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44/Journal de la Grande guerre: le 17 septembre 1914 les Allemands régimentent la vie des Rémois

Le journal du rémois Henri Jadart

Jeudi 17 septembre1914

Le canon français reprend au loin entre 3 et 4 heures du matin ; nous descendons nous réfugier dans la cave vers 5 heures, car les obus se mettent à tomber jusqu’à 8 heures ; ensuite l’artillerie reprend par intervalle, et les projectiles dégringolent à nouveau sur la ville. Il y a des acalmies par instants dans la matinée, mais il serait dangereux de remonter et surtout de circuler au dehors.

L’Eclaireur de l’Est est cependant vendu par ses porteurs.

Il est impossible d’aller à 10 heures distribuer des bons aux femmes des mobilisés, qui se présentent comme d’habitude à l’école de la rue de Libergier, et ces pauvres femmes viennent les demander tout à tour à la maison.

On dit qu’il est arrivé, dans la nuit, de la grosse artillerie dans la rue de Vesle, depuis 1 heure et par une pluie torrentielle, une épouvantable canonnade se fait entendre ; elle doit détruire, peut-on croire, le repaire ennemi du fort de Brimont. Ce duel effroyable et gigantesque dure jusqu’à 6 heures.

Le journal du Rémois Paul Hess

A 4 heures du matin, le bombardement reprend brusquement. Nous devons nous lever rapidement, nous habiller en toute hâte et descendre encore à la cave ; il n’y fait pas chaud. Hier, le tir n’étant pas continuellement dirigé de notre côté, nous avons pu lire un peu et j’ai fumé beaucoup, pour tuer le temps, mais l’inaction me pesait. Aujourd’hui, je ne pouvais pas recommencer à tendre le dos à rien faire. L’idée me vient de profiter de mon séjour forcé auprès d’un fût de bière, rentré pendant l’occupation allemande, pour en faire le tirage et, comme d’habitude, les enfants sont heureux de me rendre service en m’aidant dans ce travail, l’un en remplissant les bouteilles, les autres, en les transportant après que je les ai bouchées et ficelées ; l’opération se fait tandis que les obus sifflent sans arrêt. Le tir est mené très serré pendant trois heures durant, jusqu’à 7 heures. Il devient un peu plus espacé ensuite, sans toutefois cesser.

Dans les courts moments de répit que nous donne ce bombardement ininterrompu, nous remontons ensuite, prendre chez moi ce qui devient de plus en plus nécessaire pour demeurer en bas ; la cave se garnit ainsi insensiblement des objets les plus divers, d’abord de quelques chaises. Une lampe à pétrole, achetée spécialement, pour éviter éventuellement – pendant les quelques jours encore que nous supposons que pourrait durer la malheureuse situation de notre ville – la gêne éprouvée les premiers jours de bombardement, devient tout de suite d’une grande utilité. Nous descendons les provisions, la vaisselle indispensable, pour le cas probable où nous ne pourrions pas aller prendre nos repas dans l’appartement. Le concierge, ce matin, était arrivé à côté de nous, accompagné, ainsi que les jours précédents par sa femme, sa petite-fille et la toute jeune enfant de cette dernière ; il va, lui aussi, chercher entre les sifflements, les ustensiles dont les siens auront besoin. Aujourd’hui, précisément, les ménagères se trouvent dans l’obligation de cuisiner sur place ; il nous faut encore aller quérir une table, ce qui nous permet, à midi, de nous installer tant bien que mal, pour faire, en commun, un frugal repas que partagent M. et Mme Robiolle, venus des Bains et lavoir publics, rue Ponsardin, voir la famille Guilloteaux et que l’intensité du bombardement a mis dans l’impossibilité de retourner chez eux.

A partir de 13 heures, un terrible duel d’artillerie s’engage et les détonations de nos pièces de gros calibre placées au sortir de la ville, s’ajoutent encore au vacarme épouvantable des explosions d’obus, ce qui n’empêche pas les enfants de rire de bon cœur, absorbés qu’ils sont par la partie qu’ils ont mise en train, avec l’un des jeux que nous avons eu la bonne inspiration de leur descendre. J’entretiens le plus possible leur gaieté, en me réjouissant intérieurement de ce qu’ils ne s’effraient pas plus que ma femme, et pourtant !

Dans le courant de l’après-midi, Mlle Bredaux, sage-femme, qui habite rue Cérès 9, a réussi à venir faire visite, comme elle le fait chaque jour, à la petite-fille du concierge, M. Guilloteaux, qui, mariée au fils de M. Robiolle, mobilisé, est depuis quelques jours mère d’une jeune enfant, inscrite dans les naissances du 10 septembre 1914, comme suit : Gisèle – Georgette Robiolle, rue de la Grue 9.

Mlle Bredaux est accompagnée de sa sœur et ces personnes attendent, auprès de nous, une accalmie pour retourner chez elles. Plusieurs fois, à la suite d’arrivées qui me paraissaient assez

rapprochées, je suis remonté afin de me rendre compte, du seuil de la porte, de ce qui se passe dehors.

Voici encore une nouvelle explosion proche qui m’attire au rez-de-chaussée, d’ou je m’aperçois aussitôt que, cette fois, c’est un obus incendiaire qui a dû éclater dans l’appartement situé en haut de la maison, rue Cérès, où se trouve un magasin de la teinturerie Renaud-Gaultier ; je vois parfaitement les progrès rapides de l’incendie, puisque l’immeuble est exactement dans le prolongement de la rue de la Grue.

En redescendant, je fais part de mes constatations, disant que le feu vient d’être mis, par un obus, à cette maison, dont j’ai regardé un moment les fenêtres et les volets brûler, au second étage. Mlle Bredeaux, en apprenant cette nouvelle, me fait préciser à nouveau, puis dit simplement :

« C’est chez moi ».

Immédiatement, nous remontons ensemble et, dès due la porte sur la rue est ouverte, elle me répète tristement :

« Oui, C’est bien Chez moi ».

Les obus sifflent toujours, il serait très dangereux de rester là ; elle doit revenir se mettre à l’abri avec nous, qui cherchons à la consoler, elle et sa jeune sœur, comme nous le pouvons. Toutes deux restent muettes et réfléchissent ; elle se représentent que, du fait, elles se trouvent démunies brutalement de tout ce que renfermait leur appartement. Ces pauvres personnes qui ne possèdent plus là, auprès de nous, que ce qu’elles ont sur le dos, ne se laissent pas abattre ; elles décident d’aller demander l’hospitalité de la nuit dans une maison amie.

Après avoir passé une journée triste et effrayante, en raison de la violence du bombardement conduit par des grosses pièces tirant sur toute la ville, nous ne pouvons quitter la cave qu’au déclin du jour, vers 19 h.

– Le journal L’Eclaireur de l’Est, du jeudi 17 septembre 1914, dit qu’hier, le nombre des victimes a été considérable. Il ajoute que, malheureusement, malgré le retour de MM. les commissaires de police (Partis, ainsi que d’autres services administratifs (sous-préfecture, etc.) avant l’arrivée des Allemands.), il est aujourd’hui impossible de fournir les noms des victimes.

Ce numéro du journal L’Eclaireur, publie les divers avis suivants :

 » Pas de lumière après 9 heures.

Les habitants de la ville sont prévenus que par ordre de l’Autorité militaire, toutes les lumières doivent être éteintes, même dans les appartements privés, à partir de neuf heures du soir.

Toute infraction à cette prescription exposerait le contrevenant à être arrêté comme suspect et inculpé d’espionnage. Plusieurs personnes, convaincues d’avoir correspondu

par signaux optiques avec l’ennemi, ont été passées par les armes.

Reims, le 16 septembre 1914, Le Maire, Dr Langlet

Précautions urgentes.

L’ Administration municipale recommande expressément aux habitants de sortir le moins possible pendant tout le temps où l’on entend le canon à peu de distance de la ville, et de se tenir dans les maisons dès que les éclatements se produisent dans certains quartiers.

La plupart des accidents auraient été évités par ces précautions.

Reims, le 16 septembre 1914 Le Maire, Dr Langlet

Interdiction des attroupements

  1. le maire de Reims a l’honneur d’informer ses concitoyens que les rassemblements, attroupements, stationnements sur les places publiques ou dans les rues, sont rigoureusement interdits pendant le séjour des troupes.

Les cafés seront fermés à huit heures du soir et la circulation supprimée à partir de la même heure, sauf le cas de nécessité absolue.

Les trottoirs devront être laissés entièrement libres. Les Etalages et les terrasses de cafés sont interdits.

Les sanctions les plus sévères seront prises contre les contrevenants.

Reims, le 16 septembre 1914 Le Maire, Dr Langlet

les armes et munitions allemandes Avis important

Le maire de Reims ordonne aux personnes qui se sont appropriées des armes ou des munitions abandonnées par des soldats allemands, de les remettre immédiatement au commissariat de police de leur arrondissement.

Les détenteurs d’armes ou d’objets ayant appartenu à des soldats allemands, s’exposent à des poursuites rigoureuses.

Pour le Maire de Reims L’adjoint délégué : Louis Rousseau

Conseils de prudence

Avec la meilleure intention, le public accueille les bruits les moins fondés sur certaines personnes suspectes de relations avec l’ennemi, ce qui provoque des incidents et pourrait amener des faits très regrettables.

Dans aucun cas et sous aucune forme, les particuliers ne doivent prendre de mesure d’exécution.

Ils doivent uniquement faire connaître à l’hôtel de ville les indications qu’ils pourraient posséder à ce sujet, afin que l’administration prenne, après examen, les sanctions nécessaires ; c’est le seul moyen de faire oeuvre utile éventuellement.

La Goutte de lait

Les mamans qui craignent les meurtriers obus allemands dont la tragique pluie s’abat chaque jour sur la ville, sont informées qu’elles peuvent se rendre, sans encombrement, à la « Goutte de lait’; chaque matin, de très bonne heure, ou le soir, vers six heures, lorsque le tir vient de cesser.

Les mères de famille sont priées de rapporter les biberons et les paniers à chaque livraison.

On réclame du tabac

Nombre de nos lecteurs nous écrivent pour s’étonner que les communications étant normalement rétablies à l’heure actuelle, l’Administration ne se préoccupe pas de renouveler la provision de tabac, cigares et cigarettes des débitants et buralistes de la ville.

L’un de ces derniers nous affirme qu’il faut attendre pour cela le retour de M. l’entrepositaire. Nous le souhaitons, en ce cas, très prochain. »

 Les carnets d’Albert Thierry (28 ème ri)

Bandeau_carnets_Thierry_bis

Situation de prise d’Armes : 19 officiers 1580 hommes.
Vivres jour de sac de jour au complet.
Munitions au complet : 96 cartouches par homme.

4h
Le Colonel se rend personnellement sur la crête du moulin pour se rendre compte de l’occupation des tranchées qu’a du faire le 24e. Mais celui-ci, en retard dans l’exécution du mouvement se porte seulement à son emplacement.
Ce mouvement de troupe, quoique léger, a pour effet de déchaîner de Brimont une rafale d’obus. La plaine est littéralement battue. Le PC de Commandement du Colonel repéré avec soin par une batterie allemande est écrasé sous un obus (un agent de liaison tué, 3 grièvement blessés).
La position est intenable et le Colonel doit reporter son poste de commandement à la première maison du village.
Le régiment cependant tient toujours : 1’ordre est de tenir coûte que coûte.
Durant toute la journée des offensives partielles allemandes sont tentées, immédiatement repoussées par nos retours offensifs appuyés d’ailleurs par une action énergique de l’artillerie en liaison parfaite avec l’infanterie. L’action est particulièrement vive sur les écluses et du côté du cimetière et des boqueteaux qui l’environnent. Non seulement le détachement ne peut plus songer à prendre l’offensive, mais il faut encore toute l’énergie et tout le dévouement déployés par les Capitaines Hislaire (28e) Simon et Plessis (74e) pour obtenir des hommes que la volonté du Colonel : tenir quand même soit respectée : le bombardement systématique du village continue en effet. La moitié des maisons est en flammes. Les éboulements font craindre pour la sécurité des défenseurs des barricades dans les rues. Une attitude nettement défensive est adoptée. Le Régiment se borne à empêcher tout franchissement du canal. Les hommes sont exposés aussi peu que possible.

17h40
Quelques factions allemandes ayant réussi à passer sur la rive S. du canal sont attaquées et repassent vivement sur la rive N.
A la nuit le bombardement cesse et le détachement couche sur ses positions.

Pertes éprouvées :
environ 2 tués 62 blessés pour le 28e et environ 100 blessés et 10 tués pour l’ensemble du détachement.

Le 17 septembre sont nommés sous-lieutenant à titre provisoire et pour la durée de la guerre Borelli et Virolleaud.

Lire la suite sur le blog http://vlecalvez.free.fr/JMO_sept1914/JMO_septembre1914.html

Reconnaissance des cadavres à Blesme (08)

Sur le blog de l’association généalogique de la Charente

http://www.genea16.net/?q=content/jeudi-17-septembre-1914

Le point sur le site  Sambre, Marne , Yser

canon_75_6
Deux pièces de 75 en action

http://www.sambre-marne-yser.be/article.php3?id_article=83