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1022/21 mai 1917

Le poilu Pierre Pillon, instituteur à Dinan meurt à Prosnes

Le 21 mai 1917, la 10ème compagnie participe à une nouvelle offensive sous le feu des mitrailleuses allemandes. Elle est en première ligne. Elle atteint son objectif mais doit se replier devant une contre attaque immédiate…Elle perd ainsi une bonne partie de son effectif. Tout le monde ne revient pas, surtout la personne qui compte le plus au monde pour moi.
Le lieutenant a été tué !
C’est le sous-lieutenant Désiré qui prend provisoirement le commandement de la compagnie.
Pierre Laveissière, lieutenant, Arthur Lemière, brancardier et Charles Hamon, soldat de 2ème classe sont les trois témoins de sa mort  sur le champ de bataille à 4 heures, ce 21 mai 1917 à Prosnes dans la Marne.

source: http://pierrepillondinan.blogspot.fr

Journal du lundi 21 mai 1917 à travers Le Miroir

Sur le chemin des Dames, l’activité de l’artillerie ennemie, très violente depuis le milieu de la nuit dernière, s’est encore accrue dans la matinée. Depuis l’est d’Hurtebise jusqu’à la région, au nord de Sancy, les Allemands ont dirigé sur nos positions un feu roulant d’obus de gros calibres et de projectiles asphyxiants, mais sous la puissance de notre contre-préparation, l’assaut général qui se préparait a avorté. Sur la plus grande partie du front menacé, les troupes allemandes massées pour l’attaque n’ont pu sortir de leurs tranchées. Sur les divers points où elles ont abordé nos lignes, une lutte très vive s’est engagée et s’est terminée à notre avantage. L’ennemi, qui a subi de lourdes pertes, tant du fait de nos barrages que de notre contre-attaque, a pris pied seulement dans nos éléments avancés, au nord-est de Cerny, sur un front de 200 mètres environ. Partout ailleurs nos positions ont été maintenues.
Les troupes anglaises, à la suite d’une nouvelle attaque, se sont établies sur une nouvelle position de la ligne Hindenburg, sur un front de plus de 1500 mètres, entre Fontaine-les-Croisilles et Bullecourt. L’ennemi a vainement tenté de reprendre la position conquise. Les Allemands ont subi de lourdes pertes et laissé des prisonniers.
Les Italiens ont fait 254 prisonniers.
L’Espagne a suspendu la tractation de toutes affaires avec l’Allemagne jusqu’à ce qu’elle ait reçu satisfaction sur les incidents de torpillage.

source: http://grande.guerre.pagesperso-orange.fr/mai17.html

 

La colère du caporal Henri Baronnet (2/3)

En 1916, le caporal François Baronnet, qui en voit des vertes et des pas mûres et a laissé une femme et deux enfants à la maison, menace de foutre le camp s’il n’a pas de permission.

Si au début,  le caporal François Baronnet ne se plaint pas de la guerre dans ses courriers, en 1916, il menace de « foutre le camp » si on ne lui accorde pas de permission.

NOVEMBRE 1915, donnant une impressionnante liste de la ration quotidienne, le caporal Henri Baronnet affirme qu’il n’a jamais rien mangé de meilleur sur le front. « Quand la roulante peut atteindre les lignes ! »

24 avril 1916 : Henri Baronnet est heureux, il a reçu la bagatelle de 14 lettres.

Mais dans tous les pays traversés, quoique c’était de nuit, il dit avoir vu bien des misères.

Comme la population, les soldats sont las d’une guerre qui s’éternise. En novembre 1916, Henri est blessé à la jambe en tombant dans un abri.

Il est évacué à Amiens.

Amaigri, il attend une perm’qui n’arrive pas. Il se fâche : « Si on me la refuse, je fous le camp quand même (7 décembre 1916). Puis, de Wailly (Somme) : je suis fatigué car on ne dort presque pas, et comme nourriture, peau de balle. On croûte où on peut et à peu près à nos frais, aussi le porte-monnaie s’aplatit. »

Vent de mutineries

1917 : Henri Baronnet n’adresse pas de cartes au début de l’année. Il apprend que sa petite Madeleine a une otite carabinée.

Le 19 mars, il adresse une carte « cadran de l’amour » à son Amélie chérie.

Avril-mai : c’est la grande bataille de Prosnes d’où est originaire le caporal. « L’Illustration » parle de la reprise du Mont Cornillet.

Dans les états-majors, on doit faire face à des mutineries sur le front, de fraternisation avec l’ennemi, de vent de mutineries dans 45 divisions. Il y aurait eu 412 condamnations à mort. Août 1917 : Henri Baronnet est en Haute-Saône. Il a quitté la vie des tranchées. Il refuse les colis.

Il bénéficie un mois plus tard d’une permission à Châlons grâce à un coup de pouce du commandant Aubry. Mais il se désole. « C’est la 4e fête de Prosnes que nous ne verrons pas. En reverrons-nous jamais ? »

21 février 1918 : Henri Baronnet adresse un courrier à son beau-frère Henri Thiérart qui vient d’obtenir la croix de guerre.

Le spectre de Prosnes

Il le chambre un peu. « C’est toujours deux jours en plus […] Je n’ai pas besoin de croix de guerre pour prendre deux jours à ma prochaine perm, sois-en sûr. Je m’en fous de ce qui peut arriver. Je me porte bien. »

Prosnes a été dégagé du 4 au 6 octobre.

La vision est terrible rapporte Prim Berland : « Des formes blanches s’élèvent où a dû être Prosnes. Ce sont les pans de murs blanchis par la sécheresse et qu’éclaire un soleil splendide. Derrière s’élèvent d’autres masses blanches ; ce sont les monts, retournés par les bombardements successifs. […] L’église n’est plus qu’un énorme tas de décombres. Le cimetière a beaucoup souffert et des tombes sont éventrées ».

À partir de cette période il n’y a plus de cartes postales d’Henri Baronnet et deux seulement de son beau-frère.

Henri Baronnet qui a fait toute la guerre 14 comme simple caporal a été décoré à l a fin de la guerre pour bravoure de la Croix de guerre, étoile de bronze.

Sa fille Madeleine a 7 ans et son fils Louis 4 ans.

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Le retour au pays ne fut pas facile pour le paysan qui n’avait plus de toit.

1919. les maisons en carreaux de terre sont en ruines. Le quartier général Mouchy se tenait dans la cave de la maison Baronnet.

Le moulin Carré (de son épouse), en ruines ne sera pas reconstruit. Le temps des moulins à vent est révolu.

Alain Moyat

La galère pour se reloger

La guerre est finie, mais pour les deux Henri, ce n’est pas encore le retour au pays. Henri Baronnet attend longtemps l’ordre de démobilisation. Henri Thiérart a dû suivre son corps en Allemagne, puis dans l’Alsace libérée.

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Amélie, Henri, Madeleine et Louis Baronnet.

Pas si simple de revenir habiter dans le village exsangue. Il faut faire une demande de maison provisoire ou de baraque. Il faut attendre 1921 leur dit-on pour avoir une maison provisoire. A cette date, Prosnes ne compte plus que 292 habitants. « Pour Henri et Amélie tout est à recommencer à zéro, reconstituer le cheptel disparu, acheter de nouvelles machines et des outils neufs avec les dommages de guerre. »

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Comme la quasi totalité du village, l’église de Prosnes était en ruines.

Henri et Amélie reprennent la culture, avec toutes les difficultés que cela représente après la guerre raconte Mme Derrière. Les terres sont retournées par les bombardements.

On verra durant des décennies des trous de bombes et d’obus, des sapes qui s’ouvrent soudain sous les pas des chevaux qui risquent de s’y enfoncer et de se blesser, des obus, grandes, torpilles, cartouches qui risquent d’exploser au contact des engins agricoles ou lors des manipulations imprudentes par des adultes qui veulent récupérer le métal ou par des enfants curieux inconscients du danger.

Une noce a ainsi été endeuillée : leur cousin Jules Francart a été tué par une explosion le 9 septembre 1919 au Mont Perthois.

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C’est tout ce qu’il reste du moulin familial.

Dans les années 1950 Louis Baronnet, le fils d’Henri a manqué de mourir. Dans un bois du côté de Baconnes, il a jeté des branchages dans un trou d’obus pour s’en débarrasser et y a mis le feu. De l’autre bout du village on a entendu l’explosion.

Heureusement Louis était du bon côté.

Les non-dits d’Henri Baronnet, agriculteur à Prosnes (1/3)

ImageCE n’est sans doute pas la fleur au fusil qu’Henri Baronnet, agriculteur à Prosnes, marié et père de deux enfants : Madeleine, deux ans et demi et Louis, trois mois, part à la guerre le 2 août 1914. Comme 58 autres des 377 habitants de son village. Affecté au 46e territorial d’Infanterie, 9e compagnie, 3e bataillon à la place de Verdun, il ne reviendra au village qu’après plus de cinq ans d’absence. Soutenu par sa famille proche : son beau-frère Henri Thiérart, d’Epoye, lui aussi sur le front ; des cousins, cousines et copains qui lui ont adressé des dizaines de cartes et lettres, Henri Baronnet a, de son côté, envoyé pas moins de 170 cartes postales « conservées comme de pieuses reliques et sauvées lors de l’exode de 1940 ».

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170 cartes postales pour retracer son histoire
L’abondant courrier d’Henri Baronnet, de Prosnes, raconte la Première Guerre mondiale à l’échelle humaine. L’agriculteur marnais reste pudique et ne parle pas des horreurs vues dans les tranchées.

Mais secret, pudique, Henri Baronnet a toujours caché à sa famille les horreurs de la guerre.

 Une habitante morte de frayeur

Alors qu’une guerre de position s’organise sur les Monts de Champagne, juste au-dessus de Prosnes, Henri Baronnet demande qu’on lui envoie une photo de sa petite « Madaine ».

Septembre 1914 : Prosnes est bombardé, les maisons brûlées, pillées ou percées par les obus. Lucie Gallois, une habitante du village est même morte de frayeur…

En exode à Sainte-Savine, Amélie (née Carré), son épouse, adresse au poilu une carte de la cathédrale intitulée « le crime de Reims. » Décembre 1914 : il apprend que Prosnes est cité dans le journal « l’Illustration » comme un village où il ne reste plus que sept maisons debout.

1915 : On apprend au hasard des courriers des uns et des autres, que la cathédrale est complètement démolie et que « les maudits boches ne cessent de tirer dessus », qu’Henri Baronnet à toujours la mine très fraîche et que son beau-frère est en Bretagne où l’on compte sur lui pour mettre les moissonneuses en train. Desauter, un copain blessé est optimiste.

En juillet il espère que la providence leur fera passer l’hiver près de leurs femmes plutôt que dans ces maudites tranchées.

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L’ancien moulin carré, propriété de son épouse, juste avant la guerre.
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Le moulin carré détruit sert vite de poste

Mauvaises nouvelles

Il apprend que le mari de Mme Rousseau, de Lavannes, a été tué d’une balle au front. Si Henri B. envoie des mots doux à sa chère petite gosse ou à ses deux moineaux, d’autres poilus se lâchent.

« Dans les tranchées on respire une odeur cadavérique épouvantable ou l’on coudoie des cadavres à chaque pas. » Pudeur oblige, Henri B. lui ne parle jamais des horreurs évoquées entre soldats dans leur courrier, précise Françoise Derrière : « la boue, le froid, le manque de sommeil, la vermine (poux, puces, rats), les maladies, la faim, la soif qui pousse les soldats à boire dans une flaque ou un trou d’obus avant d’y découvrir un cadavre ; les gaz qui brûlent les yeux et la gorge, font cracher le sang et mourir à petit feu ; la peur au ventre lors des assauts répétés meurtriers où les camarades tombent comme des mouches à vos côtés, sous les balles des fusils, embrochés par les baïonnettes ou prisonniers des fers barbelés, déchiquetés par les grenades et les obus. »

Dans ce même secteur 149 qu’Henri B., un poilu écrit le 25 octobre 1915 : « j’ai toujours mal aux dents. Que le temps me dure que ça soit fini. Si ça dure encore longtemps, j’aime autant être tué car on souffre trop. J’ai toujours mal à la tête. Je voudrais que ça finisse ou que l’on nous tue : ça serait le meilleur de tout. »

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Françoise Derrière de Reims et son frère ont retrouvé 170 cartes postales de leur grand-père Henri Baronnet, fermier à Prosnes, parti à la guerre à l’âge de 35 ans alors qu’il était père de deux enfants.

Alain Moyat

à suivre: 2.- La colère du caporal Henri Baronnet (2/3)