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37/ Journal de la grande guerre: 10 septembre 1914

La bataille de la Marne se poursuit

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_la_Marne_(1914)

http://chtimiste.com/batailles1418/marne.htm

La bataille de Vaux-Marie (Meuse)

Vaux-Marie

http://aufildesmotsetdelhistoire.unblog.fr/2012/09/11/le-10-septembre-1914-%E2%80%93-la-bataille-de-la-vaux-marie/

Les événements du 10 septembre 1914

http://chatrou51.free.fr/10septembre.htm

Château-Thierry et vallée du Surmelin le 10 septembre 1914

http://1914ancien.free.fr/cavsurml.htm

Hécatombe sanitaire à Connantray le 10 septembre 1914

cimetière à Connantray

 

somsois 8 sept 1914

http://hopitauxmilitairesguerre1418.overblog.com/2014/08/hecatombe-sanitaire-a-connantray-7-8-9-et-10-septembre-1914.html

La censure durant la guerre

Doc-a_JAL_175-_0001.pdf

Le 2 aout 1914, le décret sur l’état de siège suspend la liberté de la presse. Désormais, l’autorité militaire peut interdire toute publication jugée dangereuse. Le lendemain, est créé le bureau de la presse du ministère de la guerre qui est chargé d’organiser la censure. Les journaux sont soumis à un régime de contrôle préalable afin de supprimer toute critique et d’empêcher la diffusion de renseignements à l’ennemi. Les journalistes doivent soumettre leur travail à l’administration et éventuellement procéder aux modifications exigées. Les coupures ou « caviardages » sont révélés par des « blancs » dans les colonnes des journaux. Certains choisissent parfois d’outrepasser les instructions, publient les articles dans leur intégralité et prennent alors le risque d’une sanction.

Pour compenser les interdictions faites aux journalistes de mener leurs propres enquêtes, l’Etat major leur donne quotidiennement trois communiqués officiels qui donnent une version souvent inexacte des opérations. La censure politique cesse avec la levée de l’état de siège le 12 octobre 1919.

Journal du rémois Henri Dunant

Jeudi 10 septembre.-De nombreux blessés allemands arrivent, évacués de la bataille de la Marne. Sur le soir, un officier vient demander au maire des logements chez les habitants: on désigne les rues où ils seront reçus; on mettra chez les absents, dans les ambulances, à l’hôpital civil etc.

Je les ai vus entassés dans la cour.

Il a plu l’autre nuit; je demande au maire de faire boucher le trou de la salle Vasnier, au musée; des instructions dans ce sens sont déjà données.

Une alerte se produit, vers deux heures, à l’entrée de troupes ennemies.

Dans le vestibule du musée, on installe un poste pour les cyclistes allemands. Le parvis de la cathédrale est toujours couvert de soldats de passage.

M.L’abbé Camu est allée en voiture à Rethel, et il me donne le soir des détails lamentables sur le sort de la ville. Il s’est occupé du sort de plusieurs ecclésiastiques saisis par l’ennemi dans les Ardennes, mais n’a rien pu obtenir d’un chef militaire installé dans une des maisons qui subsistent près de la gare.

Ici la vie matérielle se rétablit peu à peu; le service des tramways est maintenant réorganisé  du moins sur la ligne Sainte Anne.

Journal du rémois Paul Hess

Dans un bel article de tête, le rédacteur du Courrier de la Champagne, reprenant aujourd’hui le solennel avertissement adressé par le maire à la population rémoise, le 3 septembre recommande à nouveau le silence, la dignité, la prudence.

Le silence, dit-il, convient à notre deuil, à notre douleur, à nos angoisses. Donc, pas ou peu d’attroupements. Le mieux serait qu’ils fussent supprimés. Isolés du reste de l’univers, subissons notre exil sans même essayer d’en sortir par de fausses nouvelles qui, étant généralement fantaisistes, énervent les esprits et affolent l’opinion. Notre cité française, notre cité rémoise est en deuil, respectons sa douleur – et il ajoute : la solitude est la compagne du silence, sachons le comprendre.

Après avoir dû, à regret, relater la manière de se comporter d’un consommateur obséquieux qui aurait offert, dans un café, des cigares à des officiers allemands, lesquels suffoqués de cette amabilité inattendue, lui auraient rendu dédaigneusement son étui en lui riant au nez, le journaliste conclut très justement : Mais, la dignité n’exclut bien entendu ni la politesse courante, ni même l’obligeance en usage entre personnes de bonne compagnie.

Il croit devoir parler de la prudence en ces termes :

Reims est livrée aux armées allemandes, capables, si elles le voulaient, de la réduire en cendres. Il serait insensé de provoquer, d’irriter cette puissance formidable, non seulement par un acte hostile que nous défend notre situation de non belligérants, mais par un geste, par une parole hasardée. Donc, que chacun soit prudent et pour lui-même et pour les siens, et pour ses voisins et pour ses amis. Chacun de nous répond de la sécurité de tous, c’est à chacun de nous que le salut public est confié.

Ces excellentes recommandations tombent à propos, actuellement. Nous avons bien des précautions à prendre ; il faut causer peu, ne se confier qu’entre amis sûrs et c’est pour cela que ceux qui n’en avaient pas besoin, peuvent trouver humiliant d’avoir à reconnaître, en présence de l’ennemi, que ces leçons, ce rappel aux convenances élémentaires étaient nécessaires à l’égard de quelques-uns de nos concitoyens ou concitoyennes – l’exception, heureusement. Ces jours derniers, par exemple, la place du Parvis offrait fréquemment le spectacle assez choquant de personnes stationnant autour du bivouac allemand, et liant conversation ou plaisantant avec les soldats qui ne leur demandaient rien.

Il est évident encore que ceux qui font si bien usage de la brutalité, de la manière forte, savent parfaitement qu’en employant ce moyen, ils trouveront ou auront des chances de trouver presque partout, parmi les habitants des villes ou villages qu’ils occupent, de piètres caractères cherchant à se faire bien venir, quelquefois au détriment de leurs frères de misère. En ce moment, il ne nous faudrait pas, à Reims, de gens de cette espèce dangereuse.

D’autre part, il est curieux de constater comme le joug est tout de suite insupportable à certains, qui se hérissent spontanément devant la contrainte et saisissent toute occasion de devenir agressifs.

Ce qui s’est passé mardi dernier, dans l’un des couloirs de l’hôtel de ville, en est une preuve.

Le jeune sous-officier saxon commandant le poste de police installé à la mairie, circulait en fumant un cigare, lorsque croisant un appariteur suppléant, M. Arnold, il l’arrête au passage, afin de lui demander un renseignement.

Le Père Arnold, ainsi qu’on le dénomme dans les services municipaux, est un vieil Alsacien, à l’accent des plus durs. Il est originaire de Thann (il prononce Dhânn) – et il a été désigné pour remplir provisoirement un poste d’appariteur depuis la guerre, car il était auparavant magasinier au Bureau central de mesurage de conditionnement, où il comptait une trentaine d’années de services ; c’est un très brave homme, de grande taille, de forte carrure – mais un type dans son genre.

Donc, le Saxon, qui parle fort correctement le français, demande à M. Arnold :

« Voyons, quelle distance avez-vous, d’ici Paris ? »

Le père Arnold, de sa grosse voix, répond lentement, comme à son habitude :

« Oh ! d’ici Paris, nous avons à peu près cent soixante kilomètres ».

Le sous-officier, fixé sur ce qu’il désirait savoir, réfléchit une seconde puis, dit, comme se parlant à lui-même :

« Tel jour, nous serons à Paris ».

Alors, le père Arnold, comprenant cette fois le sens de la question qu’il n’avait pas pu saisir plus tôt, envoie immédiatement cette réplique, cinglante comme un coup de fouet :

« Hein ! vous n’irez pas à Paris, vous recevrez sur la gueule ! »

Le Saxon interloqué, ne bronche pas, mais le bonhomme insiste, croyant sans doute qu’il ne s’est pas suffisamment expliqué, il ajoute : »Oui, oui, c’est moi qui vous le dis, vous recevrez sur la gueule ! »

De vieux employés qui ont entendu le colloque, alors qu’ils allaient entrer dans leurs bureaux ne trouvent pas la Situation risible. S’ils ne disent rien, ils ne sont pas rassurés, car ils pensent tous :

« Arnold va se faire enlever ! ».

Non, le sous-officier fait simplement demi-tour en continuant à aspirer la fumée de son cigare, tandis que le père Arnold passant auprès d’eux, leur fait un clignement d’œil malin qui a l’air de signifier : « Quand ce blanc-bec là voudra continuer la conversation, il viendra me retrouver ».

Plus tard, on reparlait souvent de cet entretien cocasse qui eût pu tourner mal, dans les bureaux de l’hôtel de ville. Ceux qui en avaient été témoins ne se lassaient pas de le raconter et la conclusion, toujours la même, qui venait immanquablement dans les éclats de rire, était : C’est égal, si le Saxon existe encore, il a dû penser déjà quelquefois : « Le vieux de la mairie de Reims avait tout de même raison ».

– Le Courrier de la Champagne avait fait savoir, hier, aux consommateurs de tabac que les stocks, chez tous les débitants de la ville, étant épuisés, ils pourraient s’adresser, pour en obtenir, à l’entrepôt situé rue Payen 17 & 19, occupé par les autorités allemandes qui seules distribuaient les tabacs.

Le journal revient sur ce renseignement en disant qu’il a cessé d’être exact – ce qui a motivé des mécomptes et des réclamations. Il déclare, dans son n° du 10 : L’autorité militaire allemande ayant pris possession de toutes les existences en tabac, précédemment propriété de l’état français, en a disposé pour ses troupes et, en dehors de la distribution qu’elle avait faite hier à quelques débitants ou particuliers, elle n’en a plus du tout pour la vente.

– Un autre avis est donné par le journal ; le voici :

« Tramways de Reims.

Nous apprenons qu’à la suite d’un accord intervenu avec le commandant Hahn, le nouveau commandant de la Place, la Compagnie des Tramways est autorisée à remettre son service en marche dès maintenant. »

Les commandants de place se succèdent rapidement. Celui-ci est le troisième que Reims connaît depuis huit jours.

– Nous avons vite remarqué, aujourd’hui, un mouvement insolite d’autos amenant des blessés allemands dans les anciens hôpitaux évacués et même chez des particuliers. Leur va-et-vient continuel n’a pas tardé à exciter une curiosité que l’on évite de laisser trop paraître. Nous désirerions ardemment savoir quelque chose, car on parle beaucoup, à voix basse, depuis hier, d’une terrible bataille de quatre jours qui se serait développée on ne sait exactement où. Un ami, cependant, m’a dit confidentiellement : Il paraît qu »‘ils » prennent la purge par là, du côté de Montmirail, Etoges, Vertus et que la Garde aurait été décimée dans les marais de Saint-Gond. On cause encore d’un sérieux échec subi par les Allemands vers Condé-sur-Marne et un convoi interminable de voitures de tous modèles, remplies d’approvisionnements est passé rue Cérès pour se diriger, par le boulevard Lundy, vers l’avenue de Laon.

Toute cette active circulation paraîtrait de bon augure et il doit y avoir du vrai dans ce que l’on entend, mais on a besoin de précisions pour se réjouir. Il s’agit de se renseigner dans la mesure du possible et c’est ainsi que vers 13 h 1/4, passant rue du Cloître, comme je le fais presque journellement, pour voir mes neveux et dire bonjour à ma belle-sœur, Mme Simon-Concé, je ne suis pas trop surpris d’apercevoir, tandis que je vais lui causer, quatre soldats allemands en train de déjeuner dans la salle à manger, à côté.

Je ne puis m »empêcher de lui dire doucement : « Tiens ! tu as des invités, aujourd’hui ».

Elle me répond en souriant :

« Oui, on les a déposés ici tout à l’heure ; ils ont été blessés près de Vertus, paraît-il ».

Mes neveux parlant l’allemand, l’un d’eux me précise que ces soldats lui ont appris qu’ils font tous les quatre partie de la Garde,

mais qu’étant de quatre régiments différents, ils ne se connaissaient pas avant de se trouver réunis là, où l’on doit venir les reprendre dans l’après-midi, car ils sont atteints légèrement par des balles, aux bras ou aux jambes.

Il serait bien intéressant d’en savoir davantage sur les événements qui se sont passés depuis que nous sommes complètement privés de nouvelles, mais nous devons forcément attendre.