Le Dr Faleur, au cœur de la première bataille de la Marne (2/5)

VOICI la suite d’extraits des neuf carnets de route du Dr Faleur écrits du 6 août 1914 au 2 mars 1917 et dont nous publions les extraits qui concernent notre région.

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Pierres-Morains, Fère-Champenoise, à la ferme Sainte-Sophie, l’ambulance du Dr Georges Faleur accueille 80 blessés. Il voit son premier champ de bataille : « A droite et à gauche de la route, on voit des tranchées, et de temps en temps, un cadavre dans la plaine. Je vais, de près, en reconnaître ainsi au moins une quinzaine et j’éprouve une indicible tristesse. »

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Les jeunes recrues qu’on voit ici à la veille du conflit n’auraient jamais osé imaginer l’horreur de la guerre.

A Connantre, il voit en deux jours 444 blessés. 133 Allemands et 311 Français que le docteur aide à embarquer en train. A La Normée, le spectacle est épouvantable. « Partout on voit des cadavres, français, allemands, chevaux. Sur les côtés de la route, dans les champs, les bois, dans les fossés, les tranchés, on ne voit que du gris et du rouge. Par endroits, les cadavres sont entassés les uns sur les autres. Il y a des corps à corps terribles, ailleurs les cadavres sont alignés. Il semble qu’officiers et soldats ont dû être tués pendant leur sommeil, sans avoir fait un mouvement […] Le sol est jonché de bouteilles de champagne vides. […] La bataille a duré cinq jours et, de tout ce champ de bataille que nous traversons depuis plusieurs kilomètres, il se dégage une odeur sui generis. »

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Des monceaux de cadavres après une terrible bataille.
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Une batterie d’artillerie dans les marais de Saint-Gond.
Les uns sur les autres

A Clamanges, ils évacuent plus de 800 blessés dont 300 étaient empilés dans l’église. « L’odeur est infecte. Il y a une grande quantité de membres gangrenés […] Les blessés demandent qu’on éloigne d’eux leurs camarades gangrenés tellement l’odeur est infecte. Il y a de gros déchets dans cette ambulance puisqu’à midi il y a déjà une soixantaine de décès. […] Nous n’avons pas le temps de refaire tous les pansements, nous voyons seulement ceux des Français. »

Retour vers le Nord vers Beaumont-sur-Vesle, les Petites Loges. « Nos troupes avancent, ne laissant aucun répit aux ennemis. Hier (le 12 septembre) il y a eu une grosse affaire à Reims où nous aurions fait 1.500 prisonniers ».

Réapprovisionnement en pansements à Mourmelon-le-Grand. Surprise à Mourmelon-le-Petit : les portes et persiennes ont disparu : « Les Allemands en ont recouvert leurs tranchées. » Retour aux Petites Loges. De nombreux blessés affluent des ambulances de Sept-Saulx et de Thuizy. Tant et tant que l’ambulance de Faleur est obligée de les refuser. « Nous ne disposons plus du moindre coin, les blessés sont littéralement les uns sur les autres. Il fait un temps épouvantable, les blessés arrivent les vêtements ruisselant de pluie, ils sont glacés et nous n’avons que de la paille pour les couvrir. On leur donne du thé, du bouillon chaud, mais c’est navrant d’assister à ce spectacle et d’entendre les plaintes des blessés gelés. »

Évacuation de blessés vers Châlons avec un convoi automobile. Du 14 au 17 septembre son ambulance traite et évacue 1.017 soldats : 571 grands blessés, 466 blessés légers. Sur 571, 519 ont reçu des éclats d’obus, 52 ont été blessés par des coups de feu.

Vendredi 18 septembre, départ pour Reims. En chemin, Faleur « est heureux de constater que le vignoble champenois n’a pas souffert. » Visite du pressoir Mumm à Mailly où on lui dit que la gardienne aurait logé un officier allemand beau-frère de Mumm. « Les gens se plaignent que les boches ont pris tout leur vin. C’est bien fait. À notre premier passage, les Champenois avaient dit ne pouvoir rien nous vendre ; à les entendre ils n’avaient plus rien à nous vendre. »

Le Dr Faleur arrive aux Petites Loges et assiste à un spectacle étonnant.

« Aux Petites Loges, nous apprenons que nous ne pouvons pas aller plus loin.

L’arrière-garde allemande a fait un retour offensif pour retarder notre marche. J’assiste à un spectacle inoubliable.

Je vois une quantité de troupes qui s’avancent par échelons, tandis que l’artillerie en batterie sur divers points arrose consciencieusement les flancs et les crêtes des collines sur plusieurs kilomètres de longueur.

Grâce à l’obligeance d’un capitaine d’artillerie qui me prête sa jumelle, je vois sur les coteaux des Allemands qui fuient éperdus. Dès qu’il en apparaît à un endroit, un obus éclate à cet endroit précis. C’est un spectacle grandiose et triste à la fois.

Et pendant ce temps-là, nos troupes avancent, ne laissant aucun répit aux ennemis. Il y a eu, hier, nous dit-on une grosse affaire à Reims où nous aurions fait 1.500 prisonniers.

Les Allemands abandonnent paraît-il leurs autos car ils manquent d’essence.

À 19 heures nous avons l’ordre de venir cantonner à Trépail où nous arrivons à 21 heures seulement et nous nous couchons sur un lit après avoir mangé un simple morceau de bœuf bouilli. »

Alain Moyat

 à suivre : 3/5 le Docteur faleur fasciné par l’incendie de la cathédrale

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