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182/journal du 2 février 1915: peaux de bêtes pour lutter contre le froid à Thil (51)

Carnets du Rémois Paul Hess

Rien sur son carnet à ce jour

Thil (Marne)Peaux de biques et de moutons pour lutter contre la froid.

Lu dans le  forum pages d’Histoire

Le premier hiver a surpris l’intendance qui a dû parer au plus pressé pour vêtir les soldats de peaux de biques.

L’homme en campagne a les mêmes besoins qu’en temps de paix ; ces besoins deviennent même plus impérieux, étant exacerbés par une existence plus active et plus énervante.(Henry Mustière).

Cette distribution est confirmé par une note du colonel Brenot (chef de corps du 74e) datée du même jour :  Pour le général Mangin, on voit à travers ces lignes extraites du carnet de route d’un officier du 74e R.I., que c’est dès novembre 1914 :
« Le général MANGIN nous rend de fréquentes visites. Il stationne quelques fois sur la grand’route (croisement de cette route et du chemin de Thil). Les allemands l’ont certainement repéré du Brimont car le général, dédaignant de se camoufler, se promène en peau de bique blanche et en képi rouge. Sa visite a pour conséquences quelques salves de 77. » 

Un soldat du même régiment parle de distribution dans une lettre datée du 2 février 1915 :  « Quand a la température elle est un peu froide. Nous avons touché quelques peaux de mouton pour nous coucher. Cela tient bien chaud et puis toujours nos boissons chaudes. Avec ça, ça va, il y a encore plus malheureux que nous, entre autre ceux qui sont dans le Nord. » 

Cette distribution est confirmé par une note du colonel Brenot (chef de corps du 74e) datée du même jour :

Le lieutenant-colonel BRENOT, commandant le 74e R.I. a l’honneur de rendre compte que le corps a touché cet après-midi :

– 21 peaux de biques
– 120 cache-nez
– 600 gros boutons
– 600 petits boutons
– Ruban et anneaux
– 95 peaux de moutons
– 75 sacs de couchage
– 1645 paires de chaussettes
– 20 kg de graisse pour chaussures
– 4 marmites norvégiennes
– 800 sacs à terre
– 500 R fil barbelé »

http://pages14-18.mesdiscussions.net/pages1418/forum-pages-histoire/autre/peau-bique-sujet_11674_1.htm

Le poilu de Lanrodec mort le 2 février 1915 à Suippes retrouve son identité 100 ans après

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Qu’est donc devenu Simonin Gorregues, un enfant de Lanrodec mort sur le champ de bataille ? Au terme d’une enquête, Guy Nicolas a remonté sa trace. Et lui a rendu son nom…

Pour en savoir plus: http://www.guingamp.maville.com/actu/actudet_-guerre-14-18-le-poilu-de-lanrodec-retrouve-son-identite-100-ans-apres_52683-2656070_actu.Htm

Adolphe (Jean, Marie) Lhuillier, né le 21 août 1892 à Croix-de-Vie, inscrit au quartier maritime de Saint-Gilles, incorporé au 1 bataillon d’infanterie légère d’Afrique en 1912, chasseur de 2 ème classe est condamné à la peine de mort le 2 février 1915 par le premier conseil de guerre d’Oujda, au Maroc. Jugé coupable de voies de fait et d’outrages envers des supérieurs, il n’obtient pas la grâce présidentielle, il est fusillé le 6 avril 1915. Son nom figure pourtant sur le monument aux morts de Saint-Gilles, pas sur la plaque commémorative de l’église.

Guerre sous-marine totale décrétée par les Allemands

606x340_274776La Mer du Nord est déclarée zone de guerre par l’Empire allemand. Cette déclaration stipule que tous les navires, y compris les bateaux marchands ainsi que ceux provenant des pays neutres, sont susceptibles d’être coulés, sans avertissement, par les sous-marins de la Kaiserliche Marine. Cette mesure extrême est une riposte au blocus naval britannique imposé à l’Allemagne. Ce blocus empêche l’arrivée dans le pays de tout matériel de guerre, mais également de produit alimentaire. L’objectif des Alliés est d‘étrangler leur ennemi militairement et économiquement. Berlin, elle, dénonce la volonté des Alliés d’affamer la population civile allemande.

http://fr.euronews.com/2014/07/21/guerre-sous-marine-totale/

France.- Combat d’artillerie très vif dans le Nord. Nous brisons, par des feux combinés d’artillerie et d’infanterie, une attaque allemande, près d’Ypres. Nos canons détruisent des ouvrages ennemis sur tout le front de l’Aisne. Près de la Bassée, nous infligeons de fortes pertes à nos adversaires que nous contraignons à la retraite. En Argonne, ils déploient, mais sans résultat, une grande activité dans la région de Fontaine-Madame et dans le bois de la Grurie. La neige qui tombe en Alsace arrête les opérations.

M.Lloyd George, le chancelier de l’Echiquier, est venu à Paris pour rencontrer avec MM. Bark et Ribot. Les trois ministres des Finances de la Triple Entente vont examiner les intérêts financiers communs.

Les Turcs, avant d’évacuer Tauris, ont pillé la ville et les sanctuaires des environs.

Allemagne.-La consommation du pain est désormais limitée à Berlin par décision du bourgmestre de la ville.

Marine.-Un nouveau vapeur anglais a été coulé en mer d’Irlande par un sous-marin allemand.

On apprend que le baron Burian, au cours de ses entretiens avec Guillaume II et le chancelier allemand, avait soulevé la question de la paix. Il s’est résigné à la guerre à outrance sur la promesse qui lui a été faite qu’un million d’Allemands seraient envoyés au secours de la Hongrie.

  1. Giolitti dément les intrigues qui lui ont été prêtées et qu’il aurait nouées avec le prince de Bulow.

L‘invasion de la Serbie semble improbable – du moins pour le moment – les crues des rivières arrêtant l’armée austro-hongroise.

58/Journal de la grande guerre: 1 octobre 1914 le tissu industriel détruit

Jeudi 1 octobre 1914

Journal du rémois Henri Jadart: déjà 500 morts à Reims

Fête de Saint-Remi: Ce jour de la Saint-remi, si gai à Reims de coutume avec les solennités religieuses et civiles, est cette année un moment de désolation. On annonce que la neuvaine sera remise au mois de janvier. C’était pourtant bien l’été de la Saint-Remi, car le temps est superbe.

La nuit a été calme; à 3 heures on entend le canon vers le bois de Cernay; les batteries se taisent le matin. Il semblerait qu’une détente s’opère ou qu’il y a un changement de tactique.

Le sort des cloches de la cathédrale qui me préoccupait tant depuis l’incendie, m’est enfin révélé par le gardien de l’Archevêché: les trois qui étaient suspendues dans le beffroi sont fondues; des cinq autres, reposant sur le sol de la tour; les trois petites sont dans le même état; les deux plus grosses survivent, mais ayant été léchées par les flammes, quelle sera leur valeur? De toutes façon la « gamme des Cauchois » a vécu.

Un christ brisé sur une tombe par un des projectiles  qui a atteint un cimetière de Reims (photo l'Illustration N°3739)
Un christ brisé sur une tombe par un des projectiles qui a atteint un cimetière de Reims (photo l’Illustration N°3739)

Le parc d’artillerie a été incendié lundi soir par les bombes, sans nuire aux approvisionnements de munitions pour les troupes. Les Docks de Reims ont aussi brûlé en partie avec des provisions de toutes sortes qu’on allait distribuer.

Les victimes du bombardement  dans la ville s’élèvent déjà à 500, d’après les renseignements que me donnent  M.Fréville.

(photo en tête: les sapeurs pompiers de Reims dirigés par l’adjudant Eloire n’ont pas manqué d’activité durant la guerre.)

 Journal du rémois Paul Hess (extraits)

« A partir de 2h 1/2 du matin, canonnade et fusillade. Cepednat personne ne quitte le lit; on commence à s’habituer à ces sortes de réveil- Les enfants eux-mêmes ne s’inquiètent plus véritablement que lorsqu’ils discernent, parmi les sifflements, ceux plus stridents annonçant aussitôt des arrivées peu éloignées (…) Le bruit épouvantable qui nous avait fait croire, hier, à une grande bataille très proche, provenait de l’explosion des munitions du parc d’artillerie, provoquée par des obus envoyés par les Allemands. »

Le Courrier de la Champagne reparait ce jour (…) Nous lisons que le faubourg Sainte Anne a été éprouvé le mardi 22 septembre, vers midi, alors qu’un bataillon d’infanterie stationnait sur la place Sainte Clotilde et dans la rue de Louvois. Bientôt après que cette troupe eut été signalée par un aéroplane allemand, les obus tombaient, faisant des victimes, brisant une partie des vitraux de l’église et endommageant plusieurs immeubles. »

Destructions d’établissements industriels

Dans le Courrier est fait un inventaire des établissements industriels  détruits:

Place Barrée: maison Poullot et Cie, tout est détruit. Les pertes sont estimées à 2 millions de francs;

L’usine rue de Saint-Thierry est intacte. On ne peut encore fixer sa réouverture, vue le manque de matières premières;

Rue des Filles Dieu, maison Nouvion-Jacquet et principaux: rien ne subsiste de l’immeuble et des marchandises qu’il abritait;

Rue des Trois Raisinets:Est Lelarge anéantis; quelques pièces de tissus ont pu être dégagées;

Rue Courmeaux: Ets Ed benoist et Ant Bouchez détruits. On a à déplorer la mort du concierge et de deux autres personnes réfugiées dans les caves;

Rue des Cordeliers: Maison Benoist & Cie: les éclats d’un obus tombé sur le magasin ont déchiqueté toutes les pièces de tissus. L’usine Mont-Dieu est intacte. Malheureusement les matières premières font défaut.

Rue Eugène Desteuque: le conditionnement municipal des aines et tissus dévasté par l’incendie.

L’établissement des « Vieux anglais » ne pourra être remis en marche avant un mois.

Rue de Bétheny l’usine Clément complètement détruite.

Du 1 au 4 octobre: bataille indécise d’Arras

Avec le 74 ème RI autour de Thil, Loivre

http://vlecalvez.free.fr/JMo_octobre14/JMo_octobre1914.html

Le 72 ème RI en forêt d’Argonne

http://laurent59.canalblog.com/archives/2008/10/06/2841995.html

1 er  octobre 1914 : Drôle de rentrée de Fontanes à Niort

http://www.lanouvellerepublique.fr/Deux-Sevres/Communautes-NR/n/Contenus/Articles/2014/03/18/1-er-octobre-1914-la-drole-de-rentree-de-Fontanes-1834164

35/Diaporama: Journal de la grande guerre: 8 septembre 1914

Mardi 8 septembre 1914

Diaporama bataille de la Marne

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http://chatrou51.free.fr/8septembre.htm

http://www.mondement1914.asso.fr/bataille-de-la-marne

Bataille des marais de saint-gond

3217408903_1_4_NALkkjq9photo_77463645_small_2http://artois1418.skyrock.com/3217408903-BATAILLE-DES-MARAIS-ST-GOND-JOURNEE-DU-8-SEPTEMBRE-1914.html

Les Britanniques dans la bataille de la Marne

http://www.orly77.fr/site/uploads/images/orly/14-18/dospromlaTretoire_8sept14_1.pdf

Insolite: apparition de la vierge!

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http://fr.viadeo.com/fr/groups/detaildiscussion/?containerId=002143jpzya4au26&forumId=0029b8f60iscau7&action=messageDetail&messageId=0021x64wgpi5ue7s

http://notredamedesarmees.com/Avril-2014-La-difficulte-de-s

8septembre 14 à Euvy

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http://indre1418.canalblog.com/archives/2005/01/07/249693.html

Journal rémois d’Henri Jadart

Mardi 8 septembre.-Il est revenu des troupes ennemies sur le parvis de la cathédrale; il en passe d’autres à travers la ville; on entend, dès le matin, le canon dans la direction d’Epernay et le bruit de la bataille dure jusque dans l’après-midi. Le soir, le ciel se couvre et il y a un peu de pluie. Vers quatre heures, les troupes se rangent avec leurs voitures régimentaires prêtes à partir dans la rue Libergier.

Une lutte formidable doit être engagée au sud de la ville; mais on est sans nouvelles officielles comme sans journaux du dehors.

A Reims, toutefois, le Courrier de la champagne peut reparaitre, mais sur deux pages seulement  et avec des nouvelles locales. J’achète ce numéro dans lequel M.l’abbé Andrieux donne des indications sur les dégâts faits à la cathédrale.

L’administration municipale s’occupe de faire face à la situation restée si grave. Le cabinet du maire est toujours au siège de la municipalité; mais l’état-major ennemi est installé à l‘hôtel du Lion d’Or, et c’est là  qu’il faut s’adresser pour toutes les permissions et les saufs-conduits. Toutefois il n’y a pas eu jusqu’ici de collision, ni même de provocations entre la population et les troupes, et cette journée encore se passe sans incidents.

Journal du rémois Paul Hess

Quelle n’est pas ma surprise, en me promenant dans la rue Colbert, ce matin, d’entendre au loin un crieur de journaux. D’abord, je n’en crois pas mes oreilles – mais, il n’y a pas de doute, je l’aperçois, s’arrêtant pour distribuer ses feuilles à droite et à gauche. Je hâte le pas afin d’arriver à lui avant épuisement de son stock, tout en me demandant ce que cela peut bien être, et je reconnais qu’en effet, il s’agit là du Courrier de la Champagne. Le journal, dont le format est considérablement réduit, reparaît pour donner les faits de cinq jours.

Dès que je l’ai en poche, je rentre à la maison afin de le savourer – nous avons une telle soif de nouvelles – et je lis le résumé d’un entretien que le rédacteur a eu avec le commandant d’armes allemand, lieutenant-colonel von Kiesenvetter, pour solliciter l’autorisation de publier quelques nouvelles. Cette autorisation lui aurait été accordée, sous la réserve qu’il ne serait parlé ni de mouvements de troupes, ni des opérations militaires.

Le commandant d’armes aurait dit qu’il ne voyait aucun inconvénient à ce que Le Courrier de la Champagne reparaisse dans ces conditions. Il aurait ajouté :

Dites bien que nous regrettons tout les premiers la déplorable erreur qui a amené le bombardement de votre ville. Ce bombardement est dû à ce qu’un corps d’armée prussien ayant envoyé la veille des parlementaires à Reims, et ces parlementaires n’étant pas rentrés le lendemain à neuf heures du matin, on a considéré, d’après les règles unanimement admises, que ces parlementaires avaient été retenus prisonniers. Ce corps d’armée, du reste, n’était pas le même que celui dont les officiers discutaient au même moment, à l’hôtel de ville, la question des réquisitions.

Faites-bien remarquer surtout que si votre belle cathédrale n’a pour ainsi dire pas été effleurée, c’est que nos canonniers avaient reçu de l’Autorité supérieure, l’ordre formel de la respecter. Dans un article de tête, intitulé : « A nos lecteurs », le rédacteur explique : Au point de vue de l’information extra-locale, la situation ne s’est pas modifiée; notre ville reste toujours comme emmurée par rapport au monde extérieur. Ni du côté allemand, ni du côté français, ne filtre aucune nouvelle, quelle qu’en soit l’importance, même il nous a été impossible d’obtenir le moindre renseignement sur la question, pourtant mondiale, de la nomination du nouveau Pape.

Il ajoute que Le Courrier va s’efforcer de fournir à la population si éprouvée, une lecture qui la réconforte et l’encourage au milieu des tristesses de l’heure présente, tout en faisant connaître les ordres et avis de l’autorité afin de conseiller le public qui va se trouver aux prises avec les multiples difficultés qu’engendre la situation actuelle.

La tâche du courageux journaliste ne sera pas aisée. Il lui faudra savoir manœuvrer habilement, tout en déployant des qualités de mesure, de tact, et faire preuve d’un doigté difficile pour pouvoir nous faire connaître ce qu’il désirera nous apprendre. Nous ne pouvons que nous réjouir de ce projet hardi, en faisant des vœux pour que l’entreprise réussisse – et en souhaitant bonne chance à M. Gobert, qui en a pris l’initiative – car, nous avons revu et lu avec plaisir son journal réapparu aujourd’hui, quoiqu’il ne nous ait pas appris grand’chose que nous ne savions déjà.

Mais les déclarations tout à fait inattendues du commandant d’Armes allemand, parlant du bombardement du vendredi 4 comme d’une déplorable erreur, me laissent sceptique. Cette manière de présenter les choses, me produit même, ni plus ni moins, l’effet d’une dérision macabre.

De même, je me permets de douter que si la cathédrale n’a pas été atteinte par les obus qui sont passés si près de sa tour nord, nous le devons à l’ordre formel de la respecter, reçu de l’autorité supérieure, par les canonniers allemands. Je trouve la plaisanterie un peu épaisse et j’y vois encore un bluff voulant donner le change, dans le but de transformer notre légitime indignation en reconnaissance et en remerciements béats.

N’y aurait-il pas lieu, au contraire, de se réjouir, en l’occurrence, de la maladresse des artilleurs allemands.

L’église Saint-André et la basilique Saint-Remi ont été touchées ; il s’en est fallu de si peu que la cathédrale ne le soit, que pour ma part, j’ai du mal à accepter cette explication de tir à côté. Cela me paraît vraiment trop fort et je reste convaincu qu’un examen de gens du métier, démontrerait facilement que les obus tombés rue Robert de Coucy et rue Eugène Desteuque lui étaient bien destinés, ainsi du reste que ceux venus éclater rue des Trois-Raisinets et boulevard de la Paix qui, eux, semblent être passés au-dessus ou entre les deux tours.

– On ignore tout de la guerre, quoique j’aie entendu parler, aujourd’hui, d’une bataille qui aurait eu lieu vers Montmirail, sans rien savoir de plus. On dit aussi que plusieurs quartiers de Rethel ont été brûlés. D’Epernay, on n’a que des nouvelles contradictoires. Que s’y est-il passé ?

– En longeant, cet après-midi, la rue Robert de Coucy, j’ai été le témoin unique d’une petite scène rapide, qui ne vaudrait pas la peine d’être retenue si elle n’avait été, par elle-même, assez caractéristique de l’état d’esprit de certains des hôtes que les événements nous ont imposés.

Une automobile arrivait à toute allure, de la rue du cloître, pour se diriger sans doute vers le Lion d’Or, où il y a beaucoup d’Allemands de la Kommandantur. Dans cette voiture puissante derrière deux officiers dont l’un conduisait, se tenait un hussard de la mort, sous-officier ou homme d’escorte, tenant son revolver au poing, dans la position « haut le pistolet ».

J’avais tourné la tête par curiosité, en même temps que deux femmes qui me précédaient sur le trottoir. Lorsque cette auto arriva à notre hauteur, le soldat ricanant, dévisagea ces femmes et se mit à brandir son revolver à bout de bras, voulant probablement les intimider ou leur faire comprendre qu’elles n’avaient pas à broncher. Dans tous les cas, assez vite pour qu’il l’ait vu, un haussement d’épaule de l’une de ces femmes, était la réponse immédiate à celui qui faisait si bêtement le malin. Son geste imbécile m’avait révolté plus qu’elles apparemment, car sans y avoir prêté autrement attention et sans avoir arrêté leur conversation, elles continuaient leur chemin tout tranquillement.

– Deux affiches, émanant de la mairie, ont été placardées en ville. Voici leur texte.

 

« 1 ° – Avis urgent.

Les habitants sont invités à s’abstenir absolument de toucher aux obus qui n’auraient pas éclaté et à les signaler immédiatement à la mairie (Bureau de police, rue de Mars).

Le moindre choc peut amener l’éclatement du projectile.

Reims, le 7 septembre 1914 le maire, Dr Langlet

2° – Ville de Reims

Nous rappelons à nos concitoyens que la tranquillité la plus complète doit régner constamment dans la ville.

Les autorités militaires allemandes ont pris toutes les mesures pour assurer le bon ordre parmi la population et elles ont prié en outre la municipalité de désigner chaque jour, deux notables qui passeront la nuit au quartier général, et dont la présence répondre du calme de notre ville.

Nous comptons donc sur nos concitoyens, pour que l’ordre ne soit troublé en aucune façon.

Reims, le 8 septembre 1914 Le maire, Dr Langlet »

Un petit renseignement dactylographié, non daté, intéressant au plus haut point les réfugiés des Ardennes et de la Meuse, a été également collé sur certains murs. Il est ainsi conçu :

«  Mairie de Reims Avis

Les habitants des régions des Ardennes et de la Meuse (sauf région de Verdun) peuvent regagner leurs localités en prenant un laissez passer dans les commissariats de police, en présentant leurs pièces d’identité.

Faire viser ensuite par l’autorité militaire, hôtel du Lion d’or, place du Parvis. »

Et voici la formule des laissez-passer délivrés :

« Erlaubnisschein. Herr oder Frau u. Kinder erhalten

die Erlaubnis von Reims nach zurückzukehren.

Reims, den 1914. »

Une autre affiche, de l’autorité militaire allemande, dit ceci :

« Avis Les maladies contagieuses doivent être signalées immédiatement au commandant de place (hôtel du Lion d’Or).

Les malades déclarés devront être transportés de suite à l’hôpital civil (Hôtel-dieu) et admis dans la section des contagieux.

Signé : Lindig, Capitaine et commandant de la ville. »

– Par moments, on entend le canon ; depuis le 3, il n’a pas cessé de tonner, au loin.La ville vit maintenant dans un calme d’inquiétude, d’appréhension presque effrayant. Les magasins sont fermés.