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1427/30 juin 1918

Poincaré remet à l’armée tchécoslovaque un drapeau

Le 30 juin 1918, à Darney (Vosges) , Poincaré remet à l’armée tchécoslovaque un drapeau, cadeau de la ville de Paris, en présence d’Édouard Beneš. Deux régiments de l’armée tchécoslovaque sont envoyés sur le front en juin 1918, et combattent à l’automne dans les Vosges, en Champagne, et surtout aux batailles de Vouziers et de Terron (Ardennes). Ils participent enfin aux défilés de la Victoire sur les Champs-Élysées : la Grande Guerre, c’est aussi la mémoire de la Victoire.

Leur action politique est l’autre élément essentiel. La Colonie précède en effet le CNT comme organe politique en France, obtenant dès l’automne 1914 des autorités françaises le droit de délivrer des certificats de nationalité tchèque, comme un consulat, même si elle est peu à peu dépossédée de ses prérogatives par le CNT. Elle s’occupe de la propagande et de la diffusion des buts de guerre et du projet tchécoslovaques. C’est à Paris qu’est publié un journal en français LaNation tchèque.

source: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84327888/f23.item

Un écrit de l’abbé Miot à Ludes (51)

 

Ecrit par l’Abbé MIOT à Ludes le 30 juin 1918, Ancien Aumônier Volontaire à la 3e Division d’Infanterie Coloniale, Aumônier du Cimetière National de Champenoux, Chevalier de la Légion d’honneur

A M. le Lieutenant BALCON.

ÇA TAPAIT !

Te souviens-tu du chemin creux,

Tout grimpant et tout rocailleux,

Où les Coloniaux joyeux

Allaient, venaient, sans paix ni trêve,

Soufflant, suant, riant, chantant,

Sans se départir un instant

De ce courage débordant,

Qu’enflammait le plus noble rêve ?

Sous la mitraille qui pleuvait.

Ça tapait ! Ça tapait ! Ça tapait !

 

Te souviens-tu du long boyau,

D’ordinaire, tout rempli d’eau,

Qui zigzaguait sur le coteau,

Par où cheminaient les corvées ?

Les Boches l’avaient repéré ;

Aussi se trouvait-il sonné,

En haut, en bas, de tout côté.

Alors, à grandes enjambées,

Chaque poilu se défilait.

Ça tapait ! Ça tapait ! Ça tapait !

 

Le bois, aux vertes frondaisons,

Déchiqueté par les canons,

Dressait tristement ses vieux troncs,

N’ayant plus ni sève ni vie,

Pantelants, meurtris, sous les coups,

Les lierres tombants et les houx

Enguirlandaient les vastes trous.

Où séjournait une eau croupie.

Tu te rappelles la forêt ?

Ça tapait ! Ça tapait ! Ça tapait !

 

Te souviens-tu de ce vieux fort

Qui grillait sous le soleil d’or,

Exhalant une odeur de mort,

Tu sais : le fort de la Pompelle ?

C’est là que les Coloniaux

Subirent d’effrayants assauts

Du Boche qui, par les boyaux,

S’insinuait en ribambelle,

Rampait au sol, puis bondissait.

Ça tapait ! Ça tapait ! Ça tapait !

 

Au début, le secteur fut doux.

Etendus sur les gazons mous,

Nous caressions des rêves fous :

On faisait la guerre en dentelle.

Mais les Boches, sur Champfleury,

Montbré, Villers, Ludes, Chigny,

Taissy, Cormontreuil et Rilly,

Nous envoyèrent de plus belle

Leurs obus fusants à souhait.

Ça tapait ! Ça tapait ! Ça tapait !

 

Te souviens-tu des vieux châteaux,

Où nous gîtions, tels des corbeaux,

Goûtant un paisible repos ?

C’était enfin la belle vie

De calme et de sécurité ;

Le soir, on était éventé

Par la douce brise d’été.

Une nuit, le Boche en furie

Nous fit un barrage complet.

Ça tapait ! Ça tapait ! Ça tapait !

 

Par les sentiers bordés de fleurs

On s’en allait vers les secteurs

Pour voir fantassins, artilleurs,

Et prendre leçon de courage.

Toutefois, Fritz, de temps en temps,

Nous envoyait ses percutants.

Sans perdre alors de courts instants

On s’allongeait parmi l’herbage.

Pour s’excuser, on alléguait :

Ça tapait ! Ça tapait ! Ça tapait !

 

Mais, pour parler sincèrement,

Il est arrivé bien souvent

Qu’on s’est vu tout à fait brillant.

Il faudra voir, après la guerre,

Quand on sera dans son logis,

Comme on fera de ces récits

Devant les civils, éblouis

Par notre gloire militaire !

On dira, contant ses hauts faits :

Ça tapait ! Ça tapait ! Ça tapait !

source: https://www.ludeslecoquet.fr/histoire-chronologique/1914-à-1918/

Parution du Miroir

 

Journal du dimanche 30 juin 1918

Activité intermittente d’artillerie dans plusieurs secteurs.
Au nord-ouest de Montdidier, nous avons réalisé une légère avance au bois Senecat et fait une trentaine de prisonniers.
Entre la Marne et l’Ourcq, une opération de détail au sud de Dammart, nous a permis de faire 22 prisonniers.
Les troupes britanniques ont repoussé un raid contre un de leurs postes dans les environs de Moyenneville, au sud d’Arras. Elles ont infligé des pertes à l’ennemi.
Un de leurs détachements a exécuté avec succès un raid en plein jour près de Mericourt et fait quelques prisonniers.
Leur artillerie s’est montrée active aux environs du bois du Rossignol, au sud-est de Gommécourt, où leurs patrouilles ont infligé des pertes à l’ennemi.
Leurs avions ont attaqué les usines de produits chimiques de Ludwigshafen, les manufactures et voies de garage de Sarrebruck et l’aérodrome de Bolchen. Plusieurs bombes sont tombées sur un haut fourneau en activité à Sarrebruck. A l’aérodrome de Bolchen, deux hangars ont été incendiés ainsi qu’un appareil. Tous les avions anglais sont rentrés indemnes.
Sur le front américain, des groupes ennemis qui tentaient des coups de main sur les positions de nos alliés dans les Vosges ont été repoussés.
La Bulgarie a invité l’Allemagne et l’Autriche à rompre avec la Grèce, elle-même étant en guerre avec ce pays.

http://grande.guerre.pagesperso-orange.fr/juin18.html

53/Journal de la grande guerre: le 26 septembre 1914

Samedi 26 septembre 1914

En tête du journal: Le musée des Beaux-Arts a aussi souffert des bombardements. Seule la sculpture de Jeanne D’Arc semble avoir été épargnée. Un miracle?????

Lu dans Le Miroir en date du 26 septembre

Dans la région de Reims, progrès de nos troupes qui ont occupé les hauteurs de Berru. A droite de la Meuse, les Allemands ont réussi  à prendre pied sur les Hauts de Meuse (…)

Les force franco anglaises ont bombardé les phares autrichiens le long de l’Adriatique et ont débarqué dans l’île de Lissa (…)

Des forces anglaises ont pris terre près de Kiao-Tchéoa afin de coopérer avec les Japonais à l’attaque de cette place (…)

Le journal socialiste Vorwaerts est suspendu à Berlin pour avoir critiqué la marche des opérations et déclaré que les victoires proclamées par l’Etat-major prussien dissimulaient en réalité la retraite.

Joseph Chevalier, soldat musicien
Joseph Chevalier, soldat musicienDécès de Joseph Chevalier (68 ème RI) à Thuizy

 

A Thuizy (51)

décès

de Joseph Chevalier

Le soldat musicien CHEVALIER Joseph est décédé le 26 septembre 1914 à THUISY, au bout du boyau Arago de 3 coups de baïonnette. Il a agonisé 3 jours en essayant de rejoindre sa tranchée.

http://68ri.monsite-orange.fr/page5/index.html

Journal du rémois Henri Jadart (extraits)
Le musée des Beaux Arts a aussi souffert terriblement des bombardements du 19 septembre 1914
Le musée des Beaux Arts a aussi souffert terriblement des bombardements du 19 septembre 1914. La représentation de la statue de Jeanne D’Arc a échappé au carnage…

Canonnade, bataille à partir de 4 heures; la ville résonne de cette terrible lutte. A 9 heures nous gagnons La Haubette et avec le tels splendide  une foule énorme se répand comme la veille sur les routes et à travers champ. la bataille continue au delà de Reims et nous risquons d’être enveloppés par les troupes. Après déjeuner je me dirige vers Ormes par le chemin direct. les artilleurs ont un poste dans le village; la mairie est intacte, mais le presbytère à côté de l’église a été brûlé l’autre quinzaine. L’église a reçu  une bombe qui a percé la chapelle du Nord, l’autel voisin, sur lequel une belle statue de Saint Remi, très ancienne, n’a pas souffert; d’autres statues du XV ème siècle, sainte Barbe, sainte Catherine, ont également été préservées; le maître-autel et des statues du XVII ème siècle sont en bon état.

Lorsque nous rentrons à Reims, nous constatons qu’il n’y a toujours pas de dégâts dans notre quartier; mais il  n’en est pas de même du faubourg Cérès, où le bombardement a fait aussi des victimes.  L’énorme foule revenait du canal en même temps que nous, et au milieu d’elle on découvrait le cardinal Luçon, qui regagnait sa demeure, après avoir quitté l’église Sainte Geneviève.

Journal du rémois Paul Hess (extraits)

Au cours des visites dans notre ancien quartier, j’ai eu fréquemment, ces jours-ci, à constater la présence de gens qui n’y avaient rien à y faire et qui paraissaient pousser un peu loin la curiosité, en s’introduisant dans les caves ouvertes des maisons détruites par les obus et l’incendie (…) Les rôdeurs peuvent y découvrir ce qui fut le mont-de-piété des matières précieuses fondues; encore faudrait-il cependant qu’ils fouillent les décombres exactement à l’endroit où se trouvait le magasin à bijoux-que je connais, que je me borne à surveiller chaque jour, d’un coup d’oeil, et dont je me garde bien de parler à qui que ce soit. Mes appréhensions sont certainement plus fondées s’il s’agit de ma cave personnelle, dans laquelle j’ai descendu trois caisses dont deux remplies de pièces d’argenterie (théières, cafetières etc) que j’avais accepté de garder, que je serais désolé de laisser à l’abandon dans des conditions où elles se trouvent forcément  depuis le 19 septembre, et dont j’aimerais mieux, certes, n’avoir pas actuellement la responsabilité, car elles appartiennent  à un voisin bijoutier; en quittant Reims, précipitamment, il n’a pas pu les enlever et me les a confiées avant l’arrivée des Allemands (…)

vue du faubourg cérès
vue du faubourg cérès

Hier, vers 18 heures, un obus tombant auprès du commissariat du 2 ème canton a tué dix personnes dont voici les noms: MM.Gillet, 52 ans; Croisy, 40 ans, domiciliés 69 rue du faubourg Cérès; Roussel, 67 ans, 21, rue Charlier; Signoret, 63 ans, 33, rue Favart-d’Hervigny; Hublot, 29 ans, demeurant au village noir; Roger Lefils, 17 ans, faubourg Cérès; Mmes Cocquebert, 77 ans, rue des Gobelins; veuve Gobillot, 53 ans, 10, Bd Jamin; Lanois, 31 ans, 8 rue des Gobelins t sa jeune enfant, Raymonde, 2 ans. Six autres personnes furent blessées grièvement par le même obus.

Avant hier, et le 23, il y eut également des victimes, dont quatre pour la seule famille Lachapelle, 16 rue Montoison (le père et trois jeunes enfants.)

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Les plaques de la grande stèle du cimetière de Laucourt ne comportent que quatre noms, les corps du lieutenant-colonel Prévost et du lieutenant Lhote ont donc été exhumés.

Deux obus meurtriers à Roye (Somme)

Le 26 septembre au matin, les Allemands étaient fortement retranchés sur la ligne Laucourt-Rethonvillers ; les Français au sud de la ligne Gruny-Thilloy.

A lire sur le site de Santerre 14-18

http://santerre1418.chez.com/fr/histoire/deuxobus0914.htm

339554Le capitaine Rigault  (147 ème RI) à Servon-Melzicourt (Marne)

A lire dans les carnets du capitane Rigault

http://147ri.canalblog.com/archives/2009/01/20/12128875.html

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SERRE Auguste de Ludes

meurt au champ d’honneur
soldat au 132° régiment d’infanterie, 20 ans
disparu au combat le 26 septembre 1914 à Mouilly (Meuse)

logo-archives-carmel-lisieuxUn courrier de Mère Agnès de Jésus à Sainte Françoise Thérèse

Interessant ce courrier conservé aux archives du Carmel de Lisieux

http://www.archives-carmel-lisieux.fr/carmel/index.php/agnes-de-jesus/14699-m%C3%A8re-agn%C3%A8s-de-j%C3%A9sus-%C3%A0-sr-fran%C3%A7oise-th%C3%A9r%C3%A8se-26-septembre-1914

Echaufourrées à Blamont (54)pour le 26 ème Dragons

http://www.blamont.info/textes424.html

Belgique: arrestation du bourgmestre Adolphe Max

L’arrestation d’Adolphe Max, le très libéral bourgmestre de Bruxelles, marque le triomphe de la force sur le droit.

http://www.commemorer14-18.be/index.php?id=11108

Victoire allemande sur les Britanniques à la bataille de Sandfontein en Namibie

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Sandfontein

Un site à consulter: la grande guerre au jour le jour

http://grande.guerre.pagesperso-orange.fr/septembre14.html

39/Journal de la grande guerre le 12 septembre 1914

Samedi 12 septembre 1914

Victoire française sur la Marne

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La bataille, qui aura duré six jours, marque l’arrêt de la progression des troupes allemandes. Les Français, menés par le maréchal Joffre, l’emportent face à une armée allemande épuisée qui décide de battre en retraite dès le 11 septembre. Les vignobles de Champagne ont été des alliés inattendus dans la victoire : de nombreux soldats allemands faits prisonniers ont été retrouvés saouls.(info l’internaute.com)

artilleurs

http://chatrou51.free.fr/12septembre.htm

Reprise du pont de fismes

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http://1914ancien.free.fr/fismes_1.htm

Récit de la bataille de Thillois

http://194.88.246.128/MON_SITE_WEB/Fichiers/Documents/Histoire_du_village/Sur%20la%20commune/R%C3%A9cit%20de%20la%20bataille%20de%20Thillois%20du%2012%20septembre%201914.pdf

A lire sur le site de Rue 89:  l’histoire du matricule 0220

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« Une balle dans une fesse, une dans le rein. Rien de grave »

http://blogs.rue89.nouvelobs.com/matricule-0220-le-blog-du-poilu/2014/09/11/le-7-11-septembre-1914-une-balle-dans-une-fesse-une-dans-le-rein-rien-de-grave-233439

 Expo

A noter,  ce vendredi 12 septembre, ouvrira à la bibliothèque Carnegie « Plumes des tranchées, les écrivains et la Grande Guerre sur le front de Champagne », une exposition inédite sur la littérature, premier temps fort du foisonnant programme proposé par l’ensemble des bibliothèques et médiathèques de la Ville de Reims. Le public découvrira notamment un texte inédit, un témoignage vibrant sur l’incendie de la cathédrale du 19 septembre 1914 signé de Bataille et couché sur un cahier bleu d’écolier . 

Journal du rémois Henri Druart

Samedi 12 septembre.-Un violent combat d’artillerie est livré aux portes de Reims, du côté de l’ouest et du sud. On dit notre armée dans la forêt de Montchenot, arrivant pour nous délivrer. Dès le matin, la canonnade s’entend d’Ormes et de Tinqueux jusqu’à la Haubette, puis à l’entrée de la ville, et retentit de plus en plus fort, venant toujours du sud-ouest.

Je me rends au musée des Beaux Arts pour m’assurer de son état. La poste allemande est partie. Le gardien Poiret vient démonter les tableaux mutilés dans la salle Vasnier; il en descend au bas des murs et en range d’autres au débarras. J’avais rendez-vous avec M.l’abbé Camu à l’Archevêché, pour nous entendre sur la souscription en faveur des réfugiés de Rethel. Mais je l’attends indéfiniment. Il s’est rendu avec M.Neveux à l’état-major allemand au Lion d’Or, pour intercéder en faveur des curés de Bouilly et de Ludes arrêtés la veille; ils avaient été retend comme otages avec la menace d’être pendus avec d’autres habitants, l’ennemi voulant assurer non seulement la sûreté de la garnison, mais la tranquillité de son départ s’il devait quitter Reims. ces messieurs restèrent au Lion d’Or, où ils déjeunèrent avec le maire et d’autres notabilités de la ville, qui devante marcher le soir en tête des troupes allemandes sur la route de Witry-lès-Reims et ne rentrer qu’à la volonté de l’ennemi.

J’étais resté à l’Archevêché par crainte d’un combat dans les rues ; la canonnade devenait de plus en plus vive et prochaine ; le passage des troupes avait lieu continuellement sur le parvis, et des convois de blessés arrivaient sans cesse, mais on ne les installait pas dans la cathédrale, où les Allemands avaient cependant fait préparer la nef en y répandant de la paille.

Le combat durait toujours au dehors, comme une promesse de délivrance, et il en fut ainsi jusqu’à 7 heures du soir. On circulait fort peu dans la ville pendant ce temps là, car on pouvait craindre une lutte corps à corps jusque dans les rues. Je passai ces instants critiques dans les sous-sols de l’immeuble, avec le personnel très effrayé. Le concierge surveillait les mouvements de troupes sur le parvis et l’on ne me laissa rentrer qu’à la nuit tombante.

On espérait d’ailleurs – On attendait même-l’entrée de nos troupes, qu’on sait victorieuses.

Elles étaient tout proche, en effet, sur la route d’Epernay et jusque dans l’avenue de Paris ; mais eles ne pouvaient franchir le canal à cette heure et avec la nuit prochaine. Il tombait, du reste, une pluie torrentielle, et vers 9 heures un grand vent s’ éleva. On vit à ce moment une vaste lueur à l’est de Reims.

Les Allemands avaient mis le feu à des meules et aux magasins d’approvisionnement à leur départ du Petit Bétheny.

 Le journal du Rémois Paul Hess

Nous avons été réveillés par le roulement de voitures, dont le passage a recommencé ce matin, vers 3 heures, se poursuivant sans arrêt jusqu’à 4 heures.

Après le nombre considérable de celles qui ont déjà traversé notre ville hier, nous avons lieu d’être ébahis d’en entendre arriver encore dans la matinée, par longues files se développant sur des kilomètres et de voir de nouveaux trains, toujours aussi nombreux, monter la rue Cérès et le faubourg, à différents autres moments de la journée.

Ce défilé d’autos, fourgons divers, prolonges, caissons d’artillerie, chariots, quelquefois aux dimensions énormes, chargés jusqu’au plus haut de sacs qui paraissent contenir du grain et de la farine, fourragères remplies à déborder de quantité de colis divers, ne cesse pour ainsi dire pas, ce vendredi 11, et cela nous donne une idée de ce que peuvent devenir encombrants et gênants dans certains cas, pour les armées, leurs impedimenta lorsqu’ils doivent atteindre de pareilles proportions.

En flânant, ce matin et cet après-midi, j’ai été amené à faire, à différentes reprises, la même constatation. Si les caissons d’artillerie que nous voyons rouler parmi ces charrois sont en quantité surprenante, les pièces – de 77 ou autres – y sont plutôt rares.

J’ai remarqué, lorsqu’il est venu, suivant les autres et comme perdu au milieu d’eux, un de nos fourgons régimentaires du 205e d’infanterie et, un instant après, mon attention a été attirée par la vue d’un trompette ayant son instrument dans le dos, mais qui était certainement heureux et fier d’avoir un clairon français attaché à la selle de son cheval.

Cette fois, à n’en pas douter, l’armée allemande est en pleine retraite. Toutefois, ces convois interminables ont une marche très régulière et fort bien ordonnée. De distance en distance, des officiers, des sous-officiers à cheval ou assis sur une auto, transmettent, souvent par un simple signe du bras, un ordre qui vient d’être donné d’arrêter, afin d’éviter l’embouteillage ; cela s’exécute instantanément, puis tout repart sur un nouvel ordre.

Mais combien de centaines, peut-être même de milliers de ces véhicules, aurons-nous eu à contempler aujourd’hui et hier.

En dehors de cela, il arrive toujours beaucoup de blessés allemands. Aujourd’hui, les autos continuent leur va-et-vient pour les amener et les déposent encore chez les particuliers ou même sur les trottoirs.

Après déjeuner, j’ai croisé, sur le boulevard de la Paix une cinquantaine de ces malheureux de toutes armes, formant une longue colonne ; leur vue faisait pitié. Ceux qui avaient les bras en écharpe pouvaient avancer, mais beaucoup d’autres, derrière, se traînaient lamentablement à l’aide de cannes, de béquilles, quelques-uns marchant à même sur leurs pansements. Ils se dirigeaient du côté de la place de la République où des autos les attendaient car, quelques instants après, me trouvant par là, je remarquais encore d’autres blessés, plus grièvement, étendus dans des voitures sanitaires prêtes à partir et à proximité desquelles, un car, portant une quinzaine de religieuses au costume bizarre et paraissant faire partie de leur service de santé, se trouvait en station. Là, il y avait une grande activité. .

– Comme nous entendons de plus en plus, non seulement le canon, dont les détonations sont bien plus rapprochées que ces jours derniers, mais le tac-tac des mitrailleuses alternant avec de très nombreux coups de fusil, nous pouvons tout de même avoir espoir, il nous semble, en la libération prochaine de notre ville. On dit que les troupes françaises sont bien près de Reims ; cependant, il nous faut patienter encore.

– L’affiche suivante, imprimée en trois langues, allemande, française et russe, a été placardée en divers endroits de la ville :

« Avis

Sera fusillé : quiconque endommagera un fil ou câble du service télégraphique ou téléphonique, également quiconque arrachera cette affiche.

Si un tel délit a lieu dans le territoire d’une commune, celle-ci encourra les plus graves représailles dans le cas où le coupable ne serait pas saisi.

Le Grand Quartier Général Allemand. »

Le Courrier de la Champagne, annonce aujourd’hui le nom que le nouveau Pape portera dans l’Histoire : Benoît XV, mais il dit ignorer quel est celui des cardinaux qui, élevé au Souverain Pontificat, a choisi ce nom.

– D’autre part, le journal publie ceci, comme suite à une information parue dans le numéro du 8 septembre 1914, sous le titre « Au champ d’aviation » :

 « Les moteurs et avions du champ d’aviation

Notre article relatant l’abandon, par nos aviateurs, de moteurs et d’avions, au champ d’aviation, dont s’est emparé le génie allemand, a causé à Reims une pénible émotion.

Nous sommes heureux de pouvoir annoncer, d’après les indications qu’a bien voulu nous donner un aviateur, que les moteurs Gnôme ne pourraient pas servir à nos ennemis, puisque les aéroplanes allemands n’ont que des moteurs fixes. Quant aux avions même, ce sont des appareils d’école, qui ne sont pas utilisables pour la guerre. Ces aéroplanes sont d’un modèle lourd ; ils sont très pratiques pour apprendre à voler, mais ils ne peuvent absolument pas être utilisés comme avions militaires. » (Dans son article du 8, le journal annonçait que des otages : MM. Drancourt, Lejeune, Bataille, Chevrier et Chézel, conseillers municipaux avaient été emmenés par un officier supérieur de l’aviation allemande, accompagné d’officiers du génie, au champ d’aviation de Deperdussin où se trouvaient vingt moteurs Gnôme tout neufs et intacts et une dizaine d’avions, que nos aviateurs n’avaient sans doute pas eu le temps d’emporter.

Les Allemands craignaient que ces engins aient été laissés intentionnellement, pour les attirer et les faire sauter au moyen de mines préparées par nos troupes sous ce matériel.

Ils s’étaient rendu compte facilement que ces objets ne masquaient aucun piège et avaient rendu la liberté aux otages, le même soir de ce dimanche 6 septembre 1914.)