#reims1418: Charles Breyer, mort pour tous, sauf pour Juliette

 

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Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-14 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps De Sainte-Suzanne) à son mari parti au front

 De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-14 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps De Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter puisque sa dernière lettre, après un an d’interruption est datée du 6 mai 1917. Poignant.

 

 

La fleur au fusil

Né en 1887 à Reims de parents Luxembourgeois, Charles Breyer, caviste, mariée à Juliette ont un petit garçon, André quand le 4 août 1914 il part à la guerre au 354e régiment d’infanterie. « Nous allons leur donner une bonne correction et dans six semaines nous sommes de retour. » Son épouse qui tient une succursale Mignot, rue de Beine guette chaque jour le facteur et écrit tous les jours à son Charles adoré pour lui raconter la vie rémoise.

Invasion des Prussiens début septembre, explosions de ponts, elle part se cacher dans les caves Pommery alors que Charles combat à Bussy. Si la ville est reprise elle ne va pas cesser d’être bombardée à intervalles réguliers occasionnant bien des destructions de maisons et de morts civils. Les affaires marchent car les soldats français viennent chercher du sucre, du chocolat et des sardines. Juliette lui dresse la liste des morts de leurs relations, lui parle des canons installés à la ferme Demaison au coin de sa rue qui tirent jusque 21 coups sans arrêt. Le 17 elle voit brûler sa maison. « On ne voit même plus de trace de meubles. Le 22 elle voie rue de Beine un artilleur du 22e régiment mort depuis trois jours et personne pour l’enterrer. « Bien propre encore. La figure bien reposée. Les mains croisés il est couché sur un matelas. »

 Un pressentiment

Dans une lettre datée du 24 septembre 1914, Juliette se confie : « Mon pauvre Lou. J’ai fait un rêve cette nuit. Est-ce un pressentiment ou mon cerveau qui travaille. Je te voyais seul sur un champ de bataille blessé sans doute et ce qui m’a réveillé c’est parce qu’à mes oreilles j’ai entendu distinctement Juliette plusieurs fois). je n’ai pas pu me rendormir car c’était bien ta voix que j’avais entendue. Peut-être as tu couru quelques dangers? »

Les jours passent. Juliette raconte la vie rémoise, les soldats tués au Moulin de la Housse. La poste qui ne distribue pas dans les quartiers dangereux. Elle reçoit des lettres datées du mois d’août et du 14 septembre.

Le 21 elle lui annonce qu’elle est enceinte.

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Charles Breyer, caviste, mariée à Juliette ont un petit garçon, André quand le 4 août 1914 il part à la guerre au 354e régiment d’infanterie.

À la mi-octobre, première peine. Elle apprend d’une vieille fille que son Charles aurait été blessé. L’information est confirmée le lendemain au café par des soldats du 354e. Charles aurait été blessé à la tête à Beaumont-sur-Oise et son copain Charles Nalisse qui était avec tué.

Son beau-père l’évite. Elle écrit au ministère de la guerre. Le 4 novembre elle apprend au comptoir français rue du Barbâtre que son mari est bien mort. Elle n’y croit toujours pas, écrit à la Croix rouge. Rêve de son mari et le vois à chaque fois « avec une figure sans expression ».

C’est en décembre 1914 qu’une lettre d’un lieutenant du régiment de Charles Breyer lui confirme la mort du caporal Breyer « tué glorieusement d’une balle dans la tête au front à l’attaque du village d’Autrèches dans l’Oise. Il fut brave entre tous et a donné le bel exemple de courage. »

Mais Juliette n’y croit pas. ne veut pas y croire bien que ses lettres lui reviennent. Elle accouche le 13 janvier 1915 d’une petite fille qu’elle appelle Marie Blanche et que son papa ne verra jamais.

Son magasin ayant été pillée, Juliette doit se dépatouiller toute seule. Pour le reste elle consulte une voyante, une diseuse qui lui disent que son mari est toujours vivant. Elle écrit au Ministère des affaires étrangères si des fois il était prisonnier. Fait mettre le nom de Charles Breyer dans le Petit parisien.

23 septembre 1925. L’espérance est sa seule raison de vivre. Brisée le 23 février 1915 par un courrier officiel du Ministère de la guerre qui lui annonce qu’il est bien tombé au champ d’honneur.

Alain Moyat

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