluie battante depuis 1 heure. Nos pauvres blessés ! Les pauvres environs de Reims, brûlés, saccagés !! Adieu les belles propriétés : Messieurs les rémois et Mesdames les rémoises qui avez surtout pensé à vous amuser, à jouir! Le feu purifie tout.
6h51. Deux coups de canon ! on ne voit plus clair – 5 coups – 3 coups –
6h53/6h54.-   1 + 1 = 2 coups (je me dis : ce sont les derniers) 8 heures de bataille sans discontinuer.
Je descends dîner !! 7h1/4 encore le canon, 4 coups, plus 1, plus 1, le dernier jusqu’à présent, et j’espère de la nuit.
7h55. Il pleut à torrent. Pauvres chers blessés, les nôtres, car les leurs oh ! non ! ma charité ne peut aller jusqu’à les plaindre. Il faut laisser passer la justice divine et je crois qu’elle passe partout, oui elle passe, est passée aujourd’hui ! Que de choses aurai-je à rapprocher ! On en faisait la fête, il y a des ruines et du sang, à nos portes, à vue de jumelles !! Singulier spectacle ! auquel j’ai assisté depuis 3h1/4 ou 3h1/2 jusqu’à 5h, je ne pouvais m’en détacher. Sur le ciel sombre, nuageux, orageux, presque tout se dessinait très bien, à part le moment où les incendies obscurcissaient l’horizon, fumées de toutes sortes, de tous points ! Éclatement de shrapnels explosant en l’air comme des feux d’artifices, des feux de Mort ! Non, c’est un spectacle inoubliable !
8h10 soir.  Parenthèse, riez ! : Adèle m’arrive comme une folle ! « Monsieur tout brûle ! » avec ses bras elle désigne tous les points cardinaux ! « Venez voir dans ma chambre ! » et des soupirs à faire culbuter les tours de la cathédrale ! Je monte, en effet le ciel est rouge côté Nord-Est. Ce doit être l’aviation ou Bétheny qui brûle le G.P.C. de ces bandits en attendant les autres sans doute demain ! C’est dans leur sang ! Il faut qu’ils voient rouge toujours !! Le jour : du sang ! la nuit : la lueur rouge des incendies !!
Fermez la parenthèse et reprenons où nous en étions 12 lignes plus haut s’il vous plait, et comptez si vous voulez !
Dois-je revenir sur les événements d’hier ?! Quand mon Beau-père, conseiller municipal, décoré d’une foule de médailles de sociétés quelconques, M. H. Bataille, dois-je le dire, dois-je le faire. Je pardonne d’avance !… mais à quels sentiments a-t-il obéi ?!
Je serai sobre, mais je dois l’écrire : « Hier donc, vers 4h1/2, M. Bataille est venu me voir et me prévenir que je serai otage des allemands pour la nuit du 11 au 12 septembre 1914. »
Assis dans mon cabinet, il me dit, assez gêné (lui sur une chaise comme il fait toujours et moi dans mon fauteuil devant mon bureau) : « J’ai au devoir vous désigné comme notable pour servir d’otage, et alors M. Langlet m’a demandé si vous accepteriez. J’ai répondu pour vous que : oui. Alors vous êtes désigné pour ce soir avec Fréville comme civils et Rohart et Jallade (remplacé par Lejeune comme je l’ai dit plus haut) « pour vous rendre au Lion d’or à 6h ou 8h du soir ! Venez à la Mairie à 5h on vous dira ce que vous aurez à faire ! »
J’ai donc été désigné par mon propre Beau-père. Moi, Père de cinq enfants dont le dernier a à peine 5 ans ! pour servir d’otage !! quand il y en avait d’autres je crois qui pouvaient remplir cet office, que je ne le regrette pas non certes ! Mais! Lui ce soir l’est ! Dieu lui pardonne !
Mais ! Je pouvais y rester ! à la suite de l’imbécile qui a tiré sur les Prussiens la nuit dernière avenue de Paris. Heureusement que les Prussiens ont pu mettre la main dessus!
M. Bataille est interné au grand séminaire. Que cette nuit lui soit aussi légère que celle que j’ai passée la nuit dernière près du Prince Henri de Prusse ! La mienne était moins rouge de sang et d’incendies.
Mes chers aimés, mon Père Aimé, où êtes-vous ?! Quelle nuit allons-nous avoir. Que sera demain ?
9h. Toujours même lueur vers Bétheny qui baisse et reprend. Le gardien de l’Indépendant dit que c’est le Parc à Fourrage du Petit-Bétheny et non l’aviation. Je crois qu’il a raison par l’orientation en me souvenant quand les aéroplanes baissaient de ce côté plus à gauche. Quelle pluie diluvienne !
10h. L’incendie du parc à fourrage continue. De la chambre de Marie-Louise par contre, côté ouest le jardin est éclairé d’une lueur blafarde et une odeur de fumée vous prend à la gorge. Ce sont les incendies des villages environnants, car le vent vient de l’ouest.

Dimanche 13 septembre 1914
4h matin. Je viens d’interpeller l’employé du gaz qui éteint les becs pour lui demander s’il connaissait du nouveau. Celui-ci me dit que dans sa tournée il n’a pas vu un Prussien. Que le parc à fourrage a été brûlé par eux. Que les Français seraient à Reims au Pont de Vesle.
Serions-nous débarrassés à jamais de ces bandits qui nous aurons tenus sous l’étreinte de la terreur pendant 10 jours ! du 3 septembre au soir au dimanche matin 13 septembre 1914. Mon Dieu que ce soit bien vrai !
5h20. Une vraie tempête toute la nuit, en ce moment le vent souffle en tempête, la pluie gicle presque horizontalement. Il fait froid.
5h25. Un chasseur à pied français se défile le long de la rue de l’Étape et traverse la rue de Talleyrand vers la rue du Cadran St Pierre !! Vive la France.
« Adèle, mon drapeau !! »
Je cours aux nouvelles à 5h30.
10h matin. Je suis le premier de la rue de Talleyrand qui ait vu le premier soldat français, un chasseur à pied, et qui ait arboré mon drapeau. En criant « Vive la France ! » au risque d’ameuter tout le quartier, ce qui a eu lieu. Je ne me connaissais pas une aussi forte voix!
Je pars du côté de la Cathédrale, rencontre Degermann qui me dit que les otages sont partis du côté de Rethel. Je continue au Poste de Pompiers, un pompier, le gardien qui me connait me dit qu’au contraire les otages ont été relâchés hier soir. Je reviens sur mes pas en jetant un coup d’œil sur la place du Parvis où l’on pille une voiture de fourniment de soldats. Je cours chez M. Bataille que je vois à sa fenêtre causant avec M. Demoulin, l’homme de confiance de Léon de Tassigny, je cause un instant avec mon Beau-père qui en somme a été emmené avec tous les otages jusqu’au Linguet, route de Rethel vers Witry-lès-Reims où là on les relâche vers 6 heures. A 7h il était rentré chez lui.
Je pousse jusqu’à la Porte Mars où gisent un cheval et un cavalier tués sur le trottoir du petit square qui entoure la porte Romaine. Côté des Promenades, en face la maison de Madame Lochet 2, rue Désaubeau, à quelques pas plus loin, vers la place de la République sur le même trottoir, une charrette, un cheval tué et un soldat allemand mort. Tous tués par nos soldats il y a quelques minutes.
Je rentre chez moi. J’aperçois des prisonniers prussiens qui descendent vers la rue de Vesle. Je vais tâcher de les voir par St Jacques où j’entre après tout pour entendre la messe qui commence justement. Je remercie Dieu et je lui demande de me réunir bientôt, le plus tôt possible, aux miens et surtout d’avoir de leurs bonnes nouvelles et de savoir qu’ils sont sains et saufs.
En sortant de St Jacques je remonte la rue de Vesle, j’aperçois Guichard avec un mousqueton saxon poignard au canon, et un autre qui fonce dans le couloir du Cygne Rouge où, parait-il, sont des femmes qui ont couché avec des soldats allemands et les renseignaient… si Guichard les trouve, je suis sûr qu’elles ne feront pas long feu.
J’arrive à la Cathédrale. J’entre au Lion d’Or pour revoir ma chambre d’otage n°21 et bien la repérer. C’est fait, puis j’entre à la Cathédrale. On dit la messe à la chapelle du cardinal. Je me faufile entre les toiles tendues qui masquent la nef où devaient être parqués les blessés allemands par ordre (ils n’ont que ce mot à la bouche avec ceux de fusillade et de pendaison)… Là des tas de paille formées en litière et en ligne le long des bas-côtés à droite et à gauche, et également deux longues litières à droite et à gauche de la grande allée de la nef.
J’aperçois l’abbé Camu, je le félicite de son rescapage d’hier soir, il était dans les 80 à 100 otages qu’on devait pendre. Puis en remontant vers le grand portail, je vois l’abbé Dage avec le sauveteur Ronné, 87 rue de Merfy, qui, tenant un drapeau tricolore, se dirigent vers la porte de l’escalier de la Tour. Je m’informe auprès de l’abbé Dage qui me dit que ce que je suppose est juste et qu’il va accompagner M. Ronné, délégué par le Maire, pour hisser le drapeau en haut de la tour Nord. C’est lui qui du reste à déjà arboré, au risque de se faire tuer avec l’abbé Andrieux, le premier drapeau blanc hissé sur cette tour le 4 septembre 1914 vers 10h du matin pendant le bombardement. Cet honneur de placer (à la place du drapeau blanc) nos couleurs lui revenait bien.
« Allons », dis-je à l’abbé ! « Je vais avec vous ! »
« Oui, venez ! » Nous voilà grimpant le colimaçon qui n’en finit pas. Ronné le 1er avec son drapeau roulé (il vient des Galeries Rémoises), l’abbé Dage le 2ème et moi le dernier. J’ai moins l’habitude qu’eux. Enfin nous arrivons à la sortie de la première plateforme sous les cloches. Mais impossible de passer le satané drapeau qui est trop grand par le petit couloir qui débouche sur la plateforme près des cloches déposées là (en attendant qu’on les reposent) près de la porte qui conduit sous la toiture au carillon. Nous essayons de toutes les manières mais pas moyen. Il est toujours trop grand !
Bref, je dis ou plutôt je crie à Ronné : « Passez donc dehors, nous vous le passerons, le tendrons par une meurtrière ». Aussitôt dit, aussitôt fait. Il grimpe comme un chat derrière un des Grands rois, passe, repasse, regrimpe. De notre meurtrière avec l’abbé Dage nous passons le drapeau et nous le déroulons un peu en criant à Ronné : « Le voyez-vous ? » – « Oui, j’arrive ! » Il le saisit. Et revient près de nous sur la plateforme le tenant à la main. « Sauvés mon Dieu ! »
Pendant que l’abbé attendait le sauveteur, n’ayant rien de mieux à faire, je grimpe l’escalier à jour de la fameuse tour Nord et j’arrive bon premier en haut de la plateforme. Encore une échelle à grimper pour arriver enfin sur la plateforme en bois qui a été édifiée pour un poste de télégraphie sans fil. Au pied de cette plateforme je vois un plateau à hauteur d’homme auquel les allemands avaient accroché un téléphone et un appareil de signaux à réflecteurs, le fil monte ensuite sur la plateforme en bois, au bout duquel se trouve une lampe électrique. Je prends la lampe et laisse la douille sur la plateforme en pierre derrière l’échelle, et au pied je vois trois bidons de pétrole oubliés là par les allemands. En attendant mes deux compagnons j’inspecte les environs. Quel joli panorama, le ciel est pur. Quel dommage que je n’ai pas ma lorgnette ! Vois Cernay, Nogent et la Pompelle, on tire le canon. Je vois très bien les éclairs des canons et les fumées des obus qui éclatent. Nos troupes progressent et refoulent les allemands, qui, à mon avis, se défendent mollement.
Mes deux compagnons arrivent. Nous nous attaquons aux deux drapeaux arborés, un blanc et un de la Croix-Rouge. Le drapeau blanc avait été mis il y a quelques jours par les allemands eux-mêmes en remplacement du premier mis pendant le bombardement et fait avec la moitié d’un drap de lit d’un des officiers parlementaires allemands qui avaient couchés à l’Hôtel de Ville. Ce deuxième drapeau blanc était beaucoup plus grand et d’une toile plus fine. Je l’ai presque en entier, j’ai aussi un morceau du premier qui est d’une toile fort grossière. Le drapeau de la Croix-Rouge est de belle flanelle, arboré hier seulement quand les allemands avaient ordonné de mettre leurs blessés dans la Grande nef de la Cathédrale. Nous sommes obligés de déchirer ces drapeaux, de les couper, de couper les cordes, c’est un vrai travail. Enfin c’est fait, nous avons la hampe, le mat, la perche auxquels ils tenaient. Nous enlevons la tête de loup qui avait servie de hampe de fortune au 1er drapeau blanc. Je lui fais piquer une tête en bas de notre plateforme, sur la plateforme en pierre.
Nous ficelons et reficelons notre drapeau tricolore que j’avais au préalable déployé et montre aux curieux qui nous regardaient de la rue de Vesle près du Théâtre et près de chez Jules Matot au coin de la rue des deux Anges (cette rue a disparue en 1924 avec la création du Cours Langlet). Je l’agite. On applaudit, j’entends très nettement les battements des mains malgré le vent qui souffle en tempête. Enfin voilà notre drapeau est ficelé. Il s’agit maintenant de le dresser et de le ligoter et l’ancrer contre la balustrade en bois de la plateforme. Ce n’est pas un petit travail, car le drapeau flottant, claquant est dur à tenir pendant que Ronné le ficèle avec une grosse corde. Je mets toutes mes forces à le maintenir droit pendant qu’il enroule la corde. Çà y est ! Mais comme le vent qui vient de l’ouest le fait pencher, je dis à Ronné d’attacher encore une seconde grosse corde que je trouve là, abandonnée au milieu de la hampe contre l’étoffe et d’arquebouter cette corde à la rambarde en planche qui forme balustrade. La hampe se tient maintenant bien droite et ne fatigue plus. Il faudrait un autre vent pour casser notre drapeau, et Dieu sait s’il soufflait, nous pouvions à peine nous tenir debout là-haut. Et ça cornait dans les planches des meurtrières !
Flotte ! Plus loin ! Reste ! ô mon Drapeau ! là-haut toujours ! Il est 8h1/4 juste
Ici j’ouvre une parenthèse en revoyant cette plateforme : hier durant toute la bataille les allemands au nombre d’une dizaine s’y sont tenus, faisant des signaux avec de petits drapeaux. Ce n’est que vers 5h qu’il n’en n’est plus resté qu’un ou deux sur cet observatoire. Toujours avec leurs drapeaux signaux. Pour eux la bataille était perdue.
Avant de descendre j’écris sur une feuille ci-jointe de mon carnet au crayon ces mots :
« A 8h1/4 dimanche 13 septembre 1914, le drapeau français a été arboré sur la tour Nord de la Cathédrale par : M. Ronné, de la Cie des sauveteurs, rue de Merfy 87 ; M. l’abbé Dage, Directeur de la Jeunesse Catholique et M. Guédet, notaire à Reims ».
En foi de quoi nous avons signé :
(signé) L. Ronné,
L. Dage,
L. Guédet
J’ai un petit morceau rouge de ce drapeau.
Il est 8h1/4 juste.
Flotte ! Claque ! Frisonne ! ô mon cher drapeau ! reste et demeure là-haut ! Toujours !!
Nous redescendons, moi avec mon ballot de drapeaux et une chaise que les allemands avaient abandonnée sur la plateforme en bois. Ronné lui s’empare des 3 bidons pleins, deux gros et un petit, pour les déposer à la mairie. Il prend les 2 gros et l’abbé le petit.
4h10 La bataille continue au nord et à l’est de Reims, mais la canonnade et la fusillade est beaucoup moins nourrie qu’hier. J’écris et ma pensée est ailleurs. Je souffre moralement à ne pas croire. Je crois que je n’y résisterai pas si d’ici peu je ne suis pas fixé sur les miens et si je ne sais pas bientôt qu’ils sont sains et saufs. Je crois que je n’ai pas encore autant souffert et d’une façon aussi angoissante. Mon Dieu auriez-vous pitié de moi ! J’ai déjà tant souffert, je n’ai plus de courage, je suis comme une loque.
8h35 soir Alerte ! Je devais loger un officier de ravitaillement, et pendant que je dinais l’ordonnance dit à ma domestique qu’il allait revenir chercher les bagages, car son officier devait se tenir prêt à toutes éventualités ! Je cours chez mon Beau-père, rencontre en route l’ordonnance qui vient chercher les bagages de mon officier d’administrat… ion, et me dit qu’à partir de 8h on ne doit plus sortir. Je me risque, bien entendu, M. Bataille ne sait rien et me montre une affiche plus jolie que celle de Messieurs les Prussiens, disant qu’on ne voulait pas de rassemblement et qu’on rentre chez soi. C’est parfait.
En revenant je me cogne sortant de chez Bayle-Dor à un commandant d’artillerie. Je l’accoste et lui demande quelques renseignements. Alors il me tranquillise, et me dit : « Vous êtes comme le volant entre 2 raquettes, nous nous tenons prêts à toutes éventualités, avant ou arrière. Je comprends et nous causons, je le reconduis jusqu’à chez M. Delahaye mon client. Les allemands sont allés jusqu’à Vitry-le-François (mes pauvres chéris, femme et enfants !!) et il me dit sur une réflexion de moi : « Alors Commandant, la campagne de 1814 ? »

« Oui, absolument et fort intéressante !! mais en plus, le succès au bout, ce sera dur. »

Et du dehors ? Lemberg est pris, les autrichiens battus, et les Russes vont faire le rabat sur Berlin. En Prusse orientale stationnement. Les serbes ont repris Belgrade. Une auto nous arrête devant chez M. Delahaye. Adieu, au revoir ! et je rentre chez moi.
Alors ma femme et mes enfants ? Les sauvages sont allés jusqu’à Vitry-le-François, je n’ai pu savoir quand, quel point d’interrogation !
En tout cas, cet officier me disait : Cette mesure d’arrêt n’est pas surprenante, car depuis six jours nous les ramenons « tambours battants ». Alors vous comprendrez qu’on est un peu essoufflé de part et d’autre. C’est le résumé de ce que vous voyez, on se repose, on se tâte, pour combien de jours cette situation d’attente ? D’un autre côté l’état moral de nos troupes est parfait. Entrain, sang froid, endurance, souplesse !
A quelle sauce serons-nous mangés demain ? Française ou Prussienne ?
Cet officier m’a fait une impression de confiance que je ne connaissais pas encore… chez nous !
9h. Je regarde à ma fenêtre. En face du coiffeur et du bijoutier des cyclistes font un barrage de fortune avec des caisses ? Que diable cela veut-il bien vouloir dire. Du côté du boulevard de la République un bruit de cavalerie et d’artillerie. Franchement ce sera la vinaigrette qui nous assaisonnera.
Oh ! mon Dieu ! Sans nouvelles de mes chers aimés, femme ! enfants ! Père ! Je m’en moque, et si je savais que je ne dois plus les revoir, je ne penserais même pas à m’inquiéter, je m’en amuserais. Car si je n’avais pas à songer aux miens, ce serait fort intéressant de voir tout ce qui se manigance durant tous ces jours-ci. Ah si j’avais l’esprit libre de tous soucis, comme j’observerais comme je consignerais pour mes petits enfants ! mais je souffre et je n’ai pas le moyen de me mettre à l’affut de toutes ces petites péripéties journalières qui donnent bien l’impression de la mentalité d’une ville comme Reims pendant des journées aussi tragiques par lesquelles nous passons. Vivons !! Ce sera de la chronique vécue au point d’être un peu de l’Histoire.
Barrage complet de la rue de Talleyrand hors rues de l’Étape et Cadran St Pierre. Cogne et Le Roy forment la ligne de séparation.
Je suis donc dans la zone de l’État-major, nous serons bien gardés et nous pourrons dormir.
La garde française est plus agréable car tous les imbéciles curieux vont se terrer, tandis que devant les Prussiens on pouvait sortir même sans caleçon de bain. C’eut été si agréable de pouvoir avoir une bonne petite raison, occasion de fusiller « un cochon de Rémois » ! le mot passera à la postérité, comme les pendaisons !!
Franchement j’aime mieux la manière française, elle est plus saine, tandis que l’autre, elle est malpropre. Gaulois… Germains… la même initiale, mais pas la même terminaison. Je crois qu’une nuit agitée se prépare encore, à moins que… J’aime mieux dormir tout de même sous les baïonnettes françaises que sous les bottes prussiennes, et puis enfin j’ouvre ma fenêtre et je respire, et je puis regarder.
11h. Je suis descendu dans la rue donner un cigare au poste qui barre la rue de Talleyrand. Je cause de choses et d’autres, et un officier des ambulances vient nous voir. C’est un jeune confrère !
Maurice Damien, notaire à Marchiennes (Nord) (carte de visite en pièce jointe). Nous causons, nous bavardons, je le quitte en lui disant au revoir.

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1238/23 décembre 1917:création d’une Légion russe

Création d’une Légion russe

Le 23 décembre 1917 est créée une Légion Russe (déclarée hors la loi par le gouvernement bolchevik).

Les bataillons de volontaires sont considérés comme combattant au nom du gouvernement français, à l’instar de la Légion étrangère. Les soldats russes portent l’uniforme français auquel on rajoute un écusson aux couleurs russes.

· 1er bataillon sous commandement du Colonel Gothoua: 13 officiers et 490 hommes. Créé en janvier 1918, ce bataillon est rattaché à la division marocaine du 8ème zouave français et se couvrira de gloire le 26 avril à Villers Bretonneux, le 30 mai à Soissons, les 2, 3, 4 et 5 septembre à Soing.

(…) Le 23 décembre 1917, l’unité, sous commandement du Colonel Gothoua monte en 1ère ligne, versée dans la division marocaine considérée comme la meilleure unité française à l’époque.

la suite sur http://simon-rikatcheff.over-blog.com/2015/01/la-legion-russe-d-honneur.html

Aviation: un as néo-zélandais se crashe

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23 décembre 1917.-Clive Franklyn Collett, un « As » néo-zélandais de la WW1, 12 victoires aériennes au sein du 70 Sqn du RFC, se tue lors du crash dans le Firth of Forth, en Ecosse, de l’Albatros capturé qu’il est en train de tester.

source: http://www.crash-aerien.news/forum/ww1-la-grande-guerre-t28679-705.html

Journal du dimanche 23 décembre 1917 à travers Le Miroir

Actions d’artillerie assez vives dans la région du Fayet (nord-ouest de Saint-Quentin), sur le front Beaumont-bois Le Chaume, en forêt d’Apremont, en Haute-Alsace dans la région de la Thur et de la Doller.
Dans le Secteur de Bezonvaux, un coup de main allemand a échoué sous nos feux.
En Champagne, un de nos détachements, pénétrant dans les tranchées allemandes au sud-ouest de Moronvillers, est rentré au complet dans nos lignes après avoir détruit des abris et infligé des pertes sérieuses à l’ennemi.
Sur le front britannique, des coups de main ennemis ont échoué vers la route Bapaume à Cambrai, à l’est de Monchy-le-Preux et au sud-est d’Armentières.
Sur le front italien, dans la région du mont Asolone, les troupes de nos alliés ont maintenu en éveil l’activité combative et réalisé quelques progrès.
Une contre-attaque ennemie a été sur le champ repoussée plus à l’ouest, vers Osteria di Lepre. Un détachement qui essayait, grâce au brouillard de faire irruption dans les positions italiennes, a été arrêté par les fils de fer barbelés et rejeté par la fusillade. Au mont Solarolo, un coup de main ennemi a échoué, après une lutte à la grenade.
Sur le plateau d’Asiago, les troupes ennemies ont été combattues avec efficacité et à l’est du pont de la Priola, des batteries ennemies ont été réduites au silence.

source: http://grande.guerre.pagesperso-orange.fr/decembre17.html

 

1218/3 décembre 1917: en Belgique, Polderhoek Chateau (disparu)

Soldats américains à Paris

79299-22

20 place Vendôme. Club Canadien. Salon avec des soldats américains. Paris (Ier arr.). Plaque de verre. Photographie de Charles Lansiaux (1855-1939), 3 décembre 1917. Département Histoire de l’Architecture et Archéologie de Paris.

© Charles Lansiaux / DHAAP / Roger-Viollet

En Belgique, Polderhoek Chateau (disparu)

parcNous avons peine à l’imaginer mais, pendant la guerre, un magni que parc s’étendait dans la vallée devant nous. Situé autour du château Polderhoek, aux allures méridionales, il était même un des plus beaux de la région. Ce n’est pas sans raison si la population locale parlait du « château des eurs ». Le parc fut aménagé à partir de 1850 et s’étendait sur une super cie de 30 hectares. En 1914, le front s’immobilisa dans cette rue. À partir de là, le parc Polderhoek se trouva en zone allemande. Le 4 octobre 1917, les troupes britanniques réussirent à s’emparer de la partie nord-est du parc. Elles n’allèrent pas plus loin et l’o ensive fut arrêtée sur la crête de la colline. Tout le terrain fut ravagé par les bombardements et le ruisseau Reutelbeek, qui traversait le parc, se transforma en un vaste marécage. Le 3 décembre 1917, le parc subit une nouvelle attaque, menée par les troupes néo-zélandaises. L’opération échoua. Les hommes furent pris pour cible par leur propre artillerie, dont les canons s’étaient a aissés dans la boue. Un vent violent anéantit l’action du rideau de fumée protecteur. Le recours à des troupes sans entraînement contribua également à l’échec de l’opération. En raison des lourdes pertes subies près de Passendale, des troupes de réserve inexpérimentées avaient été envoyées ici. Néanmoins, les hommes se battirent avec ardeur

Journal du lundi 3 décembre 1917

Au sud de Saint-Quentin et au nord-ouest de Reims, nous avons réussi des coups de main et fait des prisonniers.
L’activité de l’artillerie a continué, très vive, sur la rive droite de la Meuse, sans action d’infanterie.
En Haute-Alsace, vers Ammerzwiller, nous avons repoussé diverses tentatives de coups de main sur nos petits postes.
Les Allemands, au front britannique, ont répété leurs attaques sur les positions de nos alliés, à Masnières, Marcoing, Fontaine-Notre-Dame, Bourlon et Moeuvres. Ils ont été repoussés. Des détachements ennemis avaient réussi à prendre pied dans le village les Rues-Vertes, sur la rive ouest du canal de l’Escaut. Ils en ont été délogés par une contre-attaque.
En Macédoine, activité moyenne de l’artillerie sur l’ensemble du front, plus vive vers Doiran et dans la région de Monastir-Cerna. Rencontres de patrouilles sur la Strouma et dans la haute vallée du Scumbi. L’aviation britannique a bombardé Rahova (vallée du Vardar).
Sur le front italien, la canonnade reste intense du plateau d’Asiago à la Piave inférieure. Nos alliés ont pris sous le feu de leurs batteries des troupes ennemies en marche sur la route du mont Ciemon au val de Los. Ils ont obtenu un succès par coup de main au mont Pertico.
Une attaque d’une flottille autrichienne, près de Pesaro a échoué.
source:

http://grande.guerre.pagesperso-orange.fr/decembre17.html

1180/26 octobre 1917: résumé historique de la bataille de la Malmaison (Aisne)

Résumé historique de la bataille de la Malmaison (Aisne)

http://chapelle.ste.berthe.over-blog.com/pages/Resume_historique_de_la_bataille_de_la_Malmaison-2681619.html

lire aussi http://20072008.free.fr/journee122007malmaisongeneraux17doc3.htm

voir aussi http://maquettes.delavallee.net/fiche_diorama.php?id=68

Passchendaele (26 octobre au 10 novembre 1917)Enseignements douloureux tirés de la boue et du sang versé en Belgique

Les Canadiens ne voulaient pas aller à Passchendaele. Ils avaient déjà vécu l’expérience du saillant d’Ypres, en Belgique, et craignaient la tâche quasi impossible qui les attendait.

Les Britanniques, sous les commandes du général Sir Douglas Haig, se démenaient dans les champs boueux de la région depuis l’été 1917. En juin, ils firent exploser près d’un million de tonnes d’explosifs enfouis sous les lignes allemandes à la crête de Messines. Le 31 juillet, ils lancèrent officiellement la troisième bataille d’Ypres. La contre-attaque allemande musclée, comme toutes les autres, freina les ardeurs des Britanniques pendant le mois d’août.

De septembre à octobre, les Britanniques, Australiens et Néo-Zélandais lancèrent une série d’attaques courtes et rapides pour réaliser des gains, mais l’objectif de capturer la crête de Passchendaele, le seul point en hauteur de la région, continuait de leur échapper. Des mois de combat et les pluies du mois d’octobre transformèrent la plupart des champs de bataille en mares de boue et d’eau qui engloutissaient littéralement le matériel et les hommes. Presque tous les repères visuels qui devaient servir à orienter les troupes étaient disparus dans la boue.

Les Canadiens avaient pour objectif de capturer ce qui restait de la ville de Passchendaele. Le général Arthur Currie, le commandant canadien, planifia une série de quatre attaques distinctes sur une période de deux semaines qui devaient leur permettre de prendre la crête.

source: http://albumgrandeguerre.ca/Grande-Guerre-Album/Batailles/Passchendaele

Lire aussi https://www.fondationvimy.ca/bataille-de-passchendaele/

Le Brésil déclare la guerre à la Triplice

Rompant avec sa position de neutralité initiale, le Brésil déclare la guerre à la Triplice lors de la Première Guerre mondiale suite à des attaques menées par des sous-marins allemands contre ses bateaux de commerce. C’est le seul pays d’Amérique du Sud à avoir réellement participé au conflit. Toutefois, sa contribution fut relativement modeste. Il participa à la bataille de l’Atlantique et envoya une unité combattre sur le front occidental.

source: http://www.linternaute.com/histoire/jour/evenement/26/10/1/a/59513/le_bresil_declare_la_guerre_a_la_triplice.shtml

 Projet de loi portant suppression des conseils de guerre permanents dans les armées de terre et de mer

https://www.senat.fr/histoire/1914_1918/commissions_ad_hoc/suppression_des_conseils_de_guerre.html

Qui délivre les papiers d’identité?

Avec le désordre de la Grande Guerre, l’usurpation d’identité se multiplie, souligné par Le Figaro le 26 octobre 1916. Le journal suggère d’enquêter sur la multiplication et la délivrance des papiers officiels.

«M. Lenoir, jeune homme d’affaires, fêtard et embusqué, avait un passeport pour la Suisse et une carte de circulation dans la zone des armées. L’amie de M. Lenoir, Mlle d’Arlix, avait une carte de circulation aux armées. Le chauffeur de M. Lenoir avait des permis de circulation dans les gares. Jacques Landau faisait avoir des passeports à Duval. Turmel avait un passeport diplomatique! Etc., etc.

“Quatre pages d’etc.” disait Beaumarchais.

 Mais qui donc, en France, en 1915 et 1916, était responsable de la distribution des passeports, coupe-files, permis de circulation et autres autorisations si difficiles à obtenir, pour peu qu’on ne soit ni espion ni affilié à quelque Bolo ou sous-Almereyda? Qui?» écrit Le Figaro du 26 octobre 1917.

Russie: Lénine renverse le gouvernement provisoire

Ce 26 octobre 1917, Lénine (de son vrai nom Vladimir Ilitch Oulianov) soulève, avec l’aide de Trotski, les bolcheviques et renverse le gouvernement provisoire. Dirigé par Alexandre Kernesky, ce gouvernement provisoire avait été formé en février 1917, tout de suite après l’abdication du star. Pour marquer la rupture avec le passé, les insurgés adoptent alors le nom de « communistes ».

On se souvient de la suite. La dictature organisée avec une rigueur de fer, la répression impitoyable contre la bourgeoisie, les nationalisations, les salaires de misère, le travail militarisé, la nourriture réquisitionnée…. Mais la révolte populaire oblige Lénine à lancer la nouvelle politique économique(NEP). La NEP met fin à la réquisition des produits agricoles et autorise le retour de l’initiative privée dans le secteur de l’industrie légère et de la fabrication des produits de grande consommation.

En savoir plus surhttp://blogs.lesechos.fr/echos-d-hier/26-octobre-1917-lenine-renverse-le-a7220.html?swlgTtHWgRdpX00r.99

Journal du vendredi 26 octobre 1917 à travers Le Miroir

Au nord de l’Aisne, la situation dans la section Braye-en-Laonnois-Chavignon est restée sans changement.
Sur le front Chavignon-mont des Singes, nos troupes accentuant leur progression ont atteint la ferme de Rozay. Le nombre des prisonniers faits depuis là veille dans cette région dépasse 500.
Vives actions d’artillerie dans la région Cerny-en-Laonnois, notamment dans le secteur des Vauxmairons. Nous avons dispersé une patrouille allemande qui tentait d’aborder nos lignes à l’est de Cerny.
Au cours de la journée du 24, vingt-cinq appareils ennemis ont été abattus par nos pilotes ou sont tombés désemparés dans leurs lignes. Des avions allemands ont lancé deux bombes sur Nancy : aucune victime.
A la suite d’une activité redoublée d’artillerie, les Allemands ont lancé une nouvelle contre-attaque puissante au sud de la forêt d’Houthulst. Ils ont été encore une fois repoussés par les Anglais. Les troupes de Glocester, de Worcester et de Berkshire ont exécuté avec succès des coups de main sur les positions adverses, entre Roeux et Gavrelle. Elles ont capturé une mitrailleuse.
Les Austro-Allemands n’ont réussi à prendre pied que sur une très faible partie de la première ligne italienne sur le front du Carso. Partout ailleurs, ils sont en échec. Nos alliés ont fait quelques centaines de prisonniers.

source: http://grande.guerre.pagesperso-orange.fr/octobre17.html

Jeanne d’Arc, sainte des tranchées

Sa statue est omniprésente en Lorraine, région où elle est née et où son épopée a débuté. Jeanne d’Arc, un symbole national devenu une figure sainte à l’occasion de la Grande Guerre.

Restée longtemps dans l’oubli, Jeanne d’Arc devient une figure incontournable au XIXème siècle. La gauche voit en elle « une fille du peuple ». Elle devient aussi une figure patriotique : Jeanne la Lorraine… cette terre partiellement envahie. Les pèlerinages militaires se multiplient à Domrémy, village natal de celle qui a « bouté l’ennemi hors de France ». Et puis, depuis sa béatification en 1909, Jeanne est une figure religieuse omniprésente dans les églises… ce qui contribue à sa popularité.

La guerre conduit à une union sacrée autour de Jeanne d’Arc. Civils et militaires peuvent s’identifier à celle qui a connu les pillages et les combats. La propagande s’empare d’elle : les statues détruites montrent la « barbarie » des Allemands, celles qui échappent aux bombardements témoignent des « miracles » de Jeanne, « soldat de Dieu » qui mènera à la victoire sur une nation majoritairement protestante. En 1917, Jeanne d’Arc est partout : au cinéma, au théâtre et à l’opéra avec un drame lyrique qui lui est consacré…

Pour beaucoup, la victoire de 1918 est imputable à Jeanne d’Arc. Le projet de Maurice Barrès d’une fête nationale en son honneur voit le jour. L’heure est au consensus et à l’apaisement des tensions entre l’Eglise et l’Etat. Le Vatican reprend ses relations diplomatiques avec la France et reconnaît ses sacrifices en canonisant Jeanne d’Arc en 1920.

Source: http://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/meuse/histoires-14-18-jeanne-arc-sainte-tranchees-1346545.html

(Vidéo) Les premiers avions Fokker

Sur France 3 Hauts de France

Fokker, c’est le nom de l’avion de chasse allemand qui va faire trembler le ciel pendant la Grande Guerre. Arme redoutable, le Fokker sera, de l’été 1915 au printemps 1916, techniquement supérieur aux avions alliés. En 1917, c’est un Fokker qui abat Georges Guynemer, l’as français. C’est aussi l’appareil du Baron Rouge, le pilote allemand aux 80 victoires.

En 19 avril 1915, l’aviateur français Roland Garros est abattu en Belgique au-dessus des lignes ennemies. Obligé de se poser, il tente de mettre le feu à son appareil car il a un secret à protéger : son avion est équipé d’un système qui permet à sa mitrailleuse de tirer à travers l’hélice. Le pilote se retrouve ainsi dans l’axe de sa visée. Les Allemands vont repérer  ce système ingénieux sur la carcasse de l’avion français. Ils vont l’améliorer et le développer sur les Fokker.

Dès lors, les Allemands sont maîtres des airs. Fokker, du nom de l’ingénieur hollandais au Service de l’Allemagne a mis au point le Fokker E, surnommé « scourge » par les Alliés, fléau, en anglais. Et ce fléau est agile, léger, plus rapide que les biplaces français.

A la fin du conflit, les Fokker retrouvent leur suprématie. En 1918, les Allemands inventent un Fokker Biplan, maniable, capable de voler plus haut et plus vite que ses avions concurrents. Mais l’Allemagne alors à bout de souffle n’a plus les moyens de production industrielle dont disposent les Alliés

A voir sur http://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/histoires-14-18-premiers-fokker-1321561.html

« Wake up, America ! », les affiches américaines de la Grande Guerre exposées à Reim

Sur France info par B. Le Page / P. Mercier / E. Lagrange

A Reims, la médiathèque Jean Falala expose des affiches américaines de la Première Guerre mondiale, des annonces qui appelaient les Américains à se mobiliser dans ce conflit. « Wake up, America ! », c’est une exposition à découvrir jusqu’au 28 septembre 2017.

« Wake up, America ! » propose au public de découvrir une quarantaine d’affiches américaines qui retracent l’engagement des Américains pendant la guerre 14/18. Accueillie pour la première fois en France, cette exposition créée en 2008 est un prêt de la bibliothèque de San Antonio, au Texas.
Nous sommes en 1917. Les Etats-Unis entrent dans la Première Guerre mondiale. 200 000 américains sont dans les rangs de l’armée. Mais pas assez pour Washington qui décide de lancer une campagne d’information. Des affiches sont ainsi placardées pour mobiliser les troupes. L’Amérique recherche des combattants mais pas seulement. Elle demande à toute une société de s‘engager : faire des économies, souscrire à l’emprunt et soutenir les hommes sur le front.

On n’a pas les affiches brutales qui caricaturent les Allemands sous la forme d’êtres sanguinaires. On est plus dans l’appel à la mobilisation que dans l’appel à la guerre.

source: http://culturebox.francetvinfo.fr/arts/expos/wake-up-america-les-affiches-americaines-de-la-grande-guerre-a-reims-261813