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944/4 mars 1917: Vivre sous terre comme des renards à Reims

Vivre sous terre comme des renards à Reims

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Cette carte (proposée sur le blog d’Amicarte 51)envoyée le 4 mars 1917 avec ce texte:

4 mars 1917
Chère Amie
Bien reçu votre aimable carte-lettre, heureux toujours de vous lire en bonne santé ainsi que toute votre famille.
Je vois qu’au pays, le temps est plus favorable qu’ici.
Encore ici, ces jours, il gèle fort et le dégel nous cause beaucoup de travail, et fait beaucoup de boue.
Ces jours-ci, nous sommes la Compagnie en face la Cathédrale à 4 km environ.
Si vous voyez où est faite cette carte, vous auriez sans doute peur surtout s’il vous y fallait aller sans lumière.
Nous sommes 20 mètres sous terre et vivons comme des renards, sauf les heures de faction, à 100 mètres des boches !
Quand finira-t-elle cette purée ? Les tranchées même, j’ai été plus mal.
A bientôt de vous voir, mon tour de perm ne vient pas vite !
Pour vous et votre so
eur, bons souvenirs.

Voir le document complet sur http://reims.14-18.over-blog.com/2014/05/vivre-sous-terre-comme-des-renards.html

Journal du dimanche 4 mars 1917

Lutte d’artillerie assez active entre Oise et Aisne dans la région sud de Nouvron et en Alsace dans le secteur de Burnhaupt.
Faible canonnade sur le front belge. Les Anglais ont accompli une nouvelle progression au nord de Puisieux, au nord et à l’est de Gommécourt. En dépit de la résistance opiniâtre de l’ennemi, ils ont avancé leur ligne de 400 mètres en moyenne sur un front de 8 kilomètres environ.
Ils ont enrayé par leurs tirs de barrage et leurs feux d’infanterie une contre-attaque sur leurs positions avancées au nord-est de Gommécourt. Ils ont réoccupé intégralement une tranchée qui avait été d’abord évacuée par leurs troupes. Deux de leurs postes ont été attaqués au nord-ouest de Roye. Quelques hommes ont disparu. Une forte patrouille qui tentait d’aborder les lignes à l’est de Givenchy-les-la Bassée a été arrêtée par les feux d’infanterie de nos alliés.
L’Allemagne a avoué, dans une note officieuse, ses intrigues au Mexique.
Le président Wilson a reçu des assurances d’un certain nombre de républiques sud-américaines.
Le maréchal Conrad de Hoetzennorf, chef d’état-major général de l’armée austro-hongroise, a été remplacé en sa fonction par le genéral Von Arz.

Source: http://grande.guerre.pagesperso-orange.fr/mars17.html

Inquiétude à Lyon à propos d’une manifestation pacifique

Le 24 février 1917, certains membres du « Nid Rouge » se réunissent pour mettre en place une manifestation pacifiste proposée par Henri Bécirard. Sur proposition de Théophile Leclair, un anarchiste, elle doit se tenir le 18 mars 1917, à un moment ou de nombreux visiteurs étrangers assistant à l’inauguration de la Foire de Lyon. Et il s’agit également de l’anniversaire de la Commune de 1871[4]. Le 4 mars 1917, le préfet du Rhône expose au Ministre de l’Intérieur ses inquiétudes dans un rapport concernant cette manifestation pacifiste

source: http://atelier-histoire.ens-lyon.fr/AtelierHistoire/episodes/view/275

Le conseil municipal de Castanet-Tolosan (Haute Garonne)généreux avec les soldats malades et blessés

image00021ter_vLe procès-verbal de la session du 4 mars 1917 rapporte brièvement le vote à titre de solidarité d’une « subvention aux soldats français malades et soignés dans les hôpitaux de nos chers alliés les Russes », sans autre précision (ni de lieu, ni de circonstance, ni de destinataires précis). Le conseil municipal ne réserve pas cette aide aux soldats issus de la commune. Il est donc mentionné que des soldats français combattaient aux côtés de soldats russes, sur les fronts orientaux.
Une révolution vient d’éclater en Russie, le pourvoir du tsar est fortement contesté, ce qui a des conséquences sur le front. La situation va aller en s’aggravant dans les jours suivants (abdication de Nicolas II le 15 mars 1917 du calendrier grégorien, soit le 2 mars 1917 du calendrier julien en vigueur en Russie).

source: http://archives.haute-garonne.fr/service_educatif/Docs_classe/castanet_14_18/castanet.html

(Insolite) Inquiétude sur les risques de dénatalité en France

s-l225La couverture du magazine illustré Le Cri de Paris présente au 4 mars 1917 la significative «prière d’une vierge»: «Seigneur, donnez-nous bien vite la victoire pour que je sois encore jolie quand ils reviendront.» Dans cette situation, le livre de Marie Laparcerie publié en 1915, Comment trouver un mari après la guerre?,connaît un franc succès. En fait de méthode, l’ouvrage de Laparcerie est une suite de lieux communs sur le comportement féminin qui se résume en quatre points fondamentaux: d’abord, il faut vouloir se marier et ne penser qu’à cela, ensuite ne point trop attacher d’importance à l’aspect physique du soupirant puisque l’essentiel est d’en avoir un, du reste «la laideur est parfois sympathique»; puis se détacher de la coquetterie qui n’est plus de mise dans une France régénérée. Les jeunes femmes prendront également garde à adoucir leur voix, leurs regards, leurs gestes pour conquérir les héros qui rêvent de quiétude, «ces grands enfants qui auront l’âme endolorie des malades». Enfin, elles devront donner un sentiment de sécurité, ce qui exige évidemment de leur part confiance et honnêteté.

source: http://www.lexpress.fr/culture/livre/miseres-et-tourments-de-la-chair-durant-la-grande-guerre-les-m-urs-sexuelles-des-francais-1914-1918_806349.html

867/journal du 17 décembre 1916: une conférence sur le bombardement de la cathédrale de Reims

Carnets du rémois Paul Hess

Rien à ce jour

Journal du dimanche 17 décembre 1916 à travers Le Miroir

Sur la rive droite de la Meuse, nos troupes, poursuivant leurs succès, ont progressé dans le bois des Caurières et ont enlevé le village de Bezonvaux. En fin de journée, une violente attaque allemande, dirigée sur nos positions de la côte du Poivre, a été nettement repoussée par nos feux. Nous avons intégralement maintenu notre nouveau front. Les prisonniers continuent à affluer. Leur nombre dépasse actuellement 9000 dont 250 officiers. Le dénombrement complet du matériel tombé entre nos mains n’a pu encore être fait, toutefois, on a compté jusqu’à présent, 8 canons pris ou détruit.
Sur le front britannique, un petit détachement de grenadiers s’est avancé hier soir jusqu’à nos tranchées du nord de la cote 60 dans le saillant d’Ypres. Pris sous notre tir de barrage, il n’a pu réussir à pénétrer dans nos lignes. Au cours de la nuit, activité de l’artillerie au nord de l’Ancre et d’Ypres. Dans la journée, nous avons bombardé les positions ennemies au nord d’Hulluch et à l’est de la Chapelle.
Lutte violente dans les Carpathes Boisées.
En Moldavie, l’offensive austro-allemande a été arrêtée.
M.Pokrowski, le nouveau ministre des Affaires étrangères de Russie, a écarté dédaigneusement l’avance allemande de paix.

source: http://grande.guerre.pagesperso-orange.fr/decembre1916.html

Une conférence sur le bombardement de la cathédrale de Reims

la_cathedrale_de_reims_avant_-triger_robert_bpt6k6564960pLa cathédrale de Reims avant et après le bombardement (1914-1916) : conférence donnée au Mans, le dimanche 17 décembre 1916

A lire sur le site de Bnf gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6564960p

 

Une image du bombardement de la cathédrale de Reims trouvée dans « le Petit marseillais »

20161204_100615Trouvé par hasard dans un exemplaire du « Petit Marseillais »N°28 un dessin sur le bombardement de la cathédrale de Reims.

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L’image était accompagnée du commentaire suivant:

« Les massacreurs prussiens ont multiplié à plaisir les crimes de toutes sortes, tant contre des êtres humains sans défense qu’en détruisant systématiquement les chefs-d’oeuvre d’architecture universellement admirés. Le bombardement de Notre-Dame de Reims a soulevé au plus haut point l’indignation universelle. Quand les premiers obus tombèrent sur la cathédrale, elle abritait les blessés allemands; plusieurs d’entre eux furent atteints et quelques-unes des gardes dévouées, qui les protégeaient, payèrent de leur vie leur abnégation. »

373/journal du12 août 1915: inventaire sur l’état de la cathédrale de Reims

Carnets du rémois Paul Hess (extraits)

Rien à ce jour

Etat de la cathédrale de Reims au 12 août 1915

cathedraleDocument dactylographié de 4 pages de « l’Etat de la cathédrale de Reims au 12 août 1915 » signé par le cardinal Luçon, ADR, dossier « Les Amis de la Cathédrale. Après l’Incendie de la Cathédrale  ».

Extérieur

Façade Porche central
  1. La statue de la Ste Vierge adossée au trumeau du portail a été gravement endommagée par le feu : la pierre s’est écaillée par plaques qui sont tombées sous l’action de l’atmosphère.
  2. Les voussures ont peu de mal.
  3. La scène du Couronnement de la Ste Vierge , qui est un chef d’œuvre, est gravement endommagée ; un des anges est décapité.
  4. La grande rosace a perdu la moitié de ses verres sous l’action du feu.
  5. Les statues de la Galerie des Rois ne sont que peu endommagées.
  6. Le combat de David et de Goliath a beaucoup souffert : quelques statues sont mutilées, celle de Goliath est décapitée ; un arbre s’est complètement détaché et est tombé.
  7. La Galerie du Gloria laus est à moitié abattue.

    Porche de droite

Le porche de droite n’a que peu de mal ; il est cependant criblé de meurtrissures produites par les éclats d’obus.

Porche de gauche

Le porche de gauche et la Tour Nord ont été les plus maltraités : ils étaient enveloppés par un échafaudage considérable établi pour leur restauration. Le feu y fut allumé par les bombes incendiaires des Allemands. Toute la tour, jusqu’à l’étage supérieur, est rongée par le feu.

  1. Plusieurs statues ont perdu leur tête, soit par l’action du feu, soit par la chute des échafaudages.
  2. Presque toutes les statues sont mutilées ou écorchées. Il y en a quelques unes, parmi lesquelles la Reine de Saba, dont la surface sculptée, calcinée par le feu, s’est détachée, ce qui leur donne l’aspect d’un tronc d’arbre dépouillé de son écorce ou d’un bloc monolithe sortant tout brut de la carrière. Les moins atteintes ont quelques meurtrissures.
  3. Le Galbe qui portait la Crucifixion , objet de l’admiration des connaisseurs, a été lamentablement rongé et effrité par le feu.
  4. Beaucoup de sculptures ont été écaillées par l’incendie.
  5. Plusieurs des élégantes colonnettes qui flanquent en faisceaux les quatre angles de l’étage supérieur de la Tour , ont été brisées par des obus.

    Pourtour de la Cathédrale

  6. Tout autour de la cathédrale les murs sont criblés de meurtrissures, qui font des taches blanches très déplaisantes sur le fond sombre des murs noircis par le temps.
  7. Les pierres des murs de la Grande nef ont été, dans la partie qui s’élève au-dessus des voûtes des bas-côtés, calcinées par l’incendie de la charpente des basses nefs. De larges plaques s’en détachent au moindre contact, ou sous l’action de l’atmosphère.
  8. Une volée d’arc-boutant a été rompue.
  9. Plusieurs pinacles abritant des anges ont été tronqués ; d’autres ont eu leurs colonnettes brisées ; quelques anges ont été mutilés.
  10. La haute Galerie qui couronne les murs de la Grande nef a été renversée ou ébranlée en plusieurs endroits, notamment au chevet, sur une longue étendue.
  11. Les charpentes en châtaignier, qui étaient des merveilles, ont été réduites en cendres.
  12. Les lames de plomb qui formaient la toiture ont été fondues.
  13. Les voûtes ont été percées en un endroit. Elles sont partout calcinées à la surface extérieure jusqu’à une certaine profondeur, l’épaisseur totale étant en moyenne de environ un mètre.
  14. Le clocher à l’ange est détruit.
  15. L’horloge et le carillon, qui chantait à chaque heure l’hymne du temps liturgique, et aux quarts : Peccatores, te rogamus, audi nos, sont anéantis.
  16. Le Sagittaire a été consumé par le feu.

Intérieur

  1. Les Portes et leurs Tambours sculptés, du 18° siècle, ont été la proie des flammes.
  2. Les statues disposées en galeries, qui décoraient les portes des bas-côtés à l’intérieur, sur le revers des murs de la façade, sont effritées et détruites.
  3. Les bases des colonnes et leurs moulures, les marches des escaliers et les parois intérieures des Tours ont été calcinées par l’incendie, et de larges éclats s’en détachent dès qu’on y touche.
  4. L’autel St Nicaise a été enseveli sous les débris projetés sur lui par un obus, et quelque peu endommagé.
  5. Le meneau de la fenêtre de la chapelle de Ste Cilinie a été renversé avec les vitraux qui s’y attachaient.
  6. Un obus a éclaté et a défoncé le dallage entre l’autel majeur et la crédence du côté de l’Epître.

Vitraux

Les vitraux artistiques si estimés, du 13° siècle, sont, les uns complètement détruits, les autres, criblés, déchirés : malheur irréparable.

Cloches, Stalles, Orgues, Tapis du Sacre, Trône.

  1. Toutes les cloches de la tour Nord sont fondues ou brisées.
  2. Les Stalles du côté de l’Evangile sont brûlées ; celles du côté de l’Épître très endommagées.
  3. Les grandes et les petites orgues, en apparence intactes, sont hors d’état de servir, à cause de la poussière du bombardement et de l’humidité de l’hiver, toutes les portes et fenêtres étant ouvertes.
  4. Le magnifique tapis du Sacre de Charles X a été la proie des flammes.
  5. Le Trône Archiépiscopal a été atteint par le feu.
  6. Le Trésor de la Sacristie a été sauvé par M. l’Archiprêtre de la cathédrale.             http://catreims.free.fr/his023.html

Les poilus d’Alaska

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Capture d’écran 2015-06-25 à 11.04.10

www.defense.gouv.fr/content/download/169841/…/poilus%20Alaska.pdf

http://memoiresfrancaises.forumgratuit.org/t511-les-436-chiens-de-guerre-du-capitaine-moufflet

L’hôtel de ville d’Arras le 12 août 1915

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L’hôtel de ville d’Arras, vu de la Petite place, 12 août 1915

Duvent Charles (1867-1940)

Paris, musée de l’Armée http://www.photo.rmn.fr/archive/14-518307-2C6NU0ALSWHX6.html

 

(Discours Deschanel) 140/Journal de la grande guerre/22 décembre 1914

Journal du rémois Paul Hess (extraits)

Un engagement sérieux a dû avoir lieu pendant la nuit, comme hier déjà, du côté de Cernay, car les mitrailleuses, la fusillade et le canon n’ont pas cessé de se faire entendre.

Bombardements dans l’après-midi, vers le faubourg de Laon, où il y a encore plusieurs victimes- femmes et enfants. Sur le soir, plusieurs obus tombent rue des Consuls et rue jovien.

Après 18 heures des projectiles tirés par certaines de nos pièces, passent au-dessus de la ville.

Expo à Soissons sur l’exode d’enfants en Eure-et-Loir

https://reims1418.wordpress.com/2014/12/08/du-13-decembre-a-avril-2015-expo-a-soissons-sur-levacuation-des-enfants-en-eure-et-loir/

 

 Discours de M. Paul Deschanel, président de la chambre des députés (22 décembre 1914)

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Représentants de la France, élevons nos âmes vers les héros qui combattent pour elle… »Disque SD 78 30-7243 face A. Source Gallica, bnf

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1297836/f1.item

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face 2: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1297836/f2.item

Débats parlementaires ce 22 décembre 1914

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6384840n/f2.image

Combattre pour récupérer les provinces perdues, C’est combattre pour les droits de l’homme

droitdelhommeAu début du conflit, un accord tacite se fait entre les parlementaires français autour du programme que le président du Conseil, Viviani, développe le 22 décembre 1914 : réparation du droit outragé, c’est-à-dire restauration de la Belgique dans son intégralité territoriale, retour à la patrie des provinces qui lui furent arrachées par la force , à savoir l’Alsace et la Moselle, mise hors d’état de nuire du militarisme prussien 

http://www.archives13.fr/archives13/CG13/cache/bypass/pid/91;jsessionid=C7F9AD5DC6659E30431F951C65911088?allChapters=false&chapter=359

La bataille  de Sarikamis du 22 décembre 1914 au 17 janvier 1915

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Les Russes et les Turcs s’affrontent dans le Caucase.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Sarıkamış

L’attaque du village de Stary Korczyn

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Alfred Basel, Erstürmung des Dorfes Stary Korczyn durch das Landsturminfanterieregiment Nr. 1, 22. Dez. 1914 (L’attaque du village de Stary Korczyn, par le Premier Régiment d’Infanterie de Vienne le 22 décembre 1914), 1915-6, tempera sur toile, 99 x 99 cm, Heeresgeschichtliches Museum, Vienne.

http://www.memorial-caen.fr/10EVENT/EXPO1418/fr/texte/011text.html

Ecrivain mort à la guerre

Henri Bonneaud  (Paul Arris) – 1884 – 22 décembre 1914 mort d’une fièvre typhoïde à Verdun. Né à Paris.

http://data.bnf.fr/13302540/paul_aris/

 

Lu dans Le Miroir en date du mardi 22 décembre (N°58)

France.-Les opérations de nos troupes apparaissent dans l’ensemble beaucoup plus actives : en Flandre progrès près de Lombaertzyde, de Saint-Georges, de Bixschoote et de Zwartelem; l’ennemi se venge, il est vrai, en bombardant une fois de plus Ypres à longue distance.
Dans le Nord et le Pas-de-Calais, prise par nos troupes d’un bois près d’Aix-Noulette; dans cette région, entre Béthune, la Bassée et Lens, toute une série de tranchées allemandes sont tombées entre nos mains. Ici encore l’ennemi se venge en bombardant à nouveau Arras.
Dans la Somme, nos gros canons font taire ceux des Allemands et bouleversent leurs tranchées.
Autour de Reims et dans le reste de la Champagne,  la supériorité de notre artillerie s’exerce également. En Argonne nous n’avons pas conquis moins de 1200 mètres de tranchées. Dans le bois devenu fameux de la Gruerie, où les ennemis sont formidablement retranchés, et où le combat continue depuis de longues semaines, nous avons fait exploser quatre sapes minées, et nos soldats se sont installés dans les excavations.
Progrès également sur le versant oriental de l’Argonne qui fait face à Saint-Mihiel.
Au nord de Verdun, sur la rive droite de la Meuse, nous avons gagné du terrain dans le bois de Consenvoye et ce mouvement, dont les journées suivantes préciseront la portée, est des plus significatifs.
Enfin, au sud de Verdun, dans les Hauts-de-Meuse, nos avant-postes ont également progressé près du fort Troyon.
Les autorités allemandes établies à Bruxelles ont forcé les neuf provinces de Belgique à constituer des délégués qui ont siégé en commun et envisagé la levée d’un tribut de guerre de 480 millions. Ce tribut devrait être acquitté en douze paiements.
Les Russes poursuivent les Allemands dans la Prusse orientale, après avoir culbuté toutes leurs défenses entre Mlava et Soldau. Toutes les attaques dirigées à nouveau par von Hindenburg sur la ligne de la Bzoura, à la gauche de la Vistule, ont été rejetées avec des pertes considérables pour lui. L’état-major russe signale encore un succès dans la Galicie occidentale sur la Dounaietz et un autre près de Przemysl. Il annonce que des renforts puissants viennent d’arriver aux généraux du tsar en Galicie.
L’armée russe du Caucase a décimé les troupes ottomanes dans la région de Van (Arménie).
L’ambassadeur d’Autriche-Hongrie à Rome, le baron Macchio, a été rappelé temporairement par le comte Berchtold. On interprète de façons très diverses ce déplacement, et d’aucuns prétendent qu’il y aurait des dissentiments entre l’Allemagne et l’Autriche.
Les négociations progressent entre les gouvernements roumain et bulgare, en vue d’un accord balkanique.
Le prince Troubetzkoï, envoyé russe en Serbie, a présenté ses lettres de créance au prince héritier Georges. Tous deux, dans leurs allocutions, ont fait allusion à la nécessité de maintenir la paix entre les Etats des Balkans.
D’après un journaliste italien, la défaite autrichienne en Serbie a pris le caractère d’une humiliante débâcle. L’armée du général Potiorek a abandonné ses canons, ses fusils, ses approvisionnements.

 

Grâce aux archives municipales de Reims un témoignage inédit sur l’incendie de la cathédrale

Appelé par M. Antony Bochard, ex chef de la sûreté de Reims, à faire partie de la police municipale au titre d’agent auxiliaire n°47, le tailleur Alfred Wolff a raconté dans ses carnets la vie de Reims depuis le 3 septembre 1914. L’ensemble de ses écrits est disponible sur le site internet des archives municipales de la ville de Reims . Le 19 septembre il est aux premières loges pour voir l’incendie de la cathédrale et la sortie des prisonniers allemands abrités dans l’édifice.

place_du_parvis_en_ruine - copieNotre service se continue au Central, dès 7h45 le bombardement est en route, à 17 heures la Cathédrale est en feu, les échafaudages du grand portail sont en feu les flammes lèchent la façade et la tour aux cloches, petit à petit, se désagrègent et ses pièces de bois carbonisées tombent au pied de cette tour, entourant les grilles formant une sorte de bûcher, dans lequel le fer se déforme et se tord en une sorte de convulsion, les obus incendiaires sont tombés un peu plus loin que le milieu du toit et vers la tour, c’est de ce point que j’ai vu les flammes gagner plus rapidement le clocher à l’Ange, dénommé carillon à l’heure, ainsi que l’abside.

Le vent soufflant en cette direction et se rabattant sur l’archevêché et les maisons contiguës, tel le dit le concierge de la maison Colas (tissus) ce qui a été la cause de l’incendie de la plupart des maisons de la rue de l’Université, côté droit, et de celles entourant la maisonColas, l’incendie vers les tours se propageait moins vite, je ne pensais guère en lisant l’incendie de 1421 en l’ouvrage de l’abbé Cerf, mon professeur de catéchisme, qu’il me serait donné de contempler stupéfait un spectacle aussi tragique.

C’est sous l’entrée de la cour Chapitre que je voie les flammes grondantes s’élever gigantesques et atteindre le point central de l’édifice où se trouve une forêt de bois de châtaignier édifié en vue de soutenir une énorme flèche que le plan primitif permet de voir et que mon camarade d’école Paul Dubois, de l’Hôtel du Lion d’Or, avait dessiné en un « Rêve artistique » avec toutes ses autres tours plus petites. La chaleur produite nous cuisait le visage, et le bruit fait par cet ouragan de feu était semblable à une mer déchainée. Je vois encore les pointes des flammes s’élancer dans l’air comme pour rechercher un nouvel aliment à brûler et dépassant de bien loin le clocher à l’ange soutenu par les cariatides de bois, représentant le bourgeois d’une époque, il semblait bien frêle en cette vague énorme de flammes, sa silhouette noircie apparaissait de temps à autre suivant les caprices du vent, l’on se regardait stupéfait, les incroyants pleuraient, les femmes maudissaient.

Un ouragan de feu comme une mer déchaînée

Puis quand le gros ouvrage fut brûlé, le pourtour du portail de l’annonciation reconstruit après apparut comme une crête de feu, son pignon rougie se profilait sur l’horizon qui s’obscurcissait et rendait encore plus grandiose ce sinistre.

Les chevrons du vaste toit sont alignés, tout en feu, la bise entretient cette longue braise allumée rangée comme en une parade militaire, et ne se rompt que pour tomber au-dessus des voutes très solides de la nef et du choeur, la toiture de plomb s’est naturellement fondue et de larges plaques s’étalent partout sur les pavés du trottoir et de la rue. Cependant un drapeau flotte au sommet de la tour Nord, c’est celui de la Croix-Rouge qui abrite en cet édifice près de 150 prisonniers allemands blessés, les uns gravement. Les tours, les galeries ajourées, l’abside, tout semble éclairé par un vaste feu de Bengale se propageant et durant bien avant dans la nuit, quelle vision du lointain pour ceux, du lointain, qui comme nous assistaient impuissants à ce désastre qui sera mondialement connu parmi les phalanges d’artistes et des admirateurs.

Rumeurs: les prisonniers boches veulent s’échapper

Durant cet incendie, je ne fais qu’aller et venir dans la rue du Préau, de la porte du Chapitre à la Cathédrale, tout d’un coup, une rumeur circule, les prisonniers blessés boches, en la Cathédrale, veulent s’échapper, cinq d’entr’eux quittant le groupe, dans cette intention, se sont égarés dans l’édifice, on les retrouve carbonisés, des fantassins français arrivent en effet l’arme chargée avec ordre de tirer s’ils sortent dans un but d’évasion, l’un met genou terre au milieu de la du Préau, deux autres se placent de chaque côté du portail St Sixte, de la Place du Parvis, des rumeurs nous parviennent, mon collègue de coupe Wagner du 132ème m’affirme à Chatelaudren que des soldats postés au Parvis en ont fusillés plusieurs. Devant cette tentative d’évasion compréhensible, je comprends leur impression sous les hautes voutes rougies par le feu, et l’enfumée qui devait se produire.

Une première fois, la porte du portail St Sixte s’ouvre, la tête du convoi de blessés apparaît, mais recule dans le tambour, voyant les soldats prêts à faire feu, le public s’amasse et devient houleux, méchant, il y avait de quoi, les soldats et nous policiers, l’agent Braille 35 et un autre régulier, comprenons l’inutilité de fusiller ce tas d’éclopés qui tous marchent péniblement, et ne songent qu’à quitter ce lieu de désolation bombardé par les leurs, et aller ailleurs, où ? …

La porte est ouverte une seconde fois, les blessés avancent lentement, lentement, à leur tête se trouve cette fois l’abbé Thinot, maître de chapelle de la Cathédrale (qui dans un instant, les bras en croix, et devant les allemands, les protègera de tout son corps) rejoint peu après par le curé archiprêtre Neveux et l’abbé Andrieux. Le cortège est arrivé devant la porte de l’ancien mess des officiers, à l’entrée de la rue du Préau, et l’a tant soit peu dépassé, le public mâle montre les poings et veut avec les jeunets accourus tomber dessus, cette bataille manquée a eue pour origine et point de départ le sourire moqueur du Lieutenant Wilhem de Jonquière qui avec le major Dr Pflugmaker (faiseur de charrues) se trouvait en tête, un brave homme du peuple, lui traduit son courroux en termes appropriés à son éducation, il sourit dédaigneusement, moi-même devant son attitude, je lui dis « Larch sie nicht »(sic) « Ne riez pas ! » Un ordre arrive, les soldats se retirent et voici aussi qu’un abbé nous communique l’autorisation verbale des Rédacteurs du Courrier Mrs Gobert et Helluy, consultés (Mr Gobert vint peu après voir), d’abriter momentanément en l’imprimerie coopérative (ancien mess des officiers et ses Dépendances) les blessés prussiens allemands, il était temps, car un peu plus tard, les soldats excités par la foule auraient pu tirer, la foule aurait écharpé le reste non-atteint, mais il était dit que la charité chrétienne des prêtres de la Métropole auraient raison de cette colère justifiée par les évènements.

La porte du pan coupé de l’imprimerie est donc ouverte, et par elle, tous s’engouffrent et se répandent dans tout l’immeuble, les moins blessés n’aident pas ceux qui le sont davantage, c’est encore nous autres, pris de compassion, qui rentrent ces malheureux (1).

Pour ma part je vais avec le major Pflumaker et l’infirmier boche Paul d’un blessé à l’autre, car plusieurs sont sortis trainant, sous eux, leur matelas ou paillasse et leur membre cassé retenu en un appareil treillagé, ils sont ainsi dans la rue, je vois encore, au seuil du portail, un jeune boche trainant sous son séant un maigre matelas, à ce moment précis des pierres rougies par le feu tombent de la hauteur du pignon. Pris de peur il crie guturalement portant une main sur sa tête pour la protéger, nous-mêmes croyons que d’autres pierres vont encore tomber, je lui crie en boche « N’ayez pas peur » « Ferten sie nicht ! » et je l’aide à avancer en tirant son matelas traversant ainsi la rue Robert de Coucy.

Braille fait, en la Cathédrale, la recherche des prisonniers blessés qui dit on se trouve au chantier de sculpture, il en trouve 5 blottis entre les statues et noircis de fumée, 4 seulement le suive à travers l’édifice enfumé, le 5ème incapable de suivre est resté à son malheureux sort . Braille perd de ce dévouement le casque du lieutenant Wilhem qu’il avait reçu. Je garde la pèlerine de Braille qui voulait avoir ses mouvements libres.

Enfin ils sont tous casés, Mr Gobert apparaît et me témoigne sa volonté de les voir abrités, il regarde par l’ouverture, de la porte du pan coupé donnant sur la rue, les vitres étant sautées par les explosions antérieures. Mon livre de notes contient cette courte notice

142 prisonniers blessés

« Samedi 5h20 je garde les prisonniers prussiens blessés (en l’imprimerie coopérative) et plus loin, je lis le chiffre « 140 » Je fais l’inspection des divers immeubles où ils sont tassés à même le plancher escaliers de pierre et de bois, partout enfin où il y a une place pour s’étendre, et en compte 142, voyant que je ne puis rester à garder les prisonniers blessés, je prie un abbé qui passait de bien vouloir aller à la ville en mon nom et demander à ce que l’on me relève, de ma fonction volontaire et improvisée en ce quartier. Il revient bientôt après en me disant qu’un caporal et six hommes allaient venir, en effet, cette petite troupe arrive, je remercie l’abbé, un petit, dont je regrette de méconnaître le nom, mais je le suppose encore vicaire de Notre-Dame.

Avec le caporal nous inspectons les issues, il place quelques hommes à l’intérieur, les curieux sont nombreux, un soldat (fantassin de passage) s’arrête, regarde, et entre, il arrache du porte carte du Docteur Pflugmaker la carte routière qui s’y trouve et lui laisse sur sa demande l’objet de cuir l’encadrant, puis les Boches avides regardent nos soldats qui coupent leur pain, les nôtres en donnent aux plus affamés qui remercient, le Docteur s’attendrit à cette vue, les Boches se cotisent en monnaie française pour obtenir, et me demandent d’obtenir, de quoi manger, n’importe quoi. Je note les noms et les sommes en regard, en tout 5Fr85, je requiers un gosse pour aller chercher quelques victuailles, il revient les mains vides, tout est fermé, je rends la liste et l’argent, ces messieurs ne mangeront pas ce soir ! Je retrouve en mon imperméable un morceau de pain que je partage en deux et le donne à deux blessés couchés en la pièce d’entrée, mais un troisième me dit « Il en a déjà eu lui tantôt des soldats ! » Il me reste une poire, je veux la donner à un boche, couché devant le bureau près de la porte d’entrée, qui n’a plus de pied gauche, son moignon parfois est dressé en l’air, il est perdu et il veut voyager, la plaie s’envenime et gagne le haut de sa jambe, mais le Docteur s’interpose en me disant que ce n’est pas compatible avec son état gangréneux, en effet, il délire, son voisin, aussitôt la porte, me fait signe en montrant sa tête qu’il déménage, l’infirmier Paul le torche au papier.

Une puanteur à vomir …

Comme en la cathédrale ! (réflexion de Mr Havot maître sculpteur de N.D). une puanteur des plaies non soignées s’exhale en ces 3 pièces, c’est à vomir, dans la pièce aux papiers située derrière le bureau, plusieurs sont là couchés, dans un coin il y en a un qui ne se gêne pas pour tempêter contre son Empereur qui a déchainé une guerre aussi terrible, il ne se gêne pas de dire son mécontentement, il jure des « Donerweder », contre tous les dirigeants allemands, les autres ne soufflent mot, et le regarde avec terreur en songeant sans doute que les chefs voisinant l’entendent. Il y a aussi un vigneron du Rhin qui m’exalte la beauté de nos vignes, il est sans coiffure. Je lui dégotte une vieille casquette, qu’il est heureux de mettre, il me remercie avec effusion. Mais le boche (sans pied gauche) délire toujours, il réclame sans cesse son soulier pour aller voir sa soeur qui l’attend, cette vision de pied emporté par éclat d’obus lui a sans aucun doute frappé l’esprit, elle lui revient terriblement. Le docteur réclame une cuvette, avec de l’eau, il donne quelques soins indispensables aux siens.

Une imprimerie transformée en prison-hôpital

Avant de quitter l’imprimerie transformée en prison-hôpital, j’en parcours encore toutes les pièces, sur le palier du 1er étage en face Vedie-Jacquard, trois officiers, y son couchés côte à côte, à même le plancher, ils ne causent pas aux soldats et semblent s’en désintéresser, ils ont des casquettes plates rigides, l’un d’eux est très brun, parait très sévère, et possède toute sa barbe et bien noire, ils maugréent quelques paroles à ma demande « S’ils étaient mieux là qu’en face ? ». En descendant de ce 1er étage dans l’escalier je trouve des hommes, à tous les degrés, couchés, eux, à ma question, me répondent en riant « Ya ! Ist besser ! » « oui ! c’est meilleur ».

Dans le vestibule, sur les marches de pierre, partout il y en a, sans paille, sans couverture, et ils s’y trouvent très bien, ils s’accommodent de la situation.

Avant de terminer ce fait du jour, il me reste à dire en faveur du Major quelques paroles. Une fois que tout ses grands blessés furent notamment placés en les pièces du rez-de chaussée,

il leur tint à peu près ce langage suscité par Mr Gobert qui réclamait que l’on ne touche à rien « Vous venez, leur dit-il, d’échapper à la mort, et êtes hospitalisés en cette maison, aucun de vous ne se conduira mal en ses magasins en s’appropriant quoique ce soit »

Tous attentifs et silencieux, répondirent avec ensemble « Ya ! Ya ! ». Parmi eux se trouve un blessé de marque, il m’apprend qu’il a étudié un peu de français avec un jeune homme du

Havre (et cela par correspondance), il me dit également qu’il a vu l’empereur se promener soucieux en ses jardins où lui, un jour, était de garde, et l’avoir vu faire de la tête des gestes négatifs étant au milieu de membres de l’empire et de l’Etat-major qui désiraient, et le poussaient à faire la guerre, il me soutient cette thèse avec sincérité, il disait « Nein ! Nein ! » l’empereur me fait-il. Il ajoute quelques jours après qu’il se souviendra de la correction que j’ai apporté durant mes fonctions de garde et me demande mon nom que je lui donne. Il m’écrit le sien sur mon carnet, je le recopie « Wilhelm Jonquières Leutnant im Königin Elisabeth Gard- Grenadier Regiment Nr 3 Berlin-Charlottenburg » Wilhem de Jonquières lieutenant au 3ème régiment de la garde royale des grenadiers de la reine Elisabeth, Berlin-Charlottenbourg. Le Major inscrit le sien ensuite « Le Docteur Pflugmacker du 1er régiment de la garde à pied, chirurgien-major.

Le journal « Le Matin » du 29-9-15 reporte que Le lieutenant Von Jonquières (un nom de chez nous) écrit : « Le village entier (des Ardennes) incendié, la 7ème Compagnie fait 2000 francs de butin ».

Le Docteur-soldat Vilpoy de Sedan, passe, visite les blessés boches, et me fait, sur ma demande, une ordonnance pour le pet de feu attrapé durant l’incendie des maisons de la rue de Bétheny, près l’église et du pharmacien, où je cherchais à dresser une lance fixe d’arrosage, quelques heures encore, et la maison brûle, je trouve quelques temps après un militaire pleurant sur les décombres dans lesquels il recherche quelques objets de cuisine, il se lamente, échelles et tuyaux sont encore là en batterie bien inactive.

Au moment de quitter ma garde, l’abbé Andrieux, dont le domicile est voisin, passe et me prie de venir avec lui pour sauvegarder l’oeuvre d’art en bois qu’est le dais surmontant le trône du Cardinal Luçon, ainsi que le petit orgue d’accompagnement qui se trouve menacé par les stalles en feu.

Les deux cruches d’eau que m’apporte, au portail Sr Sixte, en deux courses successives un jeune homme, complaisant, et qui craignait de pénétrer dans l’édifice en feu et tout enfumé, ne suffisent pas à éteindre le feu qui couve sous les marches recouvertes de tapis, le feu gagne lentement la boiserie basse appuyée à la grille, que faire ? …

A ce moment, je cherche des yeux un outil quelconque pour arracher et disloquer ce foyer d’incendie, je vois bien le feu partout, les voutes embrasées, mais je ne songe qu’au désir de l’abbé Andrieux mes yeux pleurent, je toussote, j’ai chaud, mais j’en aurai raison de ce feu, l’outil se présente à moi sous forme de traverses de bois, de près de 4 mètres de long, (du sapin, je crois) qui se trouvaient au pilier, à gauche du Maître-autel, je m’en saisis d’une, ellese place bien difficilement en mes mains inhabiles, et la manoeuvrant comme d’un bélier et par pesées j’arrive à détacher du mur, les quelques manches formant un bloc de bois que je disperse au milieu face à l’Autel, là, il peut brûler ce bois pensai-je, (les bribes de bois en feu, susceptibles de donner un regain d’activité incendiaire, et toujours avec ma traverse peu maniable, je fais sauter les parties non encore éteintes de la basse boiserie du dais, C’est fait ! l’oeuvre du sommet reste intacte. C’est alors que confiant en la solidité des voûtes je reste là, muet, (combien de temps, je ne le sais pas), à regarder l’étendue de ce ravage, ce qui me frappe c’est les trous noirs que forment les stalles de droite déjà brûlées. Je pense que celle que j’ai occupé, là bas à droite, la première près de la grille, n’existe plus. En un instant mes 16 années de services en la Cathédrale me passent en esprit, je songe à la maîtrise, il me semble que le petit orgue n’est pas atteint, les flammes se reflètent sur ses tuyaux. Le grand orgue trop souvent silencieux est là, à ma droite, intacte aussi. Je pense aux chants de deuil que j’ai fait retentir de sa tribune, faut-il pour la métropole faire retentir le prosaïque « Dies irae » Non ! on dit depuis les fidèles admirateurs de cet édifice. L’abbé Andrieux parti un moment, je ne sais où, revient et par sa présence me tire de cet état d’âme, nous quittons ce lieu de désolation, il me remercie.

« Votre kaiser que c’est une belle canaille »

Il faut que je dépeigne aussi le courroux de mon ancien collègue Edmond Laloyaux, baryton de Notre-Dame qui dit, du milieu de la rue, voyant brûler la Cathédrale ces paroles au

Major « Ah ! Vous pouvez dire à votre kaiser que c’est une belle canaille » et sa voix monte, répercutante, devant l’édifice, il en dit encore bien d’autres, nous l’écoutons, pas un Boche ne souffle un mot. Ronde de nuit avec Fournier, pompier, nous explorons le quartier brulé du commerce des laines, la maison de tissus Poullot flambe, nous arrivons au pas par la rue Montoison pour surveiller aussi le repaire de la rue Rainssant, face à l’impasse Montoison une femme panier au bras est là regardant l’oeuvre du feu, c’est la boulangère de la rue des Filles-Dieu, inquiète, elle attend que sa maison brûle, mais dit-elle, « Le commis ne veut pas se réveiller, rentré un peu dérangé, il est alourdi ». Une rapide inspection de la maison est faite, je secoue le garçon qui grogne, mais ne se lève pas encore, le grenier aux farines est tout chaud, j’en ferme les volets disjoints et bouche les ouvertures en coeur, le danger peut être conjuré, deux pompiers arrivent, nous les aidons à passer les tuyaux dans l’escalier de l’immeuble voisin où habite Lamotte basse de l’Union Chorale, de là dans un grenier (une vraie cage à poules), je conseille de préserver l’immeuble du peintre Vieillard, le plus vieux pompier braille constamment et s’obstine à posséder trop de tuyaux ce qui ne donne pas de jet, une borne-fontaine est cependant là devant moins éloignée, Fournier et moi le laissons à son obstination, Poullot brûle de mieux en mieux, et Vieillard l’est également vers le matin, nous rassurons la boulangère qui retourne revêtue de ma pèlerine que je lui avait déposé sur les épaules tant elle avait froid, de regarder immobile muette cette incendie, elle réveille avec égards et précautions (cette fois bien heureuse) le commis qui se met à l’ouvrage, nous repassons vers 3 heures, la panification est en route, je complimente le boulanger, les habitants du quartier auront du pain nouveau demain, la boulangère est reconnaissante, elle reçoit de temps à autre ma visite et me donne des renseignements utiles.

Avec Gaston Petit, je visite les prisonniers boches installés chez l’imprimeur Monce, ils réclament à manger, et des soins. Nous ne pouvons rien faire, ni nous émouvoir devant la cathédrale brûlée, fumante encore.

La suite sur le site des archives municipales et communautaires de la ville de Reims (rubrique guerre 14-18)

http://www.reims.fr/culture-patrimoine/archives-municipales-et-communautaires–2358.htm

 

 

Dans L’union: la cathédrale dévorée par les flammes

A lire sur le site de L’union par Alice Renard

506960704_B973601846Z.1_20140919125223_000_GTJ3562MQ.1-0Durant plusieurs jours, des fumerolles s’élèveront des décombres. Mais l’incendie dura à peine deux heures et demie. Rapide, violent, il saccage la cathédrale sous les yeux des Rémois impuissants, qui n’hésitent pas à sortir dans les rues au mépris du danger.

http://www.lunion.presse.fr/region/videos-la-cathedrale-devoree-par-les-flammes-ia3b24n410167