Archives du mot-clé paris

1917: quand la mairie de Reims était à Paris

L’hôtel de ville est victime d’un violent incendie en mai 1917. Le maire Jean-Baptiste Langlet fait alors installer les bureaux municipaux dans les caves de la maison de champagne Werlé situées juste à côté (aujourd’hui, le Cellier). Avec l’évacuation générale décrétée par l’État le 25 mars 1918, la mairie de Reims trouve alors refuge à Paris, au 19 avenue de l’Opéra. D’autres services municipaux sont dispatchés ailleurs dans Paris ainsi que dans d’autres villes de France.

Les services municipaux reviennent rapidement à Reims, après la libération de la cité.

Après l’incendie de l’hôtel de ville, les services municipaux trouvent refuge dans les caves de l’actuel Cellier, rue de Mars. Ici, une partie du conseil municipal de l’époque, en pleine réunion. – Coll. Archives municipales / Ville de Reims

La suite (payante) sur le site de L’Union

http://www.lunion.fr/85771/article/2018-04-12/incendie-de-la-mairie-10-ans-d-exil-pour-les-services-municipaux

Voir aussi le PDF du dernier magazine municipal « Reims attractive » (la dernière page)

http://fr.calameo.com/read/002338616d1e2e91372d4

Lire aussi dans L’Union (payant) 

Quand la mairie de Reims était à Paris

…, dans le 1er arrondissement de Paris. La «mairie provisoire» de Reims, notamment les services de l’état civil, la comptabilité et la recette municipale comme les allocations militaires est en mesure d’accueillir… «Ce 19 avril, sera une journée forte en symboles» Cent ans, jour pour jour, après la tenue du premier conseil municipal de Reims à la «mairieprovisoire» de Paris, l’ensemble des élus rémois…commémoration En 1918, lorsque l’ordre d’évacuation de la ville est donné, le conseil municipal trouve refuge à Paris. Cent ans après, ce 19 avril, les élus rémois se réuniront de nouveau…

source: http://www.lunion.fr/archive/d-20180412-3LM0X9?referer=%2Farchives%2Frecherche%3Fdatefilter%3Dlastyear%26sort%3Ddate%2520desc%26word%3Dquand%2520la%2520mairie%2520%25C3%25A9tait%2520%25C3%25A0%2520Paris

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1348/12 avril 1918:le ruisseau rouge

Paris : le quartier St Paul torpillé le 12 avril 1918

Le quartier Saint-Paul torpillée, 12 avril 1918 (22h30), angle rue Saint-Antoine et rue de Rivoli, 4ème arrondissement, Paris. Première Guerre mondiale 1914-1918, grande guerre. Dégâts causés par le bombardement allemand. kiosque détruit

source: http://parismuseescollections.paris.fr/fr/musee-carnavalet/oeuvres/le-quartier-st-paul-torpillie-le-12-avril-1918-22h30#infos-principales

http://lindependantdu4e.typepad.fr/arrondissement_de_paris/2016/09/un-souvenir-du-bombardement-aérien-du-12-avril-1918.html

Le ruisseau rouge

Sources : L’Écho du Pas-de-calais – novembre 1993 – article consacré à la bataille de la Lys dans le secteur de Robecq, Saint-Venant, Calonne-sur-la-Lys, Saint-Floris – légende de la photo : « À Robecq comme dans toute la zone de combats, les civils sont évacués » Chris Baker – « The battle for Flanders – German defeat on The Lys Légende de la photo : “Men of 2/7 Royal Warwickshires rescuing a bed-ridden old man in Robecq on 12 April 1918”Le 12 avril 1918, les troupes britanniques évacuent le village de Robecq. Pour les besoins du roman, quelques personnes resteront sur place et devront vivre une situation peu commode. le village de Robecq étant alors  situé à 1 km de la ligne de fortification britannique et à 5 kms de Calonnes-sur-la-Lys occupé par les troupes allemandes. Mais c’est en mai que le village souffrira le plus. À ce moment-là, le roman fait le grand saut pour arriver en septembre 1918 et le retour des réfugiés.

source: http://ruisseaurouge.blogspot.fr/2013/09/12-avril-1918.html

Béthune évacuée

Sous-Préfet de Béthune dès le 12 janvier 1914, Adrien Bonnefoy-Sibour n’a de cesse de remplir ses fonctions avec sang-froid et courage. Le 12 avril 1918, la situation est telle qu’il ordonne d’évacuer la ville, même s’il reste présent avec une cinquantaine d’irréductibles. Compte-tenu des évènements, le conseil municipal s’exile à Berck-sur-Mer. Le 28 décembre 1919, le sous-préfet reçoit le Président Raymond Poincaré venu remettre la Croix de la Légion d’Honneur et la Croix de Guerre à la ville.

source: https://ignrando.fr/fr/parcours/51080-bethune-a-l-heure-anglaise

Bataille de la Lys communiqué officiel

vendredi 12 avril 1918

Après-midi : Une lutte acharnée se déroula sans interruption la nuit dernière près de Merville et de Neuf-Berquin. Dans ces deux localités, l’enemi a continué ses efforts et réalisé des progrès ; Merville est tombée entre ses mains au cours de la nuit.

Les attaques lancées hier près de Ploegsteert ont réussi, après un combat très vif, à rejeter nos troupes sur la lisière de Neuve-Eglise où elles occupent de nouvelles positions.
Dans les autres parties du front de bataille septentrional, la situation reste à peu près sans changement. les éléments de tranchées dans lesquels les allemands sont parvenus à pénétrer au nord de Festubert ont été repris.
Dans le secteur entre la Louane et la rivière Lawe, et plus au nord, des attaqes ennemies ont été repoussées.
La bataille continue sur tout le front au nord du canal de la Bassée jusqu’à Hollebeke.[…]

Soir : L’ennemi a continué, toute la journée, à nous presser fortement au sud et au sud-ouest de Bailleul.
Des attaques constantes, menées par des forces importantes, ont été exécutées dans ce secteur et continuent encore.
Nos troupes se sont repliées méthodiquement en continuant à combattre sur des positions dans le voisinage du chemin de fer de Bailleul, où elles restent engagées dans une lutte violente avec l’ennemi.
De violents combats ont été également livrés en d’autres points du champ de bataille au nord du canal de La Bassée, et l’ennemi a fait de léger progrès entre les rivières Lawe et Clarance.
Partout ailleurs, nos positions ont été maintenues.

Journal du vendredi 12 avril 1918

Notre artillerie s’est montrée active entre Montdidier et Noyon. Au cours de divers combats, nous avons fait une trentaine de prisonniers.
Un détachement ennemi pris sous nos feux dans la région d’Orvillers-Sorel, s’est dispersé avant d’avoir abordé nos lignes.
Au nord-ouest et à l’est de Reims, nous avons réussi des coups de main et ramené une douzaine de prisonniers et une mitrailleuse.
En Champagne, l’ennemi a attaqué nos postes avancés à l’est de Souain et a été repoussé après un vif combat. Une autre tentative ennemie en forêt d’Apremont, a échoué sous nos feux.
Sur le front britannique, les Allemands ont lancé une nouvelle et puissante attaque contre les positions de nos alliés entre la Lys, à Armentières et la rive est du canal d’Ypres-Comines. Des combats acharnés ont été livrés. Au nord d’Armentières, la puissance des assauts ennemis a obligé les troupes anglaises à se retirer sur la ligne Wytschaete-hauteurs de Messine-Ploegsteert.
Des détachements d’infanterie allemande qui avaient réussi à pénétrer dans Messines en ont été chassés par une contre-attaque. Armentières, rendue intenable par les gaz toxiques, a été évacuée. Au sud de la ville, les Allemands se sont établis sur la rive gauche de la Lys, en certains endroits à l’est d’Estaires et dans le voisinage du Bac-Saint-Maur. L’ennemi a pris et reperdu Lestrem.
M. Clemenceau publie le texte de la lettre de Charles 1er qui reconnaît nos droits sur l’A1sace-Lorraine.

source: http://grande.guerre.pagesperso-orange.fr/avril18.html

Cent ans après, le conseil municipal de Reims à nouveau réuni à Paris !

Jeudi 19 avril, dévoilement d’une plaque commémorative, avenue de l’Opéra puis, accueil à l’Hôtel de ville.

Exceptionnellement, ce 19 avril, les élus de la ville de Reims se réuniront au-delà de l’hôtel de ville de Reims, un édifice au décor intérieur de style Art Déco.

Ce  jeudi 19 avril, à 10 h 30, sera dévoilée une plaque commémorative, 19 avenue de l’Opéra. Les membres du conseil municipal de Reims seront ensuite accueillis à l’Hôtel de ville de Paris. Dans la bibliothèque attenante, une exposition intitulée « Reims 1918 • Paris 2018 » évoquera l’histoire singulière de Reims, celle d’une ville de front, bombardée quatre ans, évacuée puis reconstruite. Cette reconstruction, envisagée dès 1914 par les élus municipaux conféra une esthétique nouvelle à Reims. C’est pourquoi, aujourd’hui encore, du centre-ville aux faubourgs, façades d’hôtels particuliers, de maisons, d’établissements publics et leurs décors intérieurs offrent au regard un large panorama des styles en vogue dans les années 20, dont le fameux Art Déco.

Le gouvernement mit à disposition de la ville de Reims le 1er étage du siège d’une banque autrichienne mise sous séquestre, située 19 avenue de l’Opéra.

1347/11 avril 1918: Paris: un obus dans la maternité Baudelocque

Les hommes du 4e régiment de marche de zouaves

6 / Réf. SPA 39 W 1901 Choisy-la-Victoire, Oise, bataillon de zouaves attendant pour monter en camion. 11/04/1918, opérateur : Jacques Ridel.

 Située à 15 km à l’est de Clermont, Choisy-la-Victoire est le point de départ du front pour les hommes du 4e régiment de marche de zouaves. Rattachés à la 38e division d’infanterie, ils participent entre le 27 et le 31 mars 1918 aux combats d’Orvillers-Sorel, où, aux côtés du 8e régiment de tirailleurs, ils parviennent à stopper l’avancée allemande. Pour tuer le temps en attendant l’embarquement dans les camions, certains soldats jouent aux cartes.

http://archives.ecpad.fr/wp-content/uploads/2010/06/1918-04.pdf

Paris: un obus dans la maternité Baudelocque

Ce 11 avril, dans la maternité de Baudelocque, à 15 heures, c’est la fin des visites. Cette maternité est particulière parce que c’est la première de ce genre. Avant, on accouchait à la maison, seule, ou aidée par une sage-femme ou le médecin.
Dans cette maternité, donc, la visite s’achève. À 15h30 une déflagration pulvérise tout sur son passage. Un obus vient de traverser le mur de la pièce qu’on appelle « la crèche » (la pièce où dorment femmes et enfants).

6 tués. 14 blessés.
Parmi les blessés : 10 jeunes mères, 2 bébés de deux jours et deux élèves sage-femmes.
Parmi les tués : une élève sage-femme, 4 jeunes mères et un bébé.

Il est fort probable qu’il y ait eu plus de bébés touchés, mais il fallait qu’ils aient deux jours de vie pour qu’ils soient inscrits au livret de famille, donc reconnus officiellement…

source: http://bebe.doctissimo.fr/blog/15814-1918-un-obus-dans-la-maternite-Baudelocque.html

Vieux Berquin évacué

La bataille de la Lys est lancée au printemps 1918 avec pour objectif pour les allemands de s’emparer des monts de Flandre. Vieux-Berquin est évacué le 11 avril 1918 et en quelques heures totalement détruit le 12 avril. Les australiens ont combattu à cette époque dans le secteur de Vieux-Berquin. Un cairn commémoratif offert par une association d’anciens combattants australiens fut apposé sur le mur de la mairie le 12 avril 1983 en présence de l’ambassadeur d’Australie en France.

source: http://66a4fa6933.url-de-test.ws/wordpress/presentation-de-la-commune/

Bataille de la Lys: communiqué officiel

jeudi 11 avril 1918

Après-midi : La bataille continue sur tout le front depuis la canal de La Basséejusqu’au canal Ypres-Comines.

Une lutte acharnée s’est déroulée près de la Lawe et la Lys entre Lestrem et Armentières.
Nos troupes ont évacué Armentières rendu intenable par les gaz.
Au nord d’Armentières la situation a peu changé. Hier soir, à une heure tardive, le combat continuait avec violence près de Ploegsteert, Messines et Wytschate. […]

Soir : L’ennemi a poussé son attaque avec force toute la journée sur la totalité du front nord de la bataille.
Des assauts violents et répétés ont été exécutés par des divisions allemandes fraîches dans la région de la rivière Lawe, entre Loisne et Lestrem ; dans ce combat, le 51e division a repoussé les attaques incessantes en infligeant à l’ennemi de grosses pertes et a, par des contre-attaques énergiques et heureuses, repris les positions dans lesquelles l’ennemi avait pénétré. Une lutte violente a eu lieu à Estaires et entre ce point et Steenwerk. Dans ce secteur, l’ennemi a également attaqué en force et a réussi à refouler notre ligne immédiatement au nord de ces points.
Au nord d’Armentières, une attaque énergique s’est développée contre notre position dans le voisinage du bois de Ploegsteert et l’ennemi a fait quelques progrès.
Plus au nord, une attaque violente lancée ce matin par l’ennemi contre nos lignes dans le voisinage de Wytschaete et Hollebeke a été complètement repoussée par la 9e division avec de grosses pertes pour l’ennemi.
La lutte continue sur tout le front entre le canal de La Bassée et le canal d’Ypres-Comines.[…]

source: http://www.bataille-de-la-lys.com/fr/attaque_allemande/communiques/11_avril_1918.html

Journal du jeudi 11 avril 1918

Actions locales entreprises par l’ennemi sur plusieurs points du front.
Dans la région de Hangard-en-Santerre, les Allemands ont prononcé une attaque puissante, précédée d’une forte préparation d’artillerie. Un combat acharné s’est engagé pour la possession du village qui a passé de main en main. Une contre-attaque de nos troupes, à 3 heures du matin, nous a rendu entièrement le village et le cimetière.
Une tentative de l’ennemi pour nous chasser des bois à l’ouest de Castel, a subi un sanglant échec.
A l’ouest de Noyon, les Allemands n’ont pas été plus heureux dans la région de Suzoy.
Nos troupes y ont brisé l’effort de l’ennemi qui a accru le chiffre de ses pertes sans obtenir de résultat.
Au nord-est du mont Renaud, nos reconnaissances ont fait des prisonniers et capturé deux mitrailleuses.
Les troupes britanniques et portugaises ont été attaquées par de gros contingents ennemis, depuis le canal de la Bassée jusqu’au voisinage d’Armentières.
L’ennemi, favorisé par une brume épaisse, a réussi à pénétrer dans les positions alliées. Il a repoussé au centre les Portugais et à une aile les Anglais, jusqu’à la Lys, entre Estaires et Bac-Saint-Maur.
L’ennemi a été rejeté à Givenchy et à Fleurbaix. Il a pris Richebourg-Saint-Vaast et Laventie.

source: http://grande.guerre.pagesperso-orange.fr/avril18.html

1334/29 mars 1918: l’église Saint-Gervais (Paris) bombardée:91 morts7

L’église Saint-Gervais (Paris) bombardée:91 morts

Lors de leur ultime offensive de la Grande Guerre, les Allemands bombardent Paris avec trois canons géants situés dans la forêt de Saint-Gobain, à 140 km au nord de la capitale. Ils sont surnommés Langer Friedrich (« Frédéric le Long »), en hommage à l’industriel Friedrich Krupp, et Gross Gustav en hommage à son gendre.

L’un de ces canons tire un obus à l’aveuglette le 29 mars 1918. Il atteint l’église Saint-Gervais, pendant les vêpres du Vendredi Saint, occasionnant 91 morts (dont 52 femmes) et 68 blessés parmi les fidèles. L’événement a un retentissement jusqu’en Amérique.

source: https://www.herodote.net/almanach-ID-3295.php

lire aussi: https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/france-info-y-etait/29-mars-1918-les-canons-allemands-tirent-sur-paris_1761341.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Église_Saint-Gervais-Saint-Protais_de_Paris

Déclaration d’Hélène Brion, féministe et pacifiste, au Conseil de guerre

Hélène Brion, institutrice féministe et pacifiste, fut suspendue puis emprisonnée en 1917, et condamnée en 1918 à trois ans de prison avec sursis. Elle ne pourra enseigner de nouveau que sept ans plus tard.

Son crime ? « Propagande défaitiste. » Autrement dit d’avoir été pacifiste, porte-parole du courant pacifiste qui naquit en 1915 au sein de la CGT, membre du Comité international des femmes pour la paix permanente, etc. Et d’avoir sans cesse relayé les textes et les appels que de nombreuses voix faisaient entendre pour la paix au sein des syndicats, du parti socialiste, etc., voix couvertes par les positions officielles bellicistes.

sa déclaration lu le 29 mars 1918 au premier conseil de guerre

« Je comparais ici comme inculpée de délit politique : or je suis dépouillée de tous droits politiques.

Parce que femme, je suis classée de plano, par les lois de mon pays, inférieure de beaucoup à tous les hommes de France et des colonies. Malgré l’intelligence qui m’a été officiellement reconnue depuis peu ; malgré les brevets et diplômes qui m’avaient été octroyés longtemps avant, je ne suis pas devant la loi l’ égale d’un nègre illettré de la Guadeloupe ou de la Côte d’Ivoire. Car lui peut participer par le bulletin de vote à la direction des affaires de notre commun pays, et moi, je ne le puis pas. Je suis hors la loi.

La loi devrait être logique et ignorer mon existence, lorsqu’il s’agit de sanctions, autant qu’elle l’ignore lorsqu’il s’agit de droits. Je proteste contre son illogisme.

Je proteste contre l’application que l’on me fait des lois que je n’ai ni voulues, ni discutées. Ces lois ne sont pas, ainsi que le dit la Déclaration des Droits de l’Homme, « l’expression de la volonté générale », car la fraction numériquement la plus importante de la Nation, les femmes, n’ont été appelées à les faire, ni directement, ni par leurs représentants.

Cette loi, que je récuse, me reproche d’avoir tenu des propos de nature à affaiblir le moral des populations. Je proteste avec plus de force encore, et je nie ! Ma propagande, discrète et nuancée, a toujours eté un appel constant à la raison, au pouvoir de réflexion, au bon sens dont chaque humain a une part, si petite soit-elle.

Il est certainement imprudent d’éveiller un somnambule qui marche sur le faîte d’un toit pour le faire réfléchir au danger de sa situation ; mais je n’ai jamais pu assimiler mon pays à un somnambule. Je l’aime trop profondément pour ne pas lui reconnaître le droit absolu à la Vérité. La Vérité est la manne des forts ; elle seule est digne d’un grand peuple.

Je rappelle, d’ailleurs, pour la forme ! – que ma propagande n’a jamais été à l’encontre de la défense nationale et n’a jamais réclamé une paix à tout prix ; j’ai toujours dit, au contraire, qu’il n’y avait qu’un devoir, un seul, sous deux formes,

pour ceux de l’avant : tenir ;
pour ceux de l’arrière : réfléchir.

Cette action éducative, je l’ai surtout exercée dans le sens féministe, car je suis surtout et avant tout féministe ; tous ceux qui me connaissent peuvent l’attester. Et c’est par féminisme que je suis ennemie de la guerre.

L’accusation prétend que sous prétexte de féminisme je faisais du pacifisme. Elle déforme ma propagande pour les besoins de la cause ! J’affirme que c’est le contraire, et il m’est aisé de le prouver ! J’affirme que depuis des années avant la guerre, je faisais du féminisme militant, que j’ai simplement continué depuis la guerre, et que jamais je n’ai fait une réflexion sur les maux de l’heure actuelle, sans ajouter que, si les femmes avaient voix au chapitre pour les questions sociales, les choses se passeraient différemment. Je fais appel ici aux témoignages de tous ceux qui militent avec moi.

Quel que soit l’angle sous lequel j’ai envisagé la guerre actuelle, soit que j’ai cru à la possibilité d’une victoire foudroyante sur nos ennemis, soit que je n’ai plus vu la possibilité que d’une victoire d’usure, exigeant encore des années de luttes, j’ai vu surtout du point de vue féministe et en féministe. La lecture de tous mes articles, depuis le début de la guerre, aurait suffi à en convaincre quiconque aurait pris la peine de les lire ; mais nul n’a pris cette peine, et on préfère me poursuivre sur des phrases et des brochures que l’on sait pertinemment ne pas être mon oeuvre. On veut voir en moi, non la féministe acharnée que je suis, qui se servait au jour le jour, dans un but féministe, des leçons de choses qu’offre la guerre, comme elle se servait dans le même but des moindres faits divers de la paix, mais une sorte de pacifiste honteuse qui, sous de vague prétexte d’un fallacieux féministe, circonvenait les âmes innocentes pour les empoisonner de doctrines pernicieuses. Pour ceux qui me connaissent, c’est purement ridicule !

Je n’ai jamais fait de pacifisme militant avant la guerre et ne faisait partie d’aucune association pacifiste alors que j’étais, depuis des années, militante des associations féministes. Suffrage des Femmes ; Union Fraternelle des Femmes, Fédération Féministe Universitaire, Ligue pour le Droit des Femmes, Union Française pour le Suffrage des Femmes, Ligue Nationale du Vote, etc .

En 1908, en 1910, en 1912, j’ai soutenu les campagnes, électorales féministes de Jeanne Laloë, Hubertine Auclert, Renée, Mortier et Madeleine Pelletier.

En 1914, j’ai pris part aux demandes d’inscription dans le VIe, fait de la propagande dans Pantin et ailleurs, pour le vote blanc du Journal, participé à la manifestation Condorcet, collé moi-même, dans Pantin et le Pré-Saint-Gervais, près de deux cents affiches de l’Union Française pour le Suffrage des Femmes, tant pour mon compte personnel que pour le compte d’une collègue, qui s’en était chargée, mais n’osait le faire elle-même et ne trouvait, en période électorale, aucun colleur d’affiche à un prix raisonnable ! – Cette femme est une des deux qui prétendent, en ce moment, que mon féminisme n’est qu’une façade pour dissimuler le pacifisme !

Non ! 1. Je ne dissimule rien et 2. Mon féminisme est vieux de vingt ans, et mon pacifisme date seulement de la guerre, à l’ inverse de beaucoup d’autres, qui se sont éteints à la date du 4 août 1914 – ou quelques jours avant.

Avant la guerre, la seule propagande pacifiste que je reconnais avoir faite, a été de répandre et faire lire le plus possible le livre « Bas les Armes !» de la baronne Bertha von Sutner, prix Nobel pour la Paix en 1905. Et c’est uniquement parce que c’était un livre de femme !

Depuis la guerre, je n’ai cessé d’être en lutte, même et surtout avec mes plus proches camarades pacifistes – ceux qui ont rédigé les brochures que vous me reprochez ! – à cause de leur manque de féminisme. Il y a de cela des preuves écrites, dans la brochure « La Voie Féministe », qui est mon oeuvre propre, l’ expression de ma pensée à moi et qui, cependant, n’a pas été lue ; ni d’ailleurs aucun de mes écrits sur la paix – par vous, Messieurs, qui cependant vous apprêtez à juger ma propagande pour la paix !

Je suis ennemie de la guerre, parce que féministe. La guerre est le triomphe de la force brutale ; le féministe ne peut triompher que par la force morale et la valeur intellectuelle ; il y a antinomie absolue entre les deux. Je ne pense pas que dans la société primitive, la force de la femme, ni sa valeur, étaient inférieures à celles de l’homme ; mais il est certain que dans la société actuelle, la possibilité de la guerre a établi une échelle de valeurs toutes factices, au détriment de la femme. » (…)

la suite sur http://www.jaures.eu/ressources/guerre_paix/declaration-dhelene-brion-feministe-et-pacifiste-au-conseil-de-guerre-1918/

 

1328/23 mars 1918: premiers bombardements par des canons longue portée sur Paris

Premiers bombardements par des canons longue portée sur Paris

Après avoir subi depuis la fin janvier 1918, les bombardements des Gothas, la capitale est exposée, à partir du 23 mars, aux bombardements des canons à longue portée que les Allemands ont installé au nord-ouest de Crépy-en-Laonnois, à quelque 120 km de Paris.

Le 23 mars 1918, le premier projectile tombe à 7h 20 devant le n° 6 du quai de Seine dans le 19e arrondissement et à 8h15, le 4e arrondissement est touché, au 15 rue Charles V. Une demi-heure plus tard, le même arrondissement est touché rue François-Miron au numéro 8. Une vingtaine d’obus s’abat sur la capitale jusqu’à 15 heures sans que les autorités, et encore moins les Parisiens, ne comprennent ce qui se passe. Serait-ce une attaque aérienne à très haute altitude comme le laisse entendre un communiqué du ministère de la Guerre vers le milieu de la matinée ? En début d’après midi, l’explication n’est toujours pas évidente comme le rapporte un rédacteur du journal Le Temps au moment du bouclage et dont Jules Poirier se fait l’écho (p. 219) : le ministère demande au journal de ne pas publier un commentaire sur le caractère aérien du bombardement et d’attendre un communiqué officiel. Il tombe enfin à 15 heures : « l’ennemi a tiré sur Paris avec une pièce à longue portée… les mesures pour combattre la pièce ennemie sont en voie d’exécution ». Les journalistes n’arrivent pas à y croire car, pour tout un chacun, il était alors impossible d’envoyer des obus – cela avait été le cas lors du bombardement de Dunkerque – à plus de 30 km. Du coup, pour éviter que la nouvelle ne soit interprétée comme un percement du front, Le Tempsaccompagne le communiqué d’un commentaire : « ajoutons à l’explication officielle qu’on vient de lire que la plus courte distance du front à Paris est de plus de 100 kilomètres ».

L’obus tombé sur l’immeuble du 15 rue Charles V, juste derrière le lycée Charlemagne, tue un habitant selon les relevés de Jules Poirier. Sur la photo, on voit bien comment l’obus a détruit les étages supérieurs de l’immeuble sans pour autant provoquer d’incendie. L’immeuble, dont les murs révèlent la modestie, est situé en bordure de l’îlot insalubre n° 16, dans un quartier populaire qui abrite de nombreux ateliers – on distingue bien les toits d’un atelier ou d’une petite entreprise à l’arrière de l’immeuble.

la suite sur: http://atelier-histoire.ens-lyon.fr/AtelierHistoire/episodes/view/58

https://www.lepopulaire.fr/limoges/insolite/histoire/2017/03/23/le-23-mars-1918_12333085.html

Lire aussi: http://aufildesmotsetdelhistoire.u.a.f.unblog.fr/files/2012/03/La-grosse-Bertha.jpg

http://horizon14-18.eu/wa_files/DOSSIER_20Grosse-bertha2.pdf

Au temps où, de l’Aisne, des canons tiraient sur Paris

(…)

Dès novembre 1917,les travaux commencent et se poursuivent acti- vement en janvier et février de cette dernière année de guerre.

SurlavoieferréedeLaonàLaFèresetrouvelapetitegaredeCrépy- en-Laonnois. Petite, elle l’est en effet mais cela ne l’empêche pas d’avoirunecertaineimportance. C’estlàquel’onamèneleswagonsde pierres, de bois…. et de munitions, déchargés ensuite par les prison- niers civils français dont un certain nombre habitent non loin de là dans la râperie de Besny-Loizy.

Cachés parmi les arbres et les taillis sans feuilles de la colline du Mont de Joie, des hommes travaillent. On abat des arbres aussitôt débités et dont on s’efforce de camoufler la destruction. Au milieu des taillis, des allées sont tracées, des traverses posées et les voies ferrees s’allongent immédiatement recouvertes de filets de protection contre les regards indiscrets des aviateurs.

On creuse la terre en plusieurs endroits. En trois points des cons- tructions de plates-formes sont commencées. Tout l’espace dénudé par ces emplacements est couvert de grillage attaché au sommet des arbres et recouvert d‘un filet. Quand la végétation commencera à pousser le tout sera recouvert de verdure. Quelques arbres, les plus grands, choisis comme observatoires, pour voir loin ce qui se passe dans les environs, sont garnis d’échelons. Il reste encore des civils et les allemands tiennent à éloigner ces gêneurs éventuels… et souvent indiscrets.

Près des plates-formes, de même qu’un peu plus loin, des galeries souterraines solidement boisées et creusées à une profondeur consi- dérable, conduisent à des chambres pour le personnel et à des futurs dépôts de munitions. L’électricité, avec des groupes électrogènes, s’installe également.

La suite sur http://www.histoireaisne.fr/memoires_numerises/chapitres/tome_31/Tome_031_page_060.pdf

 

Journal du samedi 23 mars 1918

Nous avons repoussé de forts coups de main ennemis au sud de Juvincourt, dans le secteur du Godat, au nord de Courcy et au nord de l’Aisne. Sur ces deux derniers points, les détachements ennemis ont été rejetés de nos éléments avancés, après un vif combat qui leur a coûté des pertes sensibles.
En Champagne, une tentative ennemie, à l’ouest du mont Cornillet, a également échoué.
Les Allemands ont jeté des bombes sur Compiègne. Une escadrille qui venait sur Paris, où l’alerte était donnée, a rebroussé chemin.
Les Allemands ayant attaqué les secteurs britanniques sur un front de 80 kilomètres, la bataille s’est développée avec violence. Nos alliés ont maintenu l’ennemi sur ses positions de combat.
Ces pertes allemandes ont été d’autant plus graves que l’adversaire se présentait en rangs plus serrés.
En Mésopotamie, les Anglais ont pris, à Hit, des magasins turcs qui renfermaient une grande quantité d’armes et de munitions.

 

1327/22 mars 1918: les lettres du condamné à mort Alfred Pagnien

L’offensive de l’empereur se poursuit

Le 22 mars, au matin

La course reprenait dans un brouillard épais, en présence de l’Empereur, appelé en toute hâte pour assister à la victoire.

Cette fois, au nord, l’Armée de Byng cédait sous une formidable pression et abandonnait les hauteurs de Croisilles à l’Armée de Below, tandis qu’au sud, Marwitz, faisant effort sur la gauche de Gough, enlevait Epehy, Roisel, Vermand et les deux premières positions anglaises jusqu’a l’ Omignon.

Au sud de ce ruisseau, Hutier, précédé par une nappe de gaz, pénétrait dans les troisièmes positions de la 5e Armée britannique, prenait pied sur la rive ouest du canal de Crozat, forçait le passage de l’Oise à l’ouest de La Fère et se rendait maître de Tergnier.

Menacé d’être débordé, Byng évacue alors ses premières positions qui résistaient toujours en face de Marcoing, et Gouhg, dont toutes les réserves ont déjà été engagées, prend ses dispositions pour se retirer derrière la ligne de la Somme et du canal du Nord.

Cependant, le général Pellé est déjà arrivé a Noyon. Ses divisions sont en mouvement, mais ne peuvent être encore là; et, en les attendant, la 125e division doit étendre sa gauche vers l’ouest pour étayer vers Chauny la 58e division britannique qui recule toujours, écrasée sous le nombre des assaillants, ainsi d’ailleurs que les autres divisions de l’Armée Gough.

L’intervention des réserves britanniques (20e division et 2 division de cavalerie) a permis tout au plus de marquer un temps d’arrêt sur le canal de Crozat. C’est une mission d’entier sacrifice que nos 76e, 131e, et 113e régiments d’infanterie accomplissent avec abnégation.

http://chtimiste.com/batailles1418/1918empereur.htm

Paris bombardé

c’est en 1918 que l’armée allemande sort l’artillerie lourde. Le 22 mars 1918, des détonations se font entendre dans Paris tous les quarts d’heure. Et pourtant, aucun gotha ne survole Paris.

Des avions invisibles sont-il en train de bombarder la capitale? C’est la grosse Bertha (du nom de la femme de l’ingénieur Krupp, créateur de l’engin), canon au sol d’une portée de 120 kilomètres: «Une prouesse métallurgique», d’après Clemenceau. A elle seule, la grosse Bertha fera 256 morts et 620 blessés.

source: https://www.dailyneuvieme.com/Chronique-Histoire-Paris-bombardee_a3206.html

Lettre: la peur de la mort

Abel Grand est né le 10 août 1897 à Saint-Bonnet-de-Rochefort (Allier). Il étudie à l’Ecole normale d’instituteurs de Moulins. Son bulletin de notes de l’Ecole Normale de Moulins pour l’année 1914-1915  mentionne son esprit « frondeur ». Incorporé au 2ème Régiment de Zouaves (voir certificat de bonne conduite), il rejoint le front le 31 décembre 1916 (voir registre matricule) puis il passe les années 1917 et 1918 en 1ère ligne.

De 1916 à 1918, Abel Grand entretient une correspondance régulière et soutenue avec ses parents à raison d’une lettre tous les deux jours. Au total ce ne sont pas moins de 275 missives qui retracent le quotidien de ce jeune instituteur plongé au cœur des combats.

Confronté à des conditions de vie terribles, il se veut rassurant en minimisant les évènements auxquels il est confronté quotidiennement. C’est après coup qu’il évoque les offensives et batailles auxquelles il a pris part (voir lettres du 18 avril 1917 et du 25 mars 1918). Toutefois, la présence des nombreux cadavres des champs de bataille est difficile à ignorer : il les évoque à plusieurs reprises dans sa notice chronologique rédigée à la fin de la guerre. C’est bien sûr également la peur de sa propre mort qui transparaît dans sa lettre du 22 mars 1918, qu’il termine avec cette formule « Adieu ou plutôt au revoir. Abel. » . Regrettant ses mots, il ajoute in-extremis « Ne vous en faites pas ce n’est rien… » (voir lettre du 22 mars 1918)

source: http://archives.allier.fr/4196-grand-abel.htm

Bombardements allemands dans l’Oise

Outre les canons, l’Empire allemand utilisa les avions et les zeppelins pour bombarder les villes de l’arrière. (…)
(…)Le 17 mars 1917, alors que l’armée allemande effectuait son repli stratégique sur la ligne Hindenburg, un zeppelin fut abattu au-dessus de Compiègne. Sa carcasse carbonisée fit les jours suivants la une des journaux nationaux.
Avec la libération du département en mars 1917, la menace des bombardements s’écarta jusqu’en mars 1918. Pour autant, le risque demeurait et des mesures de précaution furent prises.

source: https://crdp.ac-amiens.fr/cddpoise/oise14_18/bombardements_allemands.php

Les lettres du condamné à mort Alfred Pagnien

 

Ils transmettaient des informations sur les aérodromes, les installations militaires, les mouvements de troupes,… situés dans le Nord de la France et en Flandres.

Ils étaient 41 dans son réseau…
Six de ceux-là seront exécutés à Gand.
Ainsi : Achille de Backer ; Alfons Van Caeneghem ; Theophile Goedhuys ; Alfred Pagnien ; Alfons Van der Coilden et Alphonse Bernard.
Lorsqu’’ Alfred Pagnien fut arrêté, condamné et emprisonné, c’est Théophile Goedhuys qui prit le relais, à la tête de son organisation…
T. Goedhuys sera lui-même fusillé, le 19 mars 1918, 4 jours avant son « patron »…
Ses lettres
A Monsieur le Président de la République Française
 
Monsieur le Président,
 
A la veille de mourir pour la bonne cause, j’ai l’honneur de vous adresser ces lignes que je donnerai tantôt en cachette à ma femme au parloir, en trompant la surveillance du fonctionnaire allemand et qu’elle vous remettra un jour.C’est le dernier cri qu’un Français avant de tomber adresse à notre chère France, il renferme un adieu et une prière :
Je meurs avec la satisfaction d’avoir bien rempli mon devoir et d’avoir été utile, mais aussi avec la douleur de laisser sans ressources ma femme et mon enfant.
Monsieur le Président, en vous j’ai l’honneur de faire appel à la France en la priant de venir en aide à la veuve et à l’orphelin. Je pars avec la confiante espérance que ma prière sera écoutée. Cet espoir me fait du bien, il m’aide à tout supporter.
Adieu, mon beau et cher pays, tant meurtri, adieu braves camarades qui allez combattre et mourir pour libérer notre sol, vengez les disparus et délivrez nos compagnes et nos enfants d’une intolérable servitude.
Merci, Monsieur le Président de la République, pour ce que vous voudrez bien faire pour les miens et Vive la France…
signé : Alfred Pagnien
Mais aussi, il écrira ceci à l’attention de sa femme, Lucie :
Ma chère femme,
Quel supplice pour un mari, lorsque la crainte, l’affreuse crainte de perdre son bonheur lui vient à son esprit. On base des espoirs sur des faits insignifiants, mais parfois aussi le doute,  entre sournoisement dans le cerveau, et pour bien l’en chasser vite, il faut un effort de volonté. Ah, cette pauvre volonté, on lui a déjà tant demandé depuis un an. Et d’autres ont tant fait pour la réduire, pour en lasser l’énergie afin de me faire tomber à leur merci… Rien n’a fait… on a tenu bon jusqu’au bout, mais maintenant que la lutte est terminée, qui pourrait m’en vouloir d’éprouver un peu de désir de repos. J’en ai tant été privé à St Gilles… Tu vas penser que je suis hanté par le souvenir de ce bagne. Non pas, je n’y penserais plus si j’étais sauvé, mais que veux-tu, c’est mon cauchemar… Tu as souffert tant toi aussi, ma pauvrette et tu me comprends. Lorsque je fus arrêté après le voyage en chemin de fer, une auto m’attendait à la gare et je suis arrivé dans la nuit seulement à la prison, où je subis un long interrogatoire. Puis trois jours de repos et alors le régime d’espion commença. J’eus la déplorable compagnie de trois de ces bandits, les deux premiers furent vite convaincus de mon innocence. N’ayant rien tiré de moi on m’enferma avec le chef mouton, un certain individu se disant comte ambassadeur de Russie à Bruxelles avant la guerre et condamné à dix ans de travaux forcés pour espionnage. Le pseudo comte me fit un accueil aimable mais hautain, comme il convient à une personnalité de ce genre (j’ai appris que c’est un criminel, incarcéré pour des affaires louches d’avortement avant-guerre). Il était extrêmement habile et bon comédien, mais infiniment trop novice, pour un parisien, de la lutte, et au  bout de deux jours, il avait sacrifié sans résultat quelques douceurs destinées à m’amadouer, chocolat, pain d’épice, et mis à contribution en pure perte toute les ficelles de son art sinistre et toutes les ressources de son imagination.
 
Je faisais l’imbécile. Le troisième jour au réveil, changement d’attitude complet…: « Assez de comédie, Stéphane, me dit-il, je vous connais, il faut avouer, ou je vous fait mettre au cachot pour quinze jours. » – Je lisais dans ses yeux une haine féroce. Je me mordis les lèvres et ne répondis pas, j’avais résolu de ne pas lui parler. Te dire tout ce que ce monstre me jette à la figure pendant cette matinée est impossible : menaces, injures, succédant à des flatteries, rien n’y fit, je n’ouvris pas la bouche une seule fois, mais à quelle épreuve était mise ma patience. Ai-je honte de le dire ? J’ai souffert là mille fois plus qu’on ne peut souffrir devant un feu de peloton. Être enfermé dans une étroite cellule, en tête à tête avec une canaille, qui marche de long en large, vociférant des horreurs, et cherchant tout ce qui peut vous briser le coeur de chagrin… : « C’est fini, me disait-il, la vie, le soleil, la joie de la famille, vous pouvez faire une croix dessus, votre fiancée et vous serez fusillés, comme des chiens. Ah, il y a longtemps que je vous cherchais, mais votre compte est bon. Vous ne voulez pas répondre, vous allez aller aux cellules de correction, sans matelas, sans lumière, au pain et à l’eau et quand votre sale viande sera verte et que vous crierez grâce, alors, vous ferez vos dépositions. »- Puis, par d’autres moments : « Allons Stéphane, soyons amis, avouez mon cher, c’est le seul moyen de sauver votre peau, et si vous êtes franc et sincère, vous aurez en moi un protecteur et un ami ;je ferai tout, pour améliorer votre cas », etc.
Ma chérie je te raconte tout cela, parce qu’il faut que tu le saches afin de n’oublier jamais.
 
Tu devines mon état d’esprit, pendant ces heures maudites… je revoyais tout… Je pensais à toi et à mon enfant !!! Je m’étais promis d’être fort sur moi-même, pour ne rien commettre d’irréparable, mais j’étais là assis sur mon matelas par terre, ma tête entre ces deux poings et je luttais de toutes mes forces, contre l’instinct grandissant qui me poussait à bondir à la gorge de ce tortionnaire et à l’étrangler sur-le-champ. Je ne puis pas comprendre, comment j’ai eu tant d’empire pour moi-même, les oreilles me tintaient et je voyais rouge, j’entendais mon coeur battre trop fort et cela me faisait mal. A midi, je ne mangeai pas et me mis à marcher aussi dans ma cellule, lui, avala son repas debout, le dos au mur, afin de ne pas me perdre de vue, il sentait que je ne pouvais plus me contenir et que sa position devenait périlleuse, c’était vrai, je tremblais de rage et j’avais peur de moi-même, car je me connaissais bien, et je savais que si je commençais à le toucher ou si lui-même me frôlait, je lui aurais crevé les yeux et fendu la tête à coups de talon. Pour être libre de mes gestes, j’avais quitté pardessus, cache-nez et veston malgré le froid qu’il faisait, j’étais en bras de chemise. A ce moment il eut peur, il sonna précipitamment avec violence, et demanda qu’on m’emmène. le gardien était là, je remis mes vêtements et partis, au moment où je passais devant lui, remis en audace par la présence du soldat, il me traita de « sale espion, en me souhaitant de crever au plus vite ». Là, je ne vis plus clair et me livrai sur lui aux violences que la femme Irma et le Liégeois, ses amis, t’ont raconté.
 
[J’étais moi, enfermée à ce moment là avec l’espionne qui se faisait appeler Irma, plus tard on essaya une autre tactique, on me fit parler avec un Liégeois. Je reprends le récit de mon mari. (note de Mme Pagnien)]
 
Grâce à l’intervention de deux gardiens, on put m’arracher à lui et me conduire à la cellule 58, où demeuré seul, je me mis à pleurer de rage comme une vraie bête et à briser tout ce qui se trouvait sous ma main. Je n’ai eu un bol que quinze jours plus tard et pendant tout ce temps je recevais mon manger dans mon mouchoir. Ah, ma brave chérie, quel soulagement de te dire tout. Sache aussi que GOEDHUYS a été enfermé aussi avec cet ignoble individu quatre jours. Ce n’est pas tout. Le Liégeois, ami de cette chienne d’Irma, est mis dans un préau voisin du mien, il me parle, il me dit qu’il y a au-dessous de sa cellule une Française qui est partie se promener à Anvers avec les policiers, ils me donnent ton signalement pour que je sois en rage et pour que je te charge à l’instruction pour te perdre, etc… Heureusement que je te connais. Mais que de malheureux marchent avec de tel moyens, et quelle boue morale abritent les murs maudits de St Gilles. Que de désespoirs, que de souffrances…Te rappelles-tu le bruit sourd que fit le corps de ce malheureux qui se jeta du haut de notre galerie sur les dalles et se brisa les jambes ? Tu étais en prison alors… Pourquoi cet acte de désespoir ? Qui le saura jamais ?… et le pauvre de la cellule 102, retrouvé pendu à la fenêtre avec son essuie-mains. N’oublie pas nos souffrances ma chérie…
Anthelme Mangin: le soldat inconnu vivant interné


Le 1er février 1918, un soldat français rapatrié d’Allemagne est retrouvé errant à la Gare de Lyon-Brotteaux, totalement amnésique et sans aucun papiers permettant de l’identifier. Interrogé, il balbutie un nom, où l’on croit discerner « Anthelme Mangin », ainsi qu’une adresse « rue Sélastras » à « Vichy ». C’est donc sous ce nom qu’il est interné dès le 22 mars 1918 à l’asile d’aliéné de Clermont-Ferrand, bien qu’il n’existe officiellement ni d’Anthelme Mangin ni de rue Sélastras. Le directeur de l’établissement, croyant résoudre aisément l’énigme, fait publier fait publier sa photographie dans le « Petit Parisien » du 10 janvier 1920.

Car la grande guerre a compté 300 000 soldats « portés disparus », et les familles, croyant identifier Anthelme Mangin, affluent en effet à l’asile de Clermont-Ferrand. Seules cependant madame et mademoiselle Mazenc, originaires de Rodez reconnaissent catégoriquement Anthelme comme le fils et le frère, Albert Mazenc, porté disparu en octobre 1915 à Tahure dans la Marne. Anthelme Mangin est alors transféré à Rodez, mais le préfet de l’Aveyron, après diverses confrontations avec les amis et employeurs de Mazenc, conclut à une erreur d’identification (le tribunal de Rodez statuera d’ailleurs le 26 juillet 1921 sur le décès à l’ennemi le 28 octobre 1915 du soldat Albert Mazenc). 

source: http://www.blamont.info/textes268.html

Journal du vendredi 22 mars 1918

Au nord de l’Ailette, nous avons réussi un coup de main sur les lignes ennemies aux abords de Boucouville et ramené une dizaine de prisonniers. Vers la fin de la nuit, bombardement intense et soutenu des secteurs au nord et au sud-est de Reims, ainsi qu’en divers points du front de Champagne.
Dans cette dernière région, les Allemands ont prononcé plusieurs tentatives qui sont restées infructueuses, notamment dans le secteur des Hurlus, dans la région de Souain et vers la route de Saint-Souplet.
Sur la rive droite de la Meuse, le bombardement de nos positions a pris une grande ampleur et a été suivi d’une forte attaque entre le bois des Caurières et Bezonvaux.
Après un violent corps à corps, nos troupes ont rejeté l’ennemi des quelques points où il avait pénétré au premier abord. Des prisonniers sont restés entre nos mains.
En Lorraine, les Allemands ont subi un échec dans la région de Nomény. Leurs détachements d’attaque ont été repoussés avec des pertes sérieuses sans aucun résultat.
Nous avons fait une incursion vers Armancourt et ramené des prisonniers.
Sur le front britannique, l’ennemi a déclenché un violent bombardement sur toute l’étendue de la ligne au sud de Saint-Quentin à la Scarpe.
Nos alliés ont réussi un coup de main vers Saint-Quentin.
Un raid naval ennemi devant Dunkerque a été repoussé par la flottille franco-anglaise. Les Allemands ont perdu quatre torpilleurs ou contre-torpilleurs.