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Louis Oudoux fusillé à Cormontreuil: Il avait abandonné sa tranchée pour aller voir sa maîtresse

Sa tombe (N°3734) occupe comme des centaines d’autres la nécropole de Sillery (Marne). Son nom est gravé, (on ne sait pas depuis quand),  sur le monument aux morts de Rumaucourt (Pas-de-Calais)sous la sculpture du « soldat victorieux » inauguré en 1923 . « Tué à l’ennemi » selon son acte civil de décès, « condamné à la peine de mort pour « abandon de poste devant l’ennemi » sur un bulletin militaire, le Cht’i Louis Joseph Oudoux, 30 ans,  a été fusillé le 20 mars 1915 à Cormontreuil. Il fait partie des près de 700 Poilus fusillés lors de la Première guerre mondiale. Au terme d’un procès,  mené dans des conditions normales  où il devait aussi répondre du délit de « vols au préjudice de deux militaires ». Histoire *
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Condamné à mort le 19 mars 1915 par le conseil de guerre. archives_SHDGR__GR_11_J_1657__001__0004

Ayant effectué son service militaire en 1906, Louis Joseph Oudoux, (classe 1905) n’avait pas demandé à être à nouveau appelé sous les drapeaux. On ne lui laisse pourtant pas le choix le 5 août 1914. L’agriculteur,  soutien de famille,   est incorporé comme soldat de 2 ème classe à Arras sous le matricule 407 au sein du 233 ème Régiment d’infanterie.

Après avoir battu en retraite avec son régiment près de Dinant (Belgique), participé à la bataille de la Marne à Sézanne et près de Corfelix, le réserviste se retrouve à partir d’octobre au sud de Reims, route de Châlons. Pour le début d’une guerre de tranchées dont il ne connaîtra pas l’épilogue.

Abandon de poste

 

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Oudoux avait été envoyé dans une tranchée en première ligne, route de Châlons, à proximité de la ferme de la Jouissance

Nuit du 17 au 18  février 1915. 22 h 30. Alors qu’il se trouve à Reims, en première ligne, route de Châlons,  à proximité de la ferme de la Jouissance, Louis Oudoux , se disant indisposé, demande à quitter la tranchée  pour gagner un abri de réserve, plus sûr,  à une trentaine de mètres,  plus en arrière. « J’ai l’autorisation de mon chef de section », affirme t-il  au caporal, qui lui demande où il va.  En fait de repos,  Oudoux se rend à la Verrerie du Pont Huon où il compte retrouver une femme qu’il a rencontrée plusieurs mois plus tôt alors qu’il faisait la cuisine des officiers de sa compagnie chez Mme Nicolas, route de Cormontreuil. Il s’agit d’une ménagère, Marie-Louise Rabeuf, 39 ans, demeurant 2, rue Tournebonneau à Reims, à qui il a demandé si elle voulait bien le blanchir (Ndr: lui faire son linge). Une jeune femme vite devenue sa maîtresse, bien que la quadra a toujours affirmé  le contraire.

Alors qu’une bougie à la main il se dirige dans la Verrerie, Oudoux croise un bipasse de connaissance, le soldat Bergner, astreint de nuit à la verrerie pour garder le campement de la Compagnie. Un peu gêné, Oudoux lui explique qu’il a quitté la tranchée pour retrouver sa maîtresse et lui propose une somme de 10F « pour ne rien dire« , sachant que l’abandon de poste pourrait lui coûter le conseil de guerre.  Finalement,  Oudoux  lui dit qu’il s’en retourne jusqu’à la tranchée. Durant le même temps, route de Châlons, l’absence d’Oudoux a été dûment constatée.  Ce soir là, en effet, le capitaine Cordonnier avait prescrit une alerte pour justement s’assurer de la présence de chacun à son poste dans la tranchée. Pas de chance.

Les affaires d’Oudoux ne s’arrangent pas quand le lendemain matin on retrouve à la Verrerie, sur un tas de sable, la cantine fracturée du lieutenant Vitard qui avait été déposée dans la voiture de la Compagnie. Faute d’argent, le voleur avait fait main basse sur du linge, une pile électrique à trois cylindres, une boîte de thon à 0,60F, un paquet de caporal papier bleu et trois ou quatre paquets de cigarillos Ninas.  Curieusement, dans la nuit le soldat Bergner avait bien entr’aperçu dans l’obscurité un homme et une femme transportant une malle. Des individus qu’il n’avait pourtant pas pu identifier avec précision.

L’enquête et une perquisition menée rapidement le lendemain au domicile de la maîtresse d’Oudoux allait permettre de confondre le voleur. Oui, Oudoux s’était bien rendu chez Marie Louise Rabeuf au cours de la nuit précédente. Il avait même mangé une boîte de thon et fumé un Ninas. Il avait aussi offert une pile électrique à Alice, onze ans,  la fille de son amie. De plus, on retrouva aussi rue Tournebonneau des habits, une boîte de pastille Valda, un tube de permanganate de potasse et un rasoir volé quelques semaines plus tôt  par Oudoux  dans le havresac d’ un soldat du régiment.

Conseil de guerre le 19 mars, fusillé le 20

Accusé du délit de vols au préjudice de deux militaires (passible de prison) et d’abandon de poste en présence de l’ennemi, Louis Oudoux passe en conseil de guerre un mois  plus tard. Au terme de plusieurs enquêtes, menées avec rigueur par l’armée et la gendarmerie les faits de vol sont authentifiés, même si Oudoux  met beaucoup de temps  à les avouer. L’abandon de poste (passible de la peine de mort), le deuxième classe de la 22 ème Compagnie du 233 ème régiment d’infanterie est aussi établi. Qui vient s’ajouter à un fâcheux précédent. Le 10 janvier 1915 Oudoux avait déjà manqué un exercice d’alerte alors qu’il avait passé la nuit dans un abri et s’était rendu à Champfleury faisant fi de l’annonce imminente du départ de son campement.

A son crédit, Oudoux dispose de quelques témoignages . L’un reconnaît  qu' » il  a fait part d’une réelle bravoure » , un autre qu »‘il faisait assez convenablement son service » et qu’il donnait satisfaction jusqu’au moment des vols. Un autre  témoigne qu’en Belgique,  durant la retraite , Oudoux  a apporté un peu d’alcool de menthe à un sergent malade.

Pour sa défense, Oudoux explique qu’il ne sait pas pourquoi il a commis ces vols. « Depuis quelques temps j’ai la tête absolument perdue. » Sa maîtresse (et sans doute complice du vol de la cantine) ne défend guère son amant aux yeux bleus. « Il avait assez mauvaise tête quand on ne savait pas le prendre. « De plus, à la question d’un enquêteur: Oudoux avait-il de l’argent, elle répondit: « Je ne l’avais jamais vu recevoir de mandat mais il dépensait pas mal. »

A la lecture des actes du procès dans lequel il manque plusieurs pages ( que contenaient-elles?), force est de constater que le soldat Oudoux n’avait vraiment pas donné une belle image de lui. Dans une période où il fallait faire des exemples, son abandon de poste, doublé   de sa forte propension à voler (pour épater sa maîtresse mais aussi pour son plaisir personnel)a dû peser beaucoup dans la balance de la justice militaire.

Le 20 mars au matin, devant son régiment, Oudoux est passé par les armes.Fusillé pour abandon de poste au nom des articles 248 et 213 du code de justice militaire.

Fusillé pour l’exemple  Oudoux méritait-il son châtiment? A chacun de se faire une idée en allant examiner son dossier sur le site mémoire des hommes http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/article.php?larub=211&titre=fusilles-de-la-premiere-guerre-mondiale

Rejet de la requête en révision

Par décision du 13 novembre 1924 le garde des sceaux a rejeté la requête en révision formée en faveur d’Oudoux par sa veuve.

Alain MOYAT

Quelques documents sur cette affaire

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(*)Procès sur le site mémoire des hommes

A voir à Cormontreuil: monuments aux morts du Pays Rémois de Christian Lion

Simples et discrets, ou plus imposants, les Monuments aux Morts de la Grande Guerre portent, gravés dans la pierre, les noms des citoyens disparus au cours du conflit.  Christian Lion en a a pris en  photos dans tout le Pays rémois. A voir jusqu’au samedi 22 novembre dans le hall de la mairie de Cormontreuil

Textes et photo: Françoise Lapeyre

Les Monuments aux Morts : Mémoires de pierre

La Grande Guerre ? « Je sais que mon grand-père a fait Verdun… mais rien de plus ! » confie Christian Lion. Comment en est-il arrivé à prendre autant de clichés des Monuments aux Morts de ce conflit ? La raison en est… sportive ! « J’aime marcher dans la campagne. J’y ai croisé de nombreuses nécropoles ». Il en vient tout naturellement à photographier tous les monuments qu’il rencontre. Puis à en rechercher d’autres dans tout le « Pays Rémois » : 134  communes ! Il achète en brocante de vieilles cartes Michelin : « Je n’hésite pas à les annoter, je surligne toutes les communes concernées ». Soucieux d’obtenir des images de qualité, il retourne parfois plusieurs fois sur un même lieu pour être sûr d’avoir une belle lumière. Il fait des rencontres : « Des habitants me racontent des anecdotes sur le monument, un détail, me guident vers un endroit intéressant ».

Laïc… et parfois religieux

Il montre ses photos : Beaucoup de ces monuments, élevés pour la plupart entre 1920 et 1925, sont choisis sur des catalogues de marbriers ou fonderies ou commandés à des architectes ou sculpteurs de renom. Parfois simples obélisques à quatre pans, ils comportent souvent des éléments figuratifs : Un soldat « on a le poilu arme au pied, baïonnette en avant, tenant un drapeau, ou encore touché », une femme en deuil, une pleureuse, un ange, un coq gaulois, une allégorie… En pierre, en béton, en ciment, en bronze, parfois polychromes. Depuis la séparation de l’Eglise et de l’Etat (loi de 1905), le monument se devait d’être laïc. On trouve pourtant sur certaines plaques « A ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie »…

« Il faut savoir que 40 % des monuments sont installés sur des espaces « neutres », 37 % dans le périmètre de l’église (voire à l’intérieur, comme le vitrail patriotique de l’église de Ville-en-Selve), 10 % devant ou dans la mairie, 11 % dans le cimetière communal ou à l’entrée de celui-ci (comme à Sillery, sur une petite butte au pied de l’église) ».

Christian Lion exposera 15 grandes photos et quelques montages. Jusqu’au 22 novembre. Le samedi 22, à 10 h, présentation commentée. Hall de la Mairie.