Auteur d’un livre sur la Grande Guerre le sous-préfet de Reims a les honneurs du Figaro Littéraire

ImageA lire aujourd’hui dans le Figaro Littéraire du jeudi 7 novembre un dossier spécial intitulé: « De Maurice Genevoix à Pierre Lemaître la Grande Guerre. Avec plusieurs articles:

-Pierre Lemaître: « j’ai été bouleversé par « Les Croix de bois ».

-Les petits enfants de Dorgelès

Genevoix et Jünger: le reître et le lettré

ImagePrésentation de plusieurs livres dont celui rédigé par le sous-préfet de Reims Michel Bernard: La grande guerre vue du ciel

Veuve noire de Michel Quint: « la veuve mène l’enquête

Compagnie K de William March : boue, sang, effroi

Bêtes des tranchées d’Eric Baratay

Verdun de PaulJankowski

La première guerre mondiale. Combats sous la directions de Jay Winter Cambridge

Quelle histoire: un récit de filiation (1914-2014) de Stéphane Audoin-Rouzeau

-La première guerre de Charles De Gaulle de Frédérique Neau-Dufour Tallandier

22 août 1914 de Jean-Michel Steg : »24 heures d’enfer au coeur de l’été »

La bataille de la Marne de JeanFrançois Copé avec la collaboration de Frédéric Guelton Taillandier

Carnet de route d’un gosse des tranchées de Léon Antoine Dupré

Baïonnette aux crayons de Jean-Pierre Auclert

Ceux de 14 de Maurice Genevoix

Jules Duc, l’instituteur au matricule 010409

« JE LUI dois beaucoup, sa rigueur, sa ténacité. » Une chemise de documents originaux retraçant les états de services de Jules Théogène Duc à la main, Mireille Mallet de Reims est heureuse de pouvoir rendre hommage à son grand-père paternel, né à Chagny (Ardennes), héros anonyme comme tant d’autres soldats réservistes rappelés en 1914 pour défendre leur pays.

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Son diplôme d’instituteur en poche en juillet 1898, Jules Duc de la classe 1899 est incorporé au 25e régiment de chasseurs à pied.

Il sait nager et tirer au mousqueton quand il est mis en disponibilité fin 1900, fait des périodes en 1905 et 1907. Instituteur adjoint, il enseigne à Rethel, Lametz, Bar, Wagnon, mais c’est à Bar qu’il rencontre Marie Félicité Burdo qu’il épouse en 1910. Lecteur passionné, lauréat de concours littéraires, il reçoit les félicitations du ministère de l’Instruction publique pour les cours dispensés aux adultes. Il devient le père d’un petit Georges le 28 janvier 1912.

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Mme Mireille Mallet, de Reims, nous a parlé de son grand-père Jules Duc (le 3e homme en partant de la gauche), soldat de 1914 à 1916. Blessé deux fois, il fut inscrit sur le livre d’or des soldats de Verdun avant de reprendre son métier d’enseignant dans les Ardennes.

Blessé deux fois

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Une drôle de feuille de route pour prendre le train.

Jules Duc, très patriote, révolté par la défaire de 1870 est rappelé le 12 août 1914 sous les drapeaux, c’est la mobilisation générale. Il doit se rendre au plus vite à Reims, au cirque. Le 3 août, il rejoint le 46e régiment d’infanterie puis le 8 octobre 1914, passe au 336e RI, soldat de la 14e compagnie, matricule 010409. « Il va connaître deux années d’enfer » témoigne Mireille Mallet « dont il ne parlera qu’avec pudeur avec nous, mais plus précisément avec d’autres anciens combattants mutilés comme lui. » `

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A Verdun, il reçoit un éclat d’obus dans l’épaule gauche au Mort Homme. Les blessés étaient recherchés la nuit par les brancardiers accompagnés d’un aumônier.

Envoyé sur le front de Verdun, il reçoit un éclat d’obus dans l’épaule gauche le 23 avril 1916 au Mort Homme. À peine rétabli, il affronte l’ennemi à Berry-au-Bac. le 28 août 1916, pour augmenter la protection d’une tranchée, un soldat a placé une voiture d’enfant.

Ce sera pour de longs mois la dernière vision de Jules Duc. Une grenade explose dans ce landau, les éclats de bois pénètrent dans son visage, atteignant les yeux. Ses tympans sont perforés. Un ami lui sauve la vie en le traînant dans un trou d’obus. Quelques minutes plus tard, la tranchée est comblée par une bombe.

Pris en charge, il ira de l’ambulance 138 dans un train sanitaire, « isolé, sans bagage et sans chevaux ». Il est soigné à Orléans puis Saints, Clermont, Montluçon. Il croyait son œil gauche perdu mais il finit par percevoir la lumière et retrouve l’espoir de pouvoir lire à nouveau. Le 19 décembre 1916, il reçoit un ordre de congé de réforme définitive pour « infirmités résultant du fait des obligations militaires (sic) »

Ce n’est que bien plus tard qu’il apprend qu’il est inscrit sur le livre d’or des soldats de Verdun et qu’il fut un soldat énergique et courageux avec « une excellente tenue au feu ». Sa médaille de Verdun lui est envoyée contre remboursement (onze francs). Il fut cité à l’ordre de la division.

De retour de la guerre, Jules Duc reprit son métier d’enseignant dans les Ardennes.

En 1940, lors de l’évacuation, il eut la bonne idée de trouver un point de chute à Saint-Amand-Montrond (Cher), chez un vieux copain de tranchée.

Jules Duc mourut en 1953 à 74 ans.

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Mireille Mallet pense à son grand-père : Il lui a apporté rigueur et ténacité. Mireille Mallet a tenu à rendre hommage à son grand-père paternel, Jules Duc.

Alain Moyat

 

Bermericourt-Sept-Saulx: quand la Grande guerre séparait les familles

ELLE habite à Sept-Saulx. S’il n’y avait pas eu la guerre 1914-1918, au cours de laquelle ses grands-parents ont dû quitter leur village, Joëlle Moncuit habiterait Bermericourt. Quand la guerre 14 a éclaté, les grands-parents de Joëlle Moncuit, Elisée Millard et son épouse Marie (née Molée) tous deux originaires de Loivre, mariés depuis dix ans à Courcy, menaient une vie tranquille à Bermericourt avec leurs quatre enfants Henri, Fernand, Roger et Gabrielle et le grand-père exempté de service. Bombardement oblige, ils durent d’abord quitter leur village pour s’installer à Auménancourt-le-Petit.

Marie attendait son cinquième enfant qui fut mis au monde par un médecin militaire allemand qui s’est vertement fait recevoir quand il demanda à être le parrain de Suzanne. La vie était rude. En guise de chemises, la petite dernière en avait, taillées dans les chaussettes des occupants prussiens. Sur la zone de front les enfants inconscients pointaient leurs petits minois au ras du mur du jardin en guettant le passage des balles qui sifflaient un peu partout. Les soldats allemands apportaient parfois de la nourriture et prenaient plaisir, est-ce pour la propagande, à se faire photographier avec eux à l’insu de leurs parents.

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Pour la propagande, les Prussiens aimaient se faire photographier avec les enfants
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Les soldats allemands aimaient se faire photographier avec les population civiles.

Début 1917, les grandes offensives chassent alors les populations rurales vers l’inconnu. Le début d’une incroyable aventure pour Marie qui se retrouve, malgré elle, sur les routes avec ses cinq enfants et son père handicapé âgé de 78 ans. Sans son mari, arrêté par les Allemands et emmené comme prisonnier civil dans un hôpital de campagne dans les Ardennes à Blanzy-la-Salonnaise où il resta jusqu’à la fin de la guerre. Premier voyage en train pour l’équipée, destination Tongrinne dans la province belge de Namur où Henri et Fernand, les deux enfants aînés se voient offrir un costume par une Chatelaine pour leur communion et un morceau de lard et un quignon de pain pour faire un peu la fête malgré tout. Juillet 1917 il faut à nouveau partir. Marie perd la trace de son père mais effectue, sa carte de rapatrié dans la poche, un incroyable périple avec toute sa marmaille via les chemins de fer français. Jugez plutôt.

1MILLARD ELISEEElle va successivement aller à Liège, Aix-la-Chapelle, Cologne, Francfort, Strasbourg, Colmar, Mulhouse (annexée), Bâle, Zurich, Evian, Chambéry, Valence, Orange et on vous en passe, pour arriver finalement à Avignon et Apt. En Suisse la Croix Rouge s’est occupée un peu d’eux tandis que d’autres personnes déchiraient les habits des réfugiés et les poupées des enfants pour y chercher de l’argent et des valeurs. « Dans le Midi les réfugiés rapatriés d’Allemagne étaient mal vus des habitants qui disaient : c’est à cause de vos terres que nos hommes sont partis se faire casser la g… ! » La famille est hébergée trois semaines dans une Maison des œuvres. Si la guerre fait toujours rage, les services de la préfecture du Vaucluse s’occupant du contrôle des réfugiés de France et des alliés arrivés à Avignon fonctionne bien. Autorisés par le préfet de la Marne, ils donnent un sauf-conduit de 19 jours, pas un de plus, du 7 au 25 septembre 1917 à Marie pour rejoindre Fontaine-sur-Coole (Marne) où elle affirme avoir de la famille. L’aventure était loin d’être achevée.

Alain Moyat

——————– Des retrouvailles seulement le 15 novembre 1918
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La famille Millard-Molé enfin réunie après l’Armistice.

Chassée d’Auménancourt suite aux offensives de mars 1917, Marie Millard, après avoir sillonné l’Europe en train avec ses cinq enfants dut faire des pieds et des mains pour pouvoir revenir dans son département d’origine, chez la mère de son mari. Elle arriva le 13 septembre à Fontaine-sur-Coole et c’est plus d’un mois plus tard, quatre jours après l’Armistice qu’elle a retrouvé son mari Elisée de retour de captivité. « Quand l’institutrice a annoncé : les enfants Millard, vous pouvez rentrer chez vous, quand ils ont vu leur père, ils ne l’ont pas reconnu tant il était amaigri ; avait les cheveux longs, une barbe et une moustache qui lui barraient le visage. Son fils Henri, 13 ans, lui a dit, bonjour Monsieur. » La famille est restée à Fontaine-sur-Coole un an. Les parents de Joëlle Moncuit enrageaient. Impossible de retourner là où ils avaient vécu tant d’années. Auménancourt, Brimont, Courcy, Loivre, toute la région était classée en zone rouge. Ils cherchèrent une ferme à louer le plus près possible de leur lieu d’origine, condition pour toucher les dommages de guerre. Logés à Mourmelon-le-Petit ils travaillèrent chez M. et Mme Subtil. Ils trouvèrent enfin à louer la ferme de Mme Veuve Colmart née Chauffert à Sept-Saulx Ils s’y sont installés le 1er mars 1920 et sont toujours restés dans leur village. Ils reposent aujourd’hui dans le petit cimetière contigu à l’église. Quant à l’arrière-grand-père de Joëlle, évacué avec Marie et perdu de vue en Belgique, il se serait réfugié à Maltat (Haute-Saône). Qu’y a-t-il fait ? Elle l’ignore. Ce qu’elle sait, c’est que son aïeul a terminé sa vie le 9 février 1922 à Brimont. Lui avait pu se rapprocher un peu plus près de ses racines.

Alain MOYAT

Contact: alain.moyat@orange.fr