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1334/29 mars 1918: l’église Saint-Gervais (Paris) bombardée:91 morts7

L’église Saint-Gervais (Paris) bombardée:91 morts

Lors de leur ultime offensive de la Grande Guerre, les Allemands bombardent Paris avec trois canons géants situés dans la forêt de Saint-Gobain, à 140 km au nord de la capitale. Ils sont surnommés Langer Friedrich (« Frédéric le Long »), en hommage à l’industriel Friedrich Krupp, et Gross Gustav en hommage à son gendre.

L’un de ces canons tire un obus à l’aveuglette le 29 mars 1918. Il atteint l’église Saint-Gervais, pendant les vêpres du Vendredi Saint, occasionnant 91 morts (dont 52 femmes) et 68 blessés parmi les fidèles. L’événement a un retentissement jusqu’en Amérique.

source: https://www.herodote.net/almanach-ID-3295.php

lire aussi: https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/france-info-y-etait/29-mars-1918-les-canons-allemands-tirent-sur-paris_1761341.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Église_Saint-Gervais-Saint-Protais_de_Paris

Déclaration d’Hélène Brion, féministe et pacifiste, au Conseil de guerre

Hélène Brion, institutrice féministe et pacifiste, fut suspendue puis emprisonnée en 1917, et condamnée en 1918 à trois ans de prison avec sursis. Elle ne pourra enseigner de nouveau que sept ans plus tard.

Son crime ? « Propagande défaitiste. » Autrement dit d’avoir été pacifiste, porte-parole du courant pacifiste qui naquit en 1915 au sein de la CGT, membre du Comité international des femmes pour la paix permanente, etc. Et d’avoir sans cesse relayé les textes et les appels que de nombreuses voix faisaient entendre pour la paix au sein des syndicats, du parti socialiste, etc., voix couvertes par les positions officielles bellicistes.

sa déclaration lu le 29 mars 1918 au premier conseil de guerre

« Je comparais ici comme inculpée de délit politique : or je suis dépouillée de tous droits politiques.

Parce que femme, je suis classée de plano, par les lois de mon pays, inférieure de beaucoup à tous les hommes de France et des colonies. Malgré l’intelligence qui m’a été officiellement reconnue depuis peu ; malgré les brevets et diplômes qui m’avaient été octroyés longtemps avant, je ne suis pas devant la loi l’ égale d’un nègre illettré de la Guadeloupe ou de la Côte d’Ivoire. Car lui peut participer par le bulletin de vote à la direction des affaires de notre commun pays, et moi, je ne le puis pas. Je suis hors la loi.

La loi devrait être logique et ignorer mon existence, lorsqu’il s’agit de sanctions, autant qu’elle l’ignore lorsqu’il s’agit de droits. Je proteste contre son illogisme.

Je proteste contre l’application que l’on me fait des lois que je n’ai ni voulues, ni discutées. Ces lois ne sont pas, ainsi que le dit la Déclaration des Droits de l’Homme, « l’expression de la volonté générale », car la fraction numériquement la plus importante de la Nation, les femmes, n’ont été appelées à les faire, ni directement, ni par leurs représentants.

Cette loi, que je récuse, me reproche d’avoir tenu des propos de nature à affaiblir le moral des populations. Je proteste avec plus de force encore, et je nie ! Ma propagande, discrète et nuancée, a toujours eté un appel constant à la raison, au pouvoir de réflexion, au bon sens dont chaque humain a une part, si petite soit-elle.

Il est certainement imprudent d’éveiller un somnambule qui marche sur le faîte d’un toit pour le faire réfléchir au danger de sa situation ; mais je n’ai jamais pu assimiler mon pays à un somnambule. Je l’aime trop profondément pour ne pas lui reconnaître le droit absolu à la Vérité. La Vérité est la manne des forts ; elle seule est digne d’un grand peuple.

Je rappelle, d’ailleurs, pour la forme ! – que ma propagande n’a jamais été à l’encontre de la défense nationale et n’a jamais réclamé une paix à tout prix ; j’ai toujours dit, au contraire, qu’il n’y avait qu’un devoir, un seul, sous deux formes,

pour ceux de l’avant : tenir ;
pour ceux de l’arrière : réfléchir.

Cette action éducative, je l’ai surtout exercée dans le sens féministe, car je suis surtout et avant tout féministe ; tous ceux qui me connaissent peuvent l’attester. Et c’est par féminisme que je suis ennemie de la guerre.

L’accusation prétend que sous prétexte de féminisme je faisais du pacifisme. Elle déforme ma propagande pour les besoins de la cause ! J’affirme que c’est le contraire, et il m’est aisé de le prouver ! J’affirme que depuis des années avant la guerre, je faisais du féminisme militant, que j’ai simplement continué depuis la guerre, et que jamais je n’ai fait une réflexion sur les maux de l’heure actuelle, sans ajouter que, si les femmes avaient voix au chapitre pour les questions sociales, les choses se passeraient différemment. Je fais appel ici aux témoignages de tous ceux qui militent avec moi.

Quel que soit l’angle sous lequel j’ai envisagé la guerre actuelle, soit que j’ai cru à la possibilité d’une victoire foudroyante sur nos ennemis, soit que je n’ai plus vu la possibilité que d’une victoire d’usure, exigeant encore des années de luttes, j’ai vu surtout du point de vue féministe et en féministe. La lecture de tous mes articles, depuis le début de la guerre, aurait suffi à en convaincre quiconque aurait pris la peine de les lire ; mais nul n’a pris cette peine, et on préfère me poursuivre sur des phrases et des brochures que l’on sait pertinemment ne pas être mon oeuvre. On veut voir en moi, non la féministe acharnée que je suis, qui se servait au jour le jour, dans un but féministe, des leçons de choses qu’offre la guerre, comme elle se servait dans le même but des moindres faits divers de la paix, mais une sorte de pacifiste honteuse qui, sous de vague prétexte d’un fallacieux féministe, circonvenait les âmes innocentes pour les empoisonner de doctrines pernicieuses. Pour ceux qui me connaissent, c’est purement ridicule !

Je n’ai jamais fait de pacifisme militant avant la guerre et ne faisait partie d’aucune association pacifiste alors que j’étais, depuis des années, militante des associations féministes. Suffrage des Femmes ; Union Fraternelle des Femmes, Fédération Féministe Universitaire, Ligue pour le Droit des Femmes, Union Française pour le Suffrage des Femmes, Ligue Nationale du Vote, etc .

En 1908, en 1910, en 1912, j’ai soutenu les campagnes, électorales féministes de Jeanne Laloë, Hubertine Auclert, Renée, Mortier et Madeleine Pelletier.

En 1914, j’ai pris part aux demandes d’inscription dans le VIe, fait de la propagande dans Pantin et ailleurs, pour le vote blanc du Journal, participé à la manifestation Condorcet, collé moi-même, dans Pantin et le Pré-Saint-Gervais, près de deux cents affiches de l’Union Française pour le Suffrage des Femmes, tant pour mon compte personnel que pour le compte d’une collègue, qui s’en était chargée, mais n’osait le faire elle-même et ne trouvait, en période électorale, aucun colleur d’affiche à un prix raisonnable ! – Cette femme est une des deux qui prétendent, en ce moment, que mon féminisme n’est qu’une façade pour dissimuler le pacifisme !

Non ! 1. Je ne dissimule rien et 2. Mon féminisme est vieux de vingt ans, et mon pacifisme date seulement de la guerre, à l’ inverse de beaucoup d’autres, qui se sont éteints à la date du 4 août 1914 – ou quelques jours avant.

Avant la guerre, la seule propagande pacifiste que je reconnais avoir faite, a été de répandre et faire lire le plus possible le livre « Bas les Armes !» de la baronne Bertha von Sutner, prix Nobel pour la Paix en 1905. Et c’est uniquement parce que c’était un livre de femme !

Depuis la guerre, je n’ai cessé d’être en lutte, même et surtout avec mes plus proches camarades pacifistes – ceux qui ont rédigé les brochures que vous me reprochez ! – à cause de leur manque de féminisme. Il y a de cela des preuves écrites, dans la brochure « La Voie Féministe », qui est mon oeuvre propre, l’ expression de ma pensée à moi et qui, cependant, n’a pas été lue ; ni d’ailleurs aucun de mes écrits sur la paix – par vous, Messieurs, qui cependant vous apprêtez à juger ma propagande pour la paix !

Je suis ennemie de la guerre, parce que féministe. La guerre est le triomphe de la force brutale ; le féministe ne peut triompher que par la force morale et la valeur intellectuelle ; il y a antinomie absolue entre les deux. Je ne pense pas que dans la société primitive, la force de la femme, ni sa valeur, étaient inférieures à celles de l’homme ; mais il est certain que dans la société actuelle, la possibilité de la guerre a établi une échelle de valeurs toutes factices, au détriment de la femme. » (…)

la suite sur http://www.jaures.eu/ressources/guerre_paix/declaration-dhelene-brion-feministe-et-pacifiste-au-conseil-de-guerre-1918/

 

1193/8 novembre 1917: la querelle du « défaitisme » en 1917

Parution de la Baïonnette

GUS BOFA.- « Vue, scrupuleusement exacte, du front de l’armée anglaise, qui est, comme chacun sait en France, une armée confortable. – Sir, les Huns voudraient attaquer ! – Tout à l’heure, mon garçon, après le thé ! »

L’adjudant Maxime Gallois et le bombardement de Essen de nuit

Le sous-lieutenant Maxime Gallois dans la Guerre aérienne illustrée du jeudi 8 novembre 1917. In Gallica Bnf.
Gallois fut promut sous-lieutenant après son exploit sur Essen.

Citant « le Journal », l’Éclair Comtois rend compte d’un exploit aérien comme il y en eut tant durant cette guerre. Celui-ci a ceci de particulier qu’il concerne Essen, cette ville sidérurgique et métallurgique qui abritait la plus grande usine d’acier d’Europe, celle de Krupp. Les soldats savaient que l’on y fabriquait l’essentiel des canons qui les faisaient tant souffrir sur le front. Aussi un raid sur Essen avait-il un aspect symbolique : on tentait de détruire l’usine

source: http://aetdebesancon.blog.lemonde.fr/2017/07/11/ladjudant-maxime-gallois-et-le-bombardement-de-essen-de-nuit/

La querelle du « défaitisme » en 1917

« Ni trahison ni demi-trahison : la guerre. Rien que la guerre », a proclamé le nouveau président du Conseil, Georges Clemenceau, dans sa déclaration ministérielle en novembre 1917. Cette déclaration faite devant la Chambre des députés annonçait la guerre à outrance contre l’« ennemi intérieur » : les pacifistes et antimilitaristes du mouvement ouvrier. Elle a entrainé de leur part une polémique farouche contre Clemenceau et sa « méthode » de répression à l’encontre de tout discours ou acte d’opposition.

Les pacifistes que Clemenceau attaque dans son discours ne sont pas les destinataires explicites de son intervention parlementaire, de même que Clemenceau n’est pas le destinataire direct des tracts contestataires. Néanmoins, la dimension interactionnelle qui préside à la polémique entre un procureur et des inculpés est bien présente, et modèle l’échange en profondeur. Si la parole du président du Conseil peut être étudiée en soi, comme toute intervention parlementaire, la polémique lancée par les milieux pacifistes ne peut être comprise en dehors des propos politiques de Clemenceau, auxquels elle entend répliquer. Dans cette visée, la parole des pacifistes met en scène une attaque qui est aussi, simultanément, une autodéfense. Elle constitue un « discours disqualifiant, c’est-à-dire qu’il attaque une cible » et « met au service de cette visée pragmatique dominante – discréditer l’adversaire, et le discours qu’il est censé tenir – tout l’arsenal de ses procédés rhétoriques et argumentatifs » (Kerbrat-Orecchioni, 1980, p. 12).

3En outre, le dispositif discursif est rendu plus complexe par le fait que, dès le départ, les positions des instances de locution ne sont pas équivalentes. D’un côté, un discours institutionnel, prononcé par un orateur dont le droit à la parole relève de son autorité politique, un détenteur du skeptron (Bourdieu, 2001, p. 163). De l’autre côté, une communauté discursive minoritaire, marginale, taxée de « défaitisme », qui recourt à des genres clandestins ou semi-clandestins pour donner la réplique aux « jusqu’au-boutistes ». Dans ces conditions, leur discours n’a pas la possibilité de pénétrer dans la sphère publique, si l’on excepte les interventions des parlementaires socialistes à la Chambre – mais là aussi, leur influence est minime. La parole de Clemenceau est celle qui a acquis une « visibilité » publique, ce qui contribue à enraciner dans les esprits le péril représenté par les défaitistes. La polémique des pacifistes demeure au contraire dans l’ombre.

source: https://mots.revues.org/2183

Journal du jeudi 8 novembre 1917 à travers Le Miroir

Des coups de main ennemis sur nos tranchées de la région de Saint-Quentin et du nord-ouest de Reims (secteur de Sapigneul et du Godat) ont valu des pertes à l’ennemi sans aucun résultat.
Sur la rive droite de la Meuse, le bombardement violent de la région du bois Le Chaume a été suivi d’une attaque d’infanterie ennemie. Nos feux ont refoulé les assaillants, qui n’ont pu aborder nos lignes.
En Haute-Alsace, nous avons attaqué avec succès les positions allemandes du Schoenholz (nord-ouest d’Altkirch) et fait 60 prisonniers.
La lutte d’artillerie a été moins vive que les journées précédentes sur le front belge. Nos alliés ont exécuté des tirs de représailles.
Les troupes britanniques ont accompli un coup de main au nord-ouest de Quéant. Elles ont fait un certain nombre de prisonniers. Sur le reste de ce front, activité intermittente d’artillerie.
En Palestine, les Anglais ont occupé la ville de Gaza.
Les Italiens se sont retirés du Tagliamento, qui est à sec, sur la Livenza. Ce repli, efficacement protégé, s’est opéré en bon ordre. 4 avions ennemis ont été abattus.
En Macédoine, activité d’artillerie à l’embouchure de la Strouma.
Les Anglais exécutent un coup de main vers Macukovo.

source: http://grande.guerre.pagesperso-orange.fr/novembre1917.html