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1608-bis /28 décembre 1918

Les morts veulent revenir

Tous les fonctionnaires bien placés comme moi sont fréquemment sollicités par nos amis, nos tantes, nos cousins… pour faire revenir le corps d’un ou de plusieurs disparus au front. Il s’agit de leur faire prendre leur place dans tel ou tel caveau familial et dans le cimetière de région parisienne, de Normandie, de Bretagne, où toute la famille repose déjà en paix.

La réponse est immanquablement négative. Les pays n’a absolument pas les moyens, ni le temps, de faire transporter des centaines de milliers de dépouilles des régions de l’Est vers l’ouest ou le sud du pays. Il faudrait affecter des régiments entiers à l’opération, ouvrir des centaines de milliers de tombes individuelles (où l’on n’est pas forcément sûr de trouver les – bons – « restes » du corps que la famille espère récupérer) et organiser une logistique d’acheminement effroyablement complexe. L’armée est totalement opposée de participer à l’opération et les mairies des régions de l’Est, en pleine opération de relogement, de ravitaillement de populations exténuées et de début de reconstruction, ont vraiment d’autres priorités.

Nous envisageons dès lors d’offrir à toutes les veuves et aux orphelins, un voyage en train par an, sur place, pour se recueillir sur la tombe du cher « Mort pour la France ».  Cela va être très coûteux mais toujours moins que d’organiser un immense et improbable transfert massif des corps concernés.

Les morts – qui ont de toute façon fait leur dernier voyage – ne bougeront plus et ce sont les vivants qui leur rendront visite !

source: http://ilyaunsiecle.blog.lemonde.fr/2018/12/28/28-decembre-1918-les-morts-veulent-revenir/

Journal du samedi 28 décembre 1918

Le sous-secrétaire d’Etat à la Guerre a donné des chiffres précis sur les pertes de la France durant la guerre. Il signale 31.300 officiers et 1.040.000 soldats tués, 3.000 officiers et 311.000 soldats disparus, 8.300 officiers et 438.000 soldats prisonniers.
La Chambre a fixé à 2400 francs le taux maximum des pensions.
Le gouvernement a décidé que des avions de bombardement concourraient à ravitailler le Nord.
Le président Wilson est arrivé à Londres, où il a été acclamé. Il a dîné au palais de Buckingham.
M. Poincaré a visité Sedan, Mézières, Charleville, Rethel et Vouziers.
De nouveaux troubles ont eu lieu à Berlin. Le groupe Spartacus s’est emparé temporairement du Worwärts. Bernstein a quitté le groupe indépendant pour rentrer dans la social démocratie majoritaire.
On annonce la mort de Conrad de Hohenlohe, ancien président du Conseil d’Autriche.
Une crise ministérielle a éclaté à Budapest, par la démission du ministre de l’instruction publique, Martin Lovaszy.
Le pape a prononcé une allocution pour la paix.
L’anniversaire d’Oberdan a été célébré en grande pompe à Trieste.
Le président Wilson, invité à se rendre dans la Haute-Loire, a, en raison de ses occupations, décliné cette invitation.
M. Guillemin, ancien ministre de France à Athènes, est nommé ministre à Christiania.

source: http://grande.guerre.pagesperso-orange.fr/decembre18.html

Les joies du libéré

Ce jour-là, le Petit journal publie une caricature de Luc Cyl évoquant les joies du… libéré. Nos pertes et les leurs. Ebert débordé se retirerait avec le Gouvernement. Les Bolcheviks menacent les provinces baltiques. Metz ! … Les courses vont reprendre. Les crues entraveront-elles le ravitaillement de Pais ? Dans Avesnes libéré. Sans wagons, pas d’allumettes et pas de tabac ! Politique extérieure, élections, régions libérées, etc etc..

source: https://www.geneanet.org/blog/post/2018/12/28-decembre-1918-joies-libere

Des testaments des Poilus parisiens étudiés et mis en ligne

Aux Archives nationales, dans le Minutier Central des notaires, des recherches menées par l’Ecole des chartes depuis 2013 ont permis la découverte de 134 testaments dans les archives de trois études parisiennes. Ils ont été publiés par Christine Nougaret et Florence Clavaud, sous l’égide du Centre Jean Mabillon, au sein de la collection d’édition en ligne de l’école des Chartes. Ils sont ainsi librement accessibles à tout chercheur ou curieux ou membres des familles concernées.

Ces « Testaments de Poilus » rédigés après la déclaration de guerre de 1914 et pendant toute la durée du conflit, depuis les tranchées ou en permission, témoignent, dans leur forme même et leur contenu, de l’urgence de la situation et du sentiment bien présent de la mort imminente. Les appelés de la Grande Guerre seront des milliers à consigner leurs dernières volontés. Parmi eux, beaucoup mourront au front ou des suites de leurs blessures et seront déclarés « Morts pour la France ».

Rares et méconnus, ces témoignages ont été enregistrés dans les minutes notariales, après la constatation du décès ou de la disparition des combattants. Ils fournissent aux chercheurs un échantillon significatif de testaments de Poilus parisiens, morts pour la France entre 1914 et 1922. Le délai de communication étant de 75 ans, ces documents ont été versés dans les services d’archives et sont désormais consultables librement par le public.

La représentation de la mort dans les tranchées allemandes

Par Alain MOYAT 

Si la vie des soldats, qu’ils soient Français ou Allemands était quasiment identique dans les tranchées, la représentation de la mort était par contre fort différente (1)

4mort allemand.On peut même dire qu’il y avait un clivage culturel important dans la représentation qu’on se faisait de la mort entre les deux pays. Alors qu’en France il était de tradition de représenter le soldat (des civils sous l’uniforme) comme un guerrier, un combattant, les Allemands ont associé presque systématiquement les morts ou les combattants à des squelettes avec une singulière propension à remplacer les têtes des combattants par des têtes de mort. Une résurgence, un revival, sans doute des danses macabres du Moyen-Age dans lesquelles le mort était représentée sous les traits d’un squelette.

 

Désormais, la mort n’invite pas, elle tue

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On le sait, le soldat a toujours entretenu un lien particulier avec la mort. Il tue ou/et il est tué. La belle affaire. Pourtant au cours de la première guerre mondiale, la grande faux a changé son fusil d’épaule, si l’on peut dire.

Au début, la mort ne tuait pas le soldat allemand, elle venait le chercher, le prenait par la main et en habile marionnettiste tirait les ficelles qui l’emmenaient sournoisement à la mort. Casque à pointe ou pas, le Prussien, le Boche savait que sur le front la mort était là pour tout le monde, c’était la maîtresse du champ de bataille.

Gourmande, elle va pourtant vite devenir active. Alors, pour survivre, les dessinateurs du front vont commencer à se moquer de la mort. Les soldats vont essayer donc essayer d’apprivoiser la mort, de la mettre de leur côté.

Même quand la mort était représentée avec un casque allemand, curieusement, il ne semble pas qu’il y ait eu d’acte de censure pour empêcher la publication de tels dessins.

Côté Français, la mort était bannie sous cette forme.

(1)D’après un exposé de JC Fombaron présenté au colloque « le soldat et la mort »donnée le jeudi 2 octobre à Reims

(Dessins de Otto Wirsching, Otto Obermeir )

INSOLITE: Quand les députés voulaient incinérer tous les Poilus inconnus!

Quand les députés voulaient incinérer tous les Poilus inconnus
Par ALAIN MOYAT

La chose est méconnue, mais elle a suscité bien des colères et des peines il y a un peu moins de 100 ans au début de la première guerre mondiale. Afin de faire face à une hécatombe de morts durant les premiers mois du conflit avec son corollaire : la difficulté de gérer les cadavres sur le terrain et le risque provoqué par tous ces corps en décomposition dans la terre pouvant polluer les nappes phréatiques, les députés votèrent en juin 1915 une loi pour obliger l’incinération des corps de tous les Poilus sur lesquels il était impossible de mettre un nom. La décision qui révolta bien des familles injustement privées de leur travail de deuil fut repoussée par le Sénat. Histoire. (1)

  69997773_pEmbarrassante chair à canon

Les guerres de 1870 et le conflit russo japonais de 1904-1905 ont vite alerté les Etats . Compte tenu de la puissance des nouveaux explosifs, les prochaines confrontations guerrières seraient très meurtrières. Les premiers mois de la guerre 14-18 confirmèrent cette sinistre prévision. Sur un seul jour, le 22 août 1914, les combats menés en France et en Belgique firent, paraît-il plus de 27.000 morts. Difficile dans une guerre en mouvement, dans une guerre qui n’est finalement pas aussi courte qu’on ne l’espérait, de gérer autant de cadavres, souvent plus que des amas de chair, corps explosés, impossible à identifier et bien vite en état de décomposition compte tenu d’une météo estivale.

La gestion de tous ces cadavres, chair à canon pas facile à identitfier, posa vite problème.

-Aux militaires qui souhaitaient que les champs de bataille soient vite libérés afin, sans doute, de ne pas saper le moral des troupes mais surtout ne pas entraver la suite des opérations militaires ;

-Aux agriculteurs qui voyaient leurs champs parsemés de tombes improvisées ou d’imposantes fosses dans lesquels ont avait tassé les morts sur deux à quatre rangs de hauteur ;

-Aux hygiénistes qui ont vite mesuré les tragiques conséquences que pourrait avoir sur le développement des germes pathogènes et la qualité des eaux souterraines la décomposition de ces amas de chair enterrés çà et là, un peu partout dans la campagne, près des villages.

La fière typhoïde faisait encore des dizaines de milliers de morts, chaque année en France. (3)

Pour ne pas hâter la décomposition en détruisant les organismes nécrophages, , on respectait bien quelques règles en ne déshabillant pas les morts et en ne répandant pas de chaux vive sur les corps, mais on se rendait bien compte qu’avec ces morts en masse, il n’y aurait bientôt plus aucune portion des territoire-champs de bataille qui seraient affranchis du risque de contamination de ces eaux souterraines et des puits encore nombreux pour alimenter en eau les populations..

Première mesure adoptée pour conjurer ces risques, il fut décidé en octobre 1914 que toute les exhumations seraient interdites durant la durée du conflit, celles-ci étant finalement plus meurtrières que les batailles en véhiculant tous les miasmes et les bacilles… Par ailleurs le transport des cadavres aurait pu gêner les mouvements des troupes et les familles n’auraient pas été à égalité dans le traitement des morts selon qu’elles soient fortunées ou non .

 Une idée-loi qui fait scandale

Face à une telle situation, la Société de propagation de l’incinération sonna le tocsin. A son avis, il n’y avait qu’un seul remède pour éviter la contamination des sites favorisant les épidémies : la crémation.

Mais cette technique, à l’époque était fort peu répandue. On rapporte que les Belges l’avaient utilisée lors des combats de 1870 et que les Japonais l’avaient employée aussi lors du conflit sino-japonais.

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Lucien Dumont, député radical socialiste de l’Indre

Relayée notamment par Lucien Dumont , chirurgien, député radical socialiste de l’Indre, la suggestion fut faite en mars 1915 à l’Assemble nationale. Pour toutes les raisons sanitaires invoquées précédemment et en substance, puisque les soldats faisaient le sacrifice de leur vie les parents devaient pouvoir faire le sacrifice de leur corps, pourquoi ne pas faire une loi pour incinérer les corps des soldats sur qui le service des étapes ne pouvait pas mettre un nom. Le 18 juin 1915, la loi est adoptée par les députés.

 Mobilisation de l’opinion publique

 

le jour des morts Lucien Jonas L'illustration 7 11 1914
le jour des morts. Dessin de Lucien Jonas dans L’illustration du 7 novembre 1914

Outre que mettre en place un système de crémation à portée des champs de bataille paraissait irréaliste, que creuser des fosses crématoires à feu continue allait nécessiter beaucoup de carburant (brûler le corps d’un cheval demande aussi beaucoup plus d’énergie et de temps que pour incinérer un cadavre), l’idée de crémation s’est surtout heurtée à la colère et à la réaction des familles qui se rendaient bien compte qu’avec un tel mode d’élimination des corps il leur serait impossible de faire leur deuil.

« Pas question d’offenser le cœur des mères »s’offusque Maurice Barrès. Pas question de contrarier des habitudes, des rites cent fois séculaires. Pas question de préférer le bûcher à la tombe. Il faut scrupuleusement respecter l’ensemble des coutumes et vénérations qui constituent notre culte des morts. Et si les tombes provisoires posent problème, qu’on indemnise les propriétaires des terrains en attendant la fin de la guerre.

express du midi 25 juin 1915Un peu partout en France des voix s’élèvent contre cette loi. L’œuvre toulousaine des tombes de nos héros morts au champ d’honneur fait savoir sa colère dans le quotidien « l’express du midi » (2)

« A partir du moment où du côté du ministère de l’Intérieur et dans les services de l’assistance et de l’hygiène publique on s’est bien gardé de ménager les sentiments de nos soldats musulmans en creusant des tombes orientées sud-ouest-nord est de façon à ce que le visage d’un défunt musulman soit tourné vers la Mecque, (…)un traitement juste et humain, nos hommes politiques ne voudront pas user de moindres ménagements envers les préjugés des Français. Ils respecteront notre manière habituelle d’ensevelir les morts. »

Dans sa grande sagesse, le Sénat retoqua cette loi qui ne revint pas dans les travées de l’Assemblée nationale .

(1)Conférence de Vincent Viet au colloque « le soldat et la mort »donnée le jeudi 2 octobre à Reims

(2)Référence : L’express du midi 24 juin 1915

(3)La vaccination contre la typhoïde est venue en partie régler le problème . Alors qu’on avait enregistré 65 450 décès en 1915 suite à ce fléau, le nombre de victimes tomba à 12.400 en 1916.