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5/10 Georges Gras de retour en Champagne avant de rejoindre Verdun

Suite de la saga du caporal Georges Gras, téléphoniste du 243ème RI, le  grand-père de Philippe Baijot, PDG du champagne Lanson

 

29 septembre 1915.- Laissant aux troupes britanniques et du Commonwealth le soin de tenir les positions du Nord de la France, le 243ème Régiment d’Infanterie  embarque en chemin de fer à Hargicourt, à destination de Châlons-sur-Marne. Il cantonne à l’Epine.

2 octobre 1915.-Il se porte dans les bois situés à 5 kilomètres environ au Nord-Est de Suippes. Le lendemain, le régiment s’installe dans des tranchées à l’Est de Souain.

Image archives gallica
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6 octobre  1915.– Le régiment de Georges Gras, réserve de division, occupe les tranchées de l’ouvrage de Wagram, à 1.500 mètres au Nord de Souain avant d’être mis à la disposition de la 101e Brigade. Vers 11 heures, le 6e bataillon du 243e R. I, débouche de l’ouvrage de Wagram et se porte derrière le 233e, à 3 kilomètres environ au Nord de Souain, à l’Est de la route Souain-Sommepy. Le 5e bataillon se place derrière  à l’Est de la route. La route Souain-Sommepy et les tranchées occupées par le régiment, sont violemment bombardées par l’artillerie lourde allemande, qui nous cause des pertes sévères en officiers et hommes de troupe. Le Commandant Lequeux, légèrement blessé par balle, conserve son commandement,  le Lieutenant Gibert, de la 20e compagnie est tué par un  obus.

Image archives gallica
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9 octobre 1915.– Les compagnies rejoignent l’ouvrage Wagram.

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11 octobre 1915.- Le 243e R. I. relève les 132e et 310e R.I. dans les bois situés à l’Est de la ferme Navarin, face à Somme-Py.

Au cours de la reconnaissance de cette nouvelle position, le Capitaine De Susini est tué d’une balle à la tète.

14 octobre 1915.-Le 243e R. I. est relevé. Il va bivouaquer dans les bois, à 2 kilomètres au Sud-Est de Saint-Etienne-au-Temple.

16 octobre 1915.- Le 243 ème RI  embarque en chemin de fer à destination de Verdun. Il cantonne à Jardin-Fontaine, puis à Lemmes, où le Général Dubail passe l’inspection des troupes. Le régiment est remis à l’instruction.

27 octobre 1915.- Le régiment se rend à  Erize-la-Brûlée et Rumont. Tandis que la  101e Brigade est mise à la disposition du Général commandant la R. F. V., pour lui servir de réserve et coopérer aux travaux d’organisation du secteur sud, le 243e, sous la direction du génie, travaille à Thillombois et aux abords de Villette, devant Saint-Mihiel.

14 décembre 1915.- On retrouve le 243e R. I. dans le fameux secteur des Eparges, très pénible à occuper, surtout avec la mauvaise saison. Le régiment alterne dans son service avec le 233e R. I. Rouvaux et Watronville sont les cantonnements de repos. Dans ce secteur, les travaux d’organisation sont poussés avec activité sous la direction du génie,  des travaux rendus difficiles par de continuels bombardements causent  des pertes assez nombreuses.

3 janvier 1916.-Une seule torpille a atteint  mortellement le sergent Videpied Marcel, deux caporaux et huit soldats.

1er février 1916.- Le régiment cantonne à Belleville (Nord de Verdun), il embarque en gare de Verdun, au quai de l’Artillerie, à destination de Charny. Il est employé a des travaux sur la rive droite de la Meuse.

2GEORGES GRAS - copie (2)

Prochaine article: 6/10 A Verdun sous un déluge d’obus et la mitraille

 

4 /10 Le 243ème RI et Georges Gras s’illustrent durant la bataille d’Artois

Suite de la saga du caporal Georges Gras, le grand-père de Philippe Baijot, PDG du champagne Lanson

4/10 Le 243ème RI s’illustre durant la bataille d’Artois

Du 10 au 13 juin 1915, le 243e RI participe à l’attaque de diversion au sud d’Hébuterne (Pas de Calais).

artois

Le 24 mai, le 243e R. I. s’embarque à Epernay à destination de Montdicourt (Pas-de-Calais) ; il se porte en fin de journée sur Thièvres où il cantonne.

 

 

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Le moulin d’Hébuterne

Huit jours après, le régiment est conduit en auto à Ignaucourt, et de là va occuper le secteur compris entre la route d’Herleville et de Vermandovillers. Le Lieutenant-Colonel installe son P. C. à Herbonnières, où vient cantonner le bataillon au repos, le 5e et le 6e bataillons alternant pour le service aux tranchées.

A cette date, en Artois, après d’interminables combats  qui ont déjà faits beaucoup de victimes, depuis le mois d’octobre, les Alllemands sont maîtres des lieux. Ils ont installé un redoutable réseaux de tranchée qui empêche tout accès à la ligne de chemin de fer Paris-Lille. Ils ont même installé des positions renforcées autour de la ferme de Toutvent.

9 juin 1915 .-Ordre est donné au 243 ème et 327 ème régiment d’infanterie de s’emparer des tranchées allemandes installées au Nord de la route de Serre-la-sucrerie.

10 juin 1915.-A 2 heures du matin les deux régiments flanqués à gauche par le 64 ème RI sont en position d’attaque. Un épais brouillard sévit sur la région. Pas assez pour gêner l’artillerie lourde allemande qui envoie un déluge d’obus sur les tranchées françaises occasionnant quelques pertes dont celle de l’abbé Lestienne, aumônier de la division tué par un éclat d’obus. L’assaut prévu à 7 heures est différé. Retardé encore plusieurs fois il sera donné à 17 heures, le temps pour l’artillerie française et britannique de contrer son homologue allemande. Obéissant au Lieutenant-colonel Gueilhers les clairons sonnent la charge.

hébuterne combat
Le 5° bataillon du 243° R.I. reçut une citation à l’occasion de son héroïsme

 

En plusieurs vagues successives les soldats avancent vers les tranchées ennemies  essuyant des tirs intenses et continue  de mitrailleuses allemandes. Au violent bombardement ennemi qui reprend les Français répliquent par un tir d’artillerie sur les réserves ennemies qui arrivent de Serre et par l’envoi de nouvelles vagues de fantassins.

Se déjouant du réseau de fil barbelé incomplètement coupé et ignorant le feu nourri destiné à les repousser, les Français prennent et tiennent la première tranchée ennemie. Il est 17 h 55.

Au cours de cette attaque, l’armée française a perdu neuf officiers. Dans la troupe on compte 76 tués, 509 blessés et 244 disparus. Les Allemands ont perdu plusieurs centaines d’hommes. Une centaine appartenant à quatre régiments sont faits prisonniers, un important matériel de guerre est saisi: lance-bombes, mitrailleuses.

jun 1915 touvent2

 

le village d'hébuterne
le village d’hébuterne

11 juin 1915.-Après une courte période de calme un violent bombardement annonce d’ une contre attaque allemande qui arrive dans la nuit, heureusement enrayée par notre artillerie appuyée par celle des Britanniques. Une artillerie efficace puisque au lever du jour les cadavres d’une quarantaine d’Allemands reposent devant leur tranchée.

hébuterne église
Avant de partir les Allemands ont détruit l’église

13 juin 1915 , une attaque menée par le 233e et le 327e R. I.. appuyés du 6e bataillon du 243e R. I. nous rendait maîtres de la 2e position ennemie. Le soir, le 243e R.I. relevé part  cantonner à Bertrancourt et à Beaussart.

Pour s’être illustré durant la bataille d’Artois, le bataillon de Georges Gras est cité à l’ordre de l’armée.

Ordre général n° 492 de la 10° armée du 22 juin 1915.

 Le 5° bataillon du 243° R.I. (4° bataillon du 233° R.I.)

            « Après avoir stoïquement supporté un bombardement des plus violents pendant plusieurs heures, s’est élancé avec un élan admirable à l’assaut des tranchées ennemies qu’il a conquises malgré les pertes les plus cruelles. »

 

 Hommages unanimes

Bel hommage rendus à nos soldats, le capitaine Gussmann, chef du bataillon allemand, fait prisonnier le 10 juin  aurait déclaré lors d’un interrogatoire:

« Monsieur, vous avez sans doute envoyé contre nous des troupes d’élite. Je m’étais porté à la tranchée de première ligne de mon bataillon au moment de l’attaque, jamais je n’ai vu de soldats se porter à l’assaut avec autant de bravoure et d’entrain. »

Et à lire les textes de proposition de citations, on ne compte pas les  actes de bravoure collectifs et individuels relevés au cours de ces trois jours.

A propos du 5e bataillon du 243e R. I.  dont faisait partie Georges Gras: : « Le 10 juin s’est élancé à l’attaque des tranchées ennemies par vagues successives, avec un élan magnifique qui a suscité l’admiration des corps, voisins et des Allemands eux-mêmes, a parcouru sous un feu terrible d’infanterie, de mitrailleuses et d’artillerie de tous calibres, une distance de 350 mètres en terrain découvert, ne s’est pas laissé arrêter par des défenses encore très denses et a enlevé d’assaut une ligne de tranchées allemandes défendues par des mitrailleuses et des fantassins porteurs de grenades, a fait 121 prisonniers dont un capitaine et fonctionnaire chef de bataillon, et pris un nombreux matériel de guerre. »

Une citation pour le  caporal Gras

Caporal GRAS et sapeurs téléphonistes DECLEMY et GERARD : « Ont fait preuve du plus grand dévouement en assurant dans maintes circonstances la pose et les réparations des lignes téléphoniques sous le feu de l’artillerie ennemie. Le 10 juin, chargés d’installer le téléphone dans une tranchée conquise se sont trouvés inopinément devant un officier et 15 soldats allemands qu’ils ont maintenus en respect sous la menace de leurs armes en attendant l’arrivée de renforts. »

Citation à l’ordre du régiment

Pour sa conduite lors de cette bataille, le général  De Castelnau, commandant de la IIème armée a ensuite cité à l’ordre de l’Armée  le 5e Bataillon du 243e R. I. avec cette mention: « Après avoir stoïquement supporté un bombardement des plus violents, pendant plusieurs heures, s’est élancé avec un élan admirable à l’assaut des tranchées ennemies, qu’il a conquises malgré les pertes les plus cruelles.

Rapidement les troupes françaises furent remplacées par leurs alliées britanniques qui occupèrent le site de l’été 1915 à l’Armistice du 11 novembre 1918.

Le 17 juin 1934 une plaque commémorative fut inaugurée à Hébuterne sur laquelle on peut lire: « les 10 et 13 juin 1915 en de très sanglants assauts 650 officiers et soldats des 243ème, 327ème et 233 ème RI se sacrifièrent héroïquement pour la France. Souvenz vous d’eux devant Dieu.

Formation, repos et travaux

Comme on peut le lire dans le carnet de bord du 243 ème Ri , le régiment connait quelques

Du 18 juillet au 20 août, le régiment fait, à Grouches, de l’instruction sur le tir, notamment, et le lancement des grenades.

Le 20 août, le 243e R. I. est mis à la disposition de la 33e D. I. (17e C.A). pour l’exécution de nuit de travaux de défense aux environs d’Arras ; transporté en camions autos, le régiment cantonne dans la ville.

Octobre 1914 les Allemands ont bombardé et détruit Arras à 70%. Georges Gras fait une photo saisissante du coeur de ville
23 août 1915 Georges Gras fait une photo saissante de l’hôtel de ville d’Arras et de la petite place détruites en octobre 1914 par les bombardements allemands

Huit jours après, le régiment est conduit en auto à Ignaucourt, et de là va occuper le secteur compris entre la route d’Herleville et de Vermandovillers. Le Lieutenant-Colonel installe son P. C. à Herbonnières, où vient cantonner le bataillon au repos, le 5e et le 6e bataillons alternant pour le service aux tranchées.

Le 12 septembre, le Colonel des Vallières et le Lieutenant-colonel de Guillebon, qui vient de prendre le commandement du 243e régiment d’infanterie, visitent le secteur.

Dans la nuit du 20 au 21 septembre, le régiment relève des troupes de la 26e D. I. dans le secteur entre l’Avre et la voie ferrée Montdidier-Roye. Ce secteur est sous les ordres du Colonel des Vallières, commandant la 101e Brigade.

Des travaux sont exécutés dans la région d’Armencourt (Somme), nous avons eu quelques blessés par balles au cours de ces travaux.

Le 29 septembre, le 243e R. I. embarque en chemin de fer à Hargicourt, à destination de Châlons-sur-Marne; il cantonne à l’Epine. Le 2 octobre, il se porte dans les bois situés à 5 kilomètres environ au N.-E. de Suippes. Le lendemain, le régiment s’installe dans des tranchées à l’Est de Souain.

2GEORGES GRAS - copie (2)

Prochain article: 5/10 Septembre 1915-Janvier 1916: retour en Champagne

http://wp.me/p4mPAZ-rb

 

 

1 et 2/10.- La saga de Georges Gras, téléphoniste du 243ème RI, le grand père de Philippe Baijot (Lanson)

2GEORGES GRAS - copie 2« Si mon grand-père paternel Jules Baijot, de Revin,  n’a jamais été très bavard sur ce qu’il a vécu durant la Première guerre mondiale, ce n’est pas le cas de mon grand-père maternel, Georges Gras, originaire de Lille, qui a vécu les plus grandes batailles: celle de la Marne, de Verdun et du chemin des Dames et qui en est revenu vivant et sans blessure. » C’est non sans une vibrante émotion qu’aujourd’hui en cette année du Centenaire de la guerre 14-18, Philippe Baijot, PDG du champagne  Lanson, se souvient de son grand-père qui l’emmenait, tout gosse, dans sa Traction Citroën , comme dans un pèlerinage,  pour revoir  plusieurs champs de bataille .
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Philippe Baijot a une tendresse et un respect profonds pour son grand-père maternel qui a notamment fait la bataille de la Marne, Verdun et le Chemin des Dames
Gardant aujourd’hui comme de précieuses reliques plusieurs témoignages écrits et un bel album photos réalisés par son grand-père Philippe Baijot a accepté que nous rendons hommage à ce vaillant Poilu , de la classe 1910, ingénieur Lillois, appelé sous les drapeaux le 4 août 1914 et enrôlé comme caporal télégraphiste au sein du  243ème RI qui faisait partie de la 51ème division d’infanterie attachée en soutien au 10 ème corps d’armée de la Vème armée commandée par le général Franchet d’Espérey.
De la Belgique au Chemin des Dames en passant par l’Artois et l’enfer de Verdun, Georges Gras a été présent sur tous les hauts-lieux de la Première guerre mondiale.  Ayant eu eu la chance d’en revenir vivant il s’est éteint  Roucy (Aisne) en 1964.  Fort de l’historique de son régiment (1), de lectures et de documents transmis par son petit fils Philippe Baijot, c’est donc son parcours, que nous avons tenté de retracer. (2)
Août 1914: Ardennes, Belgique, le repli
Ecusson du 243 ème RI
Ecusson du 243 ème RI

Engagé dans le conflit  dès les premiers jours de la guerre, Georges Gras n’attend pas longtemps pour connaître le baptême du feu.  Arrivé à Aubenton (Aisne) puis envoyé les 18 et 19 août sur Rocroi  afin d’empêcher le passage des Allemands sur la Meuse, c’et la fleur au fusil et applaudi par la population, qu’il passe la frontière belge avec son régiment . Il cantonne à Olloy-sur-Viroin le 21 août  et poursuit sa marche dans la direction du signal de Saint-Gobert. .  Deux compagnies ennemies ayant  franchi la Meuse à Waulsort le 243ème RI  subit  son  baptême du feu quelques jours plus tard et enregistre d’importantes pertes.  Si les 233ème et 273ème RI se replient sur Anthée, le 243e tient toujours. Avec deux autres  bataillons d’infanterie, une Brigade de cavalerie et deux groupes d’artillerie dirigé par le général Mangin, il arrive à Gerin et commence l’attaque d’Onhaye, que vient d’occuper l’ennemi. Après un violent bombardement, l’assaut du village est donné, et le 243ème  y entre le premier. Dirigé d’abord vers Rocroi, puis vers Regnowez, et cantonne successivement à La Taillette, Martin-Rieux, Saint-Clément, La Neuville-Bosmont. Le 29 août, la 51e D. I., en soutien de la Division de cavalerie, se porte dans la région de Vervins et  poursuit sa marche dans la direction de Saint-Gobert.  » Malheureusement, les Allemands, dont les effectifs sont supérieurs aux nôtres, progressent, soutenus par le feu de leur artillerie ; leurs mitrailleuses causent dans nos rangs des pertes sévères.  Le 243e R.I. reçoit l’ordre de se retirer sur Saint-Gobert, puis sur Houry, le soir il cantonne à la Neuville-Bosmont. »peut-on lire dans l’historique du régiment (1) Les jours suivants, c’est pour la 51e D.I. la marche de repli, pénible, déprimante, épuisante… Poursuivi par l’ennemi, le régiment se rend par marches forcées de jour et de nuit, à Chivres, Merfy, Courtagnon, Villevenard. Les arrêts ne sont que de quelques heures pour prendre quelque repos au bivouac et repartir au plus tôt. Les hommes sont exténués, le ravitaillement est difficile, le pain manque…

Septembre 1914: Acteur anonyme de la première victoire de la Marne

Avant de poursuivre avec les notes du  téléphoniste, replongeons par cette intéressante vidéo sur le contexte dans lequel  s’est déroulé la première bataille de la Marne.

VIDEO: Contexte de la bataille de la Marne https://www.youtube.com/watch?v=dFg3nzwcWQo

Sur le carnet de Georges Gras

Après la bataille et un coup de boutoir à Guise (Aisne) du 28 au 30 août 1914 et de longues marches son Régiment d’infanterie reformé se repose un jour et une nuit à Barbonne-Fayel, à 9 km au sud de Sézanne les 4 et 5 septembre 1914.  Après le fiasco des batailles de frontières, la retraite de nos troupes depuis Charleroi,  après dix jours, le mouvement de repli est terminé, toute l’armée va passer à l’offensive. En effet, au lieu de fondre sur Paris, coup de théâtre.  Pour des raisons encore mal expliquées, dès le 3 septembre, la 1ère Armée de Von Kluck semble s’éloigner de la capitale et se dirige vers Meaux et Coulommiers.

Les forces en présence

Au cours de cette première mais capitale première bataille de la Marne, Georges Gras sera  continuellement en mouvement avec le 243ème RI. Comme des dizaines de milliers de ses camarades il va pourtant vivre  un enfer. « Les balles passaient au dessus de nous. Nous avons surtout été affectés par les tirs d’artillerie. Notre chargement était de 32 kg. On a eu faim et soif- beaucoup de fatigue. La nuit les allemands se retranchaient et nous attendaient au petit jour avec leurs mitrailleuses. Pendant toute la bataille de la Marne, je faisais partie de la garde du drapeau en qualité de caporal téléphoniste et assuré quelques missions de liaison. »  Le 6 septembre, le Général Joffre adresse aux troupes ce vigoureux appel : « Au moment où s’engage une bataille dont dépend le salut du pays, il importe de rappeler à tous, que le moment n’est plus de regarder en arrière ; tous les efforts doivent être employés à attaquer et à refouler l’ennemi. Une troupe qui ne peut plus avancer devra coûte que coûte garder le terrain conquis, et se faire tuer sur place, plutôt que de reculer. Dans les circonstances actuelles, aucune défaillance ne peut être tolérée. »

m 1914 le général Joffre commandant en chef des armées
Le général Joffre

Le jour même, le 243e régiment se porte dans les bois à l’Est de la route Sézanne-Broyes, prêt à poursuivre vers le Nord ; un peu plus tard, il occupe et organise la croupe 214, au nord des Essarts, formant deux lignes de tranchées, occupées chacune par un bataillon.  » Vers 5 heures départ en direction du Nord. Traversée de Sézanne, prise de contact avec les Allemands à Soizy-aux-Bois dans le milieu de la journée. En tous points duels d’artillerie. La nuit du 6 au 7 était éclairée par les incendies. Quelques blessés et tués. » (***) 7 septembre.- Georges Gras  explique qu’il « marche en tiroirs » sous les obus à La Villeneuve-les-Charleville (village en feu). » Nous avons vu le curé resté seul au village. Il nous a indiqué que les allemands s’étaient retirés en direction de Saint-Prix, dans les bois. »

« Le curé de Villeneuve donnait l’absolution aux soldats qui passaient »

-« Mon grand-père  m’a raconté qu’à Villeneuve-Lès-Charleville, l’abbé Laplaige était le seul homme resté dans le village qui brûlait ;. Il était sur le seuil de l’église et donnait l’absolution aux soldats qui passaient »se souvient bien Philippe Baijot qui a tenu à ce que cet abbé soit honoré le 11 novembre 2007 (lire par ailleurs en cliquant sur l’image) inauguration laplaige 8 septembre 1914.-«  Les allemands avec des renforts de troupes et d’artillerie étaient en force. La bataille faisait rage sur tous les fronts. Notre adjudant du 5 ème bataillon a eu le ventre ouvert par un obus. Il y a eu de nombreux blessés et tués, surtout par obus de 77 et de 105. Un soldat du 243 ème a dû enterrer son frère dans le cimetière de Charleville. Un de nos avant postes a été attaqué, toute une escouade où il y avait des blessés a été passée par les armes, sous prétexte d’abandon de poste. Caporal en tête à la recherche de ses hommes blessés !!!! (ils ont été réhabilités).En fin de journée, un Général est venu à cheval près de nous pour encourager les soldats (général Grossetti, 42ème DI). En avançant nous avons vu un officier allemand la tête traversée par un obus de 75, comme à l’emporte pièce. 5CARTENuit du 8 au 9 septembre. » La nuit  a été très pénible. Des renforts venant de l’Est sont arrivés. Le lendemain, la 51e D.I. se rassemble au Sud de Charleville, le 243e R. I. reçoit l’ordre de se porter sur la crête face à Corfélix. Il essuie un feu violent de l’artillerie ennemie qui lui occasionne quelques pertes, et il est obligé de se replier en deçà de la crête, où il bivouaque. »

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9 septembre 1914.« Nous avons participé à la prise de Saint-Prix avec le 151 ème RI (42ème DI), dégagé Villevenard et Talus. En fin de journée, notre division,(la 51 ème)a fait mouvement vers l’Est, en direction de Bannes, pour être affectée à la 9 ème armée Foch. Toujours sous les obus, ramassé quelques prisonniers allemands cachés dans les bottes de paille. »

10 septembre 1914 .-« Progression vers le nord des marais de Saint Gond… Vu beaucoup de soldats français tués par des mitrailleuses allemandes placées dans les tranchées. Marche continue vers le Nord. Les prisonniers allemands étaient très éprouvés moralement et aussi très fatigués. Il y en a un qui m’a montré la médaille de la Sainte vierge. »

11 septembre.- « C’est la poursuite. Des cavaliers sont tués le long des routes. Traversée de Vertus. Beaucoup de voitures abandonnées, démolies, chevaux tués. Sur la place de Vertus tout un convoi allemand a été détruit par l’artillerie française. Marche forcée à travers bois et chemins jusqu’aux abords d’Epernay. A Epernay longue attente pour passer la Marne sur des ponts provisoires. Dans la nuit passé par Saint Imoges par grande pluie. Arrivé à Rilly la Montagne. Mis à l’abri pour se sécher. »

12 septembre.« Les combats faisaient rage aux abords de Reims. Reste en formations déployées sur la ligne Trois Puits, Taissy, Saint-Léonard. Progression sur Reims par Cormontreuil, Parc Pommery. Bombardements alemands par gros obus tirés de Beine-Witry-lès-Reims. Passé la nuit dans la maison du garde du parc Pommery. »

13 septembre.« Combats le long de la route 44 de Reims à Châlons. Passé par Puisieux-Sillery. Pris position au Fort de la Pompelle et région de Prunay avec des troupes sénégalaises. Tout le front se stabilise, on se dispute le terrain mètre par mètre. L’artillerie française ne tire plus, elle manque de munitions. Combats d’avant postes. Nombreuses fusillades, surtout la nuit. Coups de mains de part et d’autre. »

Le 243e R.I. détache la 20e compagnie à la garde du poste de commandement du 10e C. A. à 1.500 mètres du fort de Montbré, et organise en position de repli éventuel, le mouvement de terrain à 1.500 mètres au Nord-Est de Montbré. Après la panique des jours précédents, les Allemands semblent se ressaisir, leur artillerie s’installe sur les hauteurs de Berru, et c’est à la faveur de la nuit que le régiment se porte le 15 à  Cormontreuil.  Le 6e bataillon reçoit ensuite l’ordre d’occuper la voie ferrée de Reims, et d’y installer une organisation défensive avec tranchées. Le 5e bataillon est en réserve, d’abord au pont du Canal, puis au parc Pommery, situé dans les faubourgs de Reims. Ce dernier bataillon est sous les ordres du Commandant Lequeux, nouvellement promu, en remplacement du Commandant Lapointe, nommé Lieutenant-Colonel du 43e R. I. C’est le début d’une longue guerre de position: la guerre des tranchées

Alain MOYAT

 

AUTRES DOCUMENTS SUR LA BATAILLE DE LA MARNE

SONS: https://www.youtube.com/watch?v=w9il6my8Y6U

La bataille de la Marne (1/2). La marche de l’histoire sur France Inter de Jean Lebrun avec François Cochet (historien).

 (***)Les citations en couleur bleue correspondent aux souvenirs écrits de Georges Gras

(1) sources historique du régiment http://chtimiste.com/batailles1418/divers/historique243.htm 

(2)1911-1919 – 1938-1941; le double marathon militaire de Georges Gras 2GEORGES GRAS - copie (2)Cliquez sur le poilu pour revenir au début du texte

Prochain article: Septembre 1914-Mai 1915 Passage dans le Pays Rémois

A Villeneuve-lès-Charleville, hommage mérité à l’abbé Laplaige (1876-1918)

-« Mon grand-père  Georges Gras m’a raconté qu’à Villeneuve-Lès-Charleville, l’abbé Laplaige était le seul homme resté dans le village qui brûlait ;. Il était sur le seuil de l’église et donnait l’absolution aux soldats qui passaient »se souvient bien Philippe Baijot qui a tenu à ce que cet abbé soit honoré le 11 novembre 2007.

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Philippe Baijot inaugurant la rue de l’abbé Laplaige

 

Curé de La Villeneuve-lès-Charleville et de Soizy-aux-Bois depuis 1876, l’abbé Laplaige mérita les honneurs de sa paroisse pour son soutien inconditionnel aux habitants quand Villeneuve fut lourdement bombardé en septembre 1914 mais aussi pour la précision de ses informations quand il indiqua avec une précision absolue au lieutenant-colonel de Gensac, commandant d’une reconnaissance d’artillerie l’emplacement d’une batterie allemande de six pièces de 105 qui se trouvait à la Briquetterie sur la commune du Thoult-Trosnay, balayant tout le plateau de La Villeneuve et empêchant la progression de la Vème armée en pleine contre-attaque.

C’est donc à l’initiative de l’association Mondement 1914 les soldats de la marne présidée par Claude Domenichini, de la commune de Villeneuve-lès-Charleville dont le maire était Raymond Chauvet, du Souvenir Français d’Epernay et de Philippe Baijot que qu’un hommage a été rendu à l’abbé Laplaige le dimanche 11 novembre 1989 à l’occasion du 89 ème anniversaire de l’Armisitice de 1918.

Ce jour là furent inaugurées une rue à la mémoire de l’abbé Laplaige, la stèle (déplacée)du soldat Albert Mathieu tombés lors des combats de la bataille de la Marne (5 au 12 septembre 1914), et la rue Léon laplaige. Dépôt de roses sur les tombes des soldats de la Grande guerre et de l’abbé Laplaige et de gerbes à la plaque de la mairie à la mémoire des enfants de la commune morts pour la France.

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Philippe Baijot a rapporté les propos que lui a conté son grand-père à propos de son passage à La Villneuve-lès-Charleville en septembre 1914

Souvenirs de l’abbé Laplaige

« Les habitants et moi, nous n’oublierons jamais les journées des 7, 8 et 9 septembre 1914.

Dimanche 6 septembre.- Dès le matin, on entend le canon dans le lointain. Peu à peu, le bruit se rapproche et, à 6 heures, une batterie de notre 61ème d’artillerie tonne au Nord du village. C’est le commencement. Les coups redoublent, il faut descendre aux caves. Les obus sifflent, éclatent et tombent drus autour de nous. A 4 heures, l’après-midi , le presbytère est bombardé, éventré, et l’église brûlée.

Pauvre église, elle que j’avais trouvée si laide il y a 39 ans et que j’avais rendue si décente, si digne, si propre et si belle.

Lundi 7 septembre.- Même bombardement, même danger, mêmes craintes. Le ciel est de feu, la terre tremble. Dans les bras des mères les enfants pleurent. A 4 heures, un bataillon s’élance à la baïonnette. Passant près de moi, place de l’église, les soldats me demandent, qui un chapelet, qui une médaille, qui une croix. Ils s’élancent fougueux et reviennent. L’ennemi s’est enfui.

Le soir à 7 heures, nouvel incendie du village, les femmes sont admirables de courage. Elles forment la chaîne et alimentent la pompe pendant que les hommes manoeuvrent et déménagent. A 9 heures, nous sommes maîtres du feu.

Mardi 8 septembre.- Le matin, canonnade aussi intense et meurtrière que la veille. Bientôt, grâce aux renforts reçus, nos troupes avancent et les ennemis refoulent. Cependant, sur les hauteurs du Thoult, une batterie allemande sème toujours au village la terreur et la mort. Cette batterie, il faudrait la détruire. C’est alors que, poussé par la curiosité et le patriotisme, j’en tente le repérage. Juché au sommet d’une maison voisine, j’interroge et scrute l’horizon, grâce à ma connaissance parfaite des lieux, je reconnais l’endroit d’où partent les coups. J’en fais part à ceux qui m’entourent, le bruit en arrive au colonel d’artillerie qui m’interroge, et moins d’une heure après, les caissons et les pièces n’étaient plus que des débris. Ah !C’est qu’il travaille bien le 75 !

Le reste du jour se passe à la visite des malades.

Mercredi 9 septembre.- Mercredi matin, canonnade encore, mais plus à l’est. Les officiers qui passent nous crient « Victoire ». On respire et on espère. Les plus timides sortent alors des caves, regagnent leurs foyers et vaquent à leurs affaires, mais, pour tous, que spectacle, quelles ruines !

Jeudi 10, vendredi 11 et samedi 12 septembre.-La température est chaude et la plaine est jonchée de cadavres. Il faut les enterrer. C’est à cette triste et lugubre besogne que nous nous employons tous. J’identifie les morts, les hommes les chargent et les mènent aux tranchées. Quand une tranchée est pleine, je récite les prières, les hommes me répondent et nous allons plus loin. J’aurai toujours en mémoire le souvenir de ces faits dont j’ai été le témoin attristé. »

Pour son comportement l’abbé Laplaige fut aussi cité à l’Ordre de l’Armée.

 

 

1911- 1919 1938-1941: le marathon militaire de Georges Gras

2GEORGES GRAS - copie (2)Natif d’Anzin (Nord) où il a vu le jour le 27 mai 1890, Georges Gras, de la classe 1910 est appelé sous les drapeaux le 2 octobre 1911. Il y restera deux ans et quarante cinq jours (aux environs du 16 novembre 1913)

Ingénieur, ancien élève de l’école industrielle supérieure, c’est le 4 août 1914 qu’il est enrôlé comme caporal télégraphiste au sein du 243ème Régiment d’Infanterie (51DI, 5ème bataillon).

Participation  à la première bataille de la Marne (septembre 1914),

-Passage dans le pays rémois ( septembre 1914- 24 mai 1915),

-Combats en Artois (juin 1915)

-Retour en Champagne (septembre 1915-début janvier 1916),

-Offensive de Verdun (21 février 1916-Juin 1916)

Dissolution du 243 ème RI

img062 craonne - copie1 juin 1916 Dissolution du 243 ème RI, incorporation au sein du 233ème RI (51DI, 16 ème Cie, 4ème bataillon)

GEORGES GRAS PORTRAIT-Bataille de la Somme (juillet -septembre 1916,

-Retour en Champagne (novembre 1916-février 1917)

-Offensive du Chemin des Dames (16 avril 1917- 22 avril 1917),

-Bataille de Flandres (Avril 1917),  nouveau passage à Craonne (février 1918)

-Batailles en Champagne-Picardie (mars 1918 -juillet 1918),

-Combats en Alsace (29 août 1918)

-Entrée en Lorraine libérée (17 novembre 1918),entrée en Allemagne (22 novembre 1918),

Dissolution du 233 ème RI

15 janvier 1919.-le 233ème RI passe de la 1ère DI à la 51 DI.

Dissolution du 233 ème dont les éléments sont répartis dans les 33èle et 73 ème RI. Georges Gras se retrouve alors dans le 33 ème RI (34 ème Compagnie), le régiment du capitaine Charles De Gaulle.

Démobilisation le 15 août  1919

 Rappelé sous les drapeaux en 1940

Après avoir déjà tant donné à la Nation, Georges Gras (plus de 7 années sous les drapeaux et au coeur des plus violents théâtres d’opération), quincaillier-électricien constructeur à Guignicourt (Aisne) sera à nouveau rappelé sous les drapeaux lors de la Seconde Guerre Mondiale.

-Mobilisation de 8 jours en 1938.

Marié, père de cinq enfants il est rappelé sous les drapeaux le 25 août 1939 et affecté à la DAT des Ardennes comme commandant la DCA de Liart.

Cerné le 15 mai 1940 par les colonnes blindées allemandes à Liart il est capturé le 23 mai 1940 près de Draize (Ardennes)

Prisonnier au  camp Oflag XB

 oflag-xb

Interné au camp Oflag XB  à Nienburg-sur-Weser (1) il y restera jusqu’en mai 1941, rapatrié le 5 mai 1940 en qualité de père de famille nombreuse. Retour à Guignicourt le 6 mai 1941. Démobilisé le 5 septembre 1941 par le centre de démobilisation de Laon.

Parti avec le grade de caporal en août 1914, Georges Gras a terminé la Première guerre mondiale avec le grade de Lieutenant sur nomination du président Poincaré le 6 septembre 1918.

Aurait dû passer au grade de capitaine  en 1925 s’il avait effectué une période de 25 jours. Aurait dû être nommé à ce grade en 1940. Il n’a jamais eu cet honneur pourtant mérité. « Si cette nomination n’est pas ratifié »écrivait avec humour Georges Gras (âgé de 55 ans)  le 3 juin 1945, « je me trouverai dégagé de toute obligation militaire par l’âge et je ne pourrai assurer ainsi avec autorité le commandement auquel je serai invité. »

(1) A propos de l’Oflag XB

http://oflag-xb.monsite-orange.fr/

http://www.memoireetavenir.fr/doc/Copie_de_Copie_de_Sonnenberg.pdf

http://www.maginot.org/metrich/oflag_xb_fr.htm

Exposition: des Britanniques au chemin des dames

expo chemin damesA voir au musée du Chemin des Dames à  la caverne du Dragon jusqu’au 17 décembre 2014 une exposition intitulée: « des britanniques au chemin des dames »

Septembre 1914: après avoir participé à la bataille de la Marne aux côtés des troupes françaises, le corps expéditionnaire britannique est lancé à la poursuite des  Allemands qui retraitent vers le Nord. Epuisés, les hommes sont brutalement confrontés à une guerre d’un genre nouveau dans la vallée de l’Aisne et sur les pentes du chemin des Dames. Des combats oubliés que cette exposition souhaite inviter à redécouvrir.

Site internet: www.caverne-du-dragon.fr et  www.greatwar1418.eu

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Ouvert tous les jours (même les jours fériés). Fermé le mardi matin. Horaires: de 10 à 18 heures jusqu’en juin, de 10 à 19 heures en juillet et en août.

LE PORTAIL DU CHEMIN DES DAMES

Capture d’écran 2014-05-11 à 17.10.35 http://www.chemindesdames.fr

Pas de mort au monument de Prémontré (02)

A retrouver sur le site de L’Union un très intéressant article de Lucie Lefebvre sur la commune de Prémontré (Aisne)qui présente la particularité d’avoir un monument au mort sur lequel ne figure aucun nom. 

À Prémontré comme ailleurs, on célèbre la victoire du 8-Mai 1945. Une cérémonie particulière dans la mesure où aucun nom ne figure sur le monument aux morts.

http://www.lunion.presse.fr/accueil/pas-de-mort-au-monument-ia0b0n344148